RÉDUCTION
Comment se pratique l'aspiration d'une hernie étranglée?
Le choix de l'aspirateur est indifférent , pourvu
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que rinstrument fasse bien le vide préalable. Cette condition est indispensable dans le cas qui nous occupe. En effet, quand il s'agit de vider une plèvre ou une vessie, la force aspiratrice est suffisante, même quand le vide est imparfait; mais quand il faut aspirer, à travers une aiguille d'un demi-millimètre de diamètre, le liquide épais et fécaloide d'une anse herniée, l'aspiration doit avoir toute son énergie.
Il est fort essentiel au moment de l'opération, et on l'oublie trop souvent, de s'assurer de la /)er7î2éa/)77i7é de l'aiguille; le calibre en est si étroit, qu'il suffit de quelques grains de poussière ou de rouille pour en oblitérer la lumière. Il faut donc avoir le soin de faire passer un courant d'eau dans cette aiguille avant l'opération, sans quoi l'on s'expose à un insuccès pour une cause qu'il est bien aisé de faire disparaître. L'aspirateur étant armé, c'est-à-dire le vide préalable étant fait, on plonge, par un coup sec, l'aiguille n° 1 ou n" 2 dans la partie de la tumeur désignée à l'avance. A peine l'aiguille a-t-elle parcouru un centimètre dans la profondeur des tissus, c'est-à-dire dès que sa pointe n'est plus en rapport avec l'air extérieur, on ouvre le robinet correspondant de l'aspirateur, et le vide se fait par conséquent dans l'aiguille. C'est donc le vide à la main qu'on traverse lentement les tissus, à la recherche des liquides et des gaz.
Dès que ces liquides sont rencontrés par l'aiguille aspiratrice, ils trahissent leur présence en traversant
rindex en cristal, et nous avertissent qu'il est inutile de pénétrer plus profondément.
Mais l'opération présente quelques particularités, suivant que le sac contient un liquide ou n'en contient pas. Dans le premier cas, on plonge l'aiguille, et l'on trouve, à une faible profondeur, un liquide de couleur variable, peu épais, et sans odeur particulière. Après l'aspiration de ce liquide, la tumeur s'affaisse; mais il faut bien se garder de pratiquer le taxis, car on n'a pas encore pénétré dans l'intestin. La percussion peut en ce moment être un bon guide pour déceler la présence et la direction de l'anse herniée ; on pousse alors l'aiguille à la recherche de l'intestin, et, au moment où on le pique, on est averti par les gaz et par le liquide qui arrivent dans l'aspirateur. Si l'instrument contenait déjà un liquide au moment où l'on pénètre dans l'intestin, les gaz jaillissent en bouillonnant à la surface de ce liquide; ils provoquent assez souvent un sifflement aigu en traversant l'aiguille aspiratrice, mais le bouillonnement est encore le meilleur signe que nous possédions pour reconnaître l'issue des gaz.
Aussi, au moment de pratiquer l'opération, est-il bon de laisser dans l'aspirateur une petite quantité d'eau ; grâce à cette précaution, on sait exactement à quel moment on arrive dans l'intestin, et, quand les bulles gazeuzes n'apparaissent plus à la surface du liquide, c'est que l'anse herniée n'en contient plus ou que l'aspirateur en est rempli. Cette précaution, de laisser quelques grammes d'eau dans le fond de l'aspirateur, a surtout son avantage si l'aiguille n'a pas rencontré sur son passage un sac contenant du liquide.
Le liquide intestinal est facile à reconnaître, il est
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épais, fécaloïde, fortement coloré; il monte lentement, et il est parfois d'une telle consistance, qu'au moment où il arrive dans Taspirateur, il conserve la forme vermiculaire qu'il avait prise dans l'aiguille .
Il se passe quelquefois, pendant l'aspiration du liquide de l'intestin, un brusque temps d'arrêt sur lequel il est bon d'être édifié. Au moment ou l'aiguille vient de pénétrer dans l'anse herniée, les gaz apparaissent, le liquide intestinal commence à s'engager dans le tube de l'aspirateur, puis tout s'arrête. On pourrait supposer alors, ou que l'aiguille est oblitérée, ou que l'anse herniée ne contient plus de liquide; mais la vraie raison, c'est que les gaz qui ont brusquement envahi le corps de pompe viennent de détruire la force aspiratrice du vide, et l'aspirateur doit être vidé et armé de nouveau.
L'aspiration des gaz et des liquides étant faite, le taxis doit-il être pratiqué immédiatement après l'aspiration, ou faut-il le différer? Nous croyons qu'il n'y a aucune raison pour attendre ; dans la plupart des observations, le taxis a été pratiqué aussitôt après l'aspiration; le succès de l'opération n'a jamais été compromis, et l'intestin a pu être réduit sans qu'on ait jamais eu à déploi^er le moindre accident. Nous n'avons pas à insister sur les règles du taxis : il doit être fait comme si l'aspiration n'avait pas eu lieu, et l'on est étonné de voir telle hernie, qui avait résisté à des efforts répétés, aux bains et au chloroforme, céder maintenant devant un taxis des plus modérés.
Toutefois, l'opération n'est pas toujours aussi simple; il faut compter avec l'imprévu. Ainsi, il arrive qu'on a bien pénétré dans le sac herniaire, mais on ne trouve
pas rintestin du premier coup ; dans ce cas, il faut s'assurer de nouveau de la perméabilité de Taiguille, et ne pas craindre de faire une seconde piqûre dans une autre direction. L'expérience nous a appris que cette manœuvre est sans inconvénients, puisque entre autres observations nous avons signalé un cas (Verneuil) dans lequel Tintestin avait été piqué trois fois et perforé de part en part sans qu'il en fût résulté aucun dommage.
En résumé , en présence d'une hernie étranglée quelle conduite faut-il tenir? On commence d'abord par pratiquer le taxis une première fois, méthodiquement, mais sans trop d'efforts et sans trop d'insistance ; si la hernie n'est pas réduite après cette première tentative, il est inutile, il est même nuisible d'insister plus longtemps ou de temporiser, et il faut avoir recours à l'aspiration.
L'aspiration pratiquée chez les malades de notre statistique a donné des résultats qu'aucun* autre procédé ne pourrait revendiquer, et cependant on l'a presque toujours employée en dernier ressort, dans les conditions les plus défavorables, pour des hernies étranglées depuis plusieurs jours et fatiguées par des tentatives répétées de taxis ; on peut juger par là des succès que l'on obtiendrait si l'aspiration était appliquée avec méthode, suivant les règles que nous venons d'exposer, alors que l'étranglement n'est pas ancien et que l'intestin n'a pas été tourmenté par un taxis quelquefois intempestif. Mais si l'aspiration pratiquée suivant les préceptes que nous avons indiqués n'est pas suffisante à opérer la réduction herniaire, c'est qu'il existe des causes d'irréductibilité, telles que des adhérences ; en pareil cas
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ie débridement est nécessaire, et nous pensons qu'il faut, sans de nouvelles tentatives, en arriver à la kélotomie.
Résumé et conclusion. — La découverte de l'aspiration a fait subir de notables modifications à ropération de la hernie étranglée et les chances de gucrison ont presque doublé,
1° La piqûre d'une anse intestinale herniée pratiquée au moyen des aiguilles n° 1 ou n** 2 de l'aspirateur est de la plus grande bénignité.
2° L'aspiration doit être tentée dans tous les cas de hernie étranglée, quels qu'ils soient, un seul excepté, c'est quand il s'agit d'un étranglement assez ancien pour faire craindre la gangrène ou les ulcérations intestinales.
3^ L'aspiration doit être pratiquée dès que le taxis, méthodiquement fait une première fois, n'a pas donné de résultat.
i^ Le traitement d'une hernie étranglée, avant d'en arriver à la kélotomie, comprend donc trois temps : 1'' l'aspiration, 2» le taxis, 3** la réduction.
ARTICLE VI