DROITE ET MI-FINE
33* La race du Texel (Hollande) n'est autre qu'une race indienne importée en Hollande vers 1550. Elle est de grande taille, à tête un peu longue mais assez fine, à membres solides et un peu grossiers , à côte un peu plate , à queue courte et large. Les deux sexes manquent de cornes. Leur lainage est long, droit et médiocrement fin. Les femelles font et élèvent jusqu'à quatre agneaux d'une seule portée. M. de Morogues qui lui donne pour origine les Indes orientales nous paraît plus dans le vrai que Tessier qui la fait venir des îles de Crète et de Candie.
34° La race flamande frisonne ou flandrine (Belgique-Hollande-France) est de très-haute taille, a le corps très-long et un peu resserré 5 les membres hauts et dégarnis de laine. La toison est longue, abondante, inégale, à brins droits et souvent méchus, en somme de médiocre finesse ; ce sont des laines de peigne. Elle est grande mangeuse et d'un engraissement peu économique. Les femelles donnent assez régulièrement deux agneaux par portée , et sont bonnes laitières et bonnes nourrices. Cette race a produit en France les sous-races artésienne et picarde qui n'en diffèrent guère que par la taille plus petite et le lainage un peu plus court et plus fin.
35"* La race poitevine (France) nous semble ne pas être autre que la race flamande introduite dans le marais poitevin d'oii elle s'est aussi, et, peut-être par croisement, répandue dans la plaine 5 elle est de haute taille , a le chanfrein ' légèrement busqué, la toison longue , assez grossière et vrillée à la pointe,
exclusivement propre au peigne. Dans la contrée appelée plaine, elle a perdu un peu de taille et de longueur de laine , mais la toison est un peu plus fine. C'est une assez bonne race de boucherie. Elle produit souvent deux agneaux ; les brebis sont bonnes laitières.
36° La race normande (France) est de plus petite taille que la précédente, et est moins constante; elle a reçu, dans ces dernières années, quelque peu de sang dishley et southdown dont les caractères se distinguent facilement dans un grand nombre. Sa toison est longue et assez grossière , mais elle engraisse assez rapidement et donne de bonne viande. Les brebis donnent le plus souvent deux agneaux par portée, et les allaitent bien.
37" La race lorraine (France) paraît descendre de la race flandrine ; mais elle a pris un peu plus de carrure dans les formes, en perdant de la taille; sa toison est de même nature, mais moins abondante et moins longue. Elle est devenue plus sobre et plus apte à prendre la graisse. Sa tête est courte mais large aux yeux, ses membres courts, le bassin et les reins larges, le gigot bien fourni. Elle donne fréquemment aussi deux agneaux par an en une portée.
38*» La race du Hanovre ou des Marsches (Hanovre-Allemagne) descend de celle du Texel ou de la Flandre dont elle ne diffère en rien par sa conformation ni son lainage^ elle habite les marsches du Hanovre et y porte le nom d'Eiderstœdt. Elle est bonne laitière, produit de deux à quatre agneaux par portée, est de grande taille, à laine longue et mi-fine, et produit une assez bonne viande.
39** La race lomelline du Piémont (Piémont) paraît être la race hollandaise ou flamande transportée dans ce pays, et nous ne pouvons admettre l'opinion de LuUin de Châteauvieux qui I. 12
la fait venir d'Afrique, oii il n'existe aucune trace de race tant soit peu identique ; en effet, sa taille est très- élevée; sa tête est sensiblement busquée, ses oreilles larges et tombantes; ses reins larges et droits, ses hanches ouvertes. Elle produit toujours deux agneaux et est très-laitière , à ce point qu'on utilise cette précieuse qualité pour le ménage. Sa toison est longue, droite et grossière.
W La race c?' jE'^rmoor (Angleterre-Sommerset ) présente, malgré sa petite taille, certaines affinités avec la race hollandaise, par sa laine longue et soyeuse. Seulement, du type primitif, elle a gardé la barbe au menton qui donne au mâle l'aspect d'un bouc. Ils vivent à l'état presque sauvage, sont agiles, sobres, et produisent une chair très-estimée.
41° La race du Lincoln (Angleterre), que nous inclinerions à regarder comme la souche du newleicester ou dishley, est à peu près complètement disparue aujourd'hui. Elle est de trèsgrande taille, mais de conformation un peu trop étroite et à squelette grossier. Sa toison extraordinairement longue et cependant assez fine tombait presque jusqu'à terre ; elle pèse de 4^.5 à 5^5; les animaux gras donnent de 30 à 40 kilogr. de viande nette.
42° La race cotswoold (Angleterre) n'est pas sans rapports avec la précédente; elle est d'une taille très-élevée; sa laine est longue, droite, tassée et assez fine. Les femelles sont trèsprolifiques et bonnes laitières; les mâles engraissent avec une certaine difficulté, mais arrivent à un poids extraordinaire. Elle est préférée aux dishleys dans certains riches comtés.
43'' La race newkent ou romney-marsh (Angleterre) est devenue extrêmement rare; elle a la tête grossière, avec un toupet de laine sur le front, l'encolure courte et épaisse, les pattes longues et fortes, les sabots larges, la poitrine étroite, le flanc
très-développé, ainsi que Tabdomen. Leur laine était longue, mais inégale, de douceur moyenne. La race actuelle, qui porte le nom de newkent, nous semble être l'ancien romney-marsh amélioré par le dishley ; c'est à sir Richard Goord qu'est due cette transformation. M. Malingié-Nouel introduisit l'un des premiers cette race en France, et s'en servit pour métisser sa race de la Charmoise. Quelques écrivains pensent que le newkent est un mélange de trois sangs dorset-dishley-romney-marsh ou cotswoold. '
44° La race de la Charmoise (France) a été obtenue par M. Malingié père, au moyen du métissage; mélangeant d'abord le sang de son troupeau de solognot , tourrangeau, berrychon et mérinos, il donna alors le bélier newkent, et obtint des produits remarquables par leur lainage assez fin , long et doux , mais surtout par leur bonne conformation et leur précocité pour l'engraissement. Celte race est maintenant à peu près fixée et convient très-bien aux contrées de riche culture.
45° La race newleicesler ou dishley (Angleterre) nous semble prendre son origine dans l'ancienne race du Lincoln améliorée par Backwell (1760). Elle a la tête courte et le front large, les oreilles longues et tombantes; les formes cylindriques, la poitrine très-ample, les membres courts et cependant solides. Sa toison est à laine longue, presque droite et mi-fine, propre au peigne. Les brebis font souvent deux agneaux et sont bonnes nourrices. Cette race est très-apte et très-précoce à la boucherie et fournit une chair assez estimée.
46° La race dishley-mérinos (France) est depuis quelques années cherchée par les soius de quelques habiles éleveurs; MM . Pluchet, Yvart, Dailly ont les premiers compris l'importance que présenterait une race mixte de boucherie à laine mi-fine. Les caractères de ces métis commencent à se fixer et il n'est pas
douteux qu'ils ne remplacent promptement les métis-mérinos de la Beauce et de la Brie dont le temps est passé. Peut-être du reste pourra-t-on mélanger encore au sang de cette sous-race le mauchamp soyeux qui ajouterait encore à la finesse et à l'abondance de la toison , sans nuire à la conformation pour la boucherie.
4-7** Enfin, il est une race, celle de Soiithdown (Angleterre) que nous n'avons point voulu classer, à cause de l'iucertitude de son origine; par son lainage court, fin et tassé, elle se rapporte au mérinos; par la couleur brune de sa tête et de ses pattes, elle se rapproche de la race des bruyères, ou de celle des falaises de Bretagne et de Normandie. Peut-être n'est-elle que la race primitive des collines calcaires du Sud , sans cornes, à tête et face noires, à laine courte fine et frisée, améliorée par elle-même par les soins de John Ellmann (1785), et d€ nos jours encore par Jonas Webb. Plus petite que le dishley, de formes plus harmonieuses, elle exige des sols moins riches tout en restant aussi précoce et aussi apte à l'engraissement et produisant une viande beaucoup plus estimée. Son lainage est assez fin, court, ondulé et bien tassé 5 les brebis sont assez bonnes laitières et produisent assez fréquemment deux agneaux par portée. Elle tend à se substituer en Angleterre à toutes les races de collines, comme le dishley à celles des plaines; en France elle semble destinée à l'amélioration de nos races à laine courte (berrychonne), et même à longue laine, bretonne, solognote, landaise, etc.
kS" Enfin nous ne devons pas omettre de mentionner une race suisse à laine brune et courte introduite en France par M. Lequin de Lahayevaux (Vosges). Cette race est de grande taille, assez bien conformée, à toison tassée et de médiocre finesse, mais très-féconde et faisant deux portées par an, de
chacune deux ou trois agneaux. On a pu voir cette race au concours agricole universel de 1856, où elle obtint un 3® prix. Nous en avons vu quelques animaux et divers croisements chez M. le baron Maurice de Tascher à Tauvenay par Sancerre (Cher). Cette race a sans doute pour origine une race indigène de la Suisse ou de l'Allemagne , à laine brune, et qui a reçu une certaine dose de sang mérinos.
En dehors de cette nomenclature et de cette description succinctes, il reste incontestablement en Europe et en France, des races que nous avons dû négliger parce que leur nom seul est connu , et leurs caractères aussi bien que leur origine sont loin d'être avérés; telles sont celles dauphinoise, de la Yole, ardennaise, champenoise, picarde, cauchoise, etc., etc. L'étude de l'espèce ovine, même en France, a été beaucoup plus négligée encore que celle de l'espèce bovine, et il n'en existe aucune description un peu complète; leur nomenclature même n'est point fixée, et chaque éleveur applique un nom conventionnel à la race qu'il décrit. En outre, les croisements produisent chaque jour des modifications profondes en mélangeant des races voisines ; quelques-unes disparaissent complètement , d'autres changent entièrement de types; le même fait du reste s'est produit déjà en Angleterre oii quatre ou cinq races modernes améliorées absorbent presque toutes les races anciennes. Bien mieux que nous, les Anglais ont compris que les circonstances économiques actuelles devaient nous conduire à la production de la viande, même aux dépens de la toison j les contrées arriérées ou peu peuplées de l'Europe (Russie, Suède, Allemagne, etc.), celles désertes ou incultes du nouveau monde (Australie, Californie, le cap de Bonne -Espérance, Nouvelle- Galles du Sud, etc.) peuvent seules avec économie produire
les laines fines. Malingié n'exagérait que bien peu en disant que la question du mouton serait résolue le jour oii on obtiendrait le mouton sans laine.
L'espèce ovine est précieuse en ce qu'elle utilise les productions naturelles que l'homme ni le bétail à cornes ne sauraient utiliser sans lui ; mais c'est une question de savoir si sa nourriture à l'élable avec des fourrages cultivés est une spéculation économique. De nos calculs, il résulte qu'il faut en moyenne 63 kilogr. de foin ou l'équivalent, pour produire 1 kilogr. de laine mi-fine en suint, et que cette quantité de laine représenterait un accroissement, en poids de viande, de 4^.200 pour l'animal. D'un autre côté, voici ce que dit M. Malingié : « 14 kilogr. de foin haché suffisent non-seulement à un bœuf « au repos, bœuf susceptible de donner 300 kilogr. de viande « nette à la boucherie, mais ils lui procurent encore une aug- « mentation de poids très-sensible. Ces mêmes 14 kilogr. suf- « fisent à peine à huit moutons du poids chacun de 20 kilogr. « chair nette; d'oii il est facile de conclure que la ration qui « suffit amplement à l'entretien de 300 kilogr. de viande de « bœuf, entretient à peine 160 kilogr. de viande de mouton. » (Journal le Cultivateur, année 1845, p. 470). M. Robert Stephenson de Withlaver (Est-Lothian) dit avoir remarqué que les moutons nourris aux turneps peuvent consommer presque dans la même proportion que le gros béiail à cornes, poids pour poids. Ainsi , dix moutons pesant ensemble 40 stones, consomment presque la même quantité qu'un bœuf de 40 stones. Mais si on met le bœuf à l'herbe, six moutons peuvent consommer autant que lui {Stephens the Book of the farm, t. I). Peut-être donc est-ce une fausse économie qui nous fait engraisser l'hiver nos moutons à l'étable avec les résidus de nos fabriques, plutôt que
de les consacrer à des bœufs ou des vaches. En un mot , la viande de mouton coûte plus cher à produire que celle du bœuf, et la laine coûte plus cher encore que la viande.
Nonobstcint, l'espèce ovine s'accroît en nombre dans toutes les contrées de TEurope, et quelquefois même aux dépens du bélail à cornes, suivant certaines circonstances plus ou moins appréciées. Il dépasse de nos jours 190,000,000 de têtes, soit l'équivalent de 19 millions de grosses bêtes à cornes.
Russie
Angleterre
France
Autriche
Espagne
Prusse
Allemagne
Italie
i Suède et Norwége
Empire turc
Portugal
Hollande
Belgique
Suisse
La France importe encore un nombre assez notable de bêtes ovines, ainsi que le prouve le tableau suivant :
Têtes. Têtes. Têtes. Têtes. Têtes. Têtes. Têtes.
1837. 1838. 1839. 1840. 1844. 1845. 1846. Importations. 128,099 141,737 151,303 135,072 157,664 152,560 147,774 Exportations.. 38,333 42,681 55,632 92,269 35,721 41,719 53,882
Différences. 89,766 99,056 95,671 42,803 121,943 110,841 93,892
Les besoins de l'industrie, nécessitent encore, outre la pro-
Têtes.
ducliori nationale, Timportation d'une moyenne de 25 millions de kilog. de laine, en partie fournie par la Russie, TAllemagne et le nouveau continent. Cette quantité va sans cesse en s' accroissant d'après une rapide progression :
1815 , importations 5,000,000
Ce dernier chiffre n'est inférieur que d'un quart environ à l'importation des laines en Angleterre pour la même année, et dépasse celui de son importation en 4839, soit 25.990.430kil. Notre colonie algérienne nous semble appelée dans un prochain avenir, à combler le déficit de la production nationale sous ce rapport, et ce sera là une des sources de sa richesse. Patrie originaire du mérinos, l'Algérie trouvera dans l'espèce ovine un moyen d'étendre les progrès de la culture; elle renferme déjà près de 10 millions de bêtes à laine appartenant tant aux indigènes qu'aux colons, et le gouvernement s'occupe de l'introduction du béher mérinos.
D. Races porcines.
Les naturahstes sont généralement d'accord pour rapporter nos races de cochons domestiques de l'Europe au sanglier [sus-aper), et attribuer les variétés de conformation qu'ils pré-
sentent, aux circonstances de climat et de régime auxquelles ils sont soumis. Il y a loin en effet, de notre sanglier sauvage ou de la race flamande à celle des Chinois ou du Newleicester. Disons du reste que de tous nos animaux domestiques, le porc est celui dont il est le plus prompt et le plus facile de modifier les formes; mais abandonné à lui-même, il revient promptement au type primitif.
On divise ordinairement nos races domestiques en deux classes, en prenant pour caractère la forme et la grandeur des oreilles, suivant qu'elles sont larges et tombantes, ou bien étroites et relevées. La première classe comprend nos races européennes; la seconde, celles asiatiques ou modifiées au moyen du sang oriental.