CHAPITRE VI
plus foncée lorsque l'œil était dans la direction de la lumière , et qu'elle devenait d'autant plus claire que Ton s'écartait davantage de cette direction.
390. Dans tous les cas que nous venons de décrire « les difierences de teintes , quand on change de position, sont d'autant plus grandes que les ombres sont plus écartées; elles sont extrêmement faibles lorsque les ombres sont étix>iles et tangentes.
391. L'explication de ce phénomène me parait reposer uniquement sur ce qu'il n'exist« aucun corps qui disperse complètement la lumière , et que tous, quelque ternes qu'ils soient , renvoient toujours plus de lumière dans la direction où se ferait la réflexion régulière , s'ils étaient polis , que dans toute autre.
392. Soit AB (fig. 115) un corps opaque blanc , a un corps lumineux , m un corps opaque noir : l'om^ bre V portée sur A 6 paraîtra plus foncée lorsqu'oa l'observe en P que quand on l'observe en Q ; c*est iiti fait qu'il est facile de vérifier i et 4ont la cause est facile à concevoir. En effet le corps AB » quoique dispersant la lumière, doit en réfléchir davantage da|!i8 Us di-» rections où se ferait la réflexion régulière : les rayons qui se réfléchissent autour de l'ombre doivent donc avoir une plus grande intensité dans la direction de P que dans là direction de Q ; par conséquent l'ombre If doit paraître plus forte du point P que du point Q.
393. Si maintenant nous plaçons deux lumières en ayant du tableau AB (fig. 116) à des dislances telles que les deux ombres a et V aient des intensités égales, il eat évident que , si l'œil es t placé en P , l'ofnbte h devra
316 TRAITK DE L ECLAIRAGE.
paraître plus intense que Tombre a , et que ce sera le contraire si on se place en Q. MaisladifTérence que l'on observe alors provient non-seulement de la différence d'éclat des parties qui environnent l'ombre , mais encore d'une différence dans l'intensité même des ombres ; car l'ombre tl est éclairée par b , et rayonne beaucoup plus vers Q (|ue vers P ; et , au contraire , l'ombre a qui est éclairée par a rayonne plus vers P que vers Q. On voit aussi pourquoi les différences de teintes augmentent avec l'écartement des deux ombres, et pourquoi elles sont très-faibles quand les ombres se touchent; c'est qu'à mesure que les ombres sont plus écartées , chacune d'elles est éclairée plus obliquement, et une plus grande quantité de lumière rayonne régulièrement; quand elles se touchent, elles sont éclairées presque perpendiculairement , et par conséquent les ombres envoient de la lumière presque également dans tous les sens.
394. Les anomalies semblables qu'on observe quand on regarde les ombres à travers un corps translucide, tel que du papier, de la toile, est due à une cause semblable. En effet, on sait qu'en regardant à travers un corps translucide, on aperçoit toujours plus ou moins le corps éclairant ; ainsi, parmi lés rayons qui traversent le corps, il y en a un très-grand nombre qui s'écartent peu de la direction qu'ils auraient, si le corps était transparent. Par conséquent , l'espace qui environne l'ombre est d'autant plus lumineux , qu'on se rapproche davantage de la direction de l'ombre ; et comme l'intensité absolue de l'ombre diminue à mesure qu'on
CRAPITIIB fU 217
se rapproche de la direction des rayons qui les éclairent , ces deux effets concourent h augmenter rintensitë de Tombre dont on est le plus rapproché.
395. Comme la dispersion par réflexion est beaucoup plus complète que par réfraction , les variations dont nous venons de parler sont beaucoup plus grandes sur un tableau transparent y à travers lequel on observe les ombres , que sur un tableau opaque.
396. Yoici maintenant la méthode d'observation qui m'a paru préférable^ et au moyen de laquelle on obtient une très-grande précision dans Testimation de rintensité de deux lumières. J*observe d* abord les deux ombres de manière à ce que toutes deux soient succès^ sivement vues de chaque côté du corps qui les produit, et à égale distance : je me sers pour cela d'une bonne lunette de spectacle. Je fais varier les distances des flam« mes jusqu'à ce que, dans ces deux positions, j'aperçoive des différences en sens contraire : alors les distances des lampes sont très-voisines de celles qu'elles doivent avoir pour donner des ombres égales ; pour qu'elles le soient , il faut que les différences que l'on observe de chaque côté soient égales, et que les deux ombres vues à la fois de chaque côté du corps opaque soient parfaitement égales. Ces trois observations , qui se servent mutuellement de vérification, conduisent, avec un peu d'habitude, à une précision extrême. On peut aussi, en employant un écran étroit, rapprocher assez les ombres pour qu'elles se touchent : alors les variations de feintes sont très-faibles quand on change de position , et on pourrait «e contenter de les observer d'un seul point.
397. Pour éviter les fortes pénombres, qui sont toujours un obstacle pour bien juger les teintes des ombres 9 je place le corps opaque très-près du tableau.
398. Lorsque Ton veut faire un grand nombre d'observationsy il est très-commode de tracer des divisions sur la table elle-même , pour y lire les distances des lampes aux ombres qu'elles éclairent. Par ce moyen , une observation n'exige pas plus de deux minutes. Je me sers ordinairement d'une table CCDD (fig. 117) d'environ 2 mètres de longueur sur 80 centimètres de largeur; à une des extrémités je place le tableau AB recouvert de papier blanc non-lisse maintenu dans une position verticale par deux petites consoles P et Q ; par le point M , centre du corps opaque , je trace deux lignes M/^ et M^ également inclinées sur la ligne milieu xyj et dont les extrémités b' et a' sont les axes des deux ombres ; il faut incliner ces lignes de manière que la distance des ombres soit un peu plus petite que le diamètre du corps opaque , ou qu'elles soient tangentes , suivaift la méthode d'observation qu'on veut employer. Je divise ces lignes en décimètres et en centimètres à partir des points / et b' ; c'est sur ces lignes que je place les centres des supports de lampes ou des chandelles. La distance des ombres est toujours la même , quelle que soit la position des lampes. Pour déterminer la distance de chaque lampe à l'ombre qu'elle éclaire , il faudrait rigoureusement prendre la distance du centre de la lampe bj au point a'; mais, comme la distance du point b Ml point a' diffère trèa-peu de la distance du