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DES FOURRAGES VERTS

Le plus économique de tous les fourrages, le fourrage vert doit occuper aussi longtemps que possible la place, chaque année, dans la nourriture du bétail , pour toute ferme exploitée économiquement. Il ne coûte point de frais de fanage ni de bottelage, et si les frais de transport sont cependant plus élevés, on en est bien dédommagé par Tefïet utile qu'ils produisent, hors de proportion avec la même quantité représentée proportionnellement par un semblable fourrage sec. Des expériences faites en Allemagne sur la production du lait vont nous permettre de mettre ce point en évidence et de comparer entre elles les diverses plantes fourragères :

M. Agricola mit en expériences douze vaches en bonne santé, de produit en lait égal aussi bien en qualité qu'en quantité; choisies et divisées en six lots, elles reçurent par chaque tête 51 kilogr. 447 des divers fourrages :

Lait proilnit.

Beurre produit-

Litre».

Kilogr.

(de Lencerke, Mémoire pour la culture du maïs trad, par M. Block.)

Inexpérience ayant duré huit jours, il en résulte, si nous prenons la luzerne, seulement, que 100 kilogr. de ce fourrage

vert ont produit 63 litres 30 de lait. La même quantité de luzerne fanée n'eût produit que 25 kilogr. de foin, lequel n'eût fourni que 12 litres de lait environ, c'est-à-dire que pour égaler ce produit en lait de 264 litres fourni par 411 kilogr. de luzerne verte, il eût fallu environ 550 kilogr. de foin.

La question n'est plus complètement la même si nous envisageons maintenant l'engraissement et l'avantage y reste aux fourrages secs, d'après les expériences de M. Boussingault. Il prit une génisse de dix mois et la soumit à une série d'expériences dont chacune dura dix jours; le fourrage séché représentait exactement dans la ration la quantité donnée en fourrage vert moins l'eau. Voici quels en furent les résultats :

verts.

secs

Poids vif initial.

Poids vif (in

al.

Kilog.

Kilog.

Kilog.

Kilog.

Trèfle vert

Perte ,

Id

RegaÎD de prés.

Profit,

Jd

Regain de prés .

D'après ces chiffres, les fourrages secs produiraient plus de poids de viande que la même proportion de fourrages verts. Mais le difficile même, c'est d'établir cette proportion ; aussi croyons-nous que de semblables faits ont besoin d'être à plusieurs reprises contrôlés en dosant les aUments non pas par l'analyse chimique, mais tout simplement par le fanage pratique. Et d'ailleurs, l'expérience de M. Boussingault ne conclurait rien contre la question économique , chaque jour décidée en faveur de l'engraissement d'embouche contre celui à l'étable.

1° Le sainfoin est rarement consomnfié en vert; on prétère avec raison le conserver pour l'hiver. Cependant, les chevaux Taiment beaucoup, et aussi les vaches; le lait qu'il produit est meilleur que celui du trèfle et celui de la luzerne sur lesquels il a en outre l'avantage de ne point météoriser, comme eux.

2° La luzerne convient mieux aux chevaux que le trèfle; elle les amollit moins et les expose moins aux indigestions. Contre Texpérience, rapportée plus haut, de M. Agricola, elle donne en général plus de lait aux vaches et non moins riche que le trèfle; cela ne veut point dire que l'un ni l'autre de ces fourrages jouissent, sous ce rapport, de qualités remarquables.

3° Le trèfle ordinaire dont les chevaux sont presque aussi friands que de la luzerne , leur convient peut-être moins pour le travail. Le lait des vaches qui en sont nourries est en général dé couleur bleuâtre, et pauvre en crème. Il météorise trèsénergiquement dans certaines circonstances qu'on n'a pu encore préciser d'un accord unanime.

4^ Les vesces sont considérées comme un médiocre aliment pour les chevaux qui font un service de vitesse, mais elles con* viennent bien aux animaux de travail. Le lait qu'elles produisent est pauvre, souvent d'aspect huileux et de mauvais goût. Elles ont l'avantage de ne pas météoriser, mais produisent souvent des indigestions.

5*" L'avoine en vert est pour les chevaux un excellent fourrage, lorsque surtout on ne la fauche qu'alors que le grain est déjà un peu formé, et qu'on la donne hachée. Pour le bétail à cornes, elle doit être fauchée de meilleure heure. Elle donne un lait assez abondant, moyennement crémeux, mais d'un goût un peu âcre. Elle cause quelquefois la météorisation.

6° Le sarrasin offre souvent une ressource précieuse entre

la 1" et la 2" coupe de trèfle, la 2' et la 3* de luzerne. Les chevaux s'en lassent promptement et il est trop rafraîchissant pour eux. Le lait des vaches qui en sont nourries est bleu et pauvre en beurre. La meilleure manière de le cultiver est de le semer en mélange avec du millet, du moha, du maïs, etc. Cette plante si impressionnable par les météores pendant sa végétation donne lieu, dans l'alimentation, à deux phénomènes assez curieux : on peut, dans l'obscurité, tirer des étincelles électriques, des porcs de robe noire qu'on en nourrit; en second lieu, il est constant que son usage, même très-restreint , fai enfler la tête des moutons et rend leurs yeux larmoyants. Tout le monde a pu être maintes fois témoin de ce fait.

7° Le maïs vert est rarement consacré aux chevaux, mais il est, avec la spergule, un des meilleurs fourrages qu'on puisse offrir aux vaches laitières. Il convient fort bien aussi aux bêles à l'engrais. Il donne un lait abondant, très-riche en beurre et celui-ci possède un goût très-fin et une belle couleur.

8" Le sorgho doit être employé avec une certaine précaution ; coupé ou pâturé trop jeune, il produit de véritables empoisonnemenls qui cèdent du reste promptement, à l'administration soit de l'eau vinaigrée, soit du chlorure de potasse. Il se donne coupé au hache-paille, aux bêtes à cornes et à laine, non pour l'engraissement, mais pour le lait.

9° La moutarde qui ne convient qu'aux bœufs de travail et aux vaches, produit chez celles-ci beaucoup de lait d'une belle couleur, très-riche et d'excellent goût.

10" Les feuilles de choux qui conviennent au même bétail et aussi aux bêtes à l'engrais, donnent assez de lait, mais médiocrement riche en crème et d'un goût particulier qu'on peut faire disparaître à l'aide d'une dissolution salpêtrée. Voici comment opère M. Lefèvre, un cultivateur de l'île de Jersey, qui

m'a indiqué ce procédé : il prend 15 grammes de salpêtre, et le fait dissoudre dans un demi-litre d'eau tiède, puis il verse une cuillerée de cette dissolution dans 12 litres de lait qu'il agite légèrement, et dont le goût désagréable disparaît.

11** L'ajonc marin haché ou pilé constitue le meilleur fourrage vert qu'on puisse donner aux chevaux en automne et en hiver. Il rend le poil lisse , brillant, donne de la vigueur et de l'embonpoint. La résine qu'il renferme le rend astringent, et il renferme sans doute, en outre, une huile essenlielle ou tout autre principe excitant. Les vaches laitières qui en reçoivent donnent un lait riche et abondant. Les moutons en consomment aussi quelque peu au pâturage, tant que les jeunes pousses en sont tendres^ il est pour eux très-hjgiénique quand ils doivent se rendre ensuite dans des pâturages humides.

Les fourrages verts en général, donnés en abondance et exclusivement, produisent des animaux plus ou moins grands, plus ou moins musclés, mais de formes communes, empalées et lourdes; encombrant les organes digestifs, ils font tomber le ventre et incurver la colonne vertébrale. Les animaux dont on veut conserver la finesse et l'harmonie de formes n'en doivent recevoir qu'en quantité raisonnable, et avec addition de grains ou de farine. Les fourrages verts font surtout développer le train postérieur ; pris au râtelier, ils occasionnent chez les chevaux l'encolure droite ou même renversée, les reins droits, la croupe horizontale et la queue haute ; pris au pâturage, ils produisent la tête volumineuse et empâtée, l'encolure de cygne, les reins ensellés et la queue basse avec une croupe avalée.

s. DES RACINES.

Elles ont, en général, la même influence plasticjue que les

fourrages verts sur la conformation de l'abdomen et du train postérieur. Indispensables dans l'alimentation hivernale , quand on veut produire du bon bétail, elles permettent de continuer toute l'année aux animaux une nourriture rafraîchissante qu'on doit, en bonne pratique faire accompagner d'aliments plus secs et plus nutritifs.

V La pomme de terre qu'on ne doit jamais donner que cuite, à cause de la forte proportion de tanin qu'elle renferme, rend les chevaux mous et les prédispose à la pousse. Elle engraisse les vaches et leur donne peu de lait. Crue , elle produit du lait bleu et cause la diarrhée. Ses cendres contiennent sur 100 parties :

JohnsloD. Boussingault.

Sels de magnésie 4.53 6.28

Sels de chaux 0 81 2.09

Soit ensemble 5.34 8.37

La racine fraîche renferme d'après M. Boussingault, 0,02 de sels calcaires. Quant à la proportion d'amidon , elle varie suivant les espèces, de 11 à 19 7o-

2° Le panais convient à tous les bestiaux; il n'a pas besoin de subir la cuisson. Les chevaux le mangent avec plaisir ; il leur fait fleurir le poil, remplace l'avoine et les engraisse. Le lait qui provient des vaches qui reçoivent cet aliment est abondant, riche en beurre et parfumé. Il est préférable à la carotte même pour l'engraissement et donne une viande ferme et rosée, du suif dur et de belle couleur. M E. Houël dit dans son Traité de V élève du cheval en Bretagne, « qu'il est débilitant et porte a au système lymphatique, qu'il appauvrit les muscles et le « système osseux, qu'il développe outre mesure l'obésité et les

« formes lourdes et empâlées. » M. Houël a raison s'il parle là des chevaux fins, mais l'expérience de tous les jours démontre en Bretagne et en Normandie, les seules provinces, malheureusement, qui cultivent cette racine, que le panais est une excellente ahmentation pour le cheval de ferme. Il ne convient pas moins aux animaux qu'on veut engraisser, bœufs, moutons, porcs et aussi aux jeunes élèves de toute espèce.

5" La betterave produit, il est vrai, plus de lait et meilleur que la pomme de terre, mais ce n'est point la racine destinée aux vaches. Le cheval consent rarement à l'accepter, soit crue, soit cuite; le porc n'en est jamais friand, surtout dans ce premier état. Cuite, elle engraisse bien plutôt qu'elle ne favorise la lactation. Donnée en trop forte proportion ou sans être accompagnée d'une ration suffisante de farineux , elle détermine souvent des diarrhées et en tout cas, produit une viande molle, des maniements flasques, un suif blanc et mou. Elle est précieuse pour la nourriture d'hiver du bétail, à défaut de carottes et de panais. Dans la plante fraîche, on trouve de 6 à 10 % de sucre, suivant la variété et seulement 0.02 de sels calcaires; les cendres contiennent 2.88 % de sels de soude et de potasse, et 0.70 seulement de sels de magnésie et de chaux.

4° La carotte, moins généralement cultivée que la betterave, quoiqu'à tort , est à peine plus difficile que celle-ci sur la nature et la richesse du sol , et nous avons xa la blanche à collet vert et la jaune d'Achicourt, produire en Normandie tout autant au moins que la racine sucrée. Chevaux de travail, vaches laitières, bœufs d'engrais, brebis, moutons et porcs, tous la consomment parfaitement sans autre préparation que son passage au coupe-racine. Elle soutient bien les chevaux et les bœufs de travail, produit un lait abondant, riche et d'excellent goût ; une viande ferme, succulente, et un beau suiL Suivant

Hembrstœdt, elle renferme 5 à 8.12 °/o de sucre et 0.35 d'huile essentielle.

5° Le rutnbaga, la racine des terres pauvres, neuves et acides, pourrait presque être comparé à la carotte pour les qualités; seulement le cheval ne l'accepte point, et le lait qu'il produit est désagréable par son goût de chou. Il est précieux pour l'hiver et surtout le printemps, à une époque très-avancée duquel il peut se conserver facilement. 11 conlient d'après Hembrstaedt 12.5 °/o de mucilage sucré et gommé.

6° Le topinambour qu'on ne cultive pas assez dans les mauvaises terres caillouteuses et calcaires, est la racine par excellence des brebis portières. Le bétail à cornes le consomme également bien. Ses tiges et ses feuilles peuvent dans certains cas fournir en Boni et septembre, comme je l'ai vu en 1851 à Dampierre, une bonne nourriture aux bœufs de travail. Il contient d'après Braconnot 14.80 % de sucre et on trouve dans la plante fraîche 1 .52 7o de sels calcaires, et presque quatre fois autant d'acide phosphorique dans ses cendres.

7° Les navets très-peu cultivés en France, le sont beaucoup plus en Angleterre, sous le nom de turneps; on les consacre plus spécialement aux moutons et aux bêtes à cornes. Voici d'après MM. Boussingault et Musspratt, leur composition chimique :

Boussingault. Musspralt.

Sels de chaux et de magnésie.. . 18.94 15.93

Sels de soude et de potasse. ... 47.05 54.31

Acide phosphorique 7.58 5.80

Acide sulfurique 13.60 12.70

La moyenne de trois analyses de la plante fraîche par Johnston donne de 5,61 à 6.54 °/o de sucre et 0.19 à 0.22 d'huile.

Aucune autre plante fourragère, peut-être, ne renferme une aussi forte proportion d'acides phosphorique et sulfurique, et c'est sans doute, une des causes qui le rendent si convenable à l'élevage des bêtes à laine, en Angleterre. Mais elle y est en outre donnée à discrétion aux brebis nourrices, aux moutons à l'engrais et aux bêtes à cornes à l'engraissement.

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