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Â. PRINCIPES INORGANIQUES

Personne que je sache , n'a eu l'idée jusqu'ici , de nourrir exclusivement des animaux de principes inorganiques, personne, pas même certain propriétaire breton qui avait tenté cependant d'introduire la tourbe dans le régime de ses porcs à

l'engrais. On sait que les principes inorganiques sont essentiels pour rendre assimilables par la respiration et la nutrition les principes organiques , et qu'ils sont destinés à fournir à la réparation et à l'entretien des parties minérales du corps, tandis que les principes organisés entretiennent les parties organiques. Le surplus de cette nutrition est expulsé dans les excrétions et les sécrétions.

Les corps minéraux ne fournissent rien à la combustion respiratoire exclusivement entretenue par la partie carbonée des aliments; mais ils n'en sont pas moins indispensables à la vie, ainsi que l'ont démontré surabondamment les expériences de M. Chaussât sur les pigeons. D'entre eux, les uns, et c'est le plus grand nombre, sont alcalins, les autres sont acides; contenus d'abord dans les liquides circulatoires, ils se déposent au fur et à mesure des besoins ou des saturations de l'économie, soit dans les tissus, soit dans les excrétions et les sécrétions, ainsi que nous l'avons déjà dit, et démontré par les analyses. Nous étudierons surtout le rôle des acides carbonique et phospborique , et celui des bases alcalines , chaux , magnésie, soude et potasse.

V acide carbonique^ partie intégrante et en proportion notable du sang, s'y rencontre dans les différentes espèces, en raison inverse de la proportion d'acide phospborique qu'on y remarque ; les analyses suivantes nous fourniront les hmites de ce rapport.

» Acide

Acide

Analyses

carbonique.

phospborique.

de

Stoelzel.

Verdeil.

Id.

Id.

Ainsi ces deux acides, carbonique et phospborique, peuvent

réciproquement se substituer dans le sang, sans en modifier les propriétés vitales, et suivant les besoins de l'économie. L'acide carbonique se rencontre dans les tissus, combiné avec la chaux, la magnésie, la soude et la potasse, formant ainsi des sels alcalins. Incessamment produit par la combustion pulmonaire, il est incessamment expiré aussi par la respiration ; mais le sang, qui en reste suffisamment saturé , fournit par la circulation à l'accroissement et à l'entretien des tissus organiques.

V acide phosphorique libre se rencontre, nous venons de le voir, en proportions variables dans le sang des différentes espèces animales, et même aux divers âges de leur existence. On s'explique son rôle, si l'on considère qu'il entre dans la composition de toutes les parties organisées, fibres musculaires, tissus du poumon, des reins, du foie, du cerveau, etc. La chair du cheval en renferme à l'état libre 2.62 7o d'après Weber, et la cervelle du bœuf 16.57 d'après Breed. Mais l'état de la science, avoue Liebig lui-même, ne permet pas d'émettre une opinion positive sur la manière dont il intervient dans les fonctions organiques. Tout ce qu'on sait c'est qu'il ne joue comme acide aucun rôle dans la formation ni les fonctions du sang, parce que ses caractères acides sont entièrement neutralisés dans ce liquide par " l'excès d'alcali. (Liebig. — Lettres sur la chimie, II, p. 156-161.) On le rencontre donc dans les corps animaux sous forme de phosphates alcalins en tout semblables par leurs propriétés, aux carbonates alcalins formés aux dépens de l'acide carbonique; aussi la substitution réciproque de ces carbonates et de ces phosphates peut-elle se faire sans apporter aucun préjudice aux propriétés chimiques du sang.

La chaux se présente à nous sous ces deux formes de carbonate et de phosphate ; elle concourt dans le règne animal, comme la silice dans le règne végétal , à former la charpente du corps,

le squelette. Les os du bœuf, d'après Berzéllus, contiennent 61.20 7o de carbonate et phosphate de chaux; les os des carnivores renferment une plus grande proportion de phosphates, ceux des herbivores une plus forte de carbonates ; chaque litre de lait contient 0^.022.5 de phosphate de chaux (Johnson) ; la salive du cheval renferme 84 à 85.5 de carbonate de chaux pour 100 parties de sels inorganiques (Blondlot); enfin, le sperme contient 3 % de phosphate de chaux. En fixant ainsi la composition du lait, la nature nous indique l'urgence de fournir au jeune animal les éléments constitutifs des os. Quand la chaux n'est pas fournie en quantité suffisante, le tissu osseux s'accroît en grosseur, mais reste très-vasculaire; afin d'économiser les ressources, la nature emploie la résistance de l'air contenu dans de nombreuses et relativement vastes cellules . Lorsque, au contraire, l'élément calcaire est fourni en abondance, le tissu osseux devient dense, homogène et peu développé en dimensions. L'observation convaincra facilement que les races qui vivent sur des sols calcaires, soulhdown, berrychonne, champenoise, etc. , ont un squelette moins grossier que les races appartenant à des terrains d'autre nature.

Plus nécessaire dans le jeune âge pour les besoins du tissu osseux, la chaux ne devient pas inutile dans l'âge adulte j à l'état de phosphate, elle semble agir surtout en entretenant l'irritabilité indispensable à la nutrition et à l'assimilation. Son insuffisance développe toute la série des affections lymphatiques; sa privation complète pourrait amener la mort avec la plupart des symptômes de l'inanition. Dans les expériences de M. Boussingault, un veau de six mois, de race schwitz, pesant 168 kilog. vif et nourri avec 8^.666 de foin, fixa en deux jours 0^.065.2 de chaux (Économie rurale^ T. II, p. 448). D'après le même auteur, l'eau des abreuvoirs de Bechelbronn fournirait par jour à

une vache, environ O'^.OSO de sels inorganiques, parmi lesquels dominent ceux de chaux surtout. Selon lui encore, un veau de quelques semaines en absorbant 10 litres de lait consomme 0^.052 de matières inorganiques, dont 0''. 024 de sous-phosphate de chaux. Dans un autre sens, le fumier de. ferme contient, d'après Richardson, 16.79 % de carbonate et de phosphate de chaux, dont les deux tiers à peine sont fournis parla litière.

La chaux que nous retrouvons dans le corps des animaux provient de celle ingérée naturellement ou artificiellement avec les aliments, et de celle contenue dans les boissons. Nous disons artificiellement, parce que dans ces dernières années on a eu l'idée d'introduire la chaux dans la ration alimentaire des animaux, comme dans celle de l'homme pour certains cas particuliers. C'est ainsi que, d'après les conseils de M. Champonnois, M. Bella adjoignit, à Grignon, le phosphate de chaux aux pulpes de betteraves destinées à ralimentation du bétail à cornes. « Les vaches alimentées de cette façon, dit M. Bella, ont donné « plus de lait et se sont mieux entretenues. » En Autriche, une expérience curieuse quoique incomplète , a été tentée sur les bêtes à laine de la bergerie de Budischaii (Moravie) appartenant à M. le chevalier Baratta ^ en voici le résumé :

PËEIODES

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