MANIÈRE DE METTRE UN ÉCOLIER EN GARDE
Le maître ayant mis à la main de l’écolier un fleuret, la partie courbe en dessous, lui posera le pouce à plat sur la poignée; il lui place le talon droit à la cheville gauche, le pied gauche droit, et le droit en dehors, qui forment ensemble l’équerre; les deux bras tombant le long du corps, la lame du fleuret dans la main gauche: dans cette attitude, l’élève doit regarder son maître en face (voj'. pl. lre, n° i ).
Comme d’ordinaire les jeunes gens se tiennent mal, par l’habitude de jeter leur tête en avant, à leur table
DE l’art des armes. a5
d’étude, le maître aura l’attention de corriger ce défaut, en renversant doucement la tête de l’élève, la faisant tourner à droite et à gauche par un mouvement toujours forcé, afin d’assouplir les muscles du cou. Ce petit exercice amène la position nécessaire , et l’élève finit par tenir sa tête avec grâce.
Pour obtenir l’élasticité des bras, le maître fera rentrer les épaules; il prendra les mains de l'écolier, et fera tourner les bras de manière à ce que le dessus des mains se touche par derrière le dos. On doit s’attendre à quelque difficulté auprès des jeunes gens qui par conformation ont les épaules fortes. Il faut alors aller par gradation, et approcher les mains autant qu’on le peut, sans cependant faire de mal. On fait regarder l’écolier au plafond; après quelques répétitions de cet exercice, on tâchera que les jeunes gens le fassent d’eux-mêmes.
Revenant à la première position, lorsque l’élève sera droit et les pieds en équerre, comme on l’a dit, on lui fera avancer le pied droit à la distance de deux semelles et demie du gauche ; ensuite on le prendra par les hanches, et on le fera plier des deux jarrets ou des genoux; on pousse avec la main droite la hanche gauche pour retirer à soi la droite avec la main gauche. Les hanches se trouvant alors effacées, le haut du corps l’est aussi, et la partie gauche est soulagée aux dépens de la droite; mais dans cette opération on prendra bien garde de trop tourner les hanches; cet excès porteroit le genou et le pied droits en dedans, et ôteroit toute la grâce de la position.
L’élève étant bien placé, on lui fait tourner à droite
TRAITÉ
sa tête très haute, en sorte qu’il l’egarde devant ïuL Alors le maître, le prenant par les mains, lui fait lever les bras très haut, sans toutefois lever les épaules. Si les bras opposent de la résistance, on les assouplit eu les faisant plier beaucoup et allonger doucement ; lorsqu’enfin on n’aperçoit plus de dureté dans les mouvements, après que les bras seront levés, on les fera ouvrir doucement, laissant le gauche dans une position oblique, et formant le demi-cercle, les doigts près les uns des autres.
Le maître s’occupe ensuite avec sa main gauche de la droite de l’élève, il la lui incline demi -tierce, dirigeant la pointe de son fleuret à la hauteur de la main; il continue à donner du liant, en faisant ployer et remettre le bras en place comme précédemment; prenant garde qu’il ne soit pas tendu, il s’attache aussi à ce que l’épaule soit basse, que l’endroit de la saignée soit flexible. Pour obtenir cet ensemble, le maître, toujours tenant la main droite de l’éléve, posera sa droite sur son épaule pour empêcher qu’elle ne lève, ce qui est un grand défaut. Il lui place ensuite la main à 5 pouces plus bas que l’épaule, en tirant une ligne droite. Dans cette position, la main pourra défendre le dessus comme le dessous, c’est ce qu’on appelle garde partagée, la garde du plastron la plus difficile (voy. pl.Ire, n° 2).
Il faut aussi habituer l’éléve à ne tenir son fleuret que du petit doigt et de l’annullaire; le pouce et les deux autres doigts ne doivent être sur la poignée que pour conduire la pointe sans serrer; si ou serre, la point© s’écarte.
La main dans la garde doit être demi-tierce ou demiquinte; cela forme un angle qui tient la pointe de l’adversaire hors de la ligne du corps sur les deux engagements de tierce et de quarte, et, par ce moyen, le foib'ïe est maîtrisé.
Observations.
L’élève ainsi placé est dans la position la plus difficile; mais si cette garde présente des difficultés, elle a aussi de grands avantages, elle met à même de prendre toutes les gardes possibles , et de varier autant que le jeu de l’adversaire l’exige ; car on ne peut combattre également qu’en opposant les mêmes moyens et les mêmes positions. Je fais prendre l’alignement du talon droit à la cheville gauche, parcequ’autrement le corps se placeroit mal; l’alignement derrière le talon gauche fait tourner les hanches, et l’épaule gauche vient en avant; alors on présente plus de surface, et l’on tire plus lentement, par la raison que le corps, devant s’effacer avant de partir, oblige à un temps de plus; un autre inconvénient est de mettre le talon droit à l’endroit de la boucle du pied gauche; dans cette position, l’écolier se trouvera croisé; en tirant, il portera son pied droit en dedans, l’aplomb sera perdu , le corps sera de travers, et la pointe n’ayant plus sa juste direction, il manquera à toucher , quoiqu’ayant bien trompé le fer. Pour sentir l’effet de ces mauvaises positions, il faut les soumettre à l’analyse et à l’examen : supposons un tireur en garde, placé régulièrement, le corps effacé, que son
TRAITE
bouton touche le mur, d’après le juste alignement qq’il a pris , et faisons-lui changer cet alignement en portant le pied droit au talon gauche; qu’il laisse ensuite aller son corps sans y mettre de la retenue ou de la force, il sentira que son épaule gauche est inclinée à venir en avant, et que sa pointe qui touchoit le mur s’en trouve éloignée de 6 pouces, et qu’enfîn, outre cette perte de longueur dans sa garde, il y a encore perte de temps à cause de l’effacement inévitable avant de partir. Si le tireur prend son alignement à la boucle du pied gauche, il verra que s’il ne met pas de force après le développement , il lui est impossible d’ajuster, parceque croisé, il perd son aplomb.
Ces expériences doivent faire triompher le principe d’après lequel on prendra son alignement en portant le pied droit à la cheville gauche.