TYPE SALERS
80° La race de Salers est à coup sûr Tune des races les plus anciennes de la France. Peut-être descend-elle comme la race de Devon , avec laquelle elle offre une grande analogie , de la race saxonne du nord de l'Allemagne, suivant Topinion de !VI. F. Bella; peut-être est-elle une modification immédiate et directe du type primitif hongrois. C'est en tous cas celle de nos races françaises qui offre au plus haut degré la constance, par la transmission opiniâtre de sa robe et de sa conformation dans l'œuvre des croisements, même avec la race de Durham. Ainsi, le croisement durham-salers présenté en 1851 au concours de Lyon par M. Crétin, de Mably, était sous poil rouge vif, et la race française se trahissait par bien des points de sa conformation. M. Zielinsky, de la Corée, a dû renoncer au croisement
salers-charollais, parce que les produits étaient presque toujours pie rouge. Les croisés salers-aubracs sont presque toujours rouge vif, et comme tels, refusés dans l'Aubrac pour la reproduction. Enfin, LuUin de Châteauvieux hasarde une fausse hypothèse, en assignant au salers et au charollais la race suisse de Fribourg pour origine. Tout au plus , cela pourrait-il être admis pour Taubrac.
Le salers est la race mixte par excellence, le type des races de montagnes : son pelage est d'un rouge vif; sa taille élevée (l'".40 à 1°'.45) sa peau fine et souple; sa tête assez courte , large au front, avec le mufle effilé ; les cornes sont blanches ou verdâtres avec le bout noir, longues et bien ouvertes; le cou musclé et court; le garrot large et peu sorti; le fanon trèsdescendu, la poitrine large et profonde; l'épaule oblique ^ le bassin assez large, les reins à peu près droits; la queue attachée haut ; les membres courts et assez fins avec les jarrets larges et coudés. La culotte manque d'ampleur. Les mâles sont trèsbons travailleurs et s'engraissent bien après six à huit ans; leur viande est des plus estimées. Les vaches sont peu laitières, mais leur produit est d'excellente qualité. Cette race a donné naissance à la sous-race de Brioude, aux cornes assez fines, courtes et recourbées en arrière et en haut; au pelage rouge froment plus ou moins vif; à la taille moins élevée et aux formes plus grêles que la race mère. Son chanfrein est un peu busqué , et ses membres proportionnellement assez forts. C'est à cette sous-race qu'appartenait le bœuf de M. de Tardy, primé au concours de Lyon en 1847.
SV La race de la Camargue (France) n'est autre que la race de Salers qui fut transportée dans le delta du Rhône après le typhus de 1745-1756. L'ancienne grande race noire ayant été enlevée presque entière, on importa des vaches et des taureaux
de Salers qui, grâce à quelques animaux de Tancienne race échappés sans doute à Tépizootie, prirent tous les caractères de celle-ci, même la robe noire. Cette race vit à l'état demi-sauvage dans les marais 5 sa tête a pris de l'accroissement 5 son ventre est descendu; ses membres ont grossi. On ne lui demande que de se multiplier.
82" La race du Forez et des Cévennes (France) provient sans doute d'un métissatge du salers avec le charollais; mais elle a plus du premier que du second; sa robe est pie jaune ou pierouge clair, avec les reins et le dessous du ventre presque toujours blancs, la tête rouge ou jaune. La taille est plutôt petite que moyenne (l^.ao à 1™.35) 5 la tête est courte et large au front, les cornes bien contournées en arc, la poitrine plus haute que large et sanglée 5 le fanon ample ; les reins souvent ensellés ; les membres longs et grêles. Les bœufs sont assez propres au travail , mais durs à la graisse ; les femelles , médiocres laitières.
83" La race des Bombes et du Bugey (France) appartient bien au type salers, mais modifié sans doute par Taubrac ou par une race suisse ; son pelage est d'un rouge un peu fauve , terne, avec le devant enfumé, le tour des yeux noir et le mufle gris. Sa conformation est presque celle du salers, mais la taille est un peu plus petite et le squelette plus développé. C'est une race de travail qui engraisse bien après la réforme.
84° La race limousine nous semble pouvoir être également rapportée au type de Salers. Situé près de l'Auvergne et sur un sol presque identique, le Limousin adopta naturellement la précieuse race de Salers qui y a subi si peu de modifications de formes et d'aptitudes. Le pelage, il est vrai, est devenu jaune froment, mais ce sont toujours la même tête, le même cornage, le même fanon , les mêmes membres, le même ventre 5 enfin
c'est toujours la même race de travail et de graisse, mais peu laitière.
85° La race périgourdine (France), à son tour, est descendue de celle du Limousin. Les cultivateurs de ce dernier pays ne conservent que les femelles, et les mâles sont exportés en grande partie pour le Périgord. Dans cette contrée où l'herbe est plus abondante, où le sol est plus riche, le bœuf limousin prend plus de taille et d'ampleur qu'il n'en eût acquis sur le sol natal et prend le nom de race périgourdine que M. Montagne nous semble à tort rapporter à la race agénoise.
86° La race saintongeoise (France) se rapproche beaucoup encore de celle du Limousin par son pelage variant du rouge vif à l'alezan, la conformation de sa tête, son cornage, son fanon, l'attache de la queue et les membres. Elle a conservé du salers l'aptitude au travail, quoiqu'elle y soit moins résistante. En 1774, la Saintonge, la Guienne et la Gascogne furent ravagées par une épizootie, et le Limousin dut être appelé à réparer les pertes des éleveurs.
87° La race quercinoise (France) dut peut-être son origine aux mêmes causes; elle présente aussi de notables similitudes avec les races limousine et salers ; sa robe est rouge sanguin ou pie rouge, quelquefois froment zain, mais le fanon a remonté; la côte s'est aplatie; les membres se sont allongés; l'épaule s'est redressée 5 en quittant les montagnes, sa conformation devait subir d'inévitables modifications. Les bœufs sont vifs, mais peu résistants au travail ; les vaches sont devenues un peu plus laitières. Elle a fourni les sous-races d'Anglès (Tarn) au pelage gris blaireau, de petite taille, à tête longue et mince, à poitrail assez ample, mais aux reins ensellés,à ventre tombant, aux mêmes aptitudes. Celle de Saint-Gaudens (Ariége) à robe froment, de petite taille aussi, bien conformée pour le
travail et dont les vaches sont assez laitières. Enfin celle de Carolle ou de la Cerdagne (Pyrénées-Orientales) à la robe d'un brun fauve, à encolure courte et musclée, à long fanon, à corps court et cylindrique, à bassin large, aux membres forts, et à la taille petite 5 robuste, agile, et bonne laitière.
88° La race gasconne (France) provient sans doute des races limousine ou salers, mais sensiblement modifiées' par le sang de Taubrac. Sa robe est le brun enfumé dans le devant et aux extrémités, avec les yeux et le mufle bordés de blanc. Sa tête est courte et carrée, ses cornes grosses et assez longues, son encolure forte et courte, ses épaules musclées, son ventre descendu, sa croupe un peu resserrée; son corps court et cylindrique; sa taille moyenne (l'".o5 à 1™.45). Les bœufs sont rustiques et résistent bien à la fatigue, mais leur engraissement est long et assez difficile. Les femelles sont peu laitières. Elle a selon M. Rendu, produit la sous race dite de la montagne Noire, aux membres et aux cornes fins, à bassin large, à poitrine haute et profonde, aux cuisses grêles, très-vive au travail et mauvaise laitière. On doit lui rapporter encore la sous-race néracoise (Nérac, Lot-et-Garonne) dont la robe est froment ou fauve clair avec les lèvres, la queue et le tour des pieds noirs, et un cercle blanchâtre autour des yeux, et dont les formes se rapprochent beaucoup ainsi que les aptitudes, de celles de la sous-race précédente.
89** La race bazadaise (France) descend de la gasconne. Sa robe est brune avec le front noir et le tour du mufle et des yeux blanc, les cornes et la tête courtes ainsi que Fencolure; le fanon descendu, les reins larges et droits, les hanches saillantes, la croupe ronde, le corps court, la poitrine large, les membres courts et solides; la taille moyenne (1".35 à 1°.40). Excellents pour le travail, les bœufs ne sont pas moins estimés
pour la boucherie. Les vaches sont en même temps assez laitières.
90" La race agénoise (France) dont l'origine remontait probablement à celle du Limousin, fut d'après M. le docteur Durrut- Lassalle, améliorée vers 1804, par un taureau venu d'Auvergne (probablement du Salers) de l'étabhssement de l'abbé dePradt. Le pelage de la race actuelle est le blond pâle souvent enfumé dans le devant. La tête est plus large et plus courte, les cornes sont plus petites, le fanon moins descendu que dans le salers. Les vaches sont médiocres laitières, mais les bœufs sont d'excellents animaux de travail et leur engraissement se fait bien de sept à neuf ans. Cette race a produit plusieurs sous-races : celle du Coteau dont le pelage est froment foncé, un peu plus clair sur les reins, un peu enfumé dans le devant; sa tête est moyenne, ses cornes grosses, moyennement longues et recourbées en bas 5 son corps long avec les reins creux 5 le train antérieur très-dé veloppé, le bassin assez large, les membres forts, la taille élevée. Celle de Lourdes (Hautes-Pyrénées) à robe alezane ou froment, quelquefois grise ou pie noir 5 à tête petite et carrée j à cornes courtes, minces et dirigées en avant ^ à encolure courte et grêle ; au corps arrondi ; aux membres courts et forts j à taille petite (l'^.âS à l^'.SO) ; bonne laitière mais pas assez forte pour le travail. Celle de Tarbes qui paraît provenir d'un croisement entre l'agénois et le quercinois, porte la robe froment; les cornes très-longues relevées en arrière et en hautj sa taille est élevée (1".40 à 1™.45). Les vaches sont bonnes laitières et les bœufs sont durs et actifs au travail , mais un peu durs à engraisser.
9V La race basque^ béarnaise on pyrénéenne (France) serait selon M. J. Valserres, d'origine espagnole. Son importation remonterait à 1774, époque a laquelle le Béarn fut ravagé par
une épizootie qui dépeupla les étables. Sans nier cette origine, nous pensons que la race actuelle provient du croisement de cette race espagnole avec une race indigène descendue de celle de l'Agénois, ou peut-être encore de l'Aubrac. Son pelage est gris souris ou gris blaireau clair, quelquefois froment ou fauve, souvent enfumé dans le devant; cornes longues, corps ramassé; taille petite plutôt que moyenne. Les vaches sont assez • laitières et les bœufs infatigables au travail, et médiocres en revanche à l'engraissement.
92° La race landaise (France) porte la robe froment, enfumée, avec le tour des yeux et les extrémités plus claires ; sa taille est petite (1". 25 à 1". 30) 5 sa tête courte avec le front large et les cornes longues et minces relevées en haut; l'encolure est bien fournie, le fanon peu tombant, le corps allongé, les membres forts et larges. Les vaches sont peu laitières^ les bœufs travaillent avec ardeur, mais n'engraissent qu'avec difficulté.
93° La race garomaise ou bordelaise (France) est regardée par M. Lafore comme importée du Salers; M. Collot la regarde comme venant du Limousin et modifiée par les races normande, augeronne ou hollandaise. Cette dernière opinion nous semble la moins probable. La race garonnaise est de très-haute taille (l'°.50 à 1".60). Sa robe est le froment clair, souvent nuancé de brun à la tête, et enfumé dans tout le devant, avec la queue et les paturons noirs. La tête est légère, les cornes longues, les reins droits,' la queue bien attachée, le squelette assez développé, les membres forts, le bassin large et musclé, la côte plate et les cuisses trop grêles. C'est une excellente race de travail, mais moyennement laitière. En revanche, elle engraisse avec assez de promptitude, et fournit de bonne viande.
W La race choie taise (France) présente une certaine res-
semblance de conformation avec le salers qui a dû en former la souche primitive, plus tard croisée avec la race de Schwitz. C'est probablement à la fin du xvm® siècle, marquée pour le bétail par tant de désastreux fléaux, qu'il faut fixer l'importation dans le Poitou de la race auvergnate dont le mouvement d'immigration se continue encore de nos jours. Quant à l'époque du croisement suisse, elle a dû être un peu postérieure. En 1801, le gouvernement faisait encore introduire dans cette contrée dix vaches et treize taureaux de la race de Fribourg, qui ont sensiblement dû modifier la race indigène. Elle est d'assez haute taille (1™.45 à 1"".50), son pelage est brun fauve enfumé avec le mufle gris, le tour des yeux, les oreilles et les poils de la queue noirs; sa tête est large et courte; son encolure courte et forte; sa poitrine assez large; l'épaule assez oblique, les membres courts et assez fins avec les jarrets droits| et larges 5 les reins assez droits, le bassin long, les onglons durs. C'est une excellente race mixte de travail et de boucherie, mais très-médiocre laitière. Elle a produit la sous-race appelée bocagère^de robe alezane, de taille moyenne, à corps court et trapu, à formes assez arrondies, dont la tête et l'encolure sont courtes et qui a toutes les extrémités noires.
95** La race nantaise (France) a une parenté bien évidente avec le choletais; elle a perdu un peu de sa taille, mais le pelage, la conformation et les aptitudes n'ont point varié. Aussi n'en devrait-on faire qu'une sous-race à peine distincte.
96'' La race maraichine (France) habite les anciens marais de la Charente desséchés par les soins de Napoléon I", et convertis en prairies. Sa robe est brun noir avec les extrémités plus claires; sa tête est volumineuse, ses cornes grosses et recourbées en arrière 5 ses reins concaves; sa queue attachée bas sur une croupe avalée 5 ses membres sont longs et grossiers;
son ventre est volumineux. Les bœufs sont très-aptes au travail, sobres et rustiques, et assez disposés à prendre la graisse ; les vaches sont mauvaises laitières. Une sous-race provenant comme elle du choletais plus ou moins modifié par la suisse de Schwilz ou de Fribourg, porte le nom de sous-race luçonnaise; elle habite les marais des environs de Luçon (Vendée), plus riches que ceux de la Charente. Sa taille est très-élevée(l°'.55 à 1".60), son pelage est marron zain ; la tête est longue et mince, les cornes courtes et un peu arquées en haut ; le fanon pendant ; le corps long; le ventre volumineux; la poitrine étroite et sanglée ; les membres forts avec les jarrets étroits. Les vaches sont assez bonnes laitières 5 les bœufs assez travailleurs, mais peu résistants et d'un engraissement assez difficile.
97*^ La race d'Âubrac (France) est considérée par les uns comme descendue du salers et sans doute croisée avec la race suisse, parles autres comme une race indigène pure. Celte question d'origine est impossible à trancher, en l'absence de tous documents historiques. Ce qu'il y a de certain c'est que l'aubrac est une race bien constante etconséquemmentancienne. Elle a pour caractères : la robe fauve clair (marruel) avec la joue et les oreilles plus foncées, souvent encore blaireau foncé et c'est une des plus estimées. Sa taille est inférieure à celle du salers (1™. 35 à l'^.iO), sa tête est plus courle et plus large au front, ses épaules plus droites, ses hanches un peu moins larges; ses cornes plus minces et plus courtes; ses membres plus près de terre, et son fanon plus flottant. Moins solide au travail, elle engraisse moins facilement, et cela sans avoir gagné sur les qualités laitières du salers.
98° La race du Morvan (France) presque disparue aujourd'hui, nous semble descendre en ligne droite de l'aubrac. Son pelage est roux fauve avec une raie blanche tout le long des
reins, et une tache blanche sur le chanfrein ; son front est garni d'un toupet frisé comme celui de l'aubrac; ses cornes blanches, assez minces sont courbées en avant puis en haut; l'encolure est courte et forte, le fanon flottant, les épaules obliques et musclées; les reins droits; les membres courts, grossiers et larges, avec le jarret crochu; le cuir à la fois épais et souple. Ce sont d'excellents animaux de trait, mais c'est là leur seule aptitude.
99° La race comloise-tourrache (France) est aussi à peu près complètement éteinte aujourd'hui; elle était de taille moyenne; sa robe était d'un rouge foncé avec des taches noires ou blanches et le poil hérissé sur le dos et frisé au toupet. Sa tête était longue et épaisse, les cornes grosses, longues et très-ouvertes; le fanon très-descendu; l'encolure courte et volumineuse; la croupe étroite et un peu maigre, les cuisses petites, les membres courts et nerveux. C'était exclusivement une race de travail, formée sans doute de l'aubrac et d'une race suisse.
100° La race du Mézenc (France) encore appelée du mont Dore ou du Puy-de-Dôme, est bien descendue de l'aubrac, mais avec mélange de sang suisse. En 1822, suivant M. Bardonnet, M. Soulhat importa la race de Fribourg dans la contrée; mais ce n'était sans doute pas la première infusion de ce sang. Cette race est de petite taille, de pelage pie noir, quelquefois pie rouge, rarement froment zain. Elle a le corps trapu, les membres courts et forts; la tête étroite, l'encolure courte et bien musclée; le fanon tombant, le ventre volumineux. Les vaches sont assez laitières et les bœufs assez vifs au travail.
101° La race du Ségalas ou de rAveyron ou du Causse (France) nous offre un troisième type auvergnat, mais dont l'analogie avec le salers est bien plus facile à reconnaître que pour l'aubrac. Sa robe est d'un rouge brique vif; sa taille est petite
(l".20 à 1"".30), sa tête mince et un peu longue; ses cornes fines, allongées et relevées 5 sa poitrine courte et étroite 5 les reins un peu ensellés; les membres longs et assez fins ; le fanon moyennement développé. Les femelles sont un peu plus laitières que les salers, mais les bœufs sont moins forts et moins rustiques au travail j ils sont sobres et engraissent assez rapidement, et leur viande est assez bonne.
102° La race de la Limagne (Auvergne-France) descend de celle du Ségalas, mais mélangée de sang suisse selon toute probabilité. Sa taille est élevée, surtout dans la contrée de la Limagne appelée le Marais. Sa robe est pie rouge ou pie noir avec les extrémités lavées 5 ses formes sont à la fois fines et arrondies; elle a perdu son aptitude au travail , pour devenir une race de laiterie, engraissant en même temps avec assez de facilité.
103° Il nous paraît difficile de rattacher avec quelque chance de vérité au type salers, la race charollaise (France) ^ l'une de nos meilleures races et des plus répandues. Cependant, à tout bien considérer, la robe fait presque seule la différence entre ces deux races, dont la conformation est presque identique, dont les aptitudes sont à peu près les mêmes. Quelques personnes regardent la race charollaise comme importée du Piémont ou de la Savoie, où le bétail est de pelage blanc. Cela est possible, mais il n'en reste jusqu'ici aucune trace historique. Pourquoi n'admettrait-on pas qu'elle descend d'une race blanche indigène qui paraît avoir peuplé une grande partie de l'ancienne Gaule, et croisée avec le salers dont on aurait repoussé la robe rouge pour la reproduction? Cette opinion n'est pas moins probable que la première. Il serait même possible que ce croisement salers ne remontât qu'à 1731, époque oii une épizootie meurtrière ravagea la Bourgogne. Grognier la regarde comme issue d'une race d'Auvergne; et LuUin de Châtenuvieux lui
donne pour origine un croisement suisse. Voilà bien des opinions dont la dernière nous semble la moins fondée. La race charoUaise est de taille élevée (l'^.iS à l'^.SS); son pelage est blanc à peine teinté de jaune clair; sa tête est un peu longue et assez large ; ses cornes moyennes en grosseur et en longueur ; son encolure de moyenne longueur et assez maigre ; son fanon pas trop développé ; ses reins souvent ensellés ; son ventre trop volumineux; ses côtes un peu trop tombantes; la queue attachée haut ; les membres assez gros et avec les onglons tefndres, et les jarrets très-larges. Assez apte au travail, elle est encore une de nos races les plus précoces à Tengraissement ; mais les vaches sont mauvaises laitières.
lOi** La race nivermise (France) ne date que de 1789, époque à laquelle suivant M. de Dampierre, M. Mathieu introduisit la race charoUaise dans le Nivernais, oia elle se croisa avec la petite race froment du pays. Son pelage est café au lait avec le ventre blanc et des taches blanches à la tête et au front; la conformation est à peu près celle du charollais; moins apte au travail et à Tengraissement, celte race n'est pas meilleure pour le lait.
105° La race bourbonnaise (France) peu dissemblable des deux précédentes, paraît aussi moins pure. Sa robe est le blanc, quelquefois pie fauve, pie rouge ou pie noir, suivant les croisements avec l'aubrac, le salers ou la race de la Limagne. Elle a les membres plus fins, la poitrine moins ample, le corps plus long , les formes moins arrondies que le charollais ; elle est aussi moins apte au travail et à l'engraissement, mais un peu meilleure laitière.
106° La race bressane (France) est issue, sans doute, de la race nivernaise avec une race locale; son pelage est jaunâtre avec une raie blanche sur les reins, et quelques autres taches blanches sur le corps et particuUèrement aux meaibres et à la
ête ; quelquefois froment terne, ou encore, mais plus rarement gris de souris. Sa tête est longue et étroite; ses cornes grêles moyennement longues et irrégulièrement contournées; la poitrine courte et étroite, les membres longs mais remarquablement fins. C'est une excellente race laitière, dont les bœufs travaillent bien et ne présentent pas trop de difficulté à l'engraissement.
Cette nomenclature, nous n'avons pas, on le conçoit, la prétention de l'ofi'rir comme complète ; en dehors des races étrangères sur lesquelles on ne possède ajicun document, il est encore de nombreuses variétés françaises que nous avons dû négliger; celles bourguignonne, lorraine, ardennaise, percheronne, berrychonne, solognote, etc., par exemple, mélanges non déterminés d'une multitude de races entre elles. On sait, du reste, combien depuis quelques années, par suite de la manie irréfléchie des croisements, il règne de confusion dans le caractère de presque toutes les races chevalines, bovines et ovines. Au miheu d'une foire, bien habile celui qui saurait reconnaître à coup sûr le type de la plupart des animaux. Avant vingt ans, peut-être, il ne restera pas dix races pures en France, il n'y aura que des métis, et je doute fort que cette fusion s'opère pour le plus grand bien de l'agriculture et du pays.
Quoique la plupart des observations précédentes, sur l'origine de ces races, ne soient qu'hypothétiques, nous pensons que les races françaises, en tant que nous les voyons aujourd'hui , n'ont pas pour la plupart une origine bien ancienne. Le plus grand nombre pourrait bien ne pas remonter au delà de la première moitié du xviii® siècle, alors qu'au milieu des guerres, des famines et des pestes, la France voyait encore son bétail décimé par de désastreuses contagions parties de la Hollande et de l'Allemagne, typhus contagieux, glossanthrax , I. 11
esquinancie gangréneuse, etc. Tantôt il y eut mélange de races par le seul fait du voisinage ; tantôt on importa des colonies prises dans certaines races, pour remplacer la race détruite en totalité ou en partie 5 d'autres fois, c'est un peuple conquérant ou voyageur |qui traîne à sa suite le bétail des contrées qu'il abandonne; enfin, quelques reproducteurs de races étrangères ont été versés à Foccasion ou comme expérience, dans le sang de quelques races indigènes qu'ils ont plus ou moins profondément modifiées.
L'espèce bovine, en France s'est multipliée, depuis le commencement de ce siècle, dans une proportion plus élevée encore que l'espèce chevaline, mais semble depuis quelques années, se restreindre un peu en faveur des moutons, dont on n'avait pas jusque-là, assez apprécié l'utilité dans certaines circonstances. Voici d'ailleurs les chiffres officiels :
Total
Années. Taureaux. Bœufs. Vaches. de l'espèce bovine . Kspèce ovine.
* Têtes. Têtes. Têtes. Têtes. Têtes.
Il est opportun de remarquer qu'après la période d'engouement excité par les mérinos récemment introduits, la réaction reporta la faveur sur le gros bétail à cornes ; mais depuis lors, l'économie rurale mieux comprise ramena les idées vers le bétail à laine, aux dépens de l'espèce bovine. La proportion fournie par la statistique officielle de i 841 , offre à très-peu de chose près la même proportion qu'en Angleterre. Ainsi en France, le rapport est de 409 moutons pour 100 bêtes à cornes, et en Angleterre, de 437 moutons pour 100 animaux d'espèce bovine j en France, le nombre des chèvres, qui tend à s'accroître,
quoiqu'il soit déjà de plus d'un million , tandis qu'elles sont fort rares, en Angleterre, rétablit la proportion égale. Néanmoins, l'espèce bovine en France ne suffît point aux besoins de la consommation, ainsi que le prouve le tableau suivant qui nous donne comparativement les importations et les exportations.
1837 1838 1839 1840 1844 1845 1846 Importations.. 29,864 35,757 41,641 ^8,959 30,380 25,030 21,577 Exportations. . 19,834 14,965 12,989 12,529 7,796 9,649 14,511
Balance.. 10,030 20,792 28,652 26,430 22,584 15,381 7,066
Les animaux importés proviennent surtout de l'Allemagne , de la Hollande, de la Prusse et de la Suisse ; viennent au second rang la Belgique, le Piémont et la Savoie, et l'Espagne. Les exportations se font pour les États sardes, la Suisse, la Belgique, l'Allemagne et l'Angleterre.
Enfin l'espèce bovine, en Europe fournit une population plus que double de l'espèce chevaline ; elle s'élève à environ 84 millions de têtes, ainsi réparties :
Têtes.
Russie 21,000,000
Empire d'Autriche 14 , 616 , 000
Iles Britanniques 8,000,000
France 7,870,000
Confédération germanique 7,300,000
Monarchie prussienne 5,400,000
Portugal 4,010,000
Italie 3,280,000
Turquie d'Europe = 3 , 1 5Q , 000
Espagne 2,950,000
Suède et Norwége 1,825,000
Danemark 1,100,000
Suisse..... 850,000
Ensemble... 83,551,000 Les tendances de l'époque actuelle poussent à l'abandon du
bœuf pour le travail , où le cheval et la vapeur le remplacent ; mais aussi les besoins en laitage et en viande s'accroissent chaque jour* Aussi l'Angleterre qui l'a compris la première, a-t-elle renoncé aux races de travail, et cherché à établir des races mixtes de lait et de graisse. En France, dans la plupart des contrées , le sol montueux ne permet pas de substituer le cheval au bœuf, et nous devrons longtemps encore conserver comme une nécessité absolue nos si précieuses races de travail du Salers , du Limousin , du Choletais 5 qui sont en même temps nos meilleurs producteurs de viande et de suif. Puisse la manie des croisements inconsidérés , ne pas les faire disparaître, sous prétexte de les améliorer! D'un autre côté , certaines races, pour répondre aux besoins de l'époque doivent subir d'inévitables transformations ; celles charollaise, cotenline, par exemple qui réussissent si admirablement dans le croisement par le durham. Mais c'est là une œuvre de temps, de patience, de sagacité, et qui demande surtout une extrême prudence.
€. Races ovines.
Notre mouton domestique descend-il du mouflon ou de Targali, ou de Tun et l'autre ? C'est pour nous une question beaucoup moins importante que pour les naturalistes. David Low rapporte cette origine à l'argali pour les races asiatiques , au mouflon pour les races européennes, et il est, en cela, d'accord avec les plus savants naturalistes. Le mouflon que l'on trouve encore aujourd'hui à l'état sauvage dans les îles de Candie, de Chypre, de Corse et de Sardaigne, dans la Grèce et dans la Murcie espagnole, est un peu plus grand que nos races de
moutons domestiques 5 ses cornes , triangulaires à leur base et aplaties vers la pointe, sont longues de 0".60 environ, dans le mâle , et manquent complètement à la femelle ; elles sont , en outre, contournées en dedans vers la pointe. Sa toison laineuse et grisâtre est cachée sous des poils longs et soyeux, de couleur fauve ou noire. Il vit en troupes nombreuses dans les montagnes ; il est facilement domesticable et donne avec la brebis domestique des produits féconds , croisement dont les romains tiraient un fréquent parti. Une variété du mouflon (ovis musimon Pallas) porte plusieurs cornes , et jusqu'à huit. C'est Vovis strepsiceros ou ovis polycerates. Il a fourni plusieurs races à la domestication , et paraît n'être qu'une variété du type sauvage. D'un autre côté, l'argali [ovis ammon Linné) est considéré comme la souche des races asiatiques ; il est de la taille d'un daim; ses cornes sont longues de 0°'.90 à l'^.ao, ayant à la base plus de 0'".30 de circonférence ; elles sont triangulaires comme celles du mouflon, très-rapprochées à leur insertion sur le crâne , dirigées obliquement en haut et en dehors, recourbées en arrière, avec la pointe dirigée en dehors et en bas. Son poil est ras, recouvrant un duvet court et laineux de couleur blanche. Ce pelage épaissit en hiver et présente du blanc au museau , à la gorge et sous le ventre , tandis qu'en été il devient ras et de couleur gris fauve 5 en toute saison il porte une raie jr.unâtre sur les reins et à la base de la queue. La femelle est beaucoup plus petite que le mâle , porte des cornes moins développées, et se distingue par l'absence de jaune à l'attache de la queue qui est très-courte dans les deux sexes. Il est à remarquer que les races de moutons domestiques des contrées méridionales font souvent deux portées dans l'année, ou donnent deux agneaux à chaque portée. Ce caractère se remarquera dans la race hollandaise du Texel , originaire des
Indes orientales et qui l'a communiqué aux races qu'elle a produites.