‹ Traité de l'aspiration des liquides morbides; méthode médico-chirurgicale de diagnostic et de traitementChapitre 10 sur 79 · VALEUR ET CRITIQUE DE LA MÉTHODE · texte numérisé non relu

VALEUR ET CRITIQUE DE LA MÉTHODE

Je viens de poser les indications générales d'une méthode qui s'adresse au diagnostic et au traitement de tous les liquides pathologiques, et qui embrasse un des côtés les plus vastes de la médecine et de la chirurgie. Dans le cours de ce travail, j'ai évité de comparer l'aspiration aux autres procédés qui, à des époques diverses et en des mains différentes, ont tenté de résoudre le même problème, car une telle étude, en introduisant dans la discussion des éléments

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étrangers, n'eût servi qu'à compliquer une question que tous mes efforts tendent à simplifier.

Beaucoup d'autres procédés ont une valeur que je ne conteste pas, et je suis loin de prétendre que l'aspiration doive toujours et partout leur être préférée ; mais la supériorité d'un procédé ou d'une méthode ne peut être établie au moyen de discussions dans lesquelles les théories jouent trop souvent le principal rôle; aussi je m'en suis tenu au simple exposé des faits cliniques, seule preuve absolue et seul argument incontestable, et j'ai rejeté toutes les hypothèses et tous les raisonnements plus ou moins subtils, considérant que l'observation exacte et rigoureuse est l'unique base sur laquelle une méthode puisse être édifiée.

Mon premier soin a été d'établir l'origine de l'aspiration, et j'ai prouvé qu'elle est née en France, le 2 novembre 1869. De là, elle s'est répandue de toutes parts avec une telle rapidité qu'il nous a été possible en trois années de réunir assez de matériaux, de recueillir assez d'observations pour étudier et pour juger sa valeur dans ses différentes applications. Trois ans ont suffi pour bouleverser et remettre en question le traitement de tous les liquides pathologiques. Avant raspiration, chaque collection liquide était différemment traitée, suivant sa nature, son siège ou son âge; aux pleurésies aiguës et chroniques, on opposait la ponction avec la baudruche et les larges ouvertures de l'empyème ; on attaquait la pèricardite avec crainte et le plus tard possible au moyen du bistouri et du trocart; les kystes hydatiques du foie nécessitaient les applications douloureuses des caustiques suivies de plaies béantes et d'injections de toute espèce ; pour

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riiydarthrose, on temporisait à l'aide de vcsicatoires et de badigeons iodés; s'agissait-il de la rétention d'urine, on hésitait sur le moins mauvais des procédés mis en usage ; en résumé, partout régnait la même incertitude dans les opinions et la même divergence dans les moyens à employer.

Avec r aspiration, la thérapeutique a été simplifiée, tous ces traitements disparates ont été fusionnés en un seul ; les ponctions faites à Taide du trocart et de la baudruche, les caustiques et leurs eschares, les incisions et leur cortège pathologique, disparaissent tous les jours et s'effacent pour faire place à Vaiguille aspiratrice. Cette aiguille est absolument innocente, car elle n'a même pas un millimètre de diamètre, elle est armée d'une force puissante, elle porte le vide avec elle^ elle traverse les tissus et fouille la profondeur des organes en attirant les liquides dès qu'elle les rencontre sur son passage, elle sert suivant le cas d'aiguille à injection, en un mot elle suffît à presque tous les besoins. Uniformité dans le diagnostic et dans le traitement, tel a été le premier résultat de la méthode aspiratrice, puis, l'expérience aidant et les observations se multipliant, il m'a été permis de tirer des conclusions que j'ai réunies et formulées dans les propositions suivantes :

\° Il est toujours possible, grâce à l'aspiration, d'aller sans aucun danger à la recherche d'une collection liquide, quel que soit son siège et quelle que soit sa nature.

^ Quand un liquide s'accumule dans une cavité séreuse ou dans un organe, et quand cette séreuse ou cet organe sont accessibles, sans danger pour le

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malade, à nos moyens d'investigation, notre premier soin doit être d'aspirer ce liquide; s'il se forme de nouveau on le retire encore, et plusieurs fois de suite si cela est nécessaire, de manière à épuiser la séreuse par un moyen tout mécanique avant de songer à en modifier la sécrétion par des agents irritants et quelquefois redoutables.

3. Quand les aspirations souvent répétées n'arrivent pas à tarir la source du liquide, ou quand ce liquide tient en suspension des particules solides, cristaux de cholestérine ou fausses membranes qui oblitèrent l'étroit conduit de l'aiguille, on fait usage des lavages et des injections successives, de manière à agir lentement sur le tissu pathologique, et à obtenir progressivement le retrait de la cavité.

Ainsi se trouve constituée, à quelques exceptions près (il y a partout des exceptions), runité dans le traitement des liquides ; c'est, je crois, le plus grand service que nous ait rendu la méthode aspiratrice.

La pathologie n'est pas composée d'éléments disparates et hétérogènes, les différentes maladies se groupent autour d'unités morbides, auxquelles doivent correspondre nécessairement des unités thérapeutiques ; ainsi la grande classe des scléroses, si bien étudiée et unifiée par notre école française de la Salpétrière , trouvera sans doute un jour sa médication dans un procédé thérapeutique qui sera le même pour tous les tissus et tous les organes atteints de sclérose, carT unité pathologique appelle nécessairement Tunité thérapeutique.

Le traitement des liquides pathologiques envisagé sous ce nouvel aspect, n'est plus l'apanage exclusif de

la chirurgie, il devient également du domaine de la médecine ; l'aspiration est un terrain sur lequel la chirurgie et la médecine vont se rencontrer et sur lequel, je l'espère, elles pourront resserrer les liens qui devraient les unir. Le diagnostic des collections liquides est le plus souvent confié à Tart du médecin ; c'est Tauscultation et la percussion qui nous mettent sur la voie des épanchements de la plèvre, du péricarde, des kystes et des abcès de foie, etc., je désire que la méthode d'aspiration, en donnant à la médecine le moyen de contrôler ses diagnostics, lui permette aussi d'instituer elle-même le traitement. Le cadre des opérations dites médicales se trouve ainsi considérablement élargi, et en cela je n'ai fait que suivre l'exemple de mon illustre maître Trousseau , à qui la médecine doit deux de ses plus belles conquêtes, lathoracentèse et la trachéotomie. Nous en avons fini avec l'exposé général de la méthode aspiratrice, et quand nous considérons son développement rapide et l'accueil bienveillant qu'elle a partout reçu à l'étranger, il nous est agréable de pouvoir dire que c'est en France qu'elle a pris naissance et qu'elle a grandi.

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