DES ABCES DU FOIE
Si j'ai réuni dans un même travail le diagnostic et le traitement des kystes et des abcès du foie, c'est que le manuel opératoire est exactement le même; de plus, comme la plupart des kystes se transforment en abcès sous l'influence du traitement, il s'ensuit que les uns et les autres doivent être confondus dans le mode thérapeutique.
Les suppurations primitives du foie sont rares dans nos pays ; nous n'observons le plus souvent que des suppurations secondaires qui surviennent à la suite de métastases emboliques ou qui sont • la conséquence de kystes préexistants. Mais, quelles que soient leur cause et leur origine, les formations et les transformations purulentes du foie peuvent prendre une marche aiguë qui mérite d'appeler toute notre attention. Le foie, qui, par sa situation, confine à deux séreuses, le péritoine et la plèvre, est un organe qui doit être surveillé de près, car les suppurations hépatiques se développent parfois avec une telle rapidité, qu'elles arrivent en quelques semaines à se faire jour dans l'une de ces deux séreuses, où elles déterminent, suivant la circonstance, une péritonite ou une pleurésie avec pneumothorax.
Aussi, quand la palpation et la percussion décèlenl une augmentation de volume dans le foie, quand col accroissement a été rapide et accompagné de douleurs siégeant au bord inférieur de l'organe et dans Tépaule
ABCÈS DU FOIE. Ill
droite, quand à ces symptômes locaux se joignent des phénomènes généraux tels que sueurs et fièvre .à forme plus ou moins intermittente, soyons convaincus qu'il se forme du pus ; le liquide d'abord infiltré va se collecter rapidement, puis il cherchera à se frayer un passage au détriment des organes voisins ou des séreuses voisines, et si nous sommes peu attentifs aux différentes phases de la maladie, nous aurons à nous repentir de n'avoir pas agi en temps opportun.
Observation I. — Abcès du foie. — Deux aspirations.
— Guéri son. (Dieulafoy.)
Un malade âgé de 28 ans entre au mois de novembre 1871 à l'hôpital Beaujon, dans le service de M. Moutard- Martin. Cet homme a le teint très-légôreirent ictérique, bien que l'examen des urines ne décèle pas la moindre quantité de matière colorante de la bile ; il éprouve parfois quelques frissons suivis de chaleur, accès de fièvre mal caractérisés et qui reviennent depuis un mois environ à des époques indéterminées. L'appétit est mauvais et le sommeil agité.
On trouve dans la région du foie, vers le bord inférieur et en se rapprochant du muscle droit de l'abdomen , une tumeur assez volumineuse, dure et trèspeu rénitente. La circulation collatérale n'est pas très- développée. Le malade n'a jamais eu ni coliques hépatiques ni vomissement; il est du reste très-peu ftxphcite sur le début de sa maladie. Toutefois la marche en a été rapide, puisqu'il y a deux mois, dit-il, aucune tumeur n'était apparente.
112 DE l*aspiration dans les organes.
Sur la demande de M. Moutard-Martin, je fais une première aspiration avec le concours de M. le D' R. Blache qui remplissait les fonctions d'interne dans le service. La piqûre pratiquée avec 'l'aiguille n"* 2 donne issue à un liquide purulent bien lié, de couleur jaune verdâtre et sans aucune odeur; on arrête Técoulement à 550 grammes.
Cette opération n'est suivie d'aucune espèce d'accidents, la tumeur a diminué des deux tiers environ, et le malade^ très-soulagé les jours suivants, se lève une partie de la journée et retrouve en partie le sommeil et l'appétit.
Sept jours après, je fais une seconde aspiration qui donne 300 grammes de pus, jusqu'à épuisement do l'abcès. L'amélioration continue. De nouvelles aspirations furent inutiles, la tumeur disparut complètement et le malade devint garçon de salle à l'hôpital, où je l'ai vu pendant plusieurs mois, ce qui m'a permis de constater sa guérison complète.
Observation IL — Abcès du foie. — Difficultô du diagnostic. — Aspirations multiples. — D"" Laffan, physician to the Union Hospital, Gashel ^
»Dans cette observation, l'auteur a surtout pour but de démontrer la supériorité et l'innocuité de la méthode aspiratricc. Il s'agit d'un malade chez lequel les symptômes pouvaient faire supposer un abcès du foie ;
^ Observations illuslrative of the use of Dieulafoy's aspirator. Dublin, Journal of médical science^ march 1872.
le diagnostic étant fort difficile, M. Laffan résolut de faire usage de l'aspirateur. L'aiguille n^ 1 fut introduite à plusieurs reprises et à plusieurs jours d'intervalle sur des points différents, de façon à circonscrire la lésion supposée. On ne trouva pas de pus, et aucune de ces explorations n'entraîna le plus léger accident. L'auteur qui en bien d'autres circonstances a fait usage de l'aspiration, confirme en tous points les propositions que j'ai émises sur l'innocuité de la méthode, et je ne peux mieux faire que de citer ses propres paroles : « The positive resuit which this case goes to establish is the perfect safety with which the most important organs may be traversed, not in one, but in several directions, by thèse délicate instruments (1). »
(1 j Au moment de terminer cet article, je reçois une lettre de M. le D*" Chaillou (de Tourny) qui m'apprend un nouveau succès de kyste hydatique du foie guéri par une seule aspiralion.