‹ Traité de l'économie du bétailChapitre 14 sur 64 · TYPE HOLLANDAIS · texte numérisé non relu

TYPE HOLLANDAIS

16° Ldi race hollandaise^ une des plus anciennes de l'Europe dans toutes les contrées de laquelle nous la retrouverons, est une de celles dont la descendance a été aussi la plus nombreuse. Son pelage est plus ordinairement noir, quelquefois brun rouge taché de blanc, quelquefois enfin, entièrement blanc. Sa taille est assez élevée (l'".45 à l^'.SO pour les bœufs) ; sa tête est fine, mais longue et légèrement busquée ; les cornes petites, effilées et noires, dirigées en avant ; le cou long et grêle; le garrot saillant, la poitrine étroite; le flanc long ainsi que le rein, le dos et les membres; le ventre descendu; la croupe large, osseuse et avalée, la queue attachée bas et trèsmince; le pis très-avancé sous le ventre; les membres fins et nerveux; l'œil grand, doux et saillant; le poil court, fin et lisse. Le bœuf est médiocre au travail et à l'étable, mais la vache est une précieuse laitière. A Hohenheim, le produit moyen annuel était de 5,000 litres de lait ou 1 litre par l''. 087 de foin ou l'équivalent.

La sous-race d'Avesnes (France) n'est qu'une variété de la hollandaise; la taille est la même, mais les membres sont plus

grossiers ; plus apte au travail où son allure égale presque celle du cheval , elle est très-difficile à engraisser, et les femelles sont moins bonnes laitières.

Une autre sous-race qu'on rencontre en Hollande, sous le nom de race drapée^ est remarquable par la singularité de sa robe noire, avec le dos, les reins et le ventre blancs. Cette sousrace paraît avoir perdu de ses qualités pour le lait, en en gagnant pour l'engraissement. Une variété présentant la même particularité, mais dont la robe est jaune clair avec le tronc blanc, se rencontre en Angleterre dans le comté de Sommerset; on l'appelle la race à ceinture. C'est une sous-race mixte de lait et de boucherie, assez estimée, mais qui tend à disparaître d'ici peu de temps (1).

17° La race d' Holmogorsky (Russie) , dont l'origine remonte à 1700 environ, n'est autre que la race hollandaise pure, modifiée seulement par le climat et le régime. Pierre le Grand fit transporter près de l'embouchure de la Dwina, dans l'Arkhangel, des vaches et des taureaux hollandais qui, favorisés par la nature et la richesse du sol, se sont perpétués jusqu'ici, sans dégénérer quant à leurs qualités. La conformation, le pelage et les aptitudes n'ont point subi de transformation.

18° La race frisonne de même pelage, mais de taille plus petite que la hollandaise, est aussi moins constante. La çhar-

(1) Nous rencontrons encore en Suisse , dans la race d'Appenzell , la même particularité , le pelage noir avec le tronc blanc. Cette sous- race passe pour être assez bonne laitière et engraisser assez facilement. Ces diverses bizarreries de pelage tiennent-elles à une sélection parmi des individus qui présentèrent accidentellement ce caractère de robe, ou à des croisements divers? Cela est assez difficile à déterminer, parce que Tun n'est pas plus rare à se présenter, que l'autre n'est difficile à obtenir.

pente osseuse est plus développée, la croupe moins abaissée, les hanches moins saillantes, le cou plus garni de muscles. Elle a émigré dans le Danemark et le nord de l'Allemagne, et est assez rare aujourd'hui en Hollande. Elle a à peu près conservé les qualités laitières delà race mère.

19° La race flamande (Belgique-France) se distingue de la hollandaise par son pelage rouge vif avec quelques taches blaïKîhes en forme d'étoiles; elle est moins grande et plus étroite du bassin ; aussi laitière et plus apte à l'engraissement. La tête est fine et légère, les cornes courtes et minces; la côte est un peu trop plate et les hanches trop tombantes; le produit moyen annuel est de 2.600 litres d'un lait généralement plus riche que celui des hollandaises. Cette race a fourni les variétés suivantes. Boulonnaise, plus petite, plus grêle, plus anguleuse que la flamande, mais meilleure laitière ; elle a le ventre très-tombant. Artésienne, de même taille mais de formes plus arrondies et moins riche en lait. Picarde, très-rapprochée de la précédente^ pelage plus clair que chez la flamande, rouge froment foncé ou rouge clair; cornes plus relevées^ tête plus grossière et moins conique, constitution plus sèche, lait moins abondant. Berguenarde, de poil rouge plus ou moins brun, plus près de terre et de formes plus arrondies que les précédentes 5 moins laitière, mais engraissant plus facilement. Marécoise ou maroillaise, assez rapprochée de la berguenarde, mais de formes plus dégagées avec une tache blanche ou tigrée à la tête, et la robe bringée qu'elle partage seule avec la cotentine dont elle pourrait bien être la souche 5 la marécoise est très-laitière, et son lait est très-riche. Bournislenne, de même pelage que la flamande dont elle se distingue difficilement. Enfin fumenoise et compenoise, variétés peu fixes. Suivant!. Lefour, la sous-race maroillaise provient du croisement de la race I. 9

flamande avec celle du Hainaut. Quelques auteurs pensent que la race flamande fut introduite en France vers 1670. Nous croyons que cette introduction fut bien antérieure. Il est probable cependant qu'il y eut dans les Flandres françaises une nouvelle importation après les épizooties de 1771-1776, souche de cette superbe race de laitières dont parle M. de Dampierre et que les guerres de la révolution et de l'empire ont presque fait disparaître.

20° La race de Dantzig est peu distincte de la hollandaise; son pelage, ses formes, ses aptitudes sont les mêmes; rarement sa robe est louge, mais sa taille est un peu plus petite. La race hollandaise a sans doute été importée aux bouches de la Vistule, comme nous l'avons rencontrée en Russie à celles de la Dwina.

2r La race de Clèves et Berg (Prusse) a le pelage pie noir; sa taille est moyenne 5 ses formes sont assez bonnes 5 son engraissement est assez facile, et les femelles sont moyennement laitières. Elle est parfaitement conformée dans les riches herbages des bords du Rhin, et plus haute sur jambes, à poitrine resserrée, à formes anguleuses sur les plateaux.

22° La race westphalienne varie du pie rouge au pie noir; sa taille el son poids sont déterminés par la nature et la richesse du sol qu'elle habile, de 120 à 130 kilog. de viande. C'est une race mixte de lait et de graisse et encore assez rustique au travail.

23° La race holsteinoise ou des Polders (Danemaik), habite les marais situés au sud du duché de Holstein, sur les rivages de la mer du Nord. Elle est pie rouge ou pie noir; sa taille est moyenne; ses os assez développés concordent avec des formes amples. Le fanon est assez descendu, la poitrine assez haute et large. C'est une race mixte de travail et ensuite d'engraissement.

24'' La race d'Angeln ou de Geest (Sclileswig-Holstein-Danemark) a le pelage noir, brun enfumé ou fauve; sa taille est moyenne, ses os fins ainsi que la peau; les membres sont courts, la poitrine tranchante; les cornes sont relevées en arrière comme chez les chèvres; les hanches sont très-saillantes. Ce sont d'excellentes laitières.

25° La race du Jutland (Danemark) est de pelage noir, gris souris ou fauve avec des taches noires et blanches ; la tête et l'encolure sont fixes, la poitrine étroite et le bassin assez large; le corps long, les membres courts et fins. Celte race très-sobre et rustique est bonne laitière, s'engraisse facilement et fournit une viande très-estimée. Elle offre de grandes similitudes avec notre petite race bretonne du Morbihan dont elle a sans doute été la souche.

26° La race de Hall (Wurtemberg) élevée dans les montagnes duWelsheimer, a la robe baie avec la face blanche. Sa taille est au imoins moyenne, sinon élevée, quoique inférieure à celle de la hollandaise; sa poitrine est étroite, sans fanon , ses formes osseuses, ses membres forts et grossiers. Les bœufs atteignent souvent 4(30 kilogr. de viande, et ont une grande aptitude à l'engraissemeot, après aVoir assez bien travaillé; les , vaches sont de moyennes laitières.

27° La race d'Anspach (Bavière) élevée dans les montagnes du Steiger, se rapproche assez de la précédente, mais elle paraît avoir reçu du sang d'Eger ou de Voigtland. Elle est de robe pie rouge pâle ou blond, avec la tête blanche; de plus haute taille, de formes plus ramassées, moins rustique au travail, elle est plus disposée à la graisse. D'après M. MoU, cette race serait due à un triple croisement des races hollandaise, frisonne et indigène, remontant à 1775. A ces deux races de Hall et d'Anspach, se rapportent trois sous-races distinctes. Du Limboutg,

de robe isabelle, apte au lait, avec les femelles plus petites, tandis que les bœufs présentent une grande taille ; de Hohenlohe pie rouge ou noir et qui semble se rapprocher plus que les autres du type hollandais; enfin , du Neckar, de haute taille, de robe brune, et qui sans doute a reçu du sang suisse.

28" La race Wurtemberg eoise, petite, dont le pelage est brun avec la tête et les reins blancs, quelquefois blanc avec la peau souvent jaune , est bonne laitière et serait facile à améliorer pour la graisse. Elle attira l'admiration de Royer dans son voyage en Allemagne.

'29° La race du Glane (Bavière Rhénane) est, au contraire, la race de prédilection de M. Villeroy; sa robe est d'un bai de diverses nuances, isabelle lavé ou mélangé de bai et d'isabelle, jamais noire ni pie; il ne leur reproche qu'ifn défaut de conformation : la croupe est courte et parfois avalée. Les bœufs travaillent bien , engraissent facilement, et leur viande est d'excellente quahté j les vaches sont, en outre, considérées comme bonnes laitières.

30° La race de V Eiffel (duché du Bas-Rhin) est analogue à nos races bretonne du Morbihan, et des Vosges, à celle suisse du Hasli, à celle anglaise du Ayrshire. Petite, osseuse, chétive, elle est bonne laitière, s'engraisse bien, donne de bonne viande et beaucoup de suif. Sa robe est pie noir ou pie rouge.

31° La race du Breitenburg (archiduché d'Autriche) revêt un pelage gris blaireau ou jaune clair. Sa tête fine et courte est assez bien conformée et bien attachée. Le dos est droit, la queue bien plantée, les jambes basses , le pis fortement développé. Elle n'est pas sans ressemblance avec la race de l'Allgaià. Les vaches donnent de 14 à 19 et jusqu'à 25 litres de lait après vêlage.

32° La race de Neulenghach (archiduché d'Autriche) est une

grande race de robe blanc jaunâtre, aux mamelles développées et à poil fin. Elle produit d'excellentes vaches laitières fournissant de 1.698 à 2.030 litres de lait par an.

33° La race d'Angus (Angleterre) nous semble devoir être rapportée au type hollandais -, il n'y a pas très-longtemps que la race actuelle est privée de ses cornes , et Ton sait que nulle race ne présente plus de facilité que celle de la Hollande à modifier ou même abandonner complètement ce caractère; ce même fait d'avortement de l'étui corné se présente quelquefois dans la race cotentine. Du reste rien n'est plus aisé que de le provoquer. Ils ont la peau et le poil assez fînsj leur robe est le plus souvent noire, quelquefois avec des taches blanches, quelquefois encore, bigarrée de noir et de brun. Ils sont hauts sur jambes avec la poitrine courte et la côle plate, plus aptes à l'engraissement qu'au lait.

34° La race gaUoway qui provient de l'Angus, a le cuir épais et le poil long et doux ^ sa robe prédominante est le noir ^ la poitrine est large et haute; la tête courte et large; l'encolure trop volumineuse; les membres courts et charnus en même temps que fins 5 la côle parfaitement arrondie; les bœufs sont robustes et engraissent assez facilement; ils fournissent une viande et un suif très-estimés. Les vaches sont médiocres laitières et tarissent promptement. Martin et Raynbird regardent les galloways comme descendus de la race demi-sauvage du parc de Châtellerault dans le Lanarkshire, race fort ancienne et fort souvent , sinon toujours privée de cornes. ( Cattle , their breeds, etc. London, Routledge, 1858, p. 27.)

35« La race du Suffolk est également sans cornes, aussi bien que celles d'Angus et de Galloway; cette race a été depuis le commencement de ce siècle améliorée pour la laiterie. L'ancienne avait pour pelage caractéristique le brun de souris, ou

quelque nuance approchant de cette couleur; la nouvelle est généralement brun rouge, ou brun mélangé de blanc. Celte race a le squelette développé; la poitrine étroite; le ventre tombant; les reins longs et saillants, mais assez larges ainsi que le bassin ; le pis volumineux'; les membres Jongs et assez fins. C'est une excellente race laitière.

36" La race ardennaise (Luxembourg, Liége-Belgique) habile les Ardennes belges et françaises ; petite, chétive, sobre et rustique, elle se rapproche beaucoup de notre race des Vosges et du Jura par la taille , les formes , l'aptitude, et par son pelage pie rouge ou pie noir. C'est une race laitière des montagnes pauvres.

.37° La race du Fifeshire (Angleterre) remonterait suivant David Low, à une importation de vaches de la Hollande, transportées vers 1490 d'Angleterre en Ecosse, otïerles par Henri Vil à Jacques IV. Depuis lors, cette race a été mélangée par une foule de croisements. Anciennement , elle était noire, souvent tachetée de blanc, avec la peau d'une teinte jaune orangé; des cornes courtes et blanches contournées vers le haut. C'est une race éminemment laitière.

38° La race ayrshire (Angleterre) provient suivant David Low, du croisement d'une race indigène noire avec des taches blanches sur la face, le dos et les flancs, avec la race hollandaise, ou holsteinoise dite teeswalery qui fut introduite vers 1760 par le comte de Marchmont-, selon lui toujours, la tradition rapporte les qualités acquises par les ayrshires à une importation postérieure de la race d'Alderney. Les ayrshires ont les cornes petites, les épaules légères, les reins larges et profonds-, la peau assez épaisse mais moelleuse, d'une couleur jaune orangé; leur robe ordinaire est le rouge -brun plus ou moins mélapgé de blanc, avec le mufle tantôt rose et tantôt noir. Cette race l'une

dos meilleures laitières donne un produit moyen annuel de 2,750 litres de lait, et jusqu'à 4,000 litres.

39° La race d'Alderney ou d'Aurigny (Angleterre) nous paraît être la petite race saxonne du Julland apportée par les Norwégiens en 449 ap. J. C, selon toute probabilité, et modifiée dans ces derniers temps par un peu de sang normand , au moins dans l'île de Guernesey. La race d'Alderney est petite avec Tencolure mince, les épaules légères, la poilrine resserrée et le ventre très-développé ; les membres maigres, le bassin assez large et saillant, les reins déprimés, la croupe courte et avalée. Le mufle est étroit, les cornes courtes, fines et courbées en dedans. La robe est rouge clair ou fauve, mélangé de blanc, quelquefois noire, quelquefois blanc mat. La race de Guernesey aies formes plus étoffées; la taille un peu plus élevée, la poitrine plus ample ; son pelage est d'un rouge plus foncé et quelquefois bringé comme la race cotentine dont elle a reçu le sang. Ces deux races sont très-laitières, et surtout leur lait est très-riche. La race de Jersey n'est qu'une troisième variété Irès-rapprochée de celle d'Alderney; mais elle nous semble provenir de notre race bretonne du Morbihan dont le pelage seul la distingue; au lieu d'être pie noir ou pie fauve, il est d'un bleu ardoisé avec des taches blanches, rarement pie froment. Elle fournit peut-être un lait plus riche encore que les deux précédentes.

40** La race bretonne du Morbihan nous paraît comme celles d'Alderney et de Jersey, descendre de la petite race pure du Jutland. Celle-ci peut avoir été amenée du Nord, soit par les Belges bretons qui venus vers la fin du m* siècle av. J. C, s'établirent dans la presqu'île armoricaine et s'emparèrent vers 150 av. J. C, de la côte méridionale de l'Angleterre entre Suffolk et Devon, soit par l'invasion danoise de 449. On sait encore que chassés en 458 par les Saxons qui, d'auxiliaires

se sont faits conquérants, les Belges-Bretons quittent l'île de la Grande-Bretagne et reviennent s'établir dans la presqu'île d'Armorique qui reçut alors le nom de Petite-Bretagne. Peutêtre enfin, la race hollandaise ou celle du Jutland ne furentelles introduites en Bretagne qu'à la suite d'une des épizooties de 570, 592, 850, 1096, 1223, c'est-à-dire du Vf au xiii^ siècle. En 1750, suivant M. Duchâtelier, M. de Lescoët, capitaine de vaisseau, ayant introduit en Bretagne un . taureau de la race de Madagascar, la taille et l'aptitude des produits au travail , donnaient en 1752 de si belles espérances, que lui , M. de la Bourdonnaye et l'abbaye de Prières ne pouvaient répondre à toutes les demandes d'élèves qui leur étaient faites. C'est à tort, cependant, que Guénon attribue à cette race une origine indienne. La tête de cette race est assez longue, mais le mufle est fin , l'œil grand et sorti; le garrot saillant, la poitrine étroite, l'encolure longue et grêle, comparativement à la taille qui est très-petite. Le fanon est assez descendu, et le ventre volumineux 5 le pis avancé sous le ventre, mais non pendant ; le bassin assez large et saillant, la croupe un peu avalée; la queue longue et fine ; les membres très-secs et très-fins. Les bœufs de cette race sont comparativement beaucoup plus grands que les femelles et très-propres au travail , mais assez durs à prendre la graisse. Les vaches sont remarquablement laitières pour le régime sauvage auquel on les soumet. Le produit moyen est de 1,600 à 1,800 litres d'un lait riche, par an.

41*^ La race cotentine (Normandie- France), nous l'avons dit , nous semble remonter à la sous-race flamande dite marécoise ou maroillaise dont la robe est rouge bringé, la tête blanche ou tigrée, et qui est excellente laitière; pelage, aptitudes, conformation , se retrouvent dans notre cotentine dont la taille s'est un peu élevée, dont les formes se sont arrondies

dans les riches herbages normands. Ces deux races, peut-être seules au monde, offrent le pelage bringé qui est caractéristique de leur pureté et de leur proche parenté, bien qu'on ignore la date à laquelle peut remonter cette filiation. C'est une de nos meilleures races mixtes de lait et de graisse, une de celles dont le développement est le plus précoce, et qui nous fournit la meilleure viande; les mâles sont vifs mais assez peu résistants au travail ; ils peuvent être livrés à la boucherie à l'âge de quatre à cinq ans.

42*' La race aw^eronwe (Normandie-France) , peut-être l'ancienne race indigène de la Normandie, pourrait bien provenir de la race saxonne du Jutland mélangée à l'ancienne race des taureaux blancs que, selon Pline, les druides offraient à leurs divinités. Cette robe blanche reparaît encore fréquemment pure dans l'augeronne, et domine souvent dans les pelages mélangés. Nous savons qu'en 910, les Normands (North-mans, hommes du Nord), sous la conduite de Rollon , après avoir porté le ravage et la terreur en Angleterre, s'emparèrent de Rouen et menacèrent bientôt Paris. C'est alors que Charles le Simple effrayé, offre à Rollon sa fille Giselle en mariage, et lui abandonne en droit la Normandie qu'il a conquise en fait, pour s'y établir après avoir embrassé le christianisme. Une fois installes dans la Neustrie, les Normands quittèrent la vie agitée des pirates pour celle plus paisible des cultivateurs. Telle serait selon nous, l'époque probable de la fusion du sang saxon dans la race blanche indigène. Peut-être aussi, après que, en 1715, le glossanthrax eut décimé sa population bovine, la Normandie eut-elle recours à la Hollande pour repeupler ses pâturages. Quoi qu'il puisse y avoir de fondé en tout cela, la race augeronne dont on a distrait une autre sous-race bien peu distincte, la cauchoise, est de plus petite taille que celle du Cotentin ; elle

a le pelage pie-rouge cl.iir, pie froment, rarement pie noir et jamais bringé à moins de croisement; souvent elle est mouchetée de marron ou de jaune sur un fond blanc, robe appelée caille dans le pays. Sa tête est plus courte et son mufle est plus largement aplati que chez les cotentins; ses formes sont plus ramassées et son squelette plus fin ; elle est moins disposée peut-être à prendre la graisse, mais la vache est, économiquement, meilleure laitière, peut-être. Cette raceaugeronne, transportée vers 1810 en Bretagne, aux environs de Rennes, par M. de Lorgeril, y a formé une sous-race appelée rennoise, et qui fournit le beurre renommé de la Prévalaye. Elle a un peu plus de taille et les formes plus élancées que la race mère; elle est moins grande laitière, mais son lait a gagné en richesse. Le pelage n'a pas varié, mais tend un peu plus franchement au blanc.

43° La race mancelle (Maine-France) nous paraît évidemment une race obtenue par métissage; et peut-être ce fait de la réunion de plusieurs sangs divers est-il la cause de l'extraordinaire réussite des croisements manceaux-durhams. Nous voyons d'abord qu'en 1748, un taureau normand (probablement augeron) et des vaches hollandaises furent introduits aux environs de Château- Gontier. Surviennent bientôt (1762-1776) deux désastreuses épizooties qui amenèrent sans doute de nouvelles importations. Enfin, en 1780, M. de la Lorie introduit dans le Maine plusieurs taureaux choisis de la race suisse de Berne, dont les descendants se reconnaissent encore, dit 0. Leclerc-Thoùin , à leur couleur rouge noir ou rouge brun, à leur haute stature, aux membres plus osseux, plus gros, au cornage plus vigoureux. La race actuelle a pour type le pelage jaune-froment clair sur fond blanc, ou pie rouge; le poil et le cuir sont grossiers; la tète presque toujours pie jaune ou pie

rouge avec le tour des yeux et des naseaux presque constamment bordé de blanc. La tête est grosse, courte, large au front, le mufle épais, les cornes courtes mais grosses à la base, avec la pointe noire ou verte. L'encolure est courte et chargée, la poitrine courte et sanglée, la croupe étroite et souvent avalée, le fanon très-descendu , la culotte trop grêle. Médiocres au travail, mauvais pour la laiterie, les animaux de cette race sont encore durs à la graisse, mais reçoivent du croisement durham une amélioration extraordinaire.

44" La race gâAinelle (Poitou-France) nous semble, contrairement à l'opinion de M. de Sourdeval , qui la regarde comme une race en quelque sorte indigène à la Vendée, n'être autre qu'une importation, ancienne, si l'on veut, de la race augeronne dont elle se rapproche encore assez par le pelage et la conformation. Sa robe est froment plus ou moins vif et perlée de blanc autour du mufle, des yeux et à la culotte. Le mufle et le bouquet de la queue, noirs, proviennent peut-être d'un peu de sang choletais, dont les mésalliances se reconnaissent encore par le pelage bai-marron assez fréquent. La tête est longue et assez grosse, l'encolure un peu musclée, la poitrine assez large, la côte arrondie, le ventre soutenu, les membres longs et un peu grossiers: La vache, beaucoup plus petite que le bœuf a les formes plus fines et plus potelées 5 elle est une laitière moyenne. Les bœufs sont assez bons travailleurs, et engraissent assez facilement de six à huit ans.

45° La race de Dtirham (Angleterre) est quelquefois considérée comme une race pure, obtenue par sélection; nous croyons que c'est une erreur. Nous admettrons bien que les Collings procédèrent par Tamélioration de la race, sans croisements, mais quelle était cette ancienne race? là est la question. Malgré l'opinion de M. Lefèvre de Sainte-Marie nous inclinons

fort à croire que l'ancienne race d'Holderness ou leeswater provenait d'une importation hollandaise croisée par la suite avec la race indigène. Cette importation est un fait historique et difficile à nier; elle remonte à 1740, et se fit par les soins de sirW. Saint-Quintin , de sir James Pennyman , etc. Seulement on a prétendu que ce bétail hollandais provenait d'un troupeau de race teeswater qu'en 1439, Jacques II d'Écosse avait offert à son beau-père Guillaume, stathouder de Hollande. Or, il est difficile de croire que ce troupeau, si même c'est à lui que sir Saint-Quintin emprunta ses animaux, se soit pendant deux siècles, conservé pur. M. Bella père, dans son voyage en 1829 en Allemagne, trouva à Weill, domaine royal du Wurtemberg, six vaches de la race dite d'Holderness ou teeswater 5 « cette espèce, pie-alezan clair, dit-il, est petite, pointue, laide, mais elle donne beaucoup de lait pour la nourriture qu'elle consomme. » [Ann. de Grignon, IIP livraison, 1831.) Nous étions bien loin alors de la race de Durham actuelle. Celle-ci a pour type le pelage rouan vineux sur un fond blanc, et fréquemment la robe blanc-zain avec le tour des yeux et du mufle presque toujours rose. Sa conformation est fine et arrondie en tous sens. C'est le type de la conformation des animaux destinés à produire de la viande. Quelques familles de celte race sont restées remarquablement aptes au lait.

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