‹ Traité de l'économie du bétailChapitre 29 sur 64 · SÉLECTION · texte numérisé non relu

SÉLECTION

Toutes les races sont loin d'avoir la même aptitude, quelques-unes sont douées même de qualités simultanément réunies à divers degrés. Certaines races chevalines nous fournissent des chevaux de course ou de selle, de cavalerie ou d'agriculture, de carrosse ou de diligence; la race bovine de Salers nous est précieuse par son travail, par le fromage que nous fournissent ses vaches, et par la viande succulente qu'elle nous offre plus tard ; la brebis du Larzac nous donne non-seulement sa laine et ses agneaux, mais encore son lait converti en fromage de Roquefort. D'autres races ne possèdent qu'une seule aptitude, mais c'est le cas le plus rare en France; il n'en est pas de même en Angleterre où l'aptitude à prendre la graisse a été rendue à peu près exclusive dans les races améliorées de Hereford, de Durham, de Devon, etc. Avant donc d'entreprendre l'amélioration d'une race il faut bien déterminer l'aptitude qui lui est propre et qui concorde le mieux avec les circonstances économiques de la contrée qu elle habite.

Or, l'aptitude résulte de la conformation qui provient ellemême du régime auquel a été souniise la race depuis longues années ; l'aptitude est donc héréditaire d'abord dans l'individu, mais peut être plus ou moins profondément modifiée par le régime, d'aulant plus profondément que la race est moins ancienne, qu'elle est moins pure, et que l'individu est plus jeune.

Toutes les espèces non plus que toutes les races ne sont pas malléables aux mêmes degrés : l'espèce porcine par exemple l'est davantage que celle ovine, et celle-ci, plus que celle bovine et surtout, que celle chevaline. De même encore, toutes les proportions du corps sont loin d'être modifiables avec une égale facilité; certains défauts de conformation disparaissent promplement sous Pinfluence combinée de l'alimentation et du choix soigneux des reproducteurs, d'autres persistent avec une opiniâtreté désespérante ; mais toujours, cette opération est longue, coûteuse, et exige l'entier dévouement d'une longue existence humaine. Aussi, malgré la plupart des auteurs anglais qui considèrent comme améliorées par elles-mêmes les races de Durham, de Canley à longues cornes, du North-Devon, celles de Dishley, Newkent, Southdown, etc., ne pouvons-nous considérer ces faits comme avérés! L'existence des Backwell , des CoUing, des Eli mann, des Goord, n'eût pu suffire à transformer par la sélection seule des races indigènes en ces beaux types que nous admirons aujourd'hui; ajoutons que pour la plupart de ces races, il existe des présomptions presque avérées de croisements divers, que la nalure, dans les phénomènes de la reproduction , nous permet quelquefois encore de vérifier. En France, on a quelquefois objecté à la race charollaise améliorée de M. Massé un léger mélange de sang durham remontant à l'importation de M. Brière d'Azy en 1825. Enfin, les seuls exemples bien constatés que nous puissions citer de ce mode d'amélioration, c'est celui de la race ovine mérinos en France, en Allemagne, et jusqu'en Suède.

C'est que la sélection exige non-seulement du temps et des dépenses, mais encore une grande prudence, une profonde habileté et une persévérance à toute épreuve. Elle suppose la modification artificielle de toutes les circonstances naturelles au milieu desquelles une race a vécu depuis des siècles, peut-être,

climat, nature du sol, alimentation, reproduction, quatre questions d'une immense importance et qui demanderaient une étude particulière.

Le climat détermine généralement les apt'itudes naturelles aux races, parce que c'est de lui que dépend surtout la végétation soit spontanée , soit artificielle du sol. Mais il agit en outre, d'une manière directe sur l'organisme; c'est ce qu'a fait parfaitement ressortir un rapport adressé à l'empereur en 1859 par MM. Vallot et Bernis, sur la création d'une race de chevaux de trait en Algérie. « L'humidité du climat, disent les savants « vétérinaires, est plus favorable, en général, à l'augmenta- « tion des substances alimentaires, et par suite, à l'accroisse- « ment des animaux. Elle a aussi une action directe sur ces <c derniers, en les pénétrant par la peau et par les bronches ; « mais lorsqu'elle est trop forte, elle pousse au relâchement du « tissu des organes, à l'inertie de leurs mouvements, à la len- « teur dans l'exercice des fonctions de la vie. Cette grande bute midité agit encore par les aliments qu'elle rend aqueux , « fadesetpeu nutritifs. Sous son influence, les chevaux sont suret chargés d'embonpoint, les articulations, les saillies osseuses, « les muscles, les vaisseaux sous-cutanés, sont empâtés et noyés « dans un amas de tissu cellulaire. L'air sec exerce son action « sur les plantes et sur les animaux en sens inverse de la grande « humidité; il exerce une puissante activité lorsqu'il se trouve « en contact avec nos organes ; il fait sur eux une impression a qui tient à son avidité pour l'eau. L'air sec est pour les sur- « faces extérieures sensibles des animaux, un corps qui tend à « les dépouiller de l'humidité qui leur est naturelle ; son action « produit un resserrement qui fortifie la complexion de tout « le système vivant, au détriment de son ampleur.

« Dans les climats méridionaux, les rayons solaires répan-

« dent sur la terre une grande quantité de chaleur et de lu- « mière. La chaleur est excitante; elle augmente la sensibilité ic de tous les organes, stimule principalement la peau, et fa- « vorise la transpiration. Sous l'influence de la chaleur et d*un a air sec, les pâturages sont peu abondants, mais ils sont tou- « jours toniques et nutritifs. Ces conditions poussent à la fibre « serrée et forte, mais sont contraires à un prompt et grand « développement. Le cours du sang plus accéléré, une respi- « ration plus active, l'appareil gastrique moins énergique, des « excrétions abondantes, une assimilation faible dans les fluides « et dans les solides, sont encore des phénomènes physiolo- « giques inhérents aux pays chauds. Le froid excessif produit à « peu près les mêmes effets que la forte chaleur, au point de « vue du volume et de la taille des animaux. 11 y a en Russie « des chevaux aussi petits que ceux de la Corse et des landes « de Bordeaux. »

A coup sûr, l'homme sera toujours à peu près impuissant à modifier les cUmats, mais il peut dans certains cas, soustraire ses animaux aux influences atmosphériques, tout en restant dans les conditions d'une saine économie. Ne voyons-nous pas le cheval de pur sang anglais se répandre sans dégénérescence, jusqu'ici du moins apparente, dans toutes les parties du globe? Ne retrouvons-nous point le mérinos dans toute l'Europe, depuis l'Espagne, son ancienne patrie, jusqu'à la Russie et à la Suède, et cela sans qu'il ait rien perdu de son aptitude à la production de la laine extra-fine? Mais il faut rester dans les limites de la raison et ne point chercher à brusquer la nature.

Ne forçons point notre talent, Nous ne ferions*-rien avec grâce.

LA Fontaine.

Autant il est rationnel de faire en Algérie le cheval de cavalerie légère, autant il serait insensé de lui demander le cheval de gros trait; autant il pourra être utile d'y introduire la vache bretonne, autant il serait absurde d'y importer le taureau de Durham.

La nature du sol vient joindre encore son influence à celle du chmat qui lui-même la modifie ; un sol argileux placé dans des conditions identiques de fertilité, de profondeur et d'exposition, produira en Angleterre et en Afrique des végétaux divers quant à leur nature et à leurs qualités nutritives, et ces végétaux à leur tour influenceront difî'éremment l'organisme des animaux qui les consommeront. Un sol calcaire ne produit pas les mêmes conformations de corps qu'un sol argileux, c'est un fait d'observation bien connu et que Buff'on déjà avait constaté. Mais ici encore, l'homme interpose sa puissance, et parvient jusqu'à un certain point à modifier la constitution chimique du sol, de même qu'il modifie sa fécondité; les sels chimiques, les amendements calcaires, les engrais, l'irrigation, lui fournissent d'énergiques moyens d'action. Il peut même influencer plus directement l'organisme en adjoignant à la nourriture certains principes minéraux qui lui manquent, et dont l'animal tirera grand profit, les sels de chaux, les phosphates, principalement 5 de même aussi la médecine sait rendre, dans certains cas, au sang la matière colorante, au moyen des oxydes ferrés.

L'alimentation offre en outre le mode d'action le plus puissant de tous peut-être, quand elle est calculée avec habileté ; elle permet de sculpter pour ainsi dire certaines formes dans certaines espèces ; d'imposer en quelque sorte certaines aptitudes à une race; l'alimentation résume à elle seule les influences de climat et de sol et permet de les modifier à un point de vue

donné C'est elle qui a permis de faire en Allemagne des chevaux de pur sang anglais, des moutons mérinos, au moins égaux par leurs aptitudes distinctes aux produits de l'Angleterre et de l'Espagne. Toile est sa puissance que, abstraction faite de la question économique, elle nous fournirait les moyens de recomposer avec chaque type d'espèce, toutes les races issues de ce type; mais à la condition pourtant d'être secondée par le choix des reproducteurs. Nous Iraiterons plus loin avec davantage de détails de l'alimentaiion ; quant à la question des reproducteurs, nous l'avons longuement étudiée déjà, sauf la consanguinité qui doit trouver ici sa place. En effet dans l'œuvre de l'amélioration d'une race par elle-même, l'alliance consanguine, est au début, une nécessité; nu fur et à mesure que l'œuvre progresse, le degré de consanguinité s'éloigne entre les produits, mais reste à savoir jusqu'à quel point elle sera utile, à quel autre elle deviendra dangereuse.

Ici, nous trouvons trois opinions en présence : Bûrger nie qu'elle puisse faire dégénérer les races; Sinclair l'estime toujours nuisible ; M. Lefour dit qu'à Hohenheim, on ne la regarde comme dangereuse qu'autant que les parents qu'on accouple, possèdent certains défauts héréditaires. A la première de ces opinions se raUie M. Huzard ; à la seconde M. Levrat, le docteur Bonin, et la plupart des physiologistes; à la troisième, se rallient la presque unanimité des agriculteurs. Nous devons donc les étudier séparément et chercher dans chacune des témoignages à l'appui.

On rencontre en France, sur trois points différents du territoire, des colonies d'étrangers qui paraissent s'être conservées sans alliance avec les populations voisines, et qui ont dû conséquemraent présenter des consanguinités fréquentes et à des degrés rapprochés. Ce sont celles de Batz, colonie saxonne

formée à l'embouchure de la Loire ; de Roscof , colonie russe établie dans le Finistère, près de Saint-Pol-de-Léon; enfin la colonie mauresque de Cuisery dans le département de l'Ain. Chacune de ces peuplades est restée parfaitement distincte de formes, de taille, de couleur, et loin d'offrir les signes de la dégénérescence, les habitants de Batz, de Roscof et de Cuisery sont solides, énergiques, bien bâtis, et d'assez haute taille. Les premiers font le commerce des sels, les seconds sont maraîchers, les derniers se sont faits cultivateurs et commerçants.

Dans l'espèce chevaline, dans la race même de pur sang anglais, les exemples de consanguinité rapprochée ne sont point rares, et elle ne paraît point avoir eu d'effets fâcheux-, nous serions presque tenté de croire le contraire. Le célèbre Flying- Childers avait pour GGM une fille de Spanker; sa mère était une jument barbe, mère de Spanker. Ainsi, la race était perpétuée par celte union de la mère avec le fils. Rachel la mère de Highflyer était une fille de Blanck, et petite-fille de Régulus; Blanck et Régulus étaient tous deux fils de Godolphin-Arabian. Fox, un célèbre coureur, de nos jours (1719), et souche d'une illustre famille, était né dans de semblables circonstances, mais en substituant le père à la fille, et la mère au fils. Goldfinder, un autre héros des derniers temps (1764), était fils de Snap; sa M une fille de Blanck et petite-fille de Régulus dont nous avons plus haut établi le degré de parenté. Buckhunter, nommé plus tard le Carlisle-hongre, était fils de Bald-Galloway ^ sa M par lord Carlisle-Turck, sa GM, aussi par Bald Gâlloway ; il était né en 1713. Mais le plus frappant exemple de ces unions incestueuses, se rencontre, de nos jours, dans la généalogie d'un vainqueur du Saint-Léger, le chevalier de Saint-Georges. Il était par Irish-Birdcatcher, sa M par Hetman-Platoff, sa GM Waterwitch par sir Hercules 5 Birdcatcher était fils de sir Hercules.

Ainsi, cet étalon célèbre à juste titre, était grand-père d'une part, et GGP de l'autre. M. Huzard va nous fournir des faits pris dans d'autres races : la formation du haras du comte Huniady, avec deux étalons arabes, Monachi et Taillard; le haras de Kladrub (en Bohême) propriété de l'empereur d'Autriche, régénéré par la consanguinité.

L'espèce bovine de Durham, la seule dont la généalogie soit constatée régulièrement, nous offrirait des exemples non moins nombreux d'animaux remarquables issus d'unions incestueuses. Ainsi, le fameux taureau Comet était fils de Favourite et de la vache Phœnix, mère elle-même de Favourite; sa naissance était donc entachée d'inceste au plus haut degré. On trouve dans la généalogie du bétail de Ch. Colling d'autres faits nombreux de consanguinité : Peeress, fille de Favourite fut donnée à Comet son frère, et produisit avec lui le taureau CéciL Phœbé était petite-fille de Favourite et fille de Comet. Laura, fille de Favourite eut de Comet, son frère, la génisse Lucilla ; de même, Cora eut de son frère Comet la génisse Calista, et maints autres exemples. M. Huzard dans une Note sur les accouplements consanguins^ cite un troupeau de vaches et taureau de race tyrolienne entretenu à Holitsch (Hongrie), ferme de l'empereur d'Autriche, et qui fut multiplié par consanguinité et sans dégénérescence ; le troupeau de race sans cornes et à robe blanche qui fut longtemps entretenu à Rambouillet; ce troupeau provenait d'une importation écossaise d'un taureau et de quelques vaches seulement, et fut détruit par l'épizootie de 1815.

Les faits de même nature sont plus difficiles à constater dans l'espèce ovine, ou plutôt on en tient moins de compte. Les premiers troupeaux de mérinos cependant furent longtemps et par nécessité, reproduits par des accouplements consanguins; Huzard cite entre autres ceux de Bazoches appartenant à Tessier, I. 18

celui du baron de Silvestre, ceux enfin de MM. Perrault de Jotemps et Girod, dans l'Ain. La bergerie de Rambouillet, depuis son origine n'a reçu aucun animal étranger, et s'est reproduite sans aucune méfiance de la consanguinité. Aucun de ces troupeaux ne se mble avoi r dégéné ré du type primitif, et ils on t bien plutôt marché vers une amélioration sensible sous divers rapports.

M. Huzard fut le premier importateur de la race de porcs chinois en France 5 ces animaux servirent à des croisements anglo-chinois et furent répandus dans diverses parties de la France, sans qu'ils aient dégénéré là où on a voulu les conserver. « Je m'empresse cependant d'ajouter, dit-il, que dans « quelques cas exceptionnels, là où une nourriture trop abon- <c dante, trop substantielle a été donnée, on a vu se produire « un embonpoint excessif qui est devenu nuisible à la fécon- « dité. » Enfin le même auteur rapporte avoir depuis longtemps élevé une race de lapins qui ne se perpétue que par père et filles, et frère et sœurs. Il cite encore les espèces qui vivent à l'état sauvage, et nos espèces domestiques de la basse-cour, coqs, pigeons, oies, canards, etc., parmi lesquelles la consanguinité à des degrés plus ou moins rapprochés est pour ainsi dire habituelle, et qui n'offrent cependant aucune trace de dégénérescence.

Passons maintenant à l'opinion opposée, à celle qui réprouve toute consanguinité. De curieuses observations faites, en Amérique, sur l'espèce humaine, par le docteur Bonnin, furent communiquées par lui en 1859 à la réunion médicale de Washington. Il en ressort que :

Sur 100 sourds-muets placés dans les hospices des États-Unis, 10 sont issus

du mariage de cousins au premier degré. Sur 100 aveugles, 5 sont issus de parents au même degré; sur 100 idiots,

15 sont dans le même cas.

Sur 789 mariages entre cousins germains, 256 ont produit des aveugles des sourds-muets, des idiots, etc.

Sur 483 mariages entre cousins au premier degré , 332 ont été stériles ou ont produit des enfants sains, et 151 ont engendré une descendance maladive.

M. Meynell qui, dit Grognier, comme veneur est presque aussi célèbre que Backwell, a formé par la consanguinité des chiens excellents pour la chasse au renard.

Nous ne savons pas qu'on ait cité, dans Tespèce chevaHne, de faits bien constatés d'une influence défavorable par la consanguinité ; les hippologues cependant , recommandent en général de réviter, entre autres, Buffon et Bourgelat.

« Dornshausen (Hesse-Hombourg) est un village où l'on ne « parle que le français, bien que l'allemand règne à 50 lieues « à la ronde, même en dépassant la frontière française. Ce ce village est habité par les descendants des familles protestantes « exilées par Louis XIV. Dornshausen leur fut donné à cette « époque, m'a-t-on dit, par le prince électeur de Nassau, et ils « sont restés, eux et leur lignée, dans cet asile austère et calme « comme leur résignation et leur piété. Cette population est « toute française encore, caries habitants ne se sont jamais « mariés qu'entre eux... Je dois ajouter malheureusement, que « cette population française de Dornshausen n'est pas physi-

« quement brillante Les Allemands que nous rencontrions

« en nous y rendant, nous disaient : Vous allez entrer dans le ce pays des bossus. Il est vrai que jamais nous ne vîmes plus de ce bossus que dans ce canton 5 cette race qui ne s'est jamais mécc langée est grêle et rachitique comme la noblesse espagnole, « qui de même ne se marie qu'entre elle. » (Gérard de Nerval. Souvenirs dJ Allemagne^ éd. Levy, 1860, p. 49.)

M. Levrat rapporte, quant à l'espèce bovine, un fait assez re-

marquable qu'il put observer en Suisse, dans un troupeau assez nombreux. Dès la 3® génération consanguine, les produits devinrent chétifs à ce point que les veaux mouraient quinze jours au plus après leur naissance. Il ajoute qu'une vache de cette famille fit un assez grand nombre de veaux dont aucun ne put être élevé. M. Houdeville, propriétaire d'un troupeau mérinos dont il n'avait jamais renouvelé le sang, voyait constamment augmenter dans les naissances le nombre des agneaux infirmes ; il eut l'idée d'échanger son bélier avec l'un de ceux de ses voisins, et les agneaux vinrent désormais au monde bien conformés, tandis que le même bélier de M. Houdeville produisait à son tour chez l'autre propriétaire, des agneaux parfaitement sains. Sir John Sebright repousse complètement la consanguinité , se fondant sur de nombreuses expériences auxquelles il soumit des chiens, des poules et des pigeons, dont les caractères allaient dégénérant. Princep, Knisat, John Sinclair professent la même opinion. A Grignon, Tespèce porcine fournit des faits aussi marqués. Une truie et un verrat hampshires ne pouvaient se reproduire ensemble 5 les gorets étaient mal conformés et si chétifs, qu'ils périssaient bientôt. Cependant, le père et la mère accouplés avec des truies ou des verrats d'autres races donnaient ainsi d'excellents produits. {Annales de Grignon^ VIP livr.)

Nous n'entreprendrons point de décider entre ces deux opinions laquelle est la vraie, parce que les faits dont elles s'appuient chacune ont dû se produire au miUeu de circonstances particulières que les auteurs n'ont point pris toujours soin de nous faire connaître. Il nous semble difficile cependant, d'admettre que de deux animaux irréprochables de type et de conformation, quelque rapprochés qu'ils soient par le sang, il puisse résulter un produit dégénéré. Ou du moins, faut-il faire cette distinction dans nos animaux domestiques, qu'il y a pour ainsi dire des

races naturelles et des races artificielles. Les premières, qui sont nos races communes, à aptitudes mixtes, médiocrementsoignées, sobres et rustiques, sur lesquelles la consanguinité ne semble produire aucun effet fâcheux, non plus que sur les animaux qui vivent à l'état sauvage. Les secondes, celles que l'homme a modifiées profondément par les soins , le régime, les mélanges de sang, etc., et sur lesquelles la consanguinité poussée trop loin peut produire de fâcheux effets. Parmi elles se trouvent les races anglaises améliorées pour la graisse , et surtout celles de ces races qui appartiennent à l'espèce porcine.

La consanguinité donc est souvent utile, et toujours indispensable au début de l'amélioration d'une race; seulement, il faut savoir s'arrêter à temps. Les défauts qu'on veut faire disparaître, les qualités qu'on veut fixer doivent être étudiés avec le plus grand soin dans l'acte de la reproduction ; certains caractères sont fugitifs, d'autres d'une constance désespérante. Or dans le principe, les reproducteurs dotés des qualités qu'on veut fixer et privés des défauts qu'on veut faire disparaître, sont rares, et leurs descendants directs seront les seuls dont on puisse se servir pour reproducteurs avec leurs mères et leurs soeurs mêmes. Au fur et à mesure qu'on progresse cependant, il est prudent de croiser entre elles les diverses branches de cette famille, de telle façon que le degré de parenté s'éloigne de plus en plus. Une considération importante encore, c'est de ne pas s'attaquer à la fois à tous les défauts qu'on veut corriger, mais de les combattre successivement jusqu'à leur complète disparition. C'est alors seulement qu'on devra employer la consanguinité; c'est quand on aura obtenu des animaux parfaits suivant le but qu'on veut atteindre qu'on les alliera entre eux. Jusque-là, il faut choisir dans la race, comme reproducteurs, ceux qui possèdent moins développé le défaut qu'on combat, ou qui possèdent la qualité

tout opposée, en faisant un choix aussi sévère que possible. On comprend combien ce système d'amélioration demande d'habileté, de prudence, de temps et d'argent ; aussi quoique recommandé par presque tous les théoriciens, n*a-t-il peut-être jamais été mis en pratique , pas même , selon toute probabilité par les éleveurs anglais, Backwell, Colling, Ellmann, Richard Goord, et tant d'autres. Ils ont eu le bonheur de rencontrer par hasard des animaux exceptionnels comme aptitude ou comme conformation, et les ont pris dans quelque race qu'ils les rencontrassent pour en fixer par la consanguinité les caractères dans une race qu'ils amélioraient ainsi. Backwell acheta son taureau Two-Penny, Ch. Colling son taureau Hubback, Tomkins ses vaches Mottle et Pigeon , d'où sont sorties les races canleydishley, durham et hereford. Quant à celles de Devon, des Highlands améliorée, de Dishley, de Southdown, etc., etc., leur prétendue amélioration par elles-mêmes nous semble singulièrement contestable,

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