LONGUE
• Le 7 avril, je fus mandé à Neuilly par M. le docteur
Putel, auprès d'un malade âgé de 50 ans, qui n'avait pas uriné depuis trois jours. Des tentatives de cathétérisme avaient été faites sans succès par plusieurs confrères et avaient été suivies d'une urétrorrhagie très-abondante. M. Putel avait parfaitement constaté l'existence d'une fausse route, et, à mon tour, je pus facilement déterminer que cette fausse route occupait la face inférieure de la prostate, et qu'à ce niveau ma sonde s'engageait dans une cavité artificielle assez considérable.
L'état désespéré du malade me fit songer à recourir immédiatement à la ponction suspubienne, que je fis avec l'aiguille n** 2 de l'aspirateur Dieulafoy. Le soulagement fut immédiat, et aucun accident ne suivit l'aspiration. Je cherchai alors à m'éclairer sur les causes de cette rétention d'urine. M. L*** niait toute maladie uréthrale antérieure et, en particulier, la blennorrhagie. Cependant, un médecin qui l'avait sondé autrefois lui avait déclaré l'existence d'un rétrécissement. Après l'aspiration, je fis plusieurs tentatives infructueuses pour pénétrer dans la vessie. Ces tentatives, que j'ai renouvelées durant une période de huit jours, quelquefois pendant une ou deux heures, ne m'ont jamais conduit à faire pénétrer dans la vessie la plus fine des bougies.
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Pendant une semaine, il fallut recourir chaque jour à la ponction aspiratrice, et il m'est arrivé de la pratiquei* plusieurs fois dans les vingt- quatre heures.
Après onze ponctions qui ne donnèrent lieu à cîucunc espèce d'accident, je constatai un peu de douleur de la paroi abdominale au niveau du point où ces piqûres avaient été faites, avec empâtement de la région. M . Gosselih fut consulté, et nous résolûmes de pratiquer la ponction avec un gros trocart, auquel on substitua une sonde en gomme qui resta dix -sept jours à demeure. Ce ne fut qu*à cette époque que je pus introduire dans la vessie une line bougie.
L*état général du malade avait été excellent pendant toute la première période ; il commença à se modifier pendant Tapplication de la sonde à demeure. Aussi, jugeant, après avoir franchi Tobstacle, que la dilatation, cette excellente méthode dans les conditions ordinaires, nous conduirait à laisser séjourner la sonde à demeure trop longtemps, je lis Turéthrotomie interne.
La sonde à demeure suspubienne fut enlevée, une sonde uréthrale fut gardée huit jours, et la guérisou est aujourd'hui définitive.
ObservatiOxN XIV. — Hypertrophie de In prostate. — Rétention. — Quatorze aspirations. (Par M. le docteur James-L. Littlf, de New-Yorck, chirurgien de Saint-Luke's hospital.)
M. Rémond, ài^é de soixante-huit ans, a commencé à éprouver, il y a cinq ans, quelques difficultés dans la miction, et une première rétention d'urine a été coni-
battue, il y a deux ans, par le passage d'une sonde. Le 6 septembre 1872, je suis appelé auprès de M. R*" et je le trouve en proie à une rétention complète avec violentes douleurs. Le toucher rectal m'indique une hypertrophie de la prostate. Je tente le cathétérisme avec diverses sondes, et, malgré tous mes efforts, il ne m'est pas possible de pénétrer dans la vessie. Cependant, le patient était en proie à une véritable torture : je proposai alors au docteur Dana de pratiquer la ponction de la vessie au moyen de l'aspirateur de Dieulafoy ; et le docteur Robert-F. Weir, qui me prêta fort obligeamment cet appareil, m'assista dans l'opération. La piqûre fut faite au-dessus du pubis avec l'aiguille n° 2 ; je retirai 800 grammes d'urine, et, le même soir, vers dix heures, je retirai de nouveau 500 grammes par une autre piqûre.
7 septembre. Le malade est fort soulagé ; je pratique dans la journée deux aspirations : la première, de 500 grammes ; la seconde, de 480 grammes.
8 septembre. Une nouvelle piqûre est faite juste audessus du pubis, et, Taiguille ne rencontrant pas l'urine, je fais la ponction un peu plus haut et je retire quatre cents grammes de liquide. Après la plus grande difficulté, je passai une sonde n*" 12; mais la douleur fut si grande qu'il fut convenu avec le docteur Dana qu'on ferait encore usage de l'aspirateur et je pratiquai une huitième piqûre, qui donna issue à 490 grammes.
9 septembre. Neuvième piqûre : 420 grammes ; plus tard, dixième piqûre : 500 grammes; et à onze heures, onzième piqûre : 300 grammes.
10 septembre. Douzième piqûre : 320 grammes ; dans la même journée treizième et quatorzième piqûre. 11
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m'est alors possible d'introduire dans la vessie une sonde de gomme élastique de petit calibre, et je continue ce traitement sans être obligé de recourir à de nouvelles ponctions.
M. le docteur James-L. Little fait suivre cette -observation de quelques remarques : il proclame la complète innocuité de cette méthode^ et il se félicite d'avoir eu à son service un procédé qui lui a permis de pratiquer quatorze ponctions, et d'éviter ainsi les anciennes opérations, toujours redoutables.
Observation XV. — Rétention d'urine. — Une aspiration, (Par le docteur T. Jessop, de Londres \)
Dans un article où l'auteur a accumulé des faits de tout genre destinés à mettre en relief l'utilité de l'aspiration et sa supériorité sur les autres méthodes, nous trouvons une observation de rétention d'urine dont voici le résumé. Il s'agit d'un malade entré en décembre 1870 à Leeds gênerai Infîrmary, dans le service du docteur Jessop. Après plusieurs efforts inutiles de cathétérisme, l'aspiration fut pratiquée au moyen de l'aiguille n» 1, et on retira 38 onces d'urine. Les accidents de la rétention furent conjurés, et un traitement pour le rétrécissement de l'urèthre fut entrepris.
ï The British médical journal, 7 décembre 1871. — Hlustralions of the surgical uses of the aspirator.
Observation XVI. — Rétention d'urine, — Une aspiration. (Par M. DE KiETER, de Saint-Pétersbourg.)
Dans celte observation, dont je n*ai que le résumé, il est question d'un vieillard chez lequel la rétention était due principalement à l'hypertrophie de la prostate. Le cathétérisme ne put être fait et l'aspiration fut pratiquée Le soulagement fut immédiat, et on put introduire une sonde dans la vessie.
Observations XVII et XVIII. — (Extrait du Dublin
journal.)
Le Journal des sciences médicales, de Dublin, rapporte plusieurs cas de ponction de la vessie, qui montrent qu'on peut, avec avantage et sécurité, se servir de l'aspirateur de M. Dieulafoy dans le traitement des rétentions d'urine.
Un homme, étant tombé d'une hauteur de six pieds environ à califourchon sur une traverse, se meurtrit tellement le périnée et la partie antérieure de Tabdomen, que, le lendemain de l'accident, une extravasation considérable de sang s'était fait au dos du scrotum. L'abdomen était douloureux et très-sensible au toucher, la peau chaude, le pouls à 120. Malgré des efforts réitérés, il fut impossible au patient d'uriner après l'accident, et la vessie distendue remontait de trois travers de doigt au-dessus de l'ombilic. Presque aussitôt après l'accident, une cuillerée environ de sang fut rendue par l'urélhre. Le cathétérisme fut
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essayé eh vain, puis un bain chaud prolongé, enfin l'incision du périnée, sans plus de résultais. L'urgence de vider la vessie distendue étant extrême, cet organe fut ponctionné, au-dessus du pubis, avec Taiguille n° 1 de l'aspirateur. Quatre onces d'urine furent retirées; on avait soin d'enfoncer davantage l'aiguille à mesure que la vessie se vidait. La ponction n'occasionna au malade d'autre souffrance que celle résultant de la piqûre de la peau. L'opération fut plusieurs fois répétée à divers intervalles et toujours avec succès. Le malade succomba à une péritonite résultant de la chute qu'il avait faite. A l'autopsie on remarqua sur la surface extérieure de la vessie de petites ecchymoses rouges, semblables à des piqûres de mouche sur la peau, et correspondant aux points d'enlrée de l'aiguille. La surface interne de l'organe ne laissait apercevoir aucune trace de la ponction. L'urine trouvée dans la vessie était normale et ne contenait ni sang, ni caillots, ni pus.
Un vieillard, âgé de soixante-cinq ans et dont la prostate était hypertrophiée, souffrait d'une rétention d'urine complète. Les efforts qu'il avait faits pour uriner n'avaient réussi qu'à provoquer des douleurs et avaient amené une perte de sang. Après avoir essayé infructueusement pendant deux jours le cathétérisme, une aiguille n° 2 fut introduite au dessus du pubis et on retira 16 onces d'urine. Le soulagement fut immédiat. Deux heures après, une sonde de forte dimension fut aisément introduite; toute soutïrance disparut. On abandonna le malade à lui-même, et aucun accident ne résulta de l'opération. (Bordeaux méd., 20oct.)