‹ Traité de l'art des armesChapitre 66 sur 97 · PREMIER EXERCICE DE L’ASSAUT ENTRE LE MAÎTRE ET · texte numérisé non relu

PREMIER EXERCICE DE L’ASSAUT ENTRE LE MAÎTRE ET

l’écolier.

( A vis aux maîtres. )

Le maître a fait faire jusqu’à présent, et en détail, presque tout ce qui est nécessaire pour commencer de petits assauts, conformément aux principes exposés dans cet ouvrage. Ces sortes d’assauts ne sont autre chose qu’une leçon prise à la muette , dans laquelle le maître doit mettre beaucoup d’adresse, c’est-à-dire qu’il doit s’attacher à avoir une grande retenue de corps et un toucher de fer extrêmement léger.

Les tireurs qui ont la main dure appuient trop sur Je fer, et à la moindre pression de leur part, une pointe légère se dérobe et reste au corps. Ces tireurs, dis-je, ne répondent au fer que par des mouvements convulsifs auxquels un adversaire exercé les amène facilement par de faux temps. Les maîtres ne doivent donc jamais perdre de vue ce principe de légèreté , leurs élèves et euxmêmes ne sauroient qu’y gagner.

Si le maître est encore en âge d’acquérir tout en exerçant un élève, il a la facilité d’étudier; la lenteur même de cet élève lui laisse la faculté de détailler ce qu’il fait,

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et d’observer. Il en est de même de l’amateur parvenu à une certaine force.

Une grande attention que le maître doit avoir, c’est de passer son bouton très près du talon du fer de l’élève, autrement celui-ci iroit chercher la parade trop loin , et il en résulteroit du désordre ; il ne suffit pas seulement de parer ou de tromper le fer pour toucher, il faut encore que la pointe soit régulière, qu’elle soit fixe au corps, après un mouvement quelconque, et qu’elle ne s’écarte pas d’une ligne de la direction qu’elle doit avoir; la parade en est meilleure, le fort agit davantage, à raison de ce que l’angle est plus grand. Le maître, s’il a du goût et de l’intelligence, gagnera lui -même beaucoup de main à cette leçon. Il faudra aussi qu’il tire le mur en détail, et le fasse tirer à son élève, qu’il répète souvent à celui-ci d’enlever la main droite, et de baisser la main gauche sans tirer, en dessinant le coup seulement, et en retenant le corps extrêmement sur la partie gauche, ce qui oblige à creuser la hanche gauche, et à faire agir la main avant le corps. Avec ce travail, s’il est trop tard pour lui de devenir un fort tireur, il pourra au moins avoir le talent nécessaire pour exercer ses élèves avec succès, et les rûettre en état de tirer avec d’autres écoliers. Il faut joindre à tous ces bons principes beaucoup de patience et de douceur.

Il a été dit que le maître doit mesurer sa force à celle de l’élève , et lui tromper le fer sans le toucher, puisqu’il suffit que l’écolier voie qu’il n’a pas paré; s’il craint le bouton, il fera encore moins de parade, et se sauvera sans en former aucune ; il faut qu’il reste en

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place sans crainte, sans faire aucun mouvement du corps , ni marquer le désir de s’en aller; tous ces faux temps seroient autant de temps perdus. Le maître ayant donc la précaution de ne pas toucher l’écolier, celui-ci sentira la nécessité de parer, et pour y parvenir il ne pensera qu’à faire agir sa main par des contre faits finement.

Le maître, après avoir fait placer en garde l’éléve, tiendra la main basse pour appeler les coups droits, qu’alternativement il fera tirer en dessus et en dedans, en exigeant que l’écolier reste bien à sa place, et, marchant sur lui, il serrera sur les engagements, pour l’habituer à dégager sur les pressions, et le forcer à tirer. Si le maître marche la main basse, l’écolier enlève un coup droit; il tire ensuite quarte sur les armes, qu’on lui pare au contre de quarte, en lui rendant dans sa retraite quarte sur les amies, qu’il doit parer à son tour au contre de quarte.

Quand on remarque de la désunion , on fait remettre le talon à la cheville pour reprendre l’alignement, sans perdre de vue la position du corps, celle des bras, de la main, dont il ne faut jamais négliger d’examiner l’ensemble.

Le maître fait dégager en quarte sur les armes, pour parer tierce et riposter seconde, que l’éléve pare au demi-cercle en ripostant quarte; le maître parera prime ou le demi-cercle sans riposter, pour donner à l’élève le temps de faire la reprise de seconde. S’il ne le saisit pas, il recommencera le coup jusqu’à ce qu’il le fasse passablement. Le maître fera souvent de faux batte-

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ments pour ébranler l’éléve, en lui faisant observer qu’il avoit eu l’intention de le faire tomber dans un piège, et alors il lui fait sentir l’avantage de ne répondre , soit à des faux temps, soit à d’autres mouvements , que par des contre petits ou serrés, le demi-cercle, ou des changements d’engagements suivis de parades doubles, et enfin de ne jamais prendre les simples que sur des coups jugés.

Après quelques coups , le maître , sur la fin d’une parade, marquera le faux battement et la feinte une, deux; si l’élève enveloppe le fer au contre, le maître pour l’affermir davantage fera plus, mais avant il lui replacera la main qui se dérange toujours, ainsi que le corps; après quoi, il Je surprendra par un menacé, avec le cri, l’appel du pied, et le faux battement, et la feinte une, deux; le corps du maître, en dessinant ces coups, doit être retenu, d’autant qu’il ne s’agit pas de tirer, mais seulement d’enlever la main; si l’écolier ne prend pas le contre, il s’apercevra aisément qu’il n’a pas paré; mais lorsqu’à tous ces coups il ne s’ébranlera pas, et ne répondra que par des liements de fer ou des changements d’engagements , il sera avancé dans l’art de la parade, et saura pourquoi il se trouve touché, et ce qu’il doit faire pour éviter de l’être. Le maître contredégagera lentement pour lui faciliter l’opposition en quarte sur les armes; ce qu’on appelle parade et riposte indivisées. La même chose a lieu en tournant la main tierce tout-à-fait, et l’enlevant au plus haut; l’un et l’autre de ces coups sont ce qu’on appelle le coup de temps.

Le maître engage le fer en quarte sur les armes, retient bien son corps, et, faisant un faux battement sur les armes , il tombe seconde, pour obliger ainsi l’élève à parer le demi-cercle qu’il lui fait doubler en contre-dé* gageant seconde. Le maître répétera souvent ce coup, afin que l’écolier sente qu’après avoir paré le demi-cercle, si on lui contre-dégage seconde, et qu’il le juge, il peut arrêter en octave , en ayant l’attention de tourner les ongles tout-à-fait pour achever l’angle; cette opposition sera le temps en octave. Il y a un moyen plus simple; quand l’écolier ne saisit pas facilement, le maître donne le fer à prendre au demi-cercle; il reste un temps , et passe seconde lentement ; il faut que l’élève ait peu d’intelligence pour ne pas aller à octave. Le maître ensuite engage le fer en quarte sur les armes, et tire ce coup le plus enlevé possible, en chargeant un peu le fer pour forcer son élève à primer; la main haute pour bien tenir la pointe adverse hors de la ligne du corps, il doit voir sous la main son maître, s’il ne veut pas donner de jour sur les armes après la parade, ce qui découvriroit au moins la figure. Le maître recommence à tirer droit pour faire prendre prime, et, sur la prime, il passe seconde, pour que son élève saisisse le temps en seconde par opposition. Après , le maître trompera prime /seconde , passera sur les armes, pour se faire prendre le temps en dessus, tierce pour tierce ou l’opposition, ce qui est la même chose. On peut de même, sur le demi-cercle, octave et quarte sur les armes, prendre le temps; mais il faut observer, quand on a pris l’opposition en octave ou en seconde,

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qu’on touche ou qu’on ne touche pas , de se relever en liant le fer au contre de quarte, parcequ’il est indispensable dans tous les cas de s’assurer du fer et de le maîtriser en se relevant à la parade, par la raison qu’il y a des tireurs qui, touchés, ne sentent pas les coups , et qu’il est bon avec eux d’user de précaution.

Le maître dans le cours de ces petits assauts amène l’élève à faire beaucoup de contre, qu’il trompe souvent pour l’accoutumer à doubler dans tous les sens ; par ce moyen , la parade double devient chez les écoliers une seconde nature; ils doublent et triplent même les parades. Un pareur qui pare, ce qu’on appelle bien , et toujours d’après les vrais principes, est très difficile à toucher. Le maître dans ses retraites serrera de la pointe pour donner la facilité de couper, et amènera graduellement l’écolier à l’exécution de tous les coups démontrés dans les leçons précédentes. Ce sont là les moyens que nous avons employés, et qui sont jugés les meilleurs pour faire faire des progrès rapides et assurés aux élèves.

Il faut bien se garder, avant qu’ils soient en état , de les faire tirer avec des écoliers plus forts qu’eux , cela les retarderoit au lieu de les avancer, parceque, comme nous l’avons déjà dit, on trouve difficilement des écoliers assez complaisants pour ne tirer que d’après la foiblesse de l’élève qui s’exerce avec eux; il faut donc mieux pour ce dernier, en attendant qu’il ait acquis la régularité nécessaire, ne tirer qu’avec le maître.

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