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MÉTISSAl^E

Nous définirons le métissage l'opération par laquelle on améliore une race quelconque, en y versant le sang d'une ou de plusieurs races différentes, en vue de perfectionner la première, et qui a pour but de créer une sous-race ayant des caractères et des aptitudes particuliers et distincts, se reproduisant, à la longue, avec des formes certaines. Le métissage peut, dans certains cas, précéder le croisement, servir à le préparer, pour le rendre ensuite plus prompt, et assurer sa réussite.

Dans le métissage comme dans le croisement, il faut tenir

un compte sérieux de la constance des races qu'on emploie. M. deWeckerlin définit la constance : la persistance aveclaquelle se sont montrés un caractère ou une qualité dans une suite plus ou moins longue de générations. La constance de la race à améliorer oppose d'autant plus de résistance à la race améliorante, qu'elle lui est sous ce rapport égale, ou supérieure. Telle est la cause de l'insuccès du croisement de la race durham avec plusieurs de nos races françaises, dès qu'on dépasse la seconde génération. Tel est l'obstacle aussi qu'aurait rencontré M. Malingié dans la création de sa race de la Charmoise, au moyen de celle de Newkent-Goord, s'il n'avait pris le soin de détruire toute constance dans sa souche, avant d'y verser le sang améliorateur.

L'agriculture française poussée par les besoins sociaux, guidée par la science et l'expérience, stimulée par l'exemple de l'Angleterre, de la Belgique et de l'Allemagne, favorisée par les chemins de fer et la prospérité générale, subira sans doute avant peu d'importantes modifications : là où. les bœufs étaient en quelque sorte spécialement destinés au travail, peut-être recevront-ils comme dans le Maine-et-Loire et le Charollais, une double destination, c'est-à-dire l'élevage à un travail léger, suivi d'un engraissement précoce. Nos races françaises sont fort anciennes, pour la plupart, et généralement douées d'une conformation plus appropriée au travail ou au lait qu'à la graisse; telles qu'elles sont, elles recevraient sans succès, dans la majorité des cas, le sang de la race de Durham, moins constante qu'elles. Le plus prudent et le plus assuré serait donc d'agir par métissage, en détruisant d'abord la constance de la race à améliorer. Supposons, par exemple, qu'on veuille perfectionner la race hollandaise, au point de vue de la boucherie, et voyons comment on s'y prendrait :

1" A une vache hollandaise, je donne un taureau suisse 5

le produit aura donc 50 de sang hollandais, et 50 de sang suisse. 2" Ace produit, femelle, je suppose, donnons un taureau cotentin ; le produit aura dès lors : 25 de sang hollandais , 25 de sang suisse et 50 de sang cotentin. 3° Nous pouvons dès lors verser le sang de Durham et nous aurons par conséquent dans le produit, et en supposant qu'on pousse toujours vers le sang améliorateur :

Sang hollandais.

Suisse.

Cotentin.

Durham.

C'est-à-dire qu'en dix-huit ou vingt ans, nous serons en quelque sorte arrivés au pur sang durham par substitution. Nous éliminerons sans cesse les produits entachés de retours , puis employant, pendant deux ou trois générations, la consanguinité, nous aurons obtenu une race distincte peut-être de celle anglaise par quelques caractères mais qui s'en rapprochera beaucoup, à coup sûr, par sa conformation générale et ses aptitudes ; généralement on arrête le métissage aux 1'^ ou 2® générations.

Mais le métissage n'est pas toujours une opération aussi compliquée. Dans le cas oii il s'agirait, par exemple, de communiquer à la race de Salers un peu plus de précocité et d'aptitude à prendre la graisse, on se contenterait de verser un peu de sang durham dans la race auvergnate, et on emploierait ensuile les meilleurs métis comme reproducteurs. C'est ainsi qu'en Normandie, dans la Hague, à Flamanville (Manche), nous avons pu voir chez M. Beaumelle, une souche d'animaux colentins ayant reçu il y a plus de vingt ans du sang durham, à une ou

deux générations seulement, et dans laquelle une amélioration bien sensible se remarquait encore. Nous avons admiré en outre une vache de cette même souche, n'ayant que 1/16^ de sang anglais, et qui, mise à l'engrais chez M. le comte de Blangy, à Saint-Pierre-Église, ne l'eût certainement cédé, en état de graisse, qu'à bien peu de nos meilleurs animaux de concours. ^

F. Villeroy indique pour le métissage une autre méthode : « Voici, dit-il, la marche à suivre, si l'on veut introduire dans « une race un peu de sang étranger. Je suppose qu'on veuille « tenter d'améliorer la race percheronne par le mélange du « sang arabe, mais qu'on ne veuille pas pousser le mélange « assez loin pour risquer de perdre les qualités que possède la « race percheronne comme cheval de travail. Pour cela , on a fait saillir une jument percheronne par un étalon arabe ; si « une jument naît de cet accouplement, on la fait saillir à son « tour par un étalon percheron, et un poulain entier provenant « de ce second accouplement sera le type qui servira à produire « des chevaux de race percheronne possédant un peu de sang « arabe. On peut par ce procédé, verser dans une race plus ou « moins de sang d'une autre race. Je n'ai pas besoin de dire « que ces mélanges ne se font pas avec précision et certitude « du résultat, comme ceux du chimiste dans son laboratoire; « il faut pour réussir, la connaissance parfaite des races sur « lesquelles on travaille, et un choix judicieux des animaux « qu'on emploie ; il faut aussi beaucoup de patience et de perce sévérance. » En somme, le métissage n'est qu'un croisement interrompu.

On possède un assez grand nombre d'exemples de races créées par métissage : la race bovine d'Anspach issue de celles hollandaise, frisonne, et indigène; celle du Mont-Tonnerre née

des races du Palatinat et Suisse; celles de Neulengbach et de Stockerau (Autriche) produites par la race de Miirzthall avec des races indigènes ^ de Mondsee et d'Opotschna formées de la race schwitz avec celles de Pinzgaii et de Mûrztliall. La race chevaline de Denspont créée en Allemagne par les races allemande, anglaise et arabe; en France, la race de la Charmoise formée par M. MaUngié avec les races solognote, tourrangelle, berrychonne et mérinos auxquelles on joignit ensuite le sang newkent.

Pour nous résumer, nous dirons que dans le métissage, la réussite dépend des conditions suivantes :

1° Détermination précise du but à atteindre; ce but doit être en harmonie avec l'aptitude ou les aptitudes dominantes de la race à améliorer, avec les circonstances économiques au milieu desquelles cette race devra se reproduire, avec la nature du climat et du sol. Ainsi , on ne devra point chercher à produire dans les climats méridionaux ou sur un sol granitique ou calcaire des chevaux de gros trait, pas plus que des chevaux fins sous un climat humide et dans des terrains marécageux; des ^ moutons à laine fine sur les sols argileux, des bœufs d'engrais sur les sols siliceux. Si l'on force la nature, si l'on viole ces principes, ce ne sera qu'en soustrayant les animaux aux influences naturelles par la stabulation permanente et des soins multipliés , et par conséquent , au moyen de coûteux sacrifices. De ce que la Beauce et la Brie conservent encore aujourd'hui des troupeaux de métis mérinos, il n'est nullement prouvé que ce soit pour elles une production économique, et il est probable que dans un avenir assez prochain, les cultivateurs de ces contrées seront forcément amenés à adopter les croisements dishleys-mérinos dont MM. Yvart , Pluchet, Dailly leur offrent de si* concluants spécimens.

2" Appropriation du régioie. Nous avons insisté déjà sur l'immense influence du régime à l'égard de la conformation et des aptitudes; la race bovine de Bretagne nous en fournirait encore au besoin un frappant exemple ; élevée misérablement sur des landes humides et presque stériles, elle n'en devient pas moins, de toutes nos races françaises, celle qui fournit la plus forte proportion de lait comparativement à la nourriture consommée ; mais à la condition seulement que ce régime restera composé d'aliments aqueux , peu nutritifs , et consommés au pâturage : Transportez-la dans de riches embouches ou renfermez-la à l'étable avec des fourrages abondants et nutritifs, la sécrétion du lait s'arrêtera et elle sera remplacée par celle de la graisse. Si vous voulez produire des chevaux fins, n'épargnez ni Favoine ni les bons fourrages secs, ayez des pâturages élevés et bien enclos; si vous voulez des chevaux de trait, ayez des fourrages naturels et artificiels venus sur des sols argileux, des pâturages frais, sinon humides, et nourrissez abondamment.

3° Choix des races. Il importe, on le conçoit, de n'allier que des races ayant une certaine similitude de taille, de formes et d'aptitudes; mélangez par exemple, pour le lait, les races suisse et hollandaise ou schwitz et cotentine, celles d'Ayr et bretonne; pour la graisse, celles normande, charoUaise, mancelle ou choletaise avec le durham ; pour le travail , celles de Salers et du Limousin, l'auvergnate avec le charoUais. Dans l'espèce chevaline, on a croisé à peu près toutes nos races avec le pur sang anglais; qu'en est-il résulté? La réussite des croisements dishleys-mérinos est peut-être la seule exception à ce principe, exception sur laquelle il serait imprudent d'établir une règle contraire.

' 4'^ Sélection des reproducteurs. Tel est le point qui exige de l'éleveur la plus grande habileté ; choisir les animaux destinés à

corriger les défauts d'une autre race, ou à lui communiquer au plus haut degré les qualités qui lui manquent n'est pas chose facile. Dans toute race, les animaux parfaits sont fort rares; ceux dont on exige une conformation particulière en un certain point, ne le sont pas moins. Une fois les premiers métis obtenus, l'obstacle n'est pas levé pour cela, et le choix devenant plus borné devient plus délicat encore. Il faut que l'éleveur soit doué d'une grande justesse de coup d'œil pour ne pas éprouver de terribles déceptions.

5" La qualité du sang améliorateur sera naturellement réglée par le résultat de l'opération sur les produits obtenus, comparés au type qu'on veut atteindre. C'est là un point non moins important que le précédent 5 le but, une fois dépassé, il n'est pas toujours facile d'y revenir. Tantôt on a donné trop de finesse à la race, tantôt, au contraire, on l'a trop grossie ; ou bien on lui a enlevé sa rusticité, on a affaibU la vigueur de son tempérament, on a diminué sa fécondité , ou encore on a totalement fait disparaître l'une de ses aptitudes qu'on tenait à conserver.

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