DE LA REPRODUCTION DANS LES RACES D'ANIMAUX DOMESTIQUES
S i". lufluence des reproducteurs sur le produit.
Dans l'étude des mystères de la génération, qu'il ne sera sans doute jamais donné à l'homme d'expliquer, il lui est aa moins permis de corroborer certains faits d'observation et d'en tirer des indications utiles. De toutes les questions zootechniques, il en est peu de plus importantes, puisqu'elle touche à l'amélioration des races, soit par elles-mêmes, soit par le croisement.
Il est d'observation générale que les produits ressemblent tantôt au père, tantôt à la mère, tantôt enfin, à des aïeux plus ou moins éloignés ; ce sont les causes déterminantes de ces ressemblances diverses que nous étudierons d'abord.
Disons en commençant que la race a sur les formes générales la plus grande influence, et que c'est ordinairement la race la plus ancienne, celle qui a le plus de constance, qui détermine la ressemblance générale. Ce fait d'observation constante dans le croisement de deux races, devient une importante condition de succès ou de revers, et doit être pris en sérieuse considération dans l'œuvre du métissage : ce n'est qu'après avoir mélangé le sang des brebis solognotes, tourrangelles, berrychonnes et mérinos, après avoir par conséquent dégradé la constance de la souche, que M. Malingié y versa le sang du bélier newkent; le résultat fut une race presque fixée aujourd'hui, et qui se rapproche très-sensiblement du type améliorateur. Dans l'union du cheval de pur sang anglais avec la jument de l'une de nos races communes, le produit hérite en grande partie des formes et des aptitudes, des qualités et des défauts du père; de même encore dans le premier croisement du taureau durham avec nos vaches dégénérées par de nombreuses mésalliances, de même du verrat hampshire ou leicester avec nos truies de race commune. Il en est quelquefois autrement quand on pousse le croisement plus loin, et les métis de second sang apportent quelquefois des ressemblances remontant à des ancêtres plus ou moins éloignés dans la race commune, mais ceci tient à un autre phénomène. La reproduction dans la race pure n'est pas elle-même à l'abri de ces atavismes comme dit M. E. Baudement, de ces coups en arrière, suivant l'expression des Allemands, et l'espèce chevaline aussi bien que le gros bétail à cornes, nous en fourniraient de nombreux exemples.
D'une manière générale, on peut dire que le père communique sa ressemblance à la fille, et que la femelle imprime la sienne au fils; mais l'influence du père sur la fille est plus générale, plus parfaite et plus constante que celle de la mère sur
le fils. Ceci s'applique surtout aux traits du visage dans l'espèce humaine. La femelle donne le plus ordinairement au produit le système nerveux, la partie antérieure et supérieure de la tête, les organes des sens, la partie postérieure du corps, le système nutritif et les facultés plastiques. Le mâle donne le plus souvent la partie postérieure et inférieure de la tête, la partie antérieure du corps, le système locomoteur et l'énergie vitale. Expliquons et prouvons.
Pour cela, rappelons-nous d'abord que la femelle et le mâle influent surtout sur les produits du sexe opposé au leur; le tempérament des vaches bonnes laitières se distingue par le développement du système nerveux-lymphatique , et la faculté laitière se transmet par les mâles, à condition qu'ils soient fils eux-mêmes de bonnes laitières. C'est par la mère que le bon chien de chasse hérite de la protubérance occipitale indice de ses qualités, et de sa mère qu'il reçoit la finesse de l'odorat. C'est la femelle qui transmet le plus souvent la forme du cornage, sa longueur, sa couleur et sa direction. Enfin, dans une vacherie de reproduction pour la graisse, on estime la femelle en raison de l'ampleur de son train postérieur, laissant au mâle son influence sur la conformation du thorax.
Voyez le produit de l'union d'un étalon de pur sang avec une jument commune, mais appareillée quant à la taille : la poitrine s'est rétrécie pour prendre de la profondeur ; le garrot a saiUi; le ventre s'est relevé , mais la croupe est restée avalée. Le père a transmis la longueur et un peu de finesse aux membres; la mère a imprimé les formes plastiques et le système nutritif; le père a présidé au train antérieur, la mère au train postérieur, et presque toujours, les produits femelles tiendront plus de la distinction du père que les produits mâles.
La ressemblance générale se rapporte cependant davantage
au père, dans runion du bouquetin avec la chèvre, du bouc avec la brebis mérinos, du chamois avec la chèvre ; davantage à la mère, dans l'union de l'âne avec la jument. S'il y a portée multiplexes femelles ressembleront ordinairement plus au mâle, et les mâles plus à la femelle, à condition cependant, que la mère n'aura été fécondée que par un seul et même mâle.
Si nous scrutons les qualités morales^ nous verrons qu'elles passent d'ordinaire de la mère au fils, bien plutôt que de la mère à la fille, que du père à la fille, ou même du père au fils. Citons quelques exemples :
La mère des deux Chénier, deux poètes qui appartiennent presque à ce siècle, dont l'un fit revivre parmi nous Virgile et Théocrite, dont l'autre fut un homme politique et un littérateur remarquable, la mère, dis-je, des deux Chénier, était Grecque et nous a laissé des lettres élégantes, ingénieuses, oii le goût français, au jugement de M. Villemain, est animé par je ne sais quelle grâce asiatique. La mère de l'illustre romancier anglais, Walter Scott, avait la réputation d'une femme supérieure, instruite, aimant et peut-être cultivant la poésie. Croit-on que, à part sa providentielle prédestination, Napoléon Bonaparte n'ait pas hérité de sa mère Laetitia Ramolini, ses instincts courageux, alors que le portant depuis sept mois déjà dans son sein, elle fuyait sans crainte au milieu de nombreux dangers, de Corte à Ajaccio, partageant les périls de Charles Bonaparte son époux, et mettant enfin au monde parmi les agitations de la guerre, celui qui plus tard devait soumettre l'Europe. Cornélia Graccha, la mère des deux tribuns populaires, fut remarquable par ses vertus et ses talents 5 elle transmit à ses deux fils la fierté, l'audace, l'ardeur patriotique qui formaient le fond de son caractère.
M"* de Staël avait pour père le baron de Necker dont le nom
seul était célèbre. On ne dit pas que la fille de M*"* de Sévigné ait hérité du gracieux talent de sa mère. Rivarol disait du fils de Buffon : « C'est le plus mauvais chapitre de l'histoire natu- « relie de son père; entre le père et le fils tout un monde pas- « serait. » L'héritier de cette gloire scientifique mourut tristement sur l'échafaud de la révolution et mourut parfaitement ignoré. Astrolabe, le fils d'Héloïse et d'Abélard, n'eût été trèsprobablement qu'un moine obscur. Au contraire, Delille né d'amours illégitimes, appartenait par sa mère à la classe la plus élevée et la plus instruite de la société. D'Alembert, enfant trouvé comme Delille, devait le jour à M™^ de Tencin , célèbre par sa beauté, son esprit et ses talents, et à Destouches, un auteur dramatique de très-second ordre. Le poète anglais Savage était aussi le fils naturel d'une femme dont s'honorait la cour; et tant d'autres exemples que je pourrais citer.
En général, le père transmet à ses fils l'irritabilité, l'ambition, l'avarice; et la mère la sensibilité, le courage, la délicatesse de l'esprit et des sentiments, enfin les passions affectueuses. N'oublions point non plus qu'il est une cause sans doute bien influente sur les qualités morales du produit, c'est la continence des parents. 11 est parfaitement historique que le père de Montaigne revenait vierge encore à trente-deux ans, des guerres d'Italie, et donnait le jour à l'auteur des Essais. Le père de Jean-Jacques Rousseau revenait après un séjour prolongé à Conslantinople et rapportait à son épouse le prix d'une longue fidélité. On a du reste je crois, prétendu sans fondement, que les enfants de deux parents vierges étaient prédestinés à l'aliénation mentale ou à l'idiotisme.
Descendons de l'homme aux animaux; la distinction deviendra plus frappante. Les vices de caractère d'un étalon se transmettent rarement à ses produits, et dans ce cas, seulement à
ceux qui lui ressemblent le plus quant aux formes et à la robe. Une jument vicieuse, au contraire, celle qui mord ou qui frappe, transmettra presque à coup sûr, ces défauts à ses produits. Les qualités acquises par l'éducation, passent surtout par la mère aux produits, bien plus que par le père, et ce fait est bien connu dans les manèges et les écoles d'équitation.
La robe ou le pelage présentent de grandes variations dans leur transmission héréditaire, et on ne peut que rassembler, grouper et rapprocher les faits sans en tirer autre chose qu'une induction. La robe cependant, dans l'espèce chevaline semble tendre au bai plus ou moins terne; au blanc dans l'espèce bovine; au brun dans l'espèce porcine; il a fallu tous les soins intéressés des cultivateurs,- pour faire dominer le lainage blanc dans nos troupeaux parmi lesquels la teinte brune ou noire se propage avec une extrême promptitude dès qu'on l'a laissée envahir la robe de quelques animaux :
Illum autem, quamvis aries sit candidus ipse, Nigra subest udo tantùm cui lingua palato, Rejice , ne maculis infuscet vellera pullis NasceDtûm
Qu'on vante du bélier la blancheur éclatante , Et même eût-il l'éclat de la neige brillante. Si sa langue à tes yeux offre quelque noirceur, A l'époux du troupeau choisis un successeur : Au lieu de rappeler la blancheur de sa mère, L'enfant hériterait des taches de son père.
(Virgile, Georg.y lib. III; traduction de Delille.)
En général, les robes simples, blanche, noire, bai de diverses nuances, sont celles qui se transmettent le plus facilement 5
mais ratavisme, la différence de pelage des parents, apportent des modiûcations constantes, ainsi qu'on en pourra juger par les nombreux renseignements qui suivent.
Espèce chevaline. 1" 15 produits ont hérité de la robe de la mère ; 9 étaient croisés de la race commune de Normandie, de robes diverses, avec un étalon percheron gris pommelé. 6 appartenaient à la race de pur sang anglais.
S'' 13 produits ont hérité de la robe du père ; 7 étaient issus de la race normande commune avec un étalon percheron, 4 appartenaient au pur sang anglais; 2 au pur sang arabe.
3° 14 produits, le père et la mère étant de même robe, ont conservé cette robe 5 1 était de la race commune normande, par un père percheron; 13 étaient de pur sang anglais.
4° 10 n'ont pris ni la robe du père ni celle de la mère ; 8 étaient croisés normand commun (1) et percheron, 2 étaient de pur sang anglais. Parmi ces deux derniers nous trouvons Justicier, bai brun, par the Baron, alezan et Bilbery noire; mais un fait plus curieux encore, c'est qu'une jument qui transmet sa robe avec certains étalons, laisse sous ce rapport l'influence à d'autres. Ainsi la jument de pur sang Molockine du haras de Dampierre donna d'abord, avecNuncio, étalon bai brun, la Ristori pouliche bai brun ; puis avec Hernandez étalon bai brun, Gonzalès, poulain bai brun ; et enfin avec Minotaure, étalon bai brun, un poulain alezan. La jument de même race et du
(1) Les exemples cités dans ce travail proviennent pour l'espèce chevaline des stud-books anglais et français; pour l'espèce bovine, en ce qui concerne la race durham pure, de la vacherie de Dampierre et du herd-book anglais et français ; de la vacherie de Dampierre pour la race charoUaise et les croisements durhams-charoUais et durhams-normands. — Pour l'espèce chevaline et la race cotentine, des écuries et vacherie de Martinvast (Manche).
même haras, Hermoza, après avoir donné avec l'étalon alezan Fitz-Gladiator, une pouliche bai brun comme sa mère, produisit avec Minotaure de robe bai brun, une pouliche de poil alezan. Dans la race commune, ces exemples sont plus nombreux encore; en voici quelques-uns pris à Martinvast : Brebis jument commune de poil rouan clair, donna avec Percheron, étalon gris pommelé, Trim, rouan vineux; avec Désiré, étalon percheron gris pommelé, Bellone, rouan vineux; avec Souris, étalon de race commune et de poil gris de fer, Maigrelte pouliche gris de fer. La Blonde jument normande commune de robe alezan clair donna de Jack, étalon percheron gris pommelé, Prosper, poulain rouan vineux; avec Percheron, gris pommelé, Blondeau rouan clair ^ puis avec Borisow, demi-sang hunter anglais, poil bai brun, un poulain bai clair. Enfin, Blanc-Pied, jument normande commune, de robe bai marron, eut de Désiré, percheron gris pommelé, Manon également gris pommelé; de Percheron gris pommelé, Martine bai clair ; une seconde fois, du même étalon, Lubin, gris sale; et enfin, de Hunter, demisang anglais, rouan, Jeannot rouan vineux. Il y a évidemment dans ces faits l'influence de l'atavisme et d'un premier accouplement. C'est par un fait d'atavisme sans doute, que la jument commune, la Bretonne, donna avec Désiré, percheron gris pommelé, la pouliche Sarah de robe Isabelle à raie de mulet. Cette pouhche à son tour, avec son propre père, donna Isabelle qui hérita de la robe de sa mère. Quant à l'exemple cité plus haut, d'Hermoza, il peut tenir à l'influence de la première fécondation.
Espèce bovine. V 17 produits ont pris la robe de la mère ; 4 appartenaient à la race de Durham, 1 était croisé durhamcotentin, 7 de race cotentine pure, et 5 croisés durhams-charollais.
— 2ÎÎ —
2" 3 produits de race durharn pure, conservèrent la robe des deux parents qui étaient identiques sous ce rapport.
3" 7 produits ont mélangé la robe du père et de la mère ^ i était de race cotenline, 1 de croisement jersiais-cotentin, 4 croisés durhams-charollais, et 1 de race durharn pure.
4*" 18 produits n'ont pris ni la robe du père ni celle de la mère ; 2 étaient de race durharn, 3 durhams-charollais, 4 durhams-cotentins, 8 cotentins purs, 1 jersiais.
5° 11 produits ont pris la robe du père; 3 étaient croisés durhams-charollais, 2 croisés durhams-cotentins, 4 de race cotentine pure et 2 de race durharn pure.
T/espèce bovine ne nous fournira pas de moins singulières bizcirreries que celle chevaline, prenons d'abord la race de Durharn pure : Amélie rouge et blanche donna avec Samson rouan, Melpomène rouge et blanche; avec Wait rouge et blanc, une première fois Junon rouge et blanc, une seconde fois Bedford de nnême pelage ; avec Gaspard rouan léger, Varna rouge vif, et avec le même taureau, Pollux, rouge et blanc. Olive, blanczain donna avec Samson rouan, Gaspard rouan léger; avec Chevalier rouan, Vestale, rouge et blanche; avec Gaspard rouan léger, son fds, une première fois Sébastopol blanc-zain, et une seconde, Gasparine rouan léger.
Adda, une vache charoUaise donna avec Stanley durharn rouan, Young Stanley blanc-zain ; avec Young Alfred durharn, gris blanc. Hortensia, blanc-zain ; avec Chevalier durharn rouan, Clara rouan clair. Hortensia fille d'Adda et par conséquent durham-charollaise, donna avec Chevalier, Don Quichotte rouan et blanc.
Moyennette vache cotentine donna avec le taureau cotentin Robin, de pelage blanc caille, Silvie rouge bringe ; avec Butor cotentin bringé très-foncé, Alauna rouge bringe ; avec Black
cotentin bringe très-foncé, Bellone pie bringe clair. Emma vache cotentine donna avec Butor, le même que ci-dessus, Fanchette bringe blond, au lieu du bringe foncé de la mère, et avec lord Jersey taureau de race jersiaise, rouge fauve, Beauty caille bringe roux.
Mais s'il était possible et utile de faire ce travail, on trouverait sans doute dans l'atavisme une partie des causes déterminantes de ces irrégularités; c'est ainsi que la vache durham blanc-zain, Olive, était fille de Reformer vache pie-rouge et de Zorab taureau rouan. Il n'est donc pas surprenant de voir la robe de la grand'mère passer à Vestale, sa petite-fille. A ceci vient en outre se joindre l'influence du premier mâle; à ce point que si vous faites féconder une première fois une génisse charoUaise blanche par un taureau de Salers rouge, tous les produits subséquents de cette même génisse avec un taureau charollais parfaitement pur et blanc, rappelleront sinon en entier, du moins par taches la robe du premier père.
Sans prétendre attacher une importance absolue au pelage qu'il est si facile de modifier par la sélection seule des reproducteurs, nous pensons cependant que l'influence relative, à ce point de vue, de deux animaux appartenant à deux races différentes pourrait fournir de précieux indices sur le degré de leur ancienneté ou de leur constance. Ainsi , le charollais conserve avec beaucoup plus d'opiniâtreté sa robe blanc jaunâtre avec le mufle et le tour des yeux roses, dans le croisement durham, que le cotentin n'y conserve sa robe bringée. Aussi avons-nous vu que la race charollaise était plus ancienne que la normande. Croisez le salers avec le charollais, et la robe se mélangera, indice d'une ancienneté à peu près égale; mais croisez le durham avec le salers, et les produits auront presque infailliblement la robe rouge sanguin. Or, celle considération
de pelage ne manque point d'importance dans l'œuvre des croisements, à cause des préjugés locaux qu'on ne doit blâmer que jusqu'à un certain point. Ce sont en effet ces préjugés qui nous ont jusqu'à ces derniers temps conservé à peu près pures un grand nombre de races précieuses à certains égards et qu'on mélange aujourd'hui sans scrupule comme sans prudence de divers sangs indigènes et étrangers. Mais enfin le cultivateur doit tenir compte de ce préjugé de pelage qui n'enlève par lui seul aucune qualité aux animaux, mais suffit pour empêcher leur vente. C'est par ce motif que M. Zielinsky de la Corée dut renoncer au croisement durham-salers pie rouge, dont il était d'ailleurs très -satisfait.
C'est la mère surtout qui communique la nature et la finesse du poil ou de la laine j aussi doit-on améliorer un troupeau sous ce rapport, avant d'y mettre un bélier mérinos, newkent, ou autre à laine fine, et serait-il plus prompt , si cela était moins coûteux , d'améliorer la laine par les brebis que par les béliers. Accouplez un bouc avec une brebis mérinos, le produit présentera la laine de la mère partout, excepté aux cuisses, au cou et à la queue, oii elle sera mélangée des poils du père. Alliez au contraire un bélier et une chèvre et le produit aura la laine droite, longue, et presque en tout semblable au poil de la mère. Le mulet conserve le poil de la jument plutôt que celui du baudet; le bardot hérite au contraire du poil long et rude de l'ânesse.
La couleur de la peau , caractéristique dans quelques races, se transmet par celui des deux parents qui appartient à la race la plus constante 5 ainsi, c'est par le père dans l'union du taureau devon avec la race cotentine ou celle bretonne ; les produits croisés présentent la peau jaune orangé du père. Elle se transmet encore par le père dans les pigeons, les lapins, les
chiens 5 par la mère dans le mulet, le produit de l'étalon avec la femelle du zèbre, du chien avec la femelle du renard, du chamois avec la chèvre.
L'enfant d'un blanc et d'une négresse est un mulâtre, c'està-dire à peau cuivrée; s'il se marie à une femme blanche, ses fils seront cuivrés et ses filles plus blanches; enfin en progressant vers la race blanche, il ne restera, après un certain nombre de générations, d'autre indice de l'origine noire, qu'un cercle noir persistant à la base des ongles et qui dénotera de suite l'homme ou la femme de couleur. « Lislet Geoffroy, dit « M. d'Orbigny {Dictionnaire d Histoire naturelle) y ingénieur a français de beaucoup de mérite, né à l'île de France, avait la « peau aussi noire que la négresse sa mère, qui était très- « bornée d'ailleurs d'intelligence; il en reproduisit tous les « traits, tandis qu'il eut le bonheur d'hériter de son père, de « race blanche et né en France, une intelligence distinguée a que l'éducation avait pu facilement cultiver. »
La fille d'un homme à cheveux noirs avec une femme blonde sera fréquemment rousse, les fils seront presque toujours châtains. Les filles d'une femme rousse avec un homme châtain seront souvent rousses 5 les garçons, souvent bruns. Les fils d'un roux et d'une brune seront fréquemment roux, et les filles souvent brunes.
La forme de la tête est donnée par le père, au produit du cheval et de l'âne avec la femelle du zèbre, du chien avec la louve et la femelle du renard, du bouc avec la brebis, de l'âne avec la jument; elle est donnée par la mère au produit de l'étalon avec l'ânesse, dubélier avec la chèvre. Dans les oiseaux, le produit du du mâle pintade avec la cane conserve le bec du père ; le produit chardonneret avec la linotte conserve le bec de la mèr e. Les enfants d'un blanc européen avec une négresse ressemblent presque
toujours par la forme de la tête, les fils à la mère, les filles au père. Les oreilles se transmettent du père au produit, dans Taccouplement de l'âne avec la jument, de l'âne avec la femelle du zèbre, du bouc avec la brebis, du chien avec la femelle du renard ; elles se transmettent par la mère au produit, dans l'union du zèbre avec Tânesse, du bélier avec la chèvre. Le cornage est un dos caractères les plus fugaces dans la reproduction ; rien n'est plus facile que de faire disparaître complètement en quelques générations le cornage des bêtes bovines ou ovines. Beaucoup de races anglaises, les angus, les galloways, les sufîolks, etc., sont complètement privées de cornes. M. Dutrône dans ces derniers temps obtint au moyen du croisement sufîolk-anguscotentin, une sous-race à tête nue, à laquelle appartenait le fameux Sarlabot qui fit en 1857 plus de bruit qu'il n'en méritait. L'amputation des cornes, comme l'amputation des oreilles et celle de la queue permettent d'obtenir en cinq ou six générationis des familles à tête nue, à oreilles droites ou rases et à queue courte. Les diverses races de chiens de chasse qui présentent ces caractères n'ont souvent point d'autre origine que ce caprice de l'homme.
La queue appartient au père dans le produit de l'âne avec la jument, du chien avec la louve, de l'ours avec la chienne^ elle appartient à la mère dans le produit du cheval avec l'clnesse, du bel ler avec Js chèvre, du bouc avec la brebis. Le produit d'un chien dogue avec une levrette conserve la queue de la mère. Le bélier de race barbarine à grosse queue, transmet ce caractère à ses métis de nos races indigènes avec une grande constance. Six ou sept générations pendant lesquelles on coupe constamment la queue aux mâles suffisent pour obtenir une race de chiens à courte queue.
La taille j en général , provient de la mère. Le mulet, produit
de l'âne avec la jument est souvent de taille au moins égale à celle de sa mère; tandis que le bardot, né de l'étalon avec l'ânesse devient à peine plus grand que sa mère. M. Girou de Buzareingues attribue celte influence de la femelle à la transmission qu'elle exécute en même temps au produit, de son appareil nutritif. Il est bon de noter que le mâle influe davantage sur la taille des produits de même sexe, et vice versa. Mais ce que dans l'amélioration des races, il faut bien prendre garde d'oublier, c'est que l'élévation de la taille par l'accouplement n'est rien moins qu'un caractère constant, et que la taille d'un animal dépend surtout du régime auquel on le soumettra. En accouplant un mâle de très-grande taille avec une femelle plus petite, proportion de sexe à part, on obtiendra un produit trèsgrand peut-être, mais grand par les membres qu'il tiendra du père, et décousu dans toutes les formes; les expériences de ce fait sont malheureusement trop nombreuses dans les tentatives irréfléchies de croisement du pur sang anglais avec nos races françaises communes. Pour obtenir un animal harmonieux de formes, il faut que son développement fœtal puisse largement et sans contrainte, se faire dans le flanc de la mère. Plus la femelle, en quelque sorte, sera petite par rapport au mâle, et plus on aura de chance d'obtenir un animal de formes harmonieuses et bien proportionnées. On aura toujours la ressource d'accroître la taille par le régime.
Pour le cheval, l'élément principal de la taille, c'est l'avoine donnée en proportion du but qu'on veut atteindre : en forte proportion pour le cheval de course auquel elle donne en même temps l'énergie vitale et un squelette léger; en quantité raisonnable et proportionnée pour le cheval de service, chez lequel elle corrige les effets débilitants des fourrages verts et des racines, donnant du ton aux muscles et de l'activité au sang.
Dans l'espèce bovine, un régime constamment nufritif à partir de la naissance arrondit les formes, développe le tempérament lymphatique, mais conduit à un abaissement de la taille. La castration produit un effet variable suivant l'âge auquel on l'effectue; faite peu après la naissance, elle efféminé l'animal qui reste relativement petit-, opérée de huit à quinze mois, elle produit des animaux plus grands que les mâles et que les femelles. La transition pour une race, d'un sol pauvre à un sol très-riche amène très-promptement un merveilleux changement dans la hauteur. On cite à ce sujet la race du Jutland, très-petite, et qui transportée en 1770 dans la Frise était parvenue sans aucun croisement, après la troisième génération, à une taille très-élevée.
C'est d'une économie erronée, du reste, croyons-nous, de chercher à élever la taille de nos races. Les animaux de taille moyenne, sont généralement, nous aimons à le répéter, mieux, conformés que les plus grands. En outre, les races moyennes ou petites sont généralement plus précoces dans leur développement et plus disposées à prendre la graisse. Les belles expériences de M. AUibert, professeur à Grignon ont bien prouvé que la ration d'entretien variait avec la taille et s'élevait en raison directe de l'abaissement de celle-ci : ainsi elle serait selon lui.
De 1 .85 0/0 du poids vif pour une vache de 811 kilog'J'. et de 4 0/0 pour une vache de 190 kilogr. vif. De 2.50 0/0 — un cheval de 460 kilogr. et de 40/0 pour un poney de 200 —
Mais si ce fait s'explique par cet autre que : à âge égal, la circulation du sang est d'autant plus active que la taille est moins élevée, il ne prouve point que la ration de production doive être plus considérable pour les petits animaux que pour
les grands, ou que du moins, les premiers ne se l'assimilent mieux que les grands. L'expérience journalière des cultivateurs est en faveur des petites races, surtout pour Fengraissement. Si l'on s'occupe du travail, le point de vue changera et les grandes races reprennent faveur sous tous les rapports.
Nous avons dit que les petits animaux avaient une circulation plus active; les expériences de M. Allibert nous offrent les renseignements suivants :
One vache schwitz de 6 ans pesant 600'', 35 à 42 pulsations par minute. Une vache bretonne de 6 ans pesant 180% 60 à 62 — — Un cheval de trait de 6 ans pesant 450'', 32 à 38 — — Un poney de 6 ans pesant 190"' vif, 44 à 50 — —
Il est bien connu que la circulation est d'autant plus active que l'animal est plus jeune, et qu'elle se ralentit constamment jusqu'à la dernière vieillesse ; cependant les animaux s'assimilent d'autant mieux et d'autant plus économiquement la nourriture qu'ils sont plus jeunes; les animaux adultes et ceux de haute taille sont donc à préférer tant qu'il ne s'agit que de travail ou d'une ration d'entretien ; les jeunes et ceux de petite taille, s'il est question d'accroissement en poids au moyen d'une ration complète, d'engraissement en un mot, ou de production du lait. Au point de vue de la vitesse dans le cheval, la taille ne peut rien faire présager.
En effet, Sampson, un cheval de pur sang né en 1745 et appartenant au marquis de Rockhingham, était de telle taille que, à sa première apparition sur le turf, les jockeys le traitèrent par dérision, de cheval de cabriolet,- Sampson n'en battit pas moins la plupart des chevaux les plus estimés de son temps. Au contraire, Gustave, cheval né à Hamptoncourt dans le haras du
régent, était de très-petite taille j il n'en fui pas moins vainqueur du Derby et de nombre de courses et de paris. Il faisait partie de la famille de chevaux de pur sang à robe grise que le régent avait tenté de créer.
Dans les parts multiples, et s'il y a eu plusieurs accouplements avec différents mâles, les produits prendront la taille de celui des pères avec lequel ils auron t le plus de ressemblance générale. En 1824, M. Geoffroy-Saint-Hilaire, accoupla au muséum, une chienne du mont St. -Bernard avec un chien de Terre-Neuve un peu moins grand qu'elle, puis avec un chien courant beaucoup plus petit; elle mit bas onze petits, dont six étaient des femelles et ressemblaient au chien de chasse, et cinq, du double plus grands que ceux-ci, étaient des mâles et ressemblaient au terre-neuve.
Les membres sont ordinairement transmis par le père dans l'espèce chevaline, et avec les membres, les tares osseuses qui les déprécient : Ambo, un cheval assez estimé transmit à tous ses descendants les tares osseuses qui défiguraient ses membres antérieurs; Liston presque seul fut préservé de celte triste hérédité et rappela par la finesse et la pureté de ses membres, les qualités de son grand-père, sir Oliver. Peut-être cependant faudrait-il ajouter que ces lares ne sont héréditaires qu'alors qu'elles proviennent non d'accident, mais d'un état particulier du système osseux, non d'usure ou de fatigue, mais d'une disposition en quelque sorte originelle.
C'est le père encore qui transmet les membres dans l'accouplement du bouc avec la brebis, du chien avec la femelle du renard, du chevreuil avec la femelle du cerf, du cerf avec la vache; tandis qu'ils appartiennent à la mère dans l'accouplement de l'âne avec la femelle du zèbre, du bélier avec la femelle du chamois, de l'âne avec la jument et dans celui du
coq avec la cane. Croisez la jument mulassière avec l'étalon de pur sang anglais, et vous reconnaîtrez de suite l'influence du père à la finesse et à la longueur des membres. Ceci revient à dire que le père transmet en général l'appareil locomoteur, en même temps que le système respiratoire et le squelette.
L'aptitude à la vitesse qui dépend surtout de la conformation, se transmet le plus ordinairement dans la ligne maternelle. Deux hommes parfaitement compétents, MM. Youatt et Cécil nous présentent plusieurs preuves à l'appui, dans la généalogie de deux chevaux célèbres, Liston et Indépendance, tous deux petits-fils d'Oliver. « Oliver, élevé par le comte de Stamford « et Warringlon en 1800, était un cheval très-musclé et d'une a grande puissance ; il fui père de plusieurs bonnes juments de « reproduction, mais ne donna naissance à aucun cheval de « tête sur le turf; et ce n'est pas là un cas individuel, il est « important de le faire remarquer. » Liston était fils d'Olivia Jordan par Ambo; Olivia Jordan était fille de sir Oliver. Ambo était un cheval très-médiocre soit dans les courses soit dans le haras, et affecté en outre de tares des membres qu'il transmit à la plupart de ses produits, mais non à Liston. Indépendance était fils de Stella par Filho-da-Puta ou Shervood. Stella était également fille de sir Oliver et eut neuf produits, y compris Indépendance^ deux seulement acquirent de la réputation, Peter Lely par Rubens et Indépendance par Filho-da-Puta, selon toute probabilité. Ce dernier hérita de sir Oliver par sa mère, de ses membres , de son allure et de certains défauts de caractère.
Pénélope jument célèbre du duc de Grafton et qui remonte par sa généalogie et sans interruption jusqu'aux juments royales de Charles II, et même jusqu'au White-Turc et à Byerley- Turck, donna avec Waxy , un étalon à peine célèbre aujourd'hui, Whalebone, Webb, Woful, Wire et Whisker, tous animaux ^
supérieurs; puis Waterloo par Wallon, Wildfire par Waxy, Windfall par Waxy, Whizgig par Rubens, Walty par Élection, et Wamba par Merlin. Whalebone et Whisker furent vainqueurs du Derby et pères de plusieurs chevaux célèbres; les produits de Pénélope avec Walton, Rubens, Élection et Merlin, étalons to«s quatre estimés furent bien inférieurs à ceux qu'elle eut de Waxy. Plusieurs des chevaux les plus estimés du turf actuel, Camel, Défence, sirHercule,Irish Birdcatcher, Flying-Dulchman, Touchstone descendent de Pénélope. La célèbre jument Catherina était sa pelile-fille par Whisker. Partisan était fils de Walton et de Parasol sœur propre de Pénélope.
Ainsi, les qualités d'énergie physique et morale se transmettraient du père aux produits par la mère, et les performances de celle-ci sur le turf ne seraient point un indice des qualités de ses descendants. L'expérience prouve en outre qu'il est très-rare qu'une jument ayant couru quelque temps, donne naissance à des animaux d'une certaine valeur. Alecto, mère de Catherina est citée comme une exception. Aussi, la plupart des hippologues anglais réclament-ils non plus l'introduction d'étalons, mais celle de juments orientales.
Les qualités laitières descendent incontestablement aux filles par le père, s'il provient lui-même d'une vache bonne laitière. On en a chaque jour des exemples frappants 5 on sait que dans la race de Durham, il s'est créé quelques familles de laitières, celle de lady Maynard, par exemple, dont les mâles transportent cette qualité aux femelles, en dehors de la famille et jusque dans le croisement. On connaît aussi à Grignon les qualités de la descendance de Moustache, taureau de Schwitz, dont les produits femelles sont tous remarquables sous le rapport du lait.
La conséquence à tirer de ce fait, mis en évidence par Vil-
leroy un des premiers, c'est que lorsqu'on veut améliorer une race au point de vue du lait, il faut agir par des mâles choisis dans la race la plus laitière, et non par les femelles. Ainsi, allier la vache de Salers à un taureau schwitz ou cotentin, la vache bretonne à un taureau ayrshire ou jersiais; ce serait tout le contraire, s'il s'agissait d'augmenter l'aptitude à prendre la graisse.
Les facultés 'plastiques , la précocité et l'aptitude à prendre la graisse paraissent dépendre du système nutritif et viennent par conséquent de la mère au produit, tandis que le père transmet le squelette. C'est au moyen des deux vaches Mottle et Pigeon, dont il avait remarqué la tendance extraordinaire à prendre la graisse et qu'il achela à son maître, que Benjamin Tomkins commença l'amélioration de la race de Hereford. La mèredeHubback, le célèbre taureau de Ch. Colling, appartenait à un pauvre homme qui la nourrissait sur la berge des grands chemins. Colling acheta le veau et sa mère « mais il paraît, dit « David Low, que celle ci se trouvant dans de meilleurs pâtu- « rages, devint tellement grasse qu'elle mourut sans se repro- « duire. Le veau hérita de la même propriété, et lorsqu'il de- « vint gros, il était constamment plus gras qu'il ne convient à « un bon taureau. » On sait que Hubback est généralement considéré comme le père des courtes-cornes améliorées. Ces faits sont bien connus des éleveurs, et prouvés par l'expérience journalière. Aussi ne pouvons-nous admettre l'assertion suivante de M. Ponsard. « L'influence du mâle est toujours en « raison de son état présent, c'est-à-dire que le mâle transmet « toujours à ses produits , les qualités, les défauts, les formes « qu'il possède au moment de la génération. » Tout ce qui précède nous semble prouver la fausseté de cet axiome appliqué surtout d'une manière aussi absçlue. Si on l'admettait pour vrai,
rien ne serait plus aisé que d'obtenir des races de boucherie, puisqu'il suffirait de maintenir les taureaux en parfait état de graisse ; or nous savons que dans la race de Durham on est le plus souvent obligé de les tenir à la diète; néanmoins, le même taureau donne avec diverses vaches des produits plus ou moins fins, suivant la conformation , la distinction et les aptitudes de la mère.
Aussi sommes-nous convaincu que, toutes autres circonstances égales, l'amélioration de la race charollaise pour la boucherie serait beaucoup plus prompte par l'importation des femelles de race durham, que par celle des mâles; et de même, toutes les fois qu'on voudrait améliorer une race indigène dans ce but. Un produit d'un taureau charoUais avec une vache courtes-cornes, sera bien autrement fin et précoce, croyonsnous, que celui d'une vache durham avec un taureau charollais. Mais la question d'argent est ici puissamment influente pour beaucoup de personnes qui ne craignent point cependant d'acheter en Angleterre au prix de 3 à 4.000 francs des taureaux dont les qualités reproductrices ne sont point toujours suffisamment prouvées; la même somme pourrait payer trois ou quatre femelles de mérite. Mais même en tenant compte de la considération pécuniaire, nous pensons qu'on a souvent, à tort, négligé, dans le croisement, la considération de l'influence relative des sexes, suivant le défaut de conformation qu'on voulait faire disparaître, ou bien selon l'aptitude qu'on voulait développer.
Telles sont, en général, les relatives influences des parents, dans l'acte de la reproduction ; ces faits, on le voit, sont complexes et soumis à un grand nombre de circonstances, que nous n'avons pu toutes préciser ici. C'est ainsi que, quand l'un des reproducteurs l'emportera sensiblement sur l'autre en énergie
\itale ou morale, il déterminera comme nous le verrons plus loin, un sexe semblable au sien dans le produit, qui dès lors aura beaucoup de chances de se rapprocher de lui par la ressemblance générale. « Quand la femelle, dit M. Girou de Buza- « reingues, semble n'éprouver aucune sensation dans Taccou- « plement, son système nerveux ne prend aucune part à l'acte, « et le produit dont les nerfs déterminent les formes, doit res- « sembler presque totalement au père. »
L'influence du premier mâle modifie souvent encore et à un point complet, les ressemblances totales ou partielles des produits avec les parents. Schmalz l'un des premiers en Allemagne, et après lui, Villeroy (1832) en France, ont appelé l'attention sur ce fait important et trop négligé. Schmalz rapporte qu'en 1813, une jument anglaise ayant été saillie par un couagga, donna un métis zébré et a raie de mulet comme le père j saïUie ensuite en 1811, 1818 et 1823 par des étalons arabes, elle donna trois poulains bais, mais tigrés, zébrés et à raie de mulet comme le couagga. Si une jument est couverte par un baudet , elle produira un mulet , et si plus tard elle est livrée à un cheval, le poulain qui en naîtra sera encore un mulet.
Une vache de la race d'Aberdeen, dit M. Van der Weide, reçut comme mâle un taureau de la race de Teeswater : le veau était croisé; puis elle fut saillie par un taureau de la race d'Aberdeen , et néanmoins, le veau était croisé comme le premier; quoique son père et sa mère eussent de petites cornes, il én poussa de longues au bout de deux ans. Une autre vache appartenant à la même race (d'Angus sans cornes) fut saillie en 1845 par un taureau de la race croisée, provenu d'une vache croisée et d'un taureau de pure race de Teeswater; le veau était croisé. On lui donna un taureau de sa propre race et le
produit resta néanmoins croisé dans ses formes et dans sa robe. Une vache de la race anglaise sans cornes, dit M. Heck^ meyer, appartenait à M. le baron Van der Capellen , ancien gouverneur général des Indes néerlandaises ; elle donna des veaux sans cornes aussi. Elle était saillie, cependant, par des taureaux de race hollandaise pourvus de cornes. Quatre veaux dont deux jumeaux, tous femelles, provinrent de trois fécondations successives. Enfin, une quatrième fécondation par un taureau à cornes de race hollandaise, amena un veau à cornes très-fines (Argus des haras, numéro de mars 4855). Un fait bien plus curieux encore est le suivant : « Les essais de croisements « de la race hongroise avec celle de Mùrzthall, ont appris que les « génisses, ou comme on dit, les nonnes, qui avaient été couce vertes sans succès par des taureaux indigènes de la Styrie, « deviennent fécondes, après avoir été saillies par des taureaux « hongrois. » {Notes sur l'élevage du bétail dans l'empire d'Autriche^ 1855, page 5.)
Si une brebis blanche, dit Trautmann , cité par Schmalz, a été fécondée une fois par un bélier noir, et qu'elle soit ensuite couverte par un bélier blanc , il arrive souvent que de ces derniers accouplements, il provienne des agneaux mélangés de noir et de blanc. Il a été reconnu de même qu'une chienne de race pure, une fois qu'elle a été accouplée avec un chien d'une race croisée, donne encore dans les portées qui suivent, des chiens dont les caractères de races sont pervertis , alors même que le père était un chien de la même race pure que la femelle (Van der Weide).
Une truie pie noir, appartenant à la race dite warten-breed (race d'Orient), fut fécondée par un sanglier d'un brun trèsfoncé; les gorets, quoique la robe du père prédominât, étaient cependant de couleur mélangée. Plus tard, un verrat de la I. 15
même race que la truie la couvrit, et parmi les gorets de cette 'progéniture, il y en eut de la même robe que le sanglier. Une troisième fécondation eut lieu avec un mâle de la race, et à cette troisième portée, les jeunes répétèrent encore le type du père de la première (Van der Weide, Schmalz, Giles).
Dans l'espèce humaine aussi, on remarque fréquemment que les enfants nés d'un second mariage ressemblent bien plus au mari du premier lit qu'à leur propre père. Ce fait est fréquent, et bien connu des physiologistes; il serait d'ailleurs facile de le vérifier, comme le propose Villeroy, dans les pays où il existe des réunions de blancs et de noirs qui doivent amener de fréquents mélanges des deux races.
Enfin, un savant vétérinaire anglais, M. Gilleway prétend avec raison, qu'une femelle, quelle que soit la pureté de son sang, fécondée pour la première fois par un étalon d'une autre race, perd comme souche maternelle et pour toute sa progéniture ultérieure, la pureté de sa race propre. Cette mère est croisée pour toujours : la pureté du sang est souillée dans tous les descendants [Argus des haras^ numéro de mars 1855). « Un « gentilhomme qui possède, dit Youatt, une grande expérience « dans l'élevage des chevaux de course, et qui est reconnu pour « habile à pénétrer les secrets de la nature, avait coutume de « dire qu'on ne devait jamais changer d'étalon, à moins d'une « invincible nécessité, alléguant qu'une jument ayant des pro- « duits de différents chevaux leur communiquera en divers a points des ressemblances différentes avec ses premiers « époux. » (Youatt etCécil, the Horse, p. 34.)
La conséquence pratique de ce phénomène aussi difficile à expliquer qu'à réfuter, est immense et facile à déduire. N'importer que des femelles encore vierges ou dont on connaît parfaitement les alliances. Apporter les plus scrupuleuses précau-
tions au premier mariage des femelles qu'on destine à la reproduction, surtout dans les races précieuses. Si ces conditions ont été négligées, ne pas se prendre de l'insuccès à un reproducteur qui peut néanmoins avoir un grand mérite. Bien noter encore que, non-seulement les formes, le pelage, la ressemblance générale enfin , peuvent se transmettre ainsi aux générations suivantes, mais encore les tares des membres et jusqu'à un certain point la prédisposition à certaines maladies héréditaires.
Quant à l'explication physiologique, elle est loin d'être satisfaisante jusqu'ici. Celle fournie par M. Villeroy nous paraît peu fondée scientifiquement quelque suffisante qu'elle paraisse à l'esprit dès Tabord : la voici : « Le fœtus, dans le sein de sa « mère, vit de sa vie propre ; il peut périr sans que sa mère « périsse, tout comme il peut être conservé à la vie lorsque la « mère meurt, mais il existe entre ce foetus et la mère une « tinion tellement intime, que le même sang circule dans les « veines de tous deux. Or, ce fœtus, c'est le germe que le mâle « a déposé dans le sein de la femelle ; c'est la substance du <c mâle, et l'on peut admettre que, après la séparation des « deux êtres qui pendant un temps n'en ont fait qu'un, il reste « chez la femelle, mélangée avec son sang, une partie du sang « provenant du mâle qui l'a fécondée, et que ce sang agira sur « les produits de nouvelles gestations amenées par l'accouple - « ment avec d'autres mâles. » [Manuel de l'éleveur de chevaux, t. II, p. 316.)
L'atavisme vient souvent encore profondément modifier Fin- * fluence relative des reproducteurs; on appelle ainsi le retour dans une famille ou dans une race, de quelque ressemblance particulière venant d'un ancêtre plus ou moins éloigné. Les Allemands appellent ce phénomène un coup en arrière (rus-
schlag). Dans certaines familles humaines, l'atavisme est un signe de constance et de pureté de race : le nez fortement aquilin des Bourbons par exemple. Dans nos races d'animaux domestiques, il dénote presque toujours une introduction plus ou moins ancienne d'un sang étranger. La race mérinos espagnole, par exemple, n'a pas été sans subir quelques croisements avec les races anglaises importées, nous l'avons dit en 1345 et 1464, et surtout avec les cotswoolds à laine longue et fine. Aussi ne nous semble-t-il pas absurde d'assigner à cette influence, l'apparition assez fréquente, dans les troupeaux mérinos, d'animaux à laine longue, fine et droite, de l'un desquels s'est servi M. Graux de Mauchamp pour créer sa belle race à laine soyeuse. De même aussi, de l'apparition assez fréquente dans les troupeaux southdowns d'animaux à peau plissée, à fanon tombant, à laine plus courte et plus fine, ainsi que nous l'avons pu encore observer à Dampierre dans les naissances de 1858, on peut hardiment conclure, suivant nous, que le sang mérinos, quoi qu'on en ait pu dire, a été originairement versé dans cette race anglaise.
C'est pour éviter ces coups en arrière, que M. Malingié, avant de mettre le bélier newkent-goord, dans son troupeau, avait dénaturé le type de ses brebis par le mélange successif de quatre races indigènes. Nonobstant cette précaution, beaucoup de ces animaux conservent en naissant, l'un l'aspect du type solognot , l'autre du type berrychon , d'autres du newkent pur : ajoutons que les premiers étaient avec grand soin exclus * de la reproduction.
S 2* Détermination du sexe dans le produit.
Une question non moins importante dans la production éco-
nomique du bétail , que la précédente sur ramélioration des races, c'est celle de la détermination du sexe dans le produit. Selon les circonstances qui régissent la production, il peut être avantageux d'obtenir soit surtout des mâles, ou plutôt des femelles. Voyons les lois de la nature et le pouvoir de l'homme à cet égard.
Il faut distinguer d'abord la supériorité physique de la supériorité morale. La supériorité physique consiste dans l'état de bonne santé de l'animal : la continence, un régime excitant, l'absence de contact avec le sexe opposé, l'exercice modéré, l'augmentent : le repos, l'obscurité, des accouplements fréquents, un régime parcimonieux la diminuent. La supériorité morale consiste dans l'état d'intégrité et de tension du système nerveux; le repos, la solitude, l'âge trop jeune ou trop avancé la diminuent; la continence, la vue du sexe opposé l'augmentent; les passions vives, la volonté obstinée en sont l'indice.
Celui des deux reproducteurs qui l'emporte sur l'autre en vigueur physique et morale, déterminera le plus souvent la production d'un sexe semblable au sien, et auquel il communiquera plus sûrement sa ressemblance générale. Cette circonstance vient donc modifier encore ce que nous avons dit plus haut de l'influence relative des deux sexes. Le climat peut bien modifier le principe ; mais il reste vrai, toutes circonstances égales d'ailleurs; il en est de même de la race. Ainsi en France il naît toujours à peu près 1/16 de garçons plus que de filles :
De 1807 à 1814, il est né en France. . 13,975,037 garçons et 13,350,552 filles.
En 1844, il est né en France 497,548 — 469,776 —
En 1845, — à Paris 16,765 — 16,140 —
Cette proportion constante d'environ 105 garçons pour
100 filles est à peu de chose près la même dans tous les pays monogames. Elle ne varie guère que de 104,62 à 108,06 pour 100. Ainsi nous la trouvons :
En Suède De 104.62 pour 100.
Dans les îles Britanniques 104.75 —
En France (moyenne) 105 » —
Dans la Bohême 105.38 —
Dans la Westphalie et les provinces rhénanes. . . 105.86 —
Dans la Prusse 105.94 —
Dans la Saxe et la Silésie 106.05 —
Dans la monarchie autrichienne 106.10 —
En Sicile 106.18 —
Dans le Brandebourg et la Poméranie 106.27 —
Dans les Pays-Bas 106.44 —
Dans le Mecklenbourg 107.07 —
En Belgique (1833) 108.06 —
Ces différentes contrées se classent ici, on le voit, en dehors de toute influence de climat. Cependant, il nait, en général, un peu plus de filles dans les pays méridionaux que dans ceux du nord. Dans les pays polygames, ce sont les filles qui l'emportent un peu en nombre sur les garçons, et les raisons en seraient faciles à donner.
Nous avons parlé de l'influence de la race. En Prusse, parmi les israélites, la proportion est de 113 garçons pour 100 filles, tandis que parmi les chrétiens, elle n'est que de 106 à 100. A Livourne, parmi les juifs, les naissances masculines sont aux féminines : : 120 : 110; tandis que parmi les chrétiens, elles sont : : 104 : 100. La raison est peut-être aussi que la religion israélite est plus sévère sur la continence des hommes que la religion catholique, ou au moins, qu'elle est mieux ob-
servée. Dans nos animaux domestiques, la race peut présenter aussi des différences exceptionnelles dont la cause n'est pas toujours facile à saisir. Ainsi, M. Lefour a observé à Hohenheim que
La race bovine de Schwitz donnait 80 femelles pour 100 mâles.
La race bovine de l'Allgaù donnait 81 — 100 —
La race bovine de Souabe-Hall donnait. 48 100 —
S'il n'y a point erreur dans ce dernier chiffre, il nous semble inexplicable , ou bien il résulte de quelques faits isolés et trèspeu nombreux. S'il était bien avéré, il serait curieux d'étudier les circonstances au milieu desquelles il a pu se produire; aucune des espèces, ni des races sur lesquelles nous possédons des renseignements, n'offre une aussj faible proportion dans les naissances féminines.
M. Ch. de la Teillaisdans une note présentée à la Société impériale et centrale d'agriculture le 21 décembre 1859 conclut ainsi de ses observations : tant que l'état du taureau a été supérieur à celui des vaches, il a eu des femelles; mais quand l'état des vaches a été supérieur à celui du taureau , il n'a plus eu que des mâles. Il ajoute cependant qu'il ne pense pas pouvoir considérer comme définitive une solution qui résulte de deux années seulement d'observations sur un seul troupeau. Girou de Buzareingues qui avait expérimenté sur plusieurs troupeaux, sous la surveillance et le contrôle de la Société d'agriculture de Rodez, avait observé au contraire : que le bélier jeune et fort, pas trop gras , accouplé à des brebis vieilles ou trop jeunes, donnait naissance à plus de mâles que de femelles et vice versa. Le résultat auquel est arrivé M. de la Teillais, résultat en désaccord avec toutes les observations de la pratique
s'explique fort bien par la race et Tétat du taureau employé et qu'il déclare lui même être en très-bon état, en état de concours, et de race durham , tandis que les vaches , de race indigène étaient soumises à un régime ordinaire. L'expérience nous semble donc fort peu concluante. (Voir Annales de V agriculture française, t. XV, p. 379-380.)
Nous sommes parvenu à rassembler des chiffres assez nombreux appartenant aux diverses races de chevaux, bœufs et bêtes à laine, chiffres que nous résumerons dans les tableaux suivants en indiquant leurs provenances.
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Ainsi, la proportion des sexes dans les naissances de nos animaux domestiques, est à bien peu de chose près, la même que dans Fespèce humaine; c'est-à-dire que les mâles sont plus nombreux que les femelles, de 2.17 pour 100 en moyenne, pour les animaux de races françaises, et de 2.50 pour l'homme, dans notre patrie.
D'après un mémoire de M. Baillarger, dans les grossesses multiples de la femme, la réunion de deux garçons est presque deux fois plus fréquente que celle de deux filles; la réunion d'un garçon avec une fille est presque aussi fréquente que celle de deux garçons. Les grossesses gémellaires sont héréditaires dans certaines familles soit par le père soit par la mère. Quelquefois elles sont héréditaires par des ascendants plus éloignés, après interruption dans la famille. Dans 19 paris doubles provenant de 17 vaches, nous avons trouvé : 4 fois le sexe mâle gémellaire, 9 fois le sexe femelle, et 6 fois les deux sexes réunis. La vache durham pure, Morning-star, donna trois portées doubles dont chacune se rapportait à chacune des divisions précédentes.
Mais après avoir indiqué les résultats généraux, il sera peutêtre curieux d'étudier les détails particuliers qui nous présenteront certaines anomahes intéressantes. Certains taureaux comme certaines vaches sont doués à un plus ou moins haut degré de la puissance de transmission de leur sexe, et il n'est pas sans intérêt pour les éleveurs de tenir compte de ce renseignement. Nous résumerons encore les chiffres suivants empruntés au Herd-Book français, et appartenant par conséquent à la race pure de Durham.