‹ Traité de l'art des armesChapitre 75 sur 97 · DU CROISÉ AU DEMI-CERCLE · texte numérisé non relu

DU CROISÉ AU DEMI-CERCLE

Le maître, suivant l’usage, ayant disposé l’élève par plusieurs coups tirés en divers sens, lui fera engager l’épée en tierce. Si j’ai, lui dira-t-il, une garde tendue, croisez l’épée au demi-cercle; il ne s’agit pour cela que de tourner entièrement la main quarte à la hauteur de la bouche, comme si vous formiez la parade du demicercle. Ce tourné de la main forme un grand angle, enveloppe la pointe adverse et la chasse dans le dedans d’une manière violente, comme le croisé en seconde la chasse en dehors, et la main de l’adversaire en éprouve un ébranlement qui va jusqu’à la douleur. Si son fleuret n’en saute pas, la main au moins est tellement dé-

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rangée qu’elle n’a pas le temps de revenir à la parade du coup qui suit le croisé. Aussi n’emploie-t-on ordinairement les croisés que contre les tireurs qui mettent beaucoup de force; plus ils en mettent au surplus, et plus ils donnent de prise et de facilité contre eux.

Il a été dit que les battements et les croisés font l’effet du levier; mais quand ils ne sont pas bien faits, ils durcissent la main; on recommandera toujours à l’éléve de ne s’y exercer qu’avec son maître, et quand il est parvenu à les bien saisir au plastron , il ne devra encore les hasarder qu’avec de forts tireurs. Sans cette attention, comme on vient de le dire, sa main, qui n’a pas encore tout le liant nécessaire, court risque de se durcir.

Dans un bel assaut rarement on verra des battements et des croisés, parceque deux forts tireurs doivent avoir leur garde liante et flexible, avec la pointe légère. Le bon tireur sur lequel on tente un croisé ou un battement, non seulement évite la pression en cédant, mais il est prêt à partir aussitôt, et c’est là ce qu’on appelle avoir la pointe et la main légères, des jambes et de Fàpropos.

QUARANTE-HUITIÈME LEÇON

d’après LES BATTEMENTS EN TIERCE ET EN QUARTE.

Le maître, après avoir fait tirer des coups droits, passer des dégagements de vitesse, prendre h épée en quarte et en tierce, frapper du pied, marché, conduit l’éléve à l’exercice des contre, afin de l’habituer à suivre l’épée en marchant, il faut que l’éléve ait soin d’être bien ployé sous lui, d’avoir ses hanches bien effacées, que le maître de son côté lui donne le temps de se replacer dans ses retraites, point essentiel, et souvent trop négligé. Souvent dans la chaleur de sa leçon , le maître dans des coups de vigueur fait moins d’attention à la fermeté des jambes; il perd de vue que le pied gauche lève ou traîne , que le jarret alors n’est pas tendu, ou ne l’est qu’après coup ; ce qui ôte au développement toute sa valeur. Cette négligence, qui a lieu dans trop de leçons, me fait insister auprès des maîtres pour ne jamais interrompre leur coup-d’œil général sur le développement, qui est une des causes principales du coup touché.

L’écolier étant bien préparé par quelques coups simples et de vitesse qu’il aura tirés, le maître, l’épée engagée en quarte, lui dit : « Frappez du pied. Si j’ai la

garde tendue, battez mon fer en quarte, tournez les ongles, enlevez et tirez quarte droit dans les jours que vous vous êtes faits.» Votre adversaire, voyant que vous l’attaquez par des battements, prendra une garde plus liante; il donnera son fer pour vous provoquer au battement en quarte , et dans le dessein d’éviter votre coup en passant quarte sur les armes; battez alors légèrement, et, s’il passe dessus, opposez quarte sur les armes, ou tournez les ongles de tierce pour avoir plus de hauteur, enlevez la main en opposant tierce à tierce; c’est le coup de temps ou coup d’opposition , qui se tire en quarte sur les armes ou en tierce, comme il vient d’être expliqué.

Engagez l’épée en quarte ; si ma garde est assez flexible , faites un menacé de quarte en retenant le corps bien assis sur la partie gauche; si alors je tends l’épée, battez-la en quarte, et tirez sur ma faute; car c’en est une, puisque, comme je l’ai déjà expliqué, on ne doit répondre à tous les mouvements possibles que par des liements de fer et des changements d’engagement extrêmement fins et très justes du fort au foible. En garde. Le maître prend le fer en tierce , et dit : « Engagez l’épée en quarte. Si j’ai la garde tendue, vous batterez l’épée. »

Il y a des tireurs qui marchent ou serrent très vite en faisant le battement; si vous êtes dans ce cas, et que je n’aie pas le temps ni assez de vitesse pour passer sur les armes après votre battement, je laisse alors tomber ma pointe en dedans en tournant la main tierce, et je

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me trouve en prime; c’est la parade la plus prompte, et la riposte en est, pour ainsi dire, imparable.

Chez le commun des tireurs qui serrent en battant le fer, le corps est ordinairement abandonné, et leur coup est à peine fini qu’ils ont déjà la riposte. Les battements ne s’évitent qu’en cédant à la force, qu’en ayant la main extrêmement liante et une pointe si légère que l’adversaire la sente à peine. Celui qui hasarde un brisement de fer quelconque sur une telle pointe, est toujours pris avant que son battement ne soit achevé. Un tireur qui aura la retenue du corps sait que je puis prendre prime sur le battement.

Le maître reprend l’épée en tierce, et dit à l’élève: « Engagez-la en quarte et battez-la; je ced r en prenant prime, retenez le corps et passez seconde. * Lemaître peut mener cet exercice depuis seconde jusqu’à la fein> te, la double-feinte, etc. Quand il voit beaucoup de régularité et de fermeté dans les jambes, il peut se donner le plaisir de compliquer les coups pour le bien de la main et la retenue du corps. Il aura soin aussi de faire replacer l’élève dans sa retraite et de l’assujettir à rester sur le développement; car il y a toujours quelque chose à corriger, soit dans la garde, soit dans quelques parties du développement , et la moindre négligence du maître à cet égard peut entraîner de graves inconvénients pour l’assaut, où, malgré la plus sévère attention, il se glisse toujours quelque désordre.

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