CHAPITRE IX
TRAITEMENT
L’artério-sclérose est l’aboutissant commun d'altérations diverses du système artériel. Elle résulte de processus de défense et de réparation de la paroi des artères qui s’hyperplasie. Mais les modifications défensives sont imparfaites; elles évoluent dans des conditions défectueuses, puisque les portions hyperplasiées dégénèrent. La calcification ellemême est un procédé mis en œuvre pour assurer la solidité compromise de l’artère.
On pourrait donc établir un traitement préventif de l’artério- sclérose, en supprimant un certain nombre d’états pathologiques dont cette affection est l’aboutissant. Diminuer les atteintes des maladies infectieuses et toxiques, réduire l’usure de la vie, proportionner l’effort de chacun à la somme de travail qu’il est capable de fournir, c’est établir en même temps la prophylaxie de l’artério- sclérose. Mais on peut espérer aussi qu’on possédera un jour le moyen d’agir plus directement dans certaines formes d’artério -sclérose. Nous savons maintenant le rôle de la suractivité des glandes surrénales dans la production des lésions artério- scléreuses des artères, et nous connaissons les caractères cliniques qui permettent de diagnostiquer la forme surrénale de l’artério-sclérose. Il est légitime de penser qu'on parviendra à modérer l'activité fonctionnelle de ces glandes, à l’aide de procédés
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thérapeutiques. On sera alors en mesure de prévenir les altérations artério-scléreuses déterminées parla sécrétion interne des surrénales.
Il convient de favoriser, une fois les lésions en évolution, les modifications défensives des artères, et de diminuer, dans la mesure du possible, les altérations dégénératives qui les troublent. C’est pourquoi on devra épargner au système artériel tout travail exagéré, tout surmenage. On tiendra compte de ce fait que l’aptitude fonctionnelle du système artériel est diminuée chez les artério-scléreux.
De plus, les réactions nerveuses, l’accommodation des différentes portions du système vasculaire sont imparfaites. C’est ainsi que l'on constate des réactions vaso-motrices exagérées ou incomplètes, que l’on voit le cœur intervenir dans des phénomènes d'adaptation vasculaire auxquels suffisent, chez l'homme normal, les moyens périphériques. Il résulte de ces conditions défectueuses, qu’un effort plus considérable est nécessité pour aboutir aux mêmes actes vasculaires, chez l’artério-scléreux. Le travail effectif est amoindri, la fatigue et le surmenage sont plus faciles et plus rapides. Ils sont aussi plus pernicieux, puisqu'ils empêchent la réparation et favorisent les modifications dégénératives des éléments anatomiques de la paroi des artères.
Il est des cas cependant où les altérations sont strictement limitées à un segment artériel. Nous avons vu qu’il n’est pas rare que les lésions se cantonnent, par exemple, au niveau des radiales, le reste du système artériel étant pour ainsi dire indemne. Parfois il n’y a pas de manifestations viscérales, 1 état de santé est parfait, tous les symptômes se réduisent à la constatation de la dureté particulière des artères radiales, sans aucune tendance à l’extension des lésions à d’autres portions du système artériel. Le traitement se bornera, en pareil cas, à quelques précautions hygiéniques. Il faudra cependant suivre ces malades et les surveiller,- on sera prêt à instituer un traitement hygiénique plus sévère si l'on constatait l’apparition de quelque autre manifestation ,
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de quelque petit signe d’artério-sclérose. A côté du traitement général de lartério-sclérose , il y aura lieu d’envisager les indications résultant des modifications des circulations locales et des troubles viscéraux ; nous exposerons quels moyens on peut mettre en œuvre contre les divers accidents et symptômes auxquels sont sujets les artério- scléreux.
Nous étudions donc successivement :
1° Le traitement général de l’artério-sclérose ;
2° Le traitement particulier des accidents.
Le traitement comporte des moyens hygiéniques et des moyens médicamenteux.
Traitement hygiénique. — Les artério-scléreux éviteront le surmenage, de quelque nature qu’il soit. Il leur est interdit de se livrer à des occupations pénibles, de mener une vie agitée et trop active. Les travaux intellectuels prolongés, les veilles, les plaisirs sont au moins aussi nuisibles que le surmenage physique. Des accidents graves surviennent parfois à la suite de fatigues intellectuelles ou corporelles. On mettra aussi, dans la mesure du possible, les malades à l’abri des émotions vives. Les signes d’insuffisance cardio-rénale ou cérébrale font, dans certains cas, leur première apparition dans ces conditions : des crises d’angine de poitrine, l’insuffisance cardiaque suraiguë ou à marche chronique ont été souvent observées à l’occasion d’une émotion violente, d’une mauvaise nouvelle, de l’annonce de la ruine ou de la mort d’un être cher, etc. Les fonctions organiques des artério-scléreux sont en état d’équilibre instable ; il suffit d’un incident qui serait incapable de troubler un organisme normal, pour que les méiopragies, latentes jusqu’à ce moment, se révèlent brusquement. Parfois c’est à l’occasion d’une maladie infectieuse, même
légère, que surviennent les premiers accidents ; aussi devra -t- on veiller à ce que le malade ne s’expose pas à la contagion de la grippe, à ce qu’il évite le froid qui pourrait favoriser l’éclosion d’infections pharyngées, bronchiques ou pulmonaires. Nous avons noté d’ailleurs que l’impression du froid est parfois la cause occasionnelle d’accès de dyspnée aiguë ou d’œdème aigu du poumon.
L’artério-scléreux, même quand il ne présente pas de manifestations nettement localisées, est un être fragile, sans cesse menacé d’accidents divers. Il continue à vivre à peu près normalement quand la route est unie, mais on doit craindre qu’il trébuche quand des obstacles surviennent. Il fournit l’effort de la vie habituelle; mais il ne pourrait faire, sans inconvénients, trop de dépenses supplémentaires d’énergie. Ces malades doivent donc être entourés de soins; il faut les préserver contre tout ce qui pourrait leur être nuisible. Il est impossible par suite d’établir des règles absolument strictes. On doit compter, dans la plus large mesure, avec les prédispositions et les conditions de vie spéciales à chaque individu. Il faut faire preuve en pareil cas de sens clinique, agir avec beaucoup de circonspection , de tact et de doigté.
C’est ainsi qu’on demande souvent au médecin si tel malade doit quitter ses affaires ou cesser d’exercer sa profession pour se soumettre à un repos complet. La réponse est loin d’être aisée dans tous les cas. Tout d’abord, certains sujets éprouvent une vive émotion quand ils apprennent qu’ils sont atteints d’artério- sclérose. On a vu des manifestations neurasthéniques ou autres, en rapport avec le mauvais état du système artériel , se produire ou s’aggraver à l’occasion de l’énoncé brutal du diagnostic. Il ne faudrait pas s’en tenir aux propos du malade ; certains se disent très courageux et préparés à tout, qui sont précisément les plus timorés et les plus émotifs. Voilà une première raison pour être prudent dans ses réponses.
Mais ce n’est pas tout. Le fait que le malade est nettement artério -scléreux ne nécessite pas toujours son éloi-
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gnement des affaires et de ses occupations habituelles. Si le malade n’est en proie à aucun accident grave immédiat, s’il peut encore donner un rendement suffisant sans se surmener, si ses occupations n’exigent pas une activité trop considérable ; si, en un mot, après avoir pesé le pour et le contre, on apprécie qu’il est capable de fournir un travail supérieur à celui qui est nécessaire, on lui permettra de rester dans les affaires ou d’exercer sa profession. Cependant on n’abandonnera pas le malade à lui-même ; il aura besoin d’être surveillé et suivi, on lui conseillera d’éviter les fatigues et de ne pas trop se dépenser.
Parfois la question est plus délicate. Le malade présente quelques accidents plus ou moins sérieux, accès d’angine de poitrine, dyspnée en rapport avec une dépuration urinaire défectueuse, etc. Dans les cas où ces manifestations sont relativement peu graves, ou si elles cèdent au bout de quelques jours de repos à un traitement vigoureusement conduit, on peut encore laisser la malade à ses affaires et à ses occupations professionnelles. Mais il ne faut le faire qu’à certaines conditions. Le malade ne subira aucune espèce de fatigue, ni à plus forte raison de surmenage ; il ne s’exposera pas aux émotions. Il restreindra son activité le plus possible, il se tiendra à l’écart des soucis. C’est dans cette mesure seulement qu’il sera autorisé à continuer ses occupations, mais il ne le fera que sous la stricte surveillance du médecin. C’est qu’en effet l’apparition de nouvelles manifestations ou l’aggravation des anciennes, l’accentuation des indices de déficit fonctionnel, peuvent nécessiter à un moment donné la cessation temporaire ou définitive des occupations actives du malade.
Il est des cas enfin où l’on doit imposer au malade de se reposer, et où il est indispensable de le soustraire à des tracas et à des fatigues qu’il est hors d’état de subir. On ne s’y résoudra que si la nécessité d’une pareille mesure est évidente d’emblée, ou si on a acquis la certitude qu’il en est ainsi, après avoir suivi le malade pendant quelque temps.
Il résulte de ce que nous venons de dire qu’on ne doit pas
obliger tous les artério-scléreux à quitter les affaires ou à cesser d’exercer leur profession. Ce serait une grande erreur de croire qu’il faut condamner tous les artério-scléreux au repos absolu. Bien mieux, il est des cas où les malades se sont fort mal trouvés d’une telle prescription. Un homme mène une vie d’affaires active ; il présente quelques indices d'artério-sclérose. On lui fait quitter ses occupations, dans l’intention de le soustraire aux fatigues et avec l’espoir de voir rétrocéder les symptômes ou, du moins, de ne pas en voir apparaître d’autres. Mais, contrairement à ce que l’on attendait, la situation, loin de s’améliorer ou de rester stationnaire, s’aggrave. Des troubles artério-scléreux divers surviennent : souvent ce sont des symptômes neurasthéniques et des manifestations de méiopragie cérébrale ; il n’est pas rare que ces sujets tombent dans un état de dépression générale. Les affaires leur manquent, ils s’ennuient, ils perdent toute énergie. Ils succombent parfois rapidement à des accidents artério-scléreux. Dans un même ordre de faits, il arrive fréquemment que des fonctionnaires ou des militaires arrivés à l’âge de la retraite, bien qu’encore actifs, ne s’accommodent pas à leur vie nouvelle et survivent peu à la cessation de leurs occupations. Rien n’est plus préjudiciable aux artério-scléreux qu’un changement complet d’existence. On se souviendra de ces faits quand on sera appelé à prendre une décision.
Le régime alimentaire fera l’objet des préoccupations du médecin. Tant que le malade ne présentera pas d’accidents nécessitant des précautions spéciales, l’alimentation sera mixte, légère, peu riche en viande, peu relevée par des épices ou par du sel. L’alimentation sera essentiellement constituée par des potages, des viandes rôties préparées sans sauces, des poissons légers (sole, merlan, truite de rivière) cuits au beurre ou frits, des légumes cuits sans assaisonnements, du pain en quantité modérée, des œufs, des fromages peu fermentés, des fruits cuits en petite quantité, des fruits crus. Certains médecins interdisent le bouillon aux artério-scléreux; ils
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s’appuient sur des considérations théoriques et redoutent l’action toxique des substances en dissolution. Il nous semble que ces craintes sont exagérées; le bouillon, dont la valeur nutritive est presque nulle, rend néanmoins de réels services en tant qu’apéritif et peptogène. On le permettra donc, s’il n’y a pas de contre-indication, comme des manifestations d’insuffisance rénale. Mais on interdira aux malades d’en prendre de grandes quantités, comme certains auraient tendance à le faire. On laissera les malades manger de la viande, en quantité modérée. Ils auront de la viande à midi, mais ils s’en abstiendront en général au repas du soir. Les malades pourront prendre des viandes noires ou des viandes blanches : poulet, veau, porc frais, bœuf, mouton. On veillera à ce que la viande soit très fraîche. Les viandes faisandées ou marinées, le gibier, sont au contraire défendus. Certains interdisent les viandes noires : bœuf, mouton, et n’autorisent que les viandes blanches; cette interdiction ne nous semble pas justifiée. On recommandera de surveiller spécialement la viande de veau , qui devient parfois assez rapidement le siège de fermentations sans odeur de putréfaction.
Certains mets sont particulièrement nuisibles aux artérioscléreux. On interdira le gibier de toute espèce ; la viande des animaux tués après poursuite est très toxique. On défendra les ragoûts, les sauces, les mets épicés, les condiments, les cornichons, les pickles, les hors-d’œuvre. Les pâtés de viande ou de gibier, le foie gras, la charcuterie, seront interdits. Les malades ne mangeront pas de homards, d’écrevisses, de crevettes, de coquillages, de moules, d’huîtres, de caviar, de poissons fumés ou marinés; les poissons dont la chair est toxique ou indigeste, comme le saumon, le maquereau, le brochet, ne seront pas permis ou seront seulement autorisés de temps en temps et en petite quantité. On défendra l’oseille et les asperges, ainsi que les choux, difficiles à digérer; les tomates sont permises, mais en petite quantité. Tous les aliments serontpeu salés, pourprévcnirdansune certaine mesure
l’accumulation du chlorure de sodium. Mais il ne faut cependant pas supprimer complètement le sel de l’alimentation en dehors d’indications spéciales que nous aurons à préciser plus loin. Les malades qu’on laisse trop longtemps ou inutilement au régime déchloruré perdent l’appétit, ont du dégoût pour les aliments et s’affaiblissent.
On recommandera aux malades de manger lentement et de mâcher avec soin. On surveillera l’état des dents. Souvent les troubles digestifs reconnaissent pour cause la division et l’insalivation défectueuses des aliments.
Comme boisson aux repas, on recommandera de l’eau avec un peu de vin, ou de l’eau bouillie pure, ou de l’eau minérale (Vittel, Contrexéville , Évian, etc.), avec un peu de vin. On ne boira pas continuellement de l’eau minérale; il ne faudra en faire usage que par périodes. Les artério- scléreux pourront prendre du lait comme boisson, mais uniquement si cette boisson leur plaît; il n’est pas utile de prescrire le lait en temps ordinaire et sans indication spéciale , surtout si le malade ne l’absorbe qu’avec répugnance; dans ce dernier cas, on réservera l’usage du lait pour les moments où il est indispensable. On pourra encore recommander les boissons chaudes aux repas, comme la tisane, le thé très léger; certains malades prennent avec plaisir une tasse d’infusion de camomille une demi-heure après les repas. On ne permettra les boissons alcooliques, vin pur, champagne, bière, cidre, qu'en petite quantité. On est souvent obligé d’en interdire absolument l’usage, les malades se laissant sans cela trop facilement entraîner à dépasser la mesure. Il faut, par contre , défendre absolument les apéritifs, les liqueurs. Ces prescriptions ne sont pas toujours faciles à faire observer par des malades qui font un usage immodéré de boissons sans s’en rendre compte.
Les malades ne feront du thé et du café qu’un usage modéré. Ils s’abstiendront de thé et de café forts.
On défendra aussi l’usage du tabac sous toutes les formes. Nous avons longuement insisté sur l’action nocive qu’exerce JosuÉ. Traité de l’artério-sclérose. 22
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le tabac sur les artères et sur le cœur. Cette interdiction doitelle être absolue? Quand le malade présente des accidents cardio-aortiques, angine de poitrine, etc. , la réponse n’est pas douteuse ; on doit défendre absolument l’usage du tabac. Mais s’il n’y a aucune contre-indication spéciale, si le malade souffre trop de la privation de tabac, on pourra lui permettre de fumer, mais très peu : pas plus d’un ou deux cigares très légers par jour. Le malade prendra de plus la précaution de ne pas séjourner dans les endroits où il y a de la fumée de tabac.
Le régime des artério- scléreux sera donc un régime mixte. Nous pensons qu’il faut rejeter les régimes trop stricts et trop spéciaux. Le régime mixte est celui qui convient le mieux à l’homme. Le régime lacté absolu et le régime lacto -végétarien sont des régimes d’exception qui trouvent leurs indications très précises dans certains accidents des artério-scléreux. Cependant on restreindra, comme nous l’avons déjà dit, la quantité de viande ingérée, et l’on se contentera aux repas du soir de lait, laitage' œufs, légumes, fruits. Si le malade n’a pas de répugnance pour le lait, on pourra lui en faire prendre une tasse le matin en se levant avec le premier déjeuner et encore à dix heures du matin et à quatre ou cinq heures de l’après-midi.
La quantité des aliments ingérés par le malade sera modérée. Il se tiendra, en cela aussi, dans la moyenne mesure. Si la nourriture doit être suffisante, il faut éviter les repas trop copieux. Mais on ne peut pas poser de règles s’appliquant à tous les malades. Il faudra apprécier les quantités nécessaires dans chaque cas particulier. Un sujet menant une vie relativement active consomme plus qu’un homme ayant des occupations sédentaires. On tiendra compte, dans la mesure la plus large, des variétés individuelles.
Le malade prendra une quantité modérée de boissons. Il se trouvera souvent bien de boire le matin en se levant et le soir avant de se coucher un verre d’eau fraîche (bouillie) ; ou pendant quelques mois, quinze jours ou trois semaines par
mois, un verre d’eau d’Évian ou de Vittel, et les autres jours de l’eau ordinaire.
On voit parfois l’artério-sclérose coïncider avec l’obésité, et la question se pose de savoir s’il faut soumettre ces malades à une cure d’amaigrissement. Edgren se contente, si les malades ont des habitudes sédentaires, de leur prescrire quelques exercices modérés et de les soumettre au régime des artérioscléreux. Il a obtenu ainsi un aimaigrissement de six à dix kilogrammes en deux à trois mois. Mais le même auteur déconseille la cure stricte d’amaigrissement avec régime carné absolu et restriction de la quantité des boissons. Les résultats d’un pareil régime sont désastreux. Edgren a vu des patients soumis à la cure de faim et de soif s’affaiblir, devenir neurasthéniques et présenter quelques signes d’insuffisance cardiaque commençante. Il pense même que les lésions artério-scléreuses ont progressé rapidement dans ces conditions.
Nous avons signalé la glycosurie des artério - scléreux ; nous avons vu que celle-ci peut être accompagnée ou non d’autres symptômes diabétiques. Faut -il en pareil cas soumettre les malades à un régime antidiabétique sévère? Nous ne le pensons pas. La glycosurie est souvent peu abondante et transitoire; elle disparaît alors aisément, en restreignant pendant peu de temps l’ingestion des hydrates de carbone. Si la quantité de sucre est plus considérable et si d’autres symptômes de diabète ont fait leur apparition, on soumettra pendant quelque temps les malades à un régime plus strict. Mais il ne faut pas appliquer d’une façon absolue le régime diabétique ; une alimentation exclusivement carnée serait mal supportée. En tout cas, si on est obligé d’agir avec une certaine énergie contre les accidents diabétiques, il sera prudent de ne pas continuer trop longtemps un régime qui pourrait déterminer des accidents d’une autre sorte.
Exercices physiques. Hydrothérapie. Massage. — Les artérioscléreux ne doivent pas rester sédentaires. Il est impossible d'établir des règles applicables à tous les malades, les indi-
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cations sont différentes suivant les cas. Un sujet entraîné depuis son jeune Age pourra se livrer à des exercices qui seraient beaucoup trop fatigants pour d’autres malades. Il faudra éviter en effet de surmener les malades et de leur faire subir des fatigues supplémentaires, sous prétexte de traitement. On recommandera de faire de la marche au grand air en terrain plat. D’autres exercices peuvent être d’une certaine utilité chez les artério -scléreux au début, mais on imposera au malade la plus grande modération. On défendra absolument les exercices nécessitant un entraînement nouveau, et les luttes sportives où l’émulation fait trop facilement oublier les conseils de prudence.
L’hydrothérapie peut rendre des services. Cependant on déconseillera l’hydrothérapie trop froide ou trop chaude, qui détermine des réactions trop vives et des modifications brusques de la statique sanguine. Les bains et les douches tièdes sont en général bien supportés ; les douches seront en tout cas de courte durée. On fera faire au malade des frictions sur tout le corps le soir avant de se coucher, ou matin et soir, à l’aide d’un gant de crin ou d’une flanelle imbibée d’eau de Cologne. On interdira les bains de vapeur ; ceux-ci ne sont pas sans inconvénient chez des malades dont la dépuration urinaire doit toujours être surveillée. On sait en effet que les bains de vapeur déterminent une sudation abondante et diminuent, par suite, l’excrétion urinaire.
Le massage et la gymnastique suédoise sont utiles en favorisant les circulations périphériques. Le massage abdominal est un excellent moyen pour lutter contre la constipation.
Les artério-scléreux devront éviter la constipation. Celle-ci s’observe fréquemment chez ces malades. Elle est souvent opiniâtre. Elle est le point de départ de troubles variés et de phénomènes d’auto-intoxication. Diverses manifestations et surtout les troubles cérébraux sont souvent aggravés par la constipation. On en aura raison à l’aide de lavements dont
il ne faudra pas abuser pour ne pas déterminer de spasme et d’entérite muco-membraneuse, par les laxatifs doux, rhubarbe, etc., ou par le massage abdominal. De temps en temps, on administrera de l’huile de ricin pour assurer une évacuation plus complète. Chez les artério-scléreux dont les reins ne sont pas atteints, et surtout chez les obèses, on pourra prescrire tous les matins, au lever, une cuillerée à café de sel de Carlsbad ou un paquet de sept à dix grammes de sulfate de soude dans un quart de verre d’eau de Vichy (Célestins) tiède. On continuera cette médication pendant un mois; on interrompra une quinzaine de jours, pour la reprendre ensuite.
On veillera aussi à ce que les artério-scléreux dorment bien. C’est là un point important de l’hygiène des artérioscléreux. Une bonne nuit de sommeil suffit à faire disparaître des troubles pénibles. Or les malades se plaignent souvent d'insomnies. Romberg insiste sur l’importance du sommeil chez les artério-scléreux. On fera d’abord usage de moyens tels qu’infusions chaudes avant de se coucher, enveloppements, bains complets ou partiels à la température de 33 à 35°. Parfois il suffira de diminuer le repas du soir, de supprimer la viande au dîner, d’interdire le travail du soir, pour procurer un bon sommeil au malade. S’il faut recourir aux moyens médicamenteux , on donnera un cachet de 50 centigr. de sulfonal, de trional ou de véronal avec une tasse d’infusion chaude, ouàine cuillerée à café, ou deux au plus, de bromidia. Une fois que le malade aura passé une bonne nuit, on diminuera la dose du médicament les nuits suivantes, jusqu’à ce qu’on arrive à obtenir le sommeil spontané.
Climat. Stations thermales. — On évitera dans la mesure du possible les climats froids et humides, les endroits exposés au vent. Les climats secs et tempérés sont les plus favorables. L’altitude ne sera pas supérieure à 7 ou 800 mètres; sfle malade présente des indices d’insuffisance cardiaque, on restera en dessous de 500 mètres. Le séjour
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au bord de la mer est contre-indiqué; les malades, surtout s’ils sont nerveux, ne supportent pas bien le grand air et le vent de la mer. A la rigueur, les malades pourraient fréquenter certaines plages abritées contre le vent, mais à la condition de ne pas séjourner au voisinage de la mer. Les malades auront avantage à passer l’hiver dans le Midi de la France, dans les stations méditerranéennes; mais ils ne devront pas s’approcher du littoral. Les déplacements et les voyages seront utiles dans les cas où les malades ne pourraient pas se reposer chez eux. Il devient parfois nécessaire d’éloigner les malades de leurs affaires et des préoccupations quotidiennes. Mais il faut veiller à ce que le voyage constitue un véritable repos et ne devienne pas une nouvelle source de surmenage. Le malade mènera une vie calme et tranquille, loin des plaisirs et des agitations. Certains malades, par contre, tirent peu de profit des voyages qui les éloignent trop longtemps de chez eux. Ils se montrent inquiets, agités, nerveux. Les changements de vie ne valent rien pour certains artério-scléreux qui ont peine à modifier leurs habitudes. 11 ne faut pas conseiller les voyages à ces malades.
Les artério-scléreux sont souvent améliorés par des cures dans les stations thermales. Mais il faut, pour que les résultats soient favorables, faire un choix judicieux des eaux minérales que l’on recommande aux malades. Le traitement hydro-minéral répond chez les artério-scléreux à une double indication : faciliter la circulation en amenant une vaso-dilatation périphérique et déterminer par suite un abaissement de la pression artérielle ; favoriser la diurèse, faire un vérL table lavage de l’organisme qui le débarrasse des substances toxiques qui l’encombrent. Ce n’est pas tout; comme le fait justement remarquer Huchard, il faut encore que le malade trouve dans la station qu’il fréquente le repos de corps et d’esprit indispensable pour obtenir de bons résultats.
Les eaux sulfureuses, les eaux fortement minéralisées,
notamment les eaux chlorurées sodiques trop fortes sont contre-indiquées.
Les artério-scléreux nerveux, à réactions vives, présentant parfois des manifestations plus nettement névropathiques, neurasthéniques ou hystériques, se trouvent souvent bien d’une cure à Bagnoles, Bourbon-Lancy , Luxeuil, Néris, Plombières. Ces stations sont particulièrement indiquées tant que le rein fonctionne normalement. Les eaux de Bourbon-Lancy, notamment, exercent surtout une action sédative périphérique en même temps que le traitement accessoire, massage, massage abdominal, etc. , favorise la circulation périphérique. Bourbon-Lancy est indiqué tant que le rein n’est pas atteint. La contre-indication est formelle si des signes nets de néphrite interstitielle font leur apparition (Piatot1).
C’est alors que sont surtout indiquées les eaux minérales qui servent à désintoxiquer l’organisme et à pratiquer une sorte de lavage de l’organisme. Mais ces eaux rendent également des services aux malades qui sont encore à la période précédente de la maladie. Ce sont les eaux froides très peu minéralisées que l’on prend à Contrexéville, Évian, Martigny, Thonon, Vittel. Les eaux d’Évian sont remarquables par la rapidité avec laquelle elles sont absorbées et éliminées. Un point mérite d’être mis en lumière, c’est qu’il ne faut pas faire absorber aux malades de trop grandes quantités de liquide. Parfois même on augmente la diurèse en réduisant l’eau ingérée (Chiais2, Bergouignan3). L’ingestion d’eau en quantité exagérée peut présenter, par contre, des inconvénients sérieux. La cure d’Évian, qui rend de si grands services aux artérioscléreux, est contre-indiquée chez les malades en état d’hyposystolie ou d’asystolie, ou chez ceux qui présentent des signes de grande urémie. Ajoutons que les malades se
1 Piatot, Traitement des maladies du cœur, de la goutte et du rhumatisme & Bourbon-Lancy, 1905.
2 Chiaïs, L’eau d’Évian. Paris, 1903.
3 Bergouignan, Les cardiopathies artérielles et la cure d’Évian. Paris, 905.
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trouvent parfois bien de cures de petit -lait ou de raisins.
11 nous reste à parler du traitement par les bains carbogazeux. Ce sont des bains effervescents, de telle sorte que la peau du baigneur est couverte d’une infinité de petites bulles gazeuses, la soustrayant en partie au contact de l’eau. Ces bains sont donnés à Châtel-Guyon, Cudowa, Ems, Franzensbad, Kissingen, Nauheim, Royat, Saint-Nectaire, Salins- Moutiers, Spa, Vichy. On pratique la balnéation carbogazeuse dans l’eau minérale spontanément effervescente. Mais on peut aussi faire des bains carbo-gazeux artificiels ; cependant ceux-ci seraient moins efficaces (Schott). Le bain se donne à la tempértaure de 34°, mais on peut descendre à 30° ou même à 28°. La durée sera de sept à huit minutes pour commencer , puis on augmentera lentement jusqu’à quatorze minutes, sans dépasser vingt minutes. On donne un bain tous les deux jours, puis un bain deux jours de suite avec un jour de repos ensuite, puis on laissera un jour de repos après trois bains. Il ne faudrait donner qu’un bain tous les trois jours , puis un bain tous les deux jours, d’après MougeotL Aussitôt dans le bain, le malade éprouve une sensation de fraîcheur qui peut aller jusqu’au frisson. La peau se couvre de petites bulles de CO2. Après le bain, le malade a une sensation d’allègement et de bien-être, en même temps que la peau est le siège d’une rougeur intense.
Le bain carbo-gazeux est indiqué tout au début de l’arté-
Mougeot, Le bain carbo - gazeux , Thèse de Paris, 1905. Le bain carbo-gazeux
artificiel peut être faible, moyen ou fort.
Voici comment on prépare le bain faible :
A. Chlorure de sodium 3 kgs
Chlorure de calcium fondu 300 grammes.
A faire fondre dans l’eau du bain.
B. Bicarbonate de soude 300 grammes.
A ajouter immédiatement avant l’entrée du malade.