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CASTRATION DES MALES

On a l'habitude de castrer l'étalon pour le rendre plus docile à certains services qui n'exigent pas d'efi'orts excessifs ni un grand fond, pour le service des attelages de luxe ou de la selle , par exemple, ou celui de l'armée, mais non d'ordinaire pour les services du roulage, des postes et des diligences. On châtre le taureau pour changer son caractère farouche et dangereux, et permettre de l'employer au travail; pour améliorer la qualité de sa viande et le rendre plus apte à prendre la graisse. On castre le bélier pour en obtenir une chair plus savoureuse et une toison plus abondante^ le verrat pour le rendre plus précoce et à la fois plus apte à l'engraissement, et en obtenir une viande d'un goût plus délicat ; le coq pour en obtenir ces chapons de haute graisse et de fine saveur qu'estiment tant les gourmets.

Mais si l'on est d'accord sur l'utilité de l'opération, on est loin de l'être sur l'âge auquel elle doit être exécutée sur certains animaux; les Anglais la pratiquent sur le cheval pendant la pre-

mière année; Villeroy conseille de la faire pendant la deuxième; les Normands Topèrent pendant la quatrième, et Hurtrel conseille d'attendre jusqu'à la cinquième. Plus elle est faite de bonne heure chez le cheval, moins elle présente de danger, mais plus aussi sa constitution s'effémine et moins il est capable d'un service sérieux et durable. Pour le taureau , la question se complique du but qu'on veut atteindre, travail ou engraissement; car il est des contrées en France, et des contrées nombreuses, oii le travail est le but principal et oii l'engraissement n'est considéré que comme un moyen accessoire de réforme, l'Auvergne, la Bretagne, par exemple. Dans ce cas, non-seulement on ne castre les animaux que quand ils ont à peu près achevé leur développement, mais encore on emploie les procédés qui les féminisent le moins, le bistournage ou le martelage. S'il s'agit au contraire d'obtenir un animal de boucherie, dispensé de passer par le travail, on l'opère dans les six premiers mois de son existence, et on emploie la castration complète, par ablation.

Le procédé donc, et l'âge peuvent diversement influencer les résultats physiologiques de la castration ; elle apporte dans l'organisation un trouble plus ou moins profond, plus ou moins durable ; détermine l'afflux de la vitalité vers telle ou telle région du corps aux dépens de telle autre ; active ou diminue certaines sécrétions. Pour étudier ces différentes modifications, nous passerons en revue les régions du corps, les aptitudes et les sécrétions susceptibles de recevoir l'influence de la castration.

La taille. Dans l'espèce chevaline la taille ne paraît dépendre que de la reproduction et de la nourriture ; les étalons, à circonstances égales, ne sont en général ni plus petits ni plus grands qiie les chevaux hongres de mêmes races. Dans cette espèce, l'appareil respiratoire domine de beaucoup l'appareil nutritif, même chez l'animal castré. Dans l'espèce bovine, au contraire,

la taille du bœuf est presque toujours supérieure à celle du taureau, tenant compte bien entendu des circonstances de race, de reproduction et de régime, et supposant la castration opérée de

moitié de la première année, et si le sujet a été abondamment nourri d'aliments nutritifs, si enfin, il appartient à une race de boucherie améliorée , sa taille restera égale , sinon même inférieure à celle des mâles de sa race. Dans le bœuf, c'est l'appareil nutritif qui l'emporte sur l'appareil respiratoire, ou au moins, l'égale- 1 -il. Or la condition première de Taptitude précoce à l'engraissement, c'est un équilibre parfait entre ces deux puissances d'oii peut seulement résulter une assimilation économique.

Ce qui paraît plus remarquable, c'est que la castration semble changer la période de l'existence pendant laquelle s'opère surtout l'accroissement en taille. Si nous comparons ensemble sous ce rapport deux taureaux durhams, Darling et Chevalier, et un croisement schwitz-cotentin, Achille, le premier de Grand-Jouan, le second de Dampierre, le dernier de la Saulsaie, avec les bœufs croisés durh a ms-cha reliais et durhams-cotentins de la vacherie de Dampierre, dont nous aurons occasion de reparler, nous retrouvons les chiffres suivants dans

dix-huit mois à deux ans-, si elle a été faite pendant la première

Les bœufs.

Les taureaux.

1"^ année,

2" année,

3« année.

4« année,

Nous ferons remarquer pour les bœufs, que la taille étant mesurée au cordon, leur état précoce d'embonpoint à la quatrième année est la seule cause de l'accroissement apparent, mais en

réalité fictif, de la taille, qui s'est accrue surtout pendant la prenaière et la seconde année , tandis que chez les taureaux , c'est pendant la troisième qu'elle a pris son maximum de développement.

La tête subit par suite de l'opération, des modifications sensibles; celle de l'étalon est en général sèche et osseuse; celle du cheval hongre devient plus lourde et plus empâtée; elle s'allonge et grossit ; l'œil est aussi plus gros et moins vif, dans les races communes; le cheval anglais conserve les mêmes caractères de tête que l'étalon. C'est dans le taureau que les changements apparaissent le plus sensibles; il a la tête courte, grosse, large à la nuque 5 chez le bœuf , elle s'allonge en se rétrécissant un peu, et devient d'autant plus féminine que l'opération a été pratiquée à un âge moins avancé. Il ne faut pas oublier que le volume de la tête coïncide toujours avec un développement proportionnel de tout le système osseux ; que plus la tête est massive, plus le squelette est grossier, plus la poitrine est étroite. Cette observation s'applique également aux vaches dont les races laitières présentent une tête longue, assez large, massive en somme, témoin celles bretonne, bressane, augeronne, ayrshire, jersiaise, etc. Il est même ordinaire que les vaches de la race durham pure qui présentent cette qualité à un certain degré, offrent la même conformation de la tête, exemple Europa, Emmeline, Marquise, etc. La finesse et la brièveté de cette région, au contraire, correspondent à des membres fins et courts , à une poitrine ample et arrondie. La castration de l'agneau mâle rend sa tête plus fine, quoiqu'un peu plus longue que celle du bélier ; celle du goret s'allonge mais se rétrécit comparativement à celle du verrat ; les défenses du mâle apparaissent rarement chez le neutre.

Les cornes du taureau sont courtes, grosses et rugueuses;

celles du bœuf sont longues, fines et lisses. Le noyau osseux de la corne est toujours proportionné au volume même de la , tête; comparez pour exemple les cornes et la tête du durham à celles de la race hongroise ou sicilienne. Le caprice de l'homme peut facilement et avec promptitude priver une race de ses cornes, mais ce qu'il y a de plus difficile à modifier dans une race ou une famille, c'est la forme de la tête. Le bœuf ayant la tête plus longue et plus développée que le taureau, devait avoir aussi, semble-t-il, les cornes plus longues. Quant à Tétui corné, produit très-animalisé de sécrétion, il paraissait devoir être moins développé dans le taureau qui sécrète déjà un produit bien rapproché par sa composition, le sperme. Le bœuf, par la castration, se rapproche, quant à la tête, de la vache dont il adopte les cornes longues, minces et irrégulièrement contournées. Les vaches très-bonnes laitières, lorsqu'elles deviennent très-âgées et que la sécrétion du lait diminue sensiblement chez elles, sécrètent souvent à la surface de la peau une substance en tout semblable à la corne et qui s'y dépose par plaques plus ou moins épaisses; Lemaire avait remarqué ce phénomène physiologique sur les vaches schwitz de Grignon-, j'ai pu l'observer à mon tour en Normandie sur plusieurs des vaches les meilleures et les plus âgées de la vacherie de Martinvast. Il semble que ce soit un moyen employé comme émoncloire par l'organisme habitué à une grande activité sécrétrice.

V encolure en général, et dans toutes les espèces, s'émacie et s'allonge, en exceplant pourtant la race de chevaux de pur sang anglais et les races porcines de Newleicester et analogues. Le cheval hongre a le cou moins chargé et un peu plus long que l'étalon de même race; tantôt elle gagne, tantôt elle perd en grâce, suivant l'ondulation que suit sa hgne, et qui ne paraît en rien influencer l'opération. L'encolure du taureau est courte

et massive, chargée de muscles d'un développement démesuré; celle du bœuf est plus longue et plus grêle, même à la dernière période de l'engraissement. 11 est bon de faire remarquer que le développement musculeux de l'encolure coïncide presque toujours avec l'amplitude de la poitrine, et le bœuf durham n'est point exempt de ce défaut inhérent à ses qualités : comparez-lui au contraire les bœufs hollandais, bretons, limousins, par exemple, et en général, ceux de toutes nos races communes.

La poitrine est une des régions que la castration modiGe le plus profondément. La castration a pour premier effet de faire cesser le fonctionnement de l'appareil génital. Or, le sperme est un produit de sécrétion très-animalisé, ce qui suppose une respiration puissante et active j aussi les mâles ont-ils une poitrine plus large que les neutres et que les femelles. La castration opérée, l'activité organique se déplace : au lieu de se porter vers la poitrine, elle se fixe plutôt dans le train postérieur; la poitrine gagne un peu en hauteur au garrot, mais elle perd sensiblement en largeur, laissant toujours en dehors, bien entendu, les races anglaises améliorées pour la boucherie. La tête seule, dans le train antérieur du bœuf a pris de l'accroissement, comme pour équilibrer celui de la croupe. Dans le cheval, ces effets sont beaucoup moins sensibles, mais on peut les suivre dans le mouton châtré comparé au bélier, et même dans le cochon de nos races communes mis en parallèle avec le verrat.

Reins, — Longueur du corps. — Dans le genre bœuf^ on rencontre sept vertèbres cervicales , treize dorsales et six lombaires. Les dorsales donnent articulation aux côtes qui protègent la poitrine, tandis que ce sont surtout les lombaires qui supportent le poids de l'appareil digestif; aussi, les proportions

de développement de ces différents chaînons du rachis varientelles avec le développement relatif des deux appareils de la respiration et de la nutrition, le premier dominant chez le taureau, le second chez le bœuf. Chaque partie du squelette, comme du reste de l'organisme , se développe en proportion relative de l'importance des fonctions qu'elle doit exécuter. Aussi les bœufs ont-ils le corps plus allongé que les taureaux, ce qu'il serait facile, mais superflu, d'appuyer par des chiffres.

Bassin. — Croupe. — Irain postérieur. — La castration, chez les mâles de toutes nos espèces mammifères, a pour effet de développer le train postérieur; de même que la taille des branches , le retranchement des bourgeons dans le règne végétal, déterminent un afflux nouveau de la séve vers d'autres régions; de même l'ablation des organes générateurs amène de profonds changements dans la conformation osseuse et musculaire de certaines parties du corps, notamment vers le train postérieur. Si nous prenons la moyenne de 10 taureaux de race durham pure, de la vacherie du Pin, âgés de 30 à 48 mois, et que nous la comparions à celle de 6 bœufs durhams primés à Paris et âgés de 36 à 60 mois, nous aurons, comparativement à la taille au garrot

Taureaux. Bœufs. ou Taureaux. fioeufs.

Taille au garrot l'^.éSO l^.SéO ou : : » : » :: » : »

Circonférence thoraci-

que oblique 2°'.070 2"'.286 ou :: 1.523 : 1.00 :: 1.490 : 1.00

Largeur du bassin.... O'^.OOS O'-.TOS ou :: 0.415 : 1.00 :: 0.458 : 1.00

Longueur du bassin.. O-^.ôSS Qn'.tJBS ou :: 0.404 : 1.00 :: 0.443 : 1.00

Le développement des muscles, par l'engraissement de concours a bien pu outrer un peu la circonférence thoracique des bœufs

et néanmoins, on voit que le train antérieur est chez eux sensiblement moins développé que chez les taureaux. En revanche, le train postérieur présente une ampleur bien plus considérable, par la largeur et la longueur du bassin.

Les sécrétions sont puissamment influencées par le sexe : le taureau sécrète surtout le sperme, qui doit le plus souvent, être résorbé, puis remodifié par la respiration et excrété par les reins et la peau. Le bœuf sécrète surtout les muscles (fibres) et la graisse (suif) ou bien encore le travail, se bornant alors et dans ce dernier cas , à la réparation plus ou moins complète des pertes éprouvées par les organes ; les sécrétions se font en grande partie au profit de l'organisme ; les glandes excrétrices ont moins d'activité; la vache sécrète le lait ou le fœtus, ou bien aussi la viande et la graisse : c'est le système veineux sanguin qui domine chez elle, comme le veineux artériel chez le taureau. Mais ces deux appareils de sécrétion et d'excrétion sont doués d'une activité proportionnelle, afin de pouvoir s'aider et même se suppléer au besoin.

Chez le mâle, les fonctions génitales étant actives, les reins doivent jouir d'une activité correspondante, afin d'éliminer par les urines le produit d'une partie de la résorption du sperme non excrété. Aussi, peut-on prévoir, sans avoir besoin de recourir à l'analyse chimique, que l'urine du taureau, comme celle de tous les mâles , est plus riche que celle de la vache laitière surtout et en général, des femelles. Le cérumen est plus abondamment sécrété par le taureau que par le bœuf, non-seulement dans les races laitières, mais à divers degrés, dans toutes les races ; par le bélier que par la brebis, au repli inguinal, et par les races à laine fine, plus que par celles à laine longue et grossière. Cette sécrétion est moins active encore chez les neutres que chez les femelles.

La peau^ dans l'épaisseur de son tissu, renferme des glanduies muqueuses et sudorifères. Chez le taureau en particulier, la peau doit venir en aide aux reins comme organe excréteur, et en effet, les tanneurs savent fort bien que le développement considérable de ces glandules distend la peau et la rend poreuse même après le tannage, tandis que celle du bœuf est plus dense et plus homogène. Nous savons du reste, que le taureau a le poil plus épais et plus grossier que le bœuf, la peau moins souple et plus grasse. Le bœuf de nos races communes a la peau plus molle, le poil fin, court et lisse ; le bœuf des races améliorées a la peau encore souple, mais plus épaisse. La vache laitière à un haut degré, a le cuir très-mince, mais épaississant dès qu'elle cesse de donner du lait. Cela tient au rôle plus ou moins important que doivent jouer comme organes excréteurs les glandules de la peau. Voyez en effet les oiseaux, dont la peau n'offre point dans son tissu d'organes excréteurs : dès que vous leur fournissez en excès des aliments très-nutritifs, dès que par conséquent vous demandez aux poumons un travail excessif et auquel ils ne peuvent suffire, c'est un autre organe dépurateur du sang qui s'hypertrophiera, au point d'amener la mort de l'animal; c'est ainsi qu'on obtient les foies gras d'oies et de canards.

Enfin, la castration agit même sur le pelage en le pâlissant, du moins dans l'espèce bovine ; témoin les races de Salers, parthenayse, cotentine, limousine, etc. Mais si elle affine le poil du bœuf, elle produit chez le mouton un effet presque opposé ; sa laine devient un peu plus longue, mais la toison est moins tassée, le brin moins fin et moins résistant, effet dû en grande partie à la différence du régime suivi par le bélier et les troupeaux ; l'un toujours à la bergerie, bien nourri, à la peau toujours grasse ^ les autres envoyés au pâturage par tout temps et

presque en toute saison, avec des alternatives d'abondance et de disette. Mais il n'en est pas moins vrai que dans les troupeaux maintenus en stabulation permanente, ceux de la Saxe, par exemple, la laine du neutre est sensiblement inférieure en finesse à celle du mâle, et souvent même, de la femelle.

Il est presque inutile de parler de l'influence qu'exerce l'ablation des organes génitaux sur la voix et le caractère des animaux. A l'irascibilité du taureau, succède la docilité du bœuf; au mugissement sonore de l'un, la voix plus claire et plus étendue de l'autre. Le chapon, on le sait, devient aussi habile que la poule à conduire une couvée de poussins.

Le taureau, comme les mâles de toutes les espèces en général, donne une viande à fibres serrées et non séparées par du tissu cellulaire.il fait moins de suif intérieur que le bœuf, mais donne plus de viande proportionnellement à son poids vif; cette chair est plus dense, plus coriace, plus rougeâtre; son suif est plus blanc. Le bœuf donne plus de morceaux de première qualité, de la viande plus tendre, plus savoureuse, plus légère, du suif plus abondant et plus jaune, mais tout cela à des degrés variables suivant l'âge auquel a été opérée la castration.

L'animal châtré Irès-jeune, s'il est abondamment nourri, prend peu de taille, mais acquiert de la précocité et de l'aptitude pour l'engraissement; sa viande sera tendre, juteuse, et il fera surtout du suif extérieur. L'animal castré tard conserve plus ou moins l'extérieur et les défauts du mâle. C'est dans les six premiers mois de la seconde année qu'on doit castrer les bœufs destinés au travail, et dans les six premiers de la première, ceux exclusivement destinés à la boucherie. L'agneau sera castré à l'âge d'un à trois mois, le verrat de deux à trois; plus on attendra pour ce dernier et plus le lard sera ferme ; mais si on ne

Topère qu'à six ou huit mois, la viande prendra une saveur particulière.

« En allemand, dit Tessier, on appelle mœnch (moine), watt lach ou valaque, en français hongre, un cheval châtré. L'éty- « mologie de ces noms n'est pas difficile à trouver. Les Alle- « mands ont sans doute appelé moine et valaque, et les France çais hongre, le cheval incapable de se reproduire, parce qu'il « est dans le cas d'un moine engagé par des vœux de chas- « teté, et parce que les premiers chevaux ainsi mutilés sont (c venus en Allemagne de la Valachie, et en France de la Hon- « grie, ces pays sont féconds en chevaux. Mais rien ne prouve « que ce soit en Valachie et en Hongrie qu'on ait commencé à <c châtrer ou hongrer les chevaux. » {Dictionnaire de Déterville, art. Castration, p. 198.)

En effet, la castration du bœuf était connue et usitée des Hébreux, et peut-être des Égyptiens ; les Grecs et les Romains la pratiquaient aussi, et probablement l'étendirent au bélier. Mais son usage à l'égard du cheval, beaucoup plus difficile et surtout plus dangereux, paraît n'avoir été adopté que beaucoup plus tard. Ammien Marcellin qui écrivait vers 380 après J. C, rapporte avec un certain étonnement que les Sarmates coupaient leurs chevaux afin de prévenir les accidents que pouvaient occasionner les passions bruyantes et invincibles des mâles (lib. XVII, c. 12).

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