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ÉLOGE DU MUR

Le mur bien étudié et bien raisonné est le plus bel exercice de l’art des armes; il peut être d’autant plus parfait qu’il n’est pas contrarié dans son exécution. Le mur donne la grâce, l’étendue, l’aplomb, la fermeté des jambes, et la parfaite connoissance de la mesure, point essentiel pour un tireur; il donne enfin à l’écolier toute la vitesse dont ses moyens physiques le rendent susceptible.

Celui qui est parvenu à tirer le mur, à toucher, ne fût-il pas d’ailleurs très fort, aura toujours un grand avantage dans l’assaut; car il saura tirer de loin, et par cette raison moins exposé, il tiendra son adversaire hors de mesure, position bien préférable à celle qui nécessite plusieurs temps avant le développement régulier.

Avec de certains tireurs , avant de développer il est nécessaire de faire appuyer sur le fer , afin d’éviter le coup pour coup. Celui qui saura bien tirer le mur fera moins de temps et aura plus d’art que celui qui n’en a pas la connoissance. Le mur donne la facilité de bien défendre son terrain. On voit plus de tireurs marcher et courrir qu’on n’en trouve qui tirent de leur place; les pre-

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miers se font arrêter dans leur course, ils ne peuvent se couvrir d’un côté qu’ils ne se découvrent de l’autre : ils ne sauroient tirer et marcher à-la-fois.jLe tireur de vitesse, toujours prêt à partir , se développe dès qu’il est appelé dans les jours que lui laisse un adversaire. On peut citer M. de Saint-Georges comme ayant tiré le mur supérieurement, ainsi qu’on peut le voir dans la note historique qui le concerne. Il nous a servi de modèle par sa perfection dans cette partie de l’exercice des armes.

Les jeunes gens manquent ordinairement de patience et ils ont grand tort; ils croient qu’on veut les tromper lorsqu’on les engage à étudier et à travailler le mur en détail , c’est-à-dire à le décomposer. C’est pourtant la meilleure manière de le sentir promptement.

Lorsqu’on a surmonté les premières difficultés, cet exercice devient extrêmement attrayant, tant pour l’aisance qu’il donne que pour le plaisir que l’on éprouve en acquérant de la vitesse. Il résulte de ce travail un avanvage sensible. Si dans l’assaut l’adversaire présente un jour pour faire tirer , et dans l’intention lui-même de prendre un coup quelconque, le bon tireur de mur ne s’amuse pas à tromper, il développe un coup de muraille qui a plus de mérite qu’une multiplicité de temps pour tromper le jour, temps qui donnent lieu à une infinité de coups que Ton peut prendre. Les coups développés, et le jeu de longueur sur-tout, ont été reconnus pour les plus beaux jeux d’armes ; il ne faut pas même être connoisseur pour en sentir l’avantage.

Celui qui développe franchement montre de la grâce 5 il plaît à tous les spectateurs; celui qui tire mal le mur et

DE L’ART DES ARMES, qui n’a que de la main , vient toujours corps-à-corps pour toucher. Cette manière est contre la nature des armes. Au chapitre des assauts on parlera des inconvénients de ne pas développer, et de la supériorité du jeu de longueur, qui émane du tiré du mur. Le tirer aussi vite que que M. de Saint-Georges seroit trop exiger ; il faudrait être doué de ses moyens qui étoient extraordinaires; mais on peut le tirer aussi régulièrement, et même très vite , sans toutefois atteindre ce degré de supériorité qui tient du prodige. Nous avons eu des écoliers très forts en cette partie , moi-même je puis assurer que j’ai dû à l’exercice du mur mes succès dans les divers assauts que j’ai faits.

M. Tillagorie, l’oncle, un des plus célèbres démonstrateurs que nous ayons eus, et dont mon père estimoit les talents, a fait une quantité de forts élèves, et uniquement par l’exercice du mur ; il n’y a pas long temps que nous avons perdu ses deux neveux , tous deux d’une grande force, et l’un et l’autre maîtres d’armes des académies du Roi, ainsi que M. Donnadieu, décédé depuis peu. Tout le monde a connu la force de ce dernier , la réputation dont il a joui étoit acquise à juste titre. Ces trois maîtres éioient élèves de M. Tillagorie. Ce démonstrateur célèbre étoit très petit, il n’a jamais été fort tireur d’armes , lien convenoit lui-même, mais il possédoit son art et le démontroit fort bien, cela suffit pour faire de bons élèves. Ces professeurs illustres que je me plais à citer n’ont dû leuas grands talents qu’à l’exercice du mur.

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