EXERCICE DES FEINTES
Lorsqu’on sera parvenu à faire tirer le mur passablement, à faire tromper l’épée à la muette, lorsque l’éléve parera bien, et qu’en tirant, sa main passera la première sans retirer le bras, lorsqu’enfin il commencera à distinguer pourquoi il fait telle ou telle chose, alors on choisit un écolier plus fort que lui qu’on lui oppose, et qui l’aide de sa complaisance. Mais, nous le répétons, il faut, avant d’en venir là, que l’élève soit déjà instruit, et en état de faire des feintes; autrement il s’habitue à n’être que ferrailleur.
Dans toutes les salles d’armes, les forts font travailler les foibles, en observant en tirant avec eux de proportionner leur force à celle des commençants; qui feroit exercer deux foibles élèves à des feintes, les habitueroit plutôt à ferrailler qu’à se perfectionner; le désordre s’établiroit, parceque chacun tirant pour soi, ne pourroit reprendre l’autre. On sent donc l’utiütéde commencer par tirer le mur doucement et en détail, pour obtenir un bel ensemble, en ayant soin que la main précède bien le mouvement du corps. Au moyen de cette régularité absolument indispensable, le commençant se met de loin à une juste mesure de son pareur. Ce pareur,
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étant plus fort, doit tenir la main un peu basse, pour donner des jours à l’éléve, et lui faciliter les moyens de tirer.
Une faute dans laquelle tombent souvent les commençants lorsqu’on leur pare des feintes, c’est de quitter le fer au moment où on le leur lie 'soit en quarte , soit en tierce : lorsqu’un tireur fait cela dans l’assaut, il faut tirer droit sur le changement le long de la lame , et avec opposition, comme cela se pratique. Le contre ou le bernent, nous l’avons déjà dit, ne s’arrêtent que par un faux battement ou un menacé. En tirant sans faire une de ces deux attaques au fer, l’homme le plus vite peut être paré dans l’instant du liement. Pour réussir sans cela il faut le plus qu’on le peut, par une pression sur le fer , produire un intervalle avant de tirer. La réussite dépend de la grande habitude.
Le tireur doit faire tout ce qui lui viendra dans l’idée, mais de préférence des coups droits , qui touchent le plus dans l’assaut ; des dégagements, une , deux , trois. Si on prend le contre, il le trompera par un contre-dégagement ; il fera des faux battements pour interrompre les contre, ensuite des menacés. Après on exécute depuis la feinte jusqu’au contre-dégagé double. Si la pointe du pareur se trouve basse, le tireur coupera, le chemin par dessus la pointe étant plus court que de dégager sous le fort de l’epée. On prépare le coupé, par un menacé fait, la main liante, afin de gagner la pointe. Pour ces coups il faut retenir le corps très en arrière; s’il étoit en avant, et que le bouton passât la garde du pareur, le fer seroit livré au battement ou au croisé. Un
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autre inconvénient du corps en avant est d’obliger à raccourcir le bras pour pouvoir passer la pointe, ce qui vous expose à être touché.
L’élève doit toujours tirer de sa place sans que le pied gauche remue, car si le pied tourne ou traîne, les coups perdent plus de moitié de leur vitesse, le jarret gauche n’est pas tendu et le tireur se trouvant trop près du pa^ reur, et ne pouvant être ferme snr ses jambes au moyen de ce qu’il s’est traîné en développant , pare difficilement la riposte. C’est donc au maître à redoubler ici d’atten tion, sur-tout dans les commencements : de sa sévérité présente dépend le mérite à venir d’un tireur. S’il laisse prendre à un élève de mauvaises habitudes, il est bien difficile ensuite de lès lui faire perdre, et il est rare que les jeunes gens aient assez de patience pour se soumettre ainsi à tout ce qù’il faudroit faire pour s’en corriger. Je dis encore, dût-on me reprocher de me répéter, qu’un maître ne sauroit trop inspecter ses élèves , afin d’arrêter dans sa naissance le défaut que contracte un écolier. C’est pour parvenir à la plus grande régularité que dans notre académie nous avons toujours exigé que nos écoliers tirassent beaucoup au mur , et c’est pour y suppléer que dans la leçon nous leur faisons déployer beaucoup de coups droits et des dégagements de vitesse. Sur vingt écoliers, il y en a à peine deux qui s’attachent à tirer le mur à toucher, comme il sera démontré au chapitre où il en sera traité.
Le pareur a la complaisance de tirer des feintes à son tour. Le commençant doit être strictement placé, tenir l’épée bien devant lui, en garde partagée, défendant le
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dessus et le dessous , le bras flexible et ayant toujours du jeu, la tenue demi-tierce, les doigt relâchés, la pointe basse fixée au corps, l’épée en quarte en dedans, formant l’angle, ainsi qu’on l’a recommandé à chaque leçon. Quand l’éléve se trouvera, dis-je, ainsi placé, on lui tirera des coups à raison de ses moyens , en les dessinant , pour ainsi dire , et les dirigeant toujours dans le talon de son fleuret, pour lui faire mieux sentir l’effet des parades. Quand on lui trompe l’épée, il ne faut pas le toucher, à moins qu’il ue soit plus dans le cas de s’ébranler. On ne doit jamais faire craindre la pointe aux commençants , cela les fait sauver, et ils n’apprennent pas à parer. La chose essentielle et qu’on ne doit pas perdre de vue, c’est de leur faire régler la parade sur les mouvements de l’adversaire. L’écolier doit toujours lier l’épée au contre très vite et revenir avec la même vitesse du contre en quarte au contre de tierce, par un très petit mouvement, comme l’indique Tarticle des parades. Ensuite il liera l’épée au demi-cercle et reviendra octave pour ramener l’épée en quarte en dedans. Il changera l’épée en tierce, liera le fer en prime ; de là il prendra seconde et ramènera l’épée en quarte en dedans. Pour que l’exécution soit prompte et précise, la main, les doigts doivent être liants, les mouvements fins et sans convulsion, ou pour mieux dire sans saccade. Chaque mouvement commencé doit être achevé sans secousse , autrement il y auroit temps perdu et le mouvement qui le suivroit en seroit ralenti. Une chose importante et sur laquelle on insiste beaucoup, c’est que les parades soient achevées sans force. C’est cette douceur ou plutôt cette précision de mouvements
qui seule donne les moyens de toucher. La contraction et la dureté dans les parades ont tant de désavantage , qu’un tireur adroit et à main légère, qui s’aperçoit de ces défauts dans son adversaire, cherche continuellement à l’y faire tomber, à ce dessein il lui marque des temps pour l’obliger à parer, et au moindre point d’appui sur sa pointe, il la dérobe avec vitesse. C’est là une des finesses et une des grandes malices de l’art.
Après avoir fait faire des feintes quelque temps à l’écolier, il faut avoir l’attention de l’habituer à riposter et à parer sur la riposte qu’on lui rend. Régie générale , on ne doit tirer sur les élèves qu’à raison de leurs moyens; sans cette attention ils se décomposeroient trop facilement, et leurN désordre seroit long à réparer.
Pour qu’ils ne prennent pas la mauvaise habitude de parer sans riposter, on leur recommandera de ne parer jamais deux fois de suite sans rendre la riposte, par la raison qu’il est des tireurs qui redoublent quand on ne leur riposte pas ; à la vérité, celui qui redouble court risque de se faire blesser s’il ne se relève pas , motif de plus alors pour rendre la riposte dès qu’on a paré.
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QUARANTE-TROISIÈME LEÇON