‹ Traité de l'aspiration des liquides morbides; méthode médico-chirurgicale de diagnostic et de traitementChapitre 25 sur 79 · DE L^HYDROCÉPHALIE · texte numérisé non relu

DE L^HYDROCÉPHALIE

nécessaire de faire deux et trois aspirations par semaine. Le liquide avait toujours le même aspect ; il prenait parfois une teinte un peu foncée, quand il avait subi le mélange de quelques gouttes de sang. Vingttrois piqûres aspiratrices furent faites à peu prés sur le même point, au niveau de la fontanelle antérieure, à droite et à gauche de la ligne médiane.

Mais le petit malade fut pris de broncho-pneumonie et il succomba. L'autopsie ne put être faite.

Observation II. — Hydrocéphalie. — Service de M. Matice à F hôpital Beaujon, - Huit aspirations.

— Mort. (DiEULAFOY.)

Une enfant, âgée de dix-huit mois, entre avec sa mère dans le service de M. Matice. La mère raconte que sa petite-fllle était bien portante jusqu'à Tâge de trois mois. A partir de cette époque sa tête a commencé à se développer, et, actuellement, on constate une hydrocéphalie qui, d'après la conformation de la tête, paraît surtout avoir envahi le ventricule gauche du cerveau. L'enfant pousse des cris hydrencéphaliques et est en proie à des phénomènes convulsifs qui se reproduisent plusieurs fois dans la journée.

Je pratiquai une première aspiration et je retirai cinquante grammes de liquide. L'amélioration fut notable et les convulsions disparurent aussitôt. Une seconde aspiration fut pratiquée cinq jours plus tard, et je retirai 70 grammes d'un liquide limpide et transparent et ne contenant qu'une très-faible proportion d'albumine. Mais l'amélioration des premiers jours ne devait

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pas.se prolonger longtemps ; le liquide se reformait si rapidement qu'il eût été nécessaire de pratiquer Taspiration quatre fois par semaine ; Tenfant fut prise de fièvre, et succomba rapidement.

Observation III . — Hydrocéphalie. — Dix aspirations. — Mort. (DiEULAFOY.)

Madame X***, demeurant rue Jean-Lantier, n** 15, vint me prier de voir son enfant atteint d'hydrocéphalie. Je trouvai un enfant qui me rappela l'exemple dont parle Pierre Franck et chez lequel la tête mesurait l""' 30 de circonférence ; celui-ci n'en était pas loin, puisque la tête de l'enfant que j*avais sous les yeux mesurait 1"' 10. Les parents avaient, du reste, le plus grand soin du petit malade. Cette tète- phénoménale, qui remplissait la plus grande moitié du berceau, était soigneusement garantie par plusieurs oreillers, et il suffisait d'en frôler la surface pour mettre en mouvement un liquide dont les ondes se dessinaient à travers les téguments. J'avais la conviction qu'il était inutile de tenter la guérison d'une pareille affection ; mais, sur rinsistance des parents, je me décidai à pratiquer l'aspiration.

Une première piqûre fut faite avec l'aiguille n" 1 et je retirai 250 grammes de liquide, c'est-à-dire la cinquième partie environ de la masse totale. L'enfant supporta parfaitement l'opération et pressait le sein de sa mère pendant que je retirais le liquide. Il fut convenu, qu'à moins d'indications spéciales Je pratiquerais une aspiration chaque semaine. En effet, huit jours

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après je recommençai raspiration, et je fus surpris, d'après la mensuration qui avait été faite, de voir que le volume de la tète tendait à diminuer. Pendant deux mois le même traitement fut suivi : je retirai chaque fois 100 à 150 grammes de liquide ; et la circonférence de la tête, qui primitivement mesurait 1™ 15, n'avait plus actuellement que 0"" 75 centimètres. A ce moment, et sans cause appréciable, le liquide se forma de nouveau avec une notable intensité, Tenfant fut pris de fièvre et de convulsions et succomba en quelques jours.

Observation IV. — Hydrocéphalie. — Deux aspirations. — Mort. (Jessop.)

Un enfant âgé de cinq mois présente une hydrocéphalie, pour laquelle je pratique une aspiration, le 18 mai 1871, au moyen de la plus fine aiguille introduite dans la fontanelle antérieure. Je retire six onces de liquide^ et, le 22 du même mois, douze onces. L'enfant mourut le 22 dans des convulsions.

Observation V. — Hydrocéphalie. (Jessop.)

Chez un enfant âgé de trois mois et atteint d'hydrocéphalie, je retire par aspiration, le 22 juillet 1871, cinq onces de Uquide ; le 25 du même mois, trois onces ; le premier août, une once et demie ; et à différentes reprises j'aspire la même quantité de liquide.

La mort survint dans des convulsions le 13 septembre.

L'autopsie fut faite dans ces deux derniers cas, afin

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de rechercher les effets de Tintroduction de l'aiguille, mais on n'en retrouva aucune trace ni sur les méninges ni dans la substance cérébrale.

Tels sont les cinq cas dans lesquels l'aspiration a été mise en usage ; l'insuccès qui en a été le résultat nous prouve combien il faut peu compter sur la curabilité de l'hydrocéphalie. L'opinion de M. Giraldès, qui était vraie quand on usait des ponctions capillaires simples, persiste avec le traitement par aspiration. West, en 1842, dit M. Giraldès, a rassemblé les observations de 50 malades chez lesquels on avait pratiqué des ponctions capillaires. Sur ces 50 faits, on comptait 16 succès. Toutefois, en examinant de près cette statistique, on découvre que les 16 succès se réduisent en réalité à 4; et encore y en a-t-il un de suspect. En outre, un autre malade cité comme guéri par West a succombé après quelque temps ^ .

ARTICLE II

DE l'hydrocéphalie CHEZ LE FŒTUS. — DU ROLE DE L* ASPIRATION.

Si l'aspiration ne nous a pas donné jusqu'ici de résultat favorable dans le traitement de l'hydrocéphalie chez l'enfant, elle peut nous rendre de grands services quand il s'agit de l'hydrocéphalie chez le fœtus au moment de l'accouchement. Je transcris à ce sujet l'article publié par M. le docteur Hamon, le 15 octobre 1871, dans la Tribune médicale :

^ Leçons cliniques sur les maladies chirurgicales des enfants.

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« Quand le fœtus est atteint d'hydrocéphalie, il serait bien à désirer que l'accoucheur pût reconnaître de bonne heure la véritable cause qui s'oppose à la descente de la tête ; sa ligne de conduite alors serait toute tracée. D suffirait de donner issue à une certaine proportion de la collection pour diminuer notablement le volume de l'organe et faciliter, par ce seul fait, son abaissement. Mais, il faut bien le reconnaître, ce diagnostic présente beaucoup plus de difficulté que ne prétendent les traités.

Le docteur Chassinat, d'Hyéres, a pu rassembler 28 observations d'hydrocéphalie, dont 21 comcidant avec la présentation du sommet, et 7 avec la présentation du siège. Sur ces 28 observations, cet accoucheur avance que 17 fois seulement l'affection a été méconnue. Je suis convaincu que ce chiffre est beaucoup au-dessous de la vérité. Pour ce qui me concerne, dans le seul cas qui s est présenté à mon observation, nonobstant les difficultés de l'extraction, je n'ai même pas soupçonné la nature de l'obstacle qui paralysait tous mes efforts. Plusieurs confrères que j'ai consultés sur ce sujet m'ont fait le même aveu. Ces erreurs de diagnostic s'expliquent, du reste, par la rareté même de ces faits particuliers, rareté qui rend excusable l'inattention de l'accoucheur.

Suivant les. traités, quels sont donc les signes au moyen desquels on peut soupçonner ou reconnaître l'hydrocéphalie ?

Le doigt rencontre une surface large et peu convexe, plate, ont dit quelques auteurs, qui recouvre tous les points du détroit supérieur, sans s'y engager. Cette surface a une consistance variée, dans divers points de son

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étendue. Partout dure et résistante pendant les douleur s elle est au contraire molle et fluctuante en quelques points pendant l'intervalle des contractions. On pourra également constater la consistance molle et comme membraneuse des os, la largeur des commissures et des fontanelles. Dans l'engagement parla base de la tête, ces signes seront moins prononcés, mais néanmoins appréciables.

De tels signes sont suffisants pour éclairer de bonne heure la religion des maîtres. Mais, pour le plus grand nombre, il faut bien le reconnaître, ils restent presque toujours lettre close. Peureux, le diagnostic n'est véritablement fait qu'après Textraction du produit.

Lorsqu'une telle affection est soupçonnée, il est un mode d investigation dont nous sommes redevables aux progrès de la science moderne, mode qui peut être employé sans le moindre danger et avec le plus grand avantage. Je veux parler de l'application de F aspiraleur profond.

On connaît aujourd'hui deux aspirateurs ^ : celui du docteur Dieulafoy et le mien. Pour tirer parti deTun ou de l'autre, il suffirait d'enfoncer aussi obliquement que possible, pour éviter toute lésion cérébrale, une aiguille-trocart au travers de la première suture accessible. L'emploi de ces aiguilles, presque capillaires, serait sans aucun danger pour l'enfant, la pointe pénétrât-elle assez avant dans la partie supérieure des lobes cérébraux.

L'affection soupçonnée décelée par la mise en œuvre

* Cet article a été écrit en 1871 , et déjà à cette époque plusieurs autres aspirateurs avaient été proposés. {Note de Fauteur.)

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de rinstrument, ce dernier pourrait rendre un triple service : 4° il permettrait d'élucider le diagnostic ; 2" il faciliterait Taccouchement ; 3° il pourrait rendre, enfin, le fœtus viable, ainsi que Ta démontré l'expérience posi partum, pour ce qui a trait aux cas d'hydrocéphalie de la seconde catégorie.

Aujourd'hui que quelques années de pratique de plus ont quelque peu accru mon expérience, je tiendrais une autre conduite que celle que j'ai suivie, dans le cas qui va suivre, et qu'a tenue également, dans les deux faits que je vais lui emprunter, mon distingué confrère le docteur Phélippeaux, de Saint-Savinien.

Me trouvant en présence d'un cas dedystocie caractérisé par la tendance la plus marquée au dérapement des cuillers (signe caractéristique), je soupçonnerais bientôt une hydrocéphalie ; je m'efforcerais alors de constater quelques-uns des signes qui la caractérisent (mollesse, défaut de résistance des os, largeur anormale des sutures et des fontanelles). Ces signes objectifs une fois constatés, je n'hésiterais pas àm'armer de mon aspirateur profond, pour pratiquer une ponction exploratrice. Si un tel mode eût été employé par mon habile confrère et par moi-même, il est hors de doute que nous nous fussions épargné dans tous ces cas des efforts très-pénibles, et nous eussions en même temps écarté tous les dangers possibles résultats de manœuvres brutales pour l'extraction d'une tête d'un volume disproportionné. »

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