DU VIDE PRÉALABLE
suppositions, des fausses membranes obturent peutêtre la lumière de la canule, le liquide est sans doute trop épais pour jaillir au dehors, on se demande enfin si Ton a bien pénétré jusqu'à la collection liquide. Bref^ on pousse le trocart plus avant, on pèse sur la tumeur, espérant faire sourdre la goutte de liquide attendue, et rarement on résiste au désir de malaxer la région en exploration. Ces manœuvres ne. sont pas sans déterminer quelque douleur ; elles multiplient les points de contact entre la séreuse et Tinstruraent ; bientôt après, des vomissements et des hoquets ouvrent la scène, le ventre se ballonne, les souffrances deviennent plus aiguës, une péritonite se déclare, et la mort est quelquefois la conséquence d'une simple tentative d'exploration.
C'est afin de remédier aux inconvénients du trocart explorateur que j'eus l'idée de me servir d'aiguilles creuses, longues, et d'un volume si exigu que les organes les plus délicats puissent être traversés par elles sans en être plus incommodés que par les aiguilles à acupuncture dont on connaît la parfaite innocuité. Ces aiguilles ne devaient mesurer qu'un demi-millimètre de diamètre; mais, pour faire passer au travers d'un pareil conduit des liquides aussi épais que le pus, il fallait nécessairement attirer le liquide au dehors au moyen d'une farce aspiratrice puissante. Celte force, je la trouvai dans le vide de la machine pneumatique que je fis modifier à cet effet, et je fus dès lors en possession de Vaspirateur et du \ide préalable.
Qu'est-ce donc que ce vide préalable sur lequel j'appelle particulièrement l'attention, car c'est lui qui,
14 DE l'aspiration en général.
(lès le début, a décidé du succès de Taspiration ? Un aspirateur, quel qu'il soit, n'est autre chose qu'un récipient dans lequel on fait le vide *. Ce récipient ou corps de pompe est muni de robinets par lesquels il communique avec Textérieur. Dès que le vide est fait dans le corps de pompe, on possède en réserve une force d'aspiration qui pourra être utilisée quand le moment sera venu ; c'est donc un vide préalablement établi. Ce vide, ou, si on préfère, le corps de pompe dans lequel il est fait, est mis en rapport par un de ses robinets avec la fine aiguille destinée à être introduite dans les tissus. Pour bien saisir Futilité de cette manœuvre, prenons un exemple : Supposons un kyste profond du foie, et allons à la recherche du liquide au moyen du vide préalable. L'aspirateur est armé, en d'autres termes, le vide est fait à l'avance, et l'aiguille est mise en communication avec le corps de pompe, les robinets étant encore fermés. Cette aiguille creuse est alors introduite dans la région à explorer, età peinea-t-elle parcouru un centimètre dans la profondeur des tissus (c'est-à-dire dès que les ouvertures de sa pointe ne sont plus en rapport avec l'air extérieur), on ouvre le robinet correspondant de l'aspirateur. Qu'arrive-t-il? C'est que l'air contenu dans l'aiguille est à ce point raréfié par le vide préalable du corps de pompe, que cette aiguille possède à son tour la force d'aspiration, elle devient aiguille nspiratrice, elle porte le vide avec elle. Alors, si on la pousse à travers les tissus, c'est /e vide àLi mnin qu'on marche à la découverte do l'cpanchemcnt. A l'instant même
* Pour plus de dclnils, voyez les planches I, II, III et IV.
nu VIDE PRÉALABLE. 15
OÙ cette liiffuille aspiratrice rencontre le liquide, celui-ci traverse rapidement Tindex en cristal, jaillit dans l'aspirateur, et le diagnostic s'inscrit dans Fappa- , reil à Tinsu de Topérateur.
Grâce à la manœuvre que je viens d'indiquer, et ayant à son service le vide préalable, on est certain de ne pas outrepasser la couche liquide, ce qui a son intérêt si la collection est peu étendue ; on est assuré de ne pas aller plus loin que le but, ce qui a une importance encore plus grande, si, derrière Tépanchement, se trouve un organe à ménager, tel que le cœur. On sait très-exactement à quel moment Taiguille pénètre dans la vessie distendue par Turine ou dans une anse •intestinale herniée; on manie, en un mot, une force intelligente qui, de plus, a l'avantage d'être d'une parfaite innocuité. C'est en étudiant séparément ses différentes applications qu'on appréciera toute l'importance du vide préalable; je me contente pour le moment d'en déterminer l'usage et l'utilité.
Le vide préalable est surtout un élément de diagnostic ; il est extrêmement précieux pour aller à la recherche d'une collection liquide, aussi s'est-on hàlé d'abandonner le trocart explorateur pour adopter l'aiguille aspiratrice. Mais quand le but est atteint, c'est-à-dire quand il ne s'agit plus que d'évacuer le liquide qu'on vient de rencontrer, on fait usage le plus souvent du vide successif. Voilà pourquoi un aspirateur complet doit avoir à son service le vide préalable et le vide successif; il doit même, à un moment donné, pouvoir être transformé en siphon.
Par vide successif, j'entends celui qu'on pratique dans un corps de pompe, quand on remonte le piston
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de manière à attirer le liquide à mesure qu'il se présente. C'est le vide qu'on fait dans les seringues et autres instruments du même genre. Certains contradicteurs de raspij*ation ont cru trouver dans le vide successif un argument à opposer au vide préalable. € Le vide successif, disent-ils, est loin d'avoir la même puissance que le vide préalable ; aussi doit-il lui être préféré, car il n'expose le malade à aucun accident consécutif. » J'avoue que je ne saisis pas bien l'argument. Ceux qui parlent ainsi veulent-ils établir des degrés dans la force d'aspiration, suivant la quantité de vide mise à notre service? On dirait, aies entendre, qu'un vide successif qui ne donnerait, je suppose, que quatre centimètres cubes de vide à chaque traction de piston, doit être dix fois moins puissant qu'un vide préalable qui en fournirait d'un seul coup quarante centimètres cubes. Mais un tel raisonnement serait tellement opposé aux règles les plus élémentaires de la physique, qu'il ne vaudrait même pas la peine d'être discuté. Le vide est le vide, et à supposer qu'il pût être parfait, il ne nous donnerait jamais une force d'aspiration supérieure à celle d'une atmosphère ; donc, qu'il soit successif ou préalable, que le corps de pompe cube 4 centimètres ou 40, la force d'aspiration ne varie pas, et la quantité est un élément complètement indifférent. La qualité du vide, au contraire, entraîne des modifications notables dans la force aspiratrice. Plus l'air est raréfié, et plus la puissance du vide est considérable. Dans tout aspirateur bien fait, l'espace nuisible est réduit à de très-faibles proportions, grâce à la perfection avec laquelle doit être construit un appareil dont le rôle est non-seulement de produire, mais en-