DE LA MANIÈRE DE LIER LES COUPS AVEC LES PARADES
Lier les coups avec les parades est ce que l’écolier a le plus de peine à saisir; cependant cette science est très importante, puisqu’elle le met en état de profiter des leçons suivantes. Le maître en conséquence le tiendra quelque temps à celle-ci, et ne lui enseignera rien de nouveau qu’il ne connoisse parfaitement les positions, qu’il ne tire, ce qu’on appelle à fond , que ses coups ne soient entièrement finis, et non multipliés, qu’il ne se relève vite, et non aux dépens des coups qui ne seroient pas achevés, qu’enfin il ne connoisse bien tous les temps.
Le maître fait placer à son élève le talon droit à la cheville gauche, en lui disant de se mettre en garde de lui-même pour l’habituer à être en ligne comme il faut. Il doit même le tromper, en se mettant exprès hors de la ligne pour le forcer à la prendre.
Il faut que les pointes des pieds des deux adversaires soient vis-à-vis l’une de l autre: autrement il v auroit
«n désavantage mutuel , ils tireroient de travers pour
TRAITÉ
ajuster. C’est à l’écolier à se placer bien en face dé son maître, et non à celui-ci à prendre l’alignement.
L’élève placé comme il faut, le maître prend l’épée en quarte en dedans, et, après avoir donné son coupd’œil sur les positions, dit à l’écolier : « Sentez l’épée le plus légèrement possible, couvrez-vous, frappez du pied, préparez-vous à marcher sans que le corps remue , relâchez la dureté du bras et des doigts , n’appuyez pas sur mon fer, marchez à moi; si j’ai la main basse , tournez les ongles , enlevez la main , levez le pied, tendez le jarret gauche, restez là, soutenez le corps droit en cavant la hanche gauche, replacez- vous, en garde; je serre l’épée, retenez le corps, passez le bouton en quarte sur les armes , tournez les ongles , enlevez la main, baissez la gauche sans tirer, absolument pour bien sentir le mouvement de l’élévation , partez, replacez-vous, en garde, tournez les ongles de quarte, enlevez au plus haut, et que les temps soient bien achevés, n’appuyez point sur mon fer, qu’à peine je sente le vôtre, tirez quarte sur les armes, répétez plusieurs coups de suite avec la même légèreté, la pointe fixée au corps sans s’écarter; engagez l’épée de quarte en dedans, frappez du pied, un intervalle entre l’engagement et l’appel. » 11 y a du danger à faire deux temps à-la-fois, cela ébranle trop le corps, et devant une main légère qui sait profiter de tout, il faut toujours être prêt à parer.
«Effacez les hanches, asseyez le corps bien en ar-. rière, marquez la feinte une, deux, le plus près possible du talon de mou fer, tournez les ongles, enlevez
la main, je pare quarte, restez là, relevez-vous, et parez quarte, soyez assis, effacez-vous, tournez les ongles, enlevez sans tirer, ripostez quarte, c’est-à-dire, rendez le coup après la parade, en garde.
«J’ai paré quarte sur la feinte une, deux, il faut marquer la double-feinte pour tromper tierce et quarte, marquez une, deux et trois, tournez les ongles, enlevez et tirez; je pare tierce, relevez-vous, je riposte seconde, parez le demi-cercle, achevez votre parade en tournant bien les ongles, la main à la hauteur de la bouche, ripostez quarte, relevez-vous, parez tierce, rendez tierce, et en garde. Marquez la feinte une , deux , de quarte en dedans pour tirer quarte sur les armes, la pointe basse, le fort dans le foible, tournez les ongles, enlevez, tirez , en garde. Relâchez la dureté du bras et des doigts, que le fleuret joue dans la main, la pointe légère, marquez la double-feinte bien près, enlevez, tirez quarte en dedans, je pare quarte, en garde: parez le demicercle, restez là, parez octave, les ongles tout-à-fait tournés, comme au demi-cercle, pour que l’angle chasse ma pointe de la ligne de votre corps , tirez octave , restez là, relâchez-vous. » Il n’y a que cet exercice pour bien imprimer les positions.
« Relevez-vous en prenant l’épée en tierce, baissez le fort de votre épée sur mon foible et la pointe au corps ; laissez-la tomber en seconde , tournez la main tierce , enlevez-la au plus haut ; si elle n’est pas bien soutenue , la pointe ira à ma droite en fauchant ; je pare seconde ou octave; relevez-vous l’épée en tierce, et marquez la feinte de seconde ; tirez quarte sur les armes , je pare tierce ;
TtlAlTÉ
que votre main obéisse à la parade en tournant tierce tout-à-fait sans que le poignet ployé , et prenant bien l’opposition de tierce sur tierce, la figure en dedans du côté opposé à la pointe adverse ; restez là ; baissez l’épaule , relâchez-vous , le bras gauche détaché de la cuisse , la main tierce, le piedgauche d’aplomb , lejarret tendu, la tête haute, en garde; je tire seconde, parez le demicercle, tirez quarte , la main haute, en garde, je tire tierce, parez tierce, doublez la feinte en seconde, enlevez, tirez , relevez- vous à l’épée de tierce ; passez l’épée en quarte en dedans en tournant les ongles, enlevez, tirez. » Ces dégagements, comme on l’a dit, doivent être exécutés près et finement, que la main précède le mouvement du corps sans que la pointe s’écarte, et que le coup touche dans une position facile, ménagée par l’adresse du maître en raison des moyens de l’élève. Le maître doit avoir paré la main assez basse pour que l’écolier en tirant ait gagné le foible ; s’il ne touche pas, le maître lui démontrera que le corps est parti trop tôt, ou que la main aura été paresseuse. Le corps étant replacé, le maître fait tirer des coups simples, passer des dégagements et des contre-dégagements.
L’épée engagée en tierce , le maître dira : « Parez quarte, contre -dégagez quarte sur les armes , tournez les ongles, enlevez la main, partez, en garde; parez quarte, tierce, parez le demi-cercle, octave, quarte sur les armes en opposant; parez quarte et tierce, doublez le dégagement en seconde, au contre, dégagez seconde, la main tierce et tirez, restez; relevez-vous à l’épée de
tierce, tournez les ongles de quarte, enlevez la main au plus haut sans appuyer sur mon fer. »
Cette leçon étant sue passablement, le maître appliquera l’éléve à l’étude du mur, afin qu’il puisse s’exercer avec les autres.