‹ Traité de l'art des armesChapitre 31 sur 97 · MANIÈRE DE TIRER LE MUR · texte numérisé non relu

MANIÈRE DE TIRER LE MUR

Il a été recommandé de faire tirer au commencement des leçons des coups droits et de simples dégagements , on renouvellera ces exercices plus fréquemment encore, quand on s’apercevra que l’écolier se désunit, et dans ce cas on le ramènera au simple. Lorsqu’il est en état de tirer avec les autres élèves , on lui enseigne à Lien prendre sa mesure ; après l’avoir fait mettre en garde, le maître tient l’épée en quarte et lui dit : « Engagez l’épée en tierce , portez la main au chapeau avec grâce en arrondissant le bras; ôtez le chapeau, étendez le bras gauche jusqu’à sa place dans la garde ; en même temps qu’il baisse, que la main droite s’enlève pour couper sur la pointe. » Le maître tient la pointe un peu basse pour faciliter le coupé, et doit même conduire la main en disant de couper sur la pointe, c’est-à-dire de passer dessus, il y a moins de chemin qu’en dessous. Il faut que la main tourne ou pivote en coupant et qu’elle gagne la plus grande hauteur sans tirer, la pointe fixée au corps pour la bonne grâce. La main étant arrivée au plus haut degré, de même que dans un coup de muraille, et la tête extrêmement droite, le maître donne son corps en écartant sa main à droite et la soutenant à la hauteur de la garde. L’écolier tire la main haute, sans toucher, le con-

DE L’ART DES ARMES, traire ne seroit pas honnête. Après être resté un temps il se relève et salue, qui est de former la parade de quarte et tierce ; puis il remet l’épée devant lui et le chapeau sur la tête comme dans le grand salut que le maître fait répéter à la fin de chaque leçon.

Le maître ayant bien fait asseoir l’élève sur la partie gauche , regarde si ses hanches sont effacées , le bras gauche à sa place, l’épée bien devant lui, sa main demitierce, sa pointe près le passage de l’épée et le fort dans le foible, alors il lui dit : « Passez le bouton en tierce, puis enlevez la jnain en baissant le bras gauche ; que la main arrive au plus haut, la pointe fixée au corps sans tirer. » Le maître fait remarquer à l’élève que dans cette position il tient le foible, qu’il le maîtrise ; étant donc bien assis et les hanches effacées , l’écolier lèvera le pied droit et partira en tendant le jarret gauche, tandis que le pied droit rasera le sol. Le pied une fois posé, la main se porte en avant pour achever le coup. Comme on ne doit pas toucher à ce premier mur , la main reste haute et constamment soutenue , alors le foible ne cesse pas d’être tenu ou maîtrisé dans tous les coups.

La main ne doit se porter en avant que lorsque le pied est absolument à terre ; la mouvoir plustôt semble naturel, mais c’est aux dépens de la hauteur, aussi faut-il outrer dans la leçon ; car dans l’exécution la main baisse toujours. Sur le développement , le maître parera tierce le plus légèrement possible, pour ne pas déranger les positions. La main de l’élève^ doit obéir à la parade en pivotant, sans que la pointe s’écarte du corps plus que ne la éloignée la parade, c’est-à-dire que le fer de l’écolier

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ne quitte pas celui du maître, image de l’assaut. Par ce moyen elle y reviendra plus vite et en ligne ; surtout que le fleuret ne soit pas serré et que le poignet ne plie pas , c’est une mauvaise habitude qu’il ne faut pas laisser contracter aux écoliers.

L’éléve se remettra en garde, le bras et l’épée devant lui, le tout d’un seul temps. Le pied étant posé à terre, on doit être prêt à tirer de nouveau sans qu’il y ait la moindre chose à faire. Ensuite le maître fera passer la pointe en quarte le plus près possible du talon de son fer, la main demi-tierce, pour qu’elle ait plus de jet et d’action dans l’élévation, et dira alors à l’éléve: «Tournez les ongles, enlevez au plus haut, prenez l’opposition ; restez là. » Ici il fera encore observer la tenue du fort au foible : « Partez , relâchez - vous , le jarret gauche bien tendu » ; si le pied gauche a levé sur le développement, le pied droit se trouvera trop loin; on ne sauroit trop faire attention à cette faute, qui nuit à la fermeté des jambes; « en garde. »

Le maître exercera lui-même l’écolier le plus qu’il pourra, avant de le laisser tirer avec les autres élèves qui, étant plus forts, s’exercent pour eux, et dérangent souvent les commençants. Il lui fera faire ensuite les parades du mur, qui sont d’autant moins difficiles qu’il ne s’agit que d’un mouvement de la main. Le grand talent du maître est de savoir bien donner le fer, et toujours à l’avantage de l’éléve, c’est-à-dire, d’avoir la main plus basse que la sienne, afin qu’il sente l’effet de la prise du foible dans son élévation. Quand le maître va à la parade de quarte, et se trouve touché par la

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prise du foible , l’écolier quelquefois laisse tomber la main et le corps, le maître, qui s’aperçoit de cette paresse de la main, fait tirer le mur doucement, et force ainsi l’écolier à faire précéder le mouvement de la main à celui du corps, et à se tenir droit en cavant la hanche gauche. Pour faire parer le mur, le maître place l’élève bien sous lui, parfaitement effacé, et la garde devant lui. Il donne l’épée, son foible dans le fort, pour faire sentir l’effet de la parade, et dit : « Parez tierce en tournant la main tout-à-fait, afin de former l’angle en laissant la pointe au corps. » Le maître, en se relevant, ajoute : « Remettez-vous en garde partagée, à même de parer le dessus comme le dessous, après la parade de tierce parez quarte. » Ce mouvement a lieu en opposant quarte à quarte, et en tournant les ongles en dessous; cela détermine l’angle, produit le tac, et l’écart du fer par la parade.

Lemaître alors, jugeant l’élève réglé dans ses mouvements et ferme dans ses positions, le fera tirer avec d’autres qu’il choisira beaucoup plus forts que lui, et assez complaisants pour l’aider de leurs conseils. Aux leçons plus avancées, on s’dccupera de celle du mur à toucher; mais, pour en venir là, il faudra être bien sûr de la retenue du corps, et même on ne passera à l’exercice du mur à toucher qu’après avoir mis l’élève quelque temps à l’assaut , afin qu’il ait un certain degré de souplesse, qui est indispensable.

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