FONCTIONS DE NUTRITION
La vie des animaux ne s'entretient qu'à la condition qu'ils s'approprieront une partie des substances qui les entourent et rendront en échange au monde extérieur une portion de leur substance propre. Dès que ce mouvement intérieur vient à s'arrêter sans retour, l'animal meurt et son corps rentre dans le monde extérieur par une décomposition plus ou moins prompte, plus ou moins complète. C'est ici le lieu de remarquer l'analogie que présentent sous ce rapport les règnes animal et végétal, et l'échange constant qui s'opère entre eux; le végétal fournit les éléments pour la composition des animaux, et en reçoit en retour les mêmes principes, mais animalisés, c'est-à-dire devenus plus propres à favoriser une végétation nouvelle; de sorte que par les seules forces naturelles, la fertilité de l'écorce du globe tend à s'accroître chaque jour. Tous deux, végétal et animal, soutirent de l'atmosphère qui les environne une partie des éléments nécessaires à leur nutrition, et enrichissent ainsi la terre aux dépens d'un réservoir inépuisable.
Les fonctions de nutrition se divisent entre trois groupes d'appareils, ceux de la digestion comprenant les organes de Testomac, de l'intestin et leurs annexes, ceux de la circulation dont le cœur et les vaisseaux constituent les éléments, enfin ceux de la respiration ayant pour organe les poumons. Chacun de ces appareils remplit un but différent il est vrai, mais ils concourent tous au même but, la nutrition : les aliments sont ingérés puis digérés, et leur produit mis en contact avec Tair et rendu apte à entretenir la vie, est versé dans la circulation qui le porte à toutes les parties du corps. Il y a donc trois actes principaux à distinguer dans cette fonction.
A. Digestion. — Tout jeune animal a besoin pour développer son corps et ses formes, de puiser continuellement dans le monde extérieur des principes nutritifs; tout animal adulte subit la même nécessité pour assimiler à ses organes des matériaux nouveaux et réparer ses pertes; enfin l'homme exige davantage encore des animaux domestiques en leur demandant des produits qui supposent un excès de nutrition, et les placent souvent en dehors des lois naturelles. Le premier acte de la nutrition comprend donc la préparation des aliments par les organes, jusqu'au moment où, à l'état de chyle, ils sont mis en circulation dans les vaisseaux destinés à les rendre assimilables. Mais ce premier acte lui-même se subdivise en plusieurs opérations qu'il est important d'étudier distinctement, afin de les bien comprendre.
L Préhension. — La manière dont les divers animaux saisissent leur nourriture dépend de la conformation de leurs membres antérieurs et de celle de leur bouche. L'homme a les bras et les mains, les solipèdes et les ruminants ont les lèvres et la langue, les oiseaux ont le bec. Le cheval et le bœuf pâturent à l'aide des lèvres, des dents et de la langue; seule-
ment celle-ci est presque lisse chez le cheval, tandis que chez le bœuf, elle est garnie à sa partie supérieure de papilles nerveuses assez longues et assez roides et dont la pointe est dirigée vers le fond de la cavité buccale 5 aussi le premier se sert-il surtout des lèvres et aussi des dents pour séparer les herbes du sol ; le bœuf au contraire emploie surtout la langue, les dents de la mâchoire inférieure et le bourrelet qui remplace celles supérieures; aussi tond-il le gazon de moins près que le cheval. Le mouton pâture par des moyens semblables à ceux du bœuf, mais de plus près, vu la petitesse de sa bouche; chez tous deux les lèvres sont beaucoup moins mobiles que chez le cheval. Chez les oiseaux, nous l'avons dit, le bec est l'organe de la préhension, long, aplati et presque mou chez le canard et Foie; court, étroit et résistant chez le coq, le dindon, la pintade, le pigeon, etc.
II. Mastication, — Pour être avalés et digérés facilement, les aliments ont besoin d'être écrasés, broyés, divisés enfin en fragments très-petits. C'est dans l'intérieur de la bouche que s'opère cette division mécanique, à l'aide des dents, secondées par l'action accessoire des joues et de la langue, et sous l'influence de la salive. Le nombre et la forme des dents varient suivant l'espèce, l'âge et quelquefois le sexe des animaux ; on les divise en incisives, canines et molaires, d'après leurs formes et leurs usages. Elles sont dans le cheval adulte, au nombre de quarante disposées ainsi qu'il suit : douze incisives dont six à la mâchoire inférieure et six à la supérieure, placées à l'extrémité la plus avancée des deux maxillaires; vingt-quatre molaires dont six de chaque côté de chacune des mâchoires inférieure et supérieure;* enfin, entre les incisives et les molaires, un peu en avant des barres, quatre crochets dont un de chaque côté de chacune des mâchoires; mais les crochets n'existent le plus souvent, chez les juments, qu'à l'état rudimentaire. Les rumi-
nanls ne possèdent que trente-six dents, les incisives de la mâchoire supérieure étant remplacées par un bourrelet cartilagineux; les incisives sont im nombre de huit et les molaires de vingt-huit, ceci pour le bœuf, le mouton et la chèvre. Chez le porc, on rencontre quarante-quatre dents (dans l'état sauvage), dont six incisives à chacune des mâchoires inférieure et supérieure, et quatre canines dont deux de chaque côté de chaque mâchoire, un peu en arrière des dernières incisives.
Les incisives ont une forme large et aplatie, plus ou moins tranchante chez les adultes; les molaires présentent à leur terminaison une surface plus ou moins large et inégale, sorte de table sur laquelle s'opèrent l'écrasement, le broyage des aliments, d'après un double mouvement de compression verticale et de froissement horizontal. Amenées dans la bouche, grossièrement tranchées par les incisives, les matières alimentaires sont conduites par la langue sous les molaires où le jeu des mâchoires les triture plus ou moins finement et oij les joues les ramènent sans cesse.
III. Insalivation. — Pendant la mastication , les aliments s'imbibent d'un liquide particulier, la salive ; quelques-uns même s'y dissolvent complètement. La salive est sécrétée par trois paires de glandes en grappes s'ouvrant par un conduit excréteur dans la cavité buccale. Ce sont les parotides, les maxillaires et les sublinguales. La première a son orifice au niveau de la troisième molaire supérieure ; cette glande située au devant de l'oreille et derrière la mâchoire inférieure, est la plus volumineuse de toutes. La seconde, logée sous l'angle de la mâchoire inférieure, s'ouvre par un canal qui aboutit en dessous de la langue par un petit mamelon qu'on appelle barbillon. La troisième qui est aussi la plus petite, au-dessous de la langue, dans l'espace que les deux côtés de la mâchoire laissent entre
eux. D'après M . Colin, chez les ruminants, la salive sécrétée par les maxillaires pendant la mastication s'élève à peine à la moitié de celle versée par les parotides. Quant aux linguales, leur sécrétion est constante, mais relativement beaucoup moindre pendant le repas. Pendant l'acte de la rumination , ce sont les parotides et les linguales seulement qui fournissent la salive. (Recueil de méd. ve'tér., mai 1852, p. 395.) D'après M. Bernard, la salive parotidienne , aqueuse et non gluante , imbibe et dissout facilement les substances ; la salive fournie par la glande sublinguale et les glandes buccales , au contraire , visqueuse et gluante , enveloppe le bol alimentaire qu'elle rend plus cohérent et dont elle facilite le glissement j la salive sous-maxillaire, à cause de ses caractères mixtes peut à la fois dissoudre, étendre ou affaiblir les substances sapides, en même temps qu'elle peut lubrifier les surfaces et diminuer l'énergie des contacts. (Mém, de VAcad. des sciences, janvier 1852.)
Nous avons dit que la salive avait pour triple effet d'attendrir, en les pénétrant, les substances alimentaires, de faciliter leur déglutition , de modifier chimiquement quelques-uns de leurs principes rendus ainsi plus aptes à subir une complète digestion. Tous les aliments n'excitent pas au même degré cette sécrétion. D'après MM. Lassaigne et Bernard rapporteurs de la commission d'hygiène de l'Institut, les fourrages secs absorbent de quatre à cinq fois leur poids de liquide buccal (salive et mucus)-, les féculents secs (avoine, farine d'orge, fécule, etc.) en absorbent un peu plus d'une fois leur poids ; les fourrages verts, un peu moins de la moitié de leur poids, et les féculents humides (fécule et son mouillés) n'en absorbent pas un poids sensible quand ils sont suffisamment imbibés. La glande parotide seule d'un cheval a pu fournir en vingt-quatre heures près de 1^.925 grammes de salive. Girard obtint d'un autre cheval
21 livres de salive en lui faisant manger une demi-livre de foin.
L'insalivation complète du bol alimentaire n'est pas moins indispensable à une bonne digestion, qu'une mastication parfaite. Chez les ruminants, qui doivent ingurgiter une grande masse d'aliments peu nutritifs, la première mastication est trèsgrossière; mais pendant le repos, l'animal jouit de la faculté de ramener sous les mâchoires le bol alimentaire qui subit alors une dernière division et redescend dans l'estomac. C'est ce qu'on appelle rumination ou mérycisme , dont nous parlerons tout à l'heure.
IV. Déglutition. — On appelle ainsi l'acte par lequel les aliments broyés et réduits en pâte semi-fluide, sont conduits de la bouche jusque dans l'estomac, à travers le pharynx et l'œsophage. La mastication et l'insalivation étant suffisamment complètes, le voile du palais se relève et laisse libre le passage du pharynx vers lequel le bol alimentaire est poussé par la contraction des muscles de la langue, du voile du palais et même des joues. Dès qu'il est parvenu dans le pharynx, celte cavité se contracte en arrière, poussant la pelote alimentaire vers l'œsophage dont les fibres circulaires, par un mécanisme semblable, la conduisent jusque dans l'estomac. Tel est le résumé succinct de la manière dont s'accomplit cet acte , un des mouvements les plus compliqués de ceux qui servent à la digestion , mais qui à notre point de vue, présente un médiocre intérêt.
V. Chimification. — La forme et la structure de l'estomac varient suivant les espèces auxquelles appartiennent les animaux. En général, c'est une sorte de sac, proportionnellement plus ou moins vaste , ne formant chez le cheval qu'une seule cavité, tandis qu'il est, chez les ruminants, divisé en quatre poches distinctes. Aussi l'acte digestif présénte-t-il d'assez
grandes différences entre les solipèdes et les ruminants. Occupons-nous des premiers d'abord.
L'estomac du cheval présente une forme assez irrégulière et deux ouvertures : l'une supéro-antérieure appelée cardia, le fait communiquer avec l'œsophage ; l'autre postéro-inférieure nommée pylore donne accès dans l'intestin. Il est formé de trois couches superposées : à l'intérieur une muqueuse munie de petites glandes sécrétrices; une musculaire plus épaisse vers le cardia; enfin une séreuse externe. L'estomac est doué de trèsgrandes facultés d'extension et de contractions, dues à la paroi musculaire qui concourt à sa structure. Après avoir franchi , ainsi que nous l'avons dit, l'œsophage , le bol alimentaire traverse le cardia et arrive dans l'estomac proprement dit , oii son accumulation dans la région antérieure ou cardiaque prépare le travail de fermentation qui surviendra plus tard, tandis que la région postérieure ou pylorienne se resserre , ainsi que le cardia. Les parois stomacales se contractent et pressent sur les aliments, de la périphérie au centre. En même temps les follicules gastriques de la muqueuse interne sécrètent en abondance du suc gastrique qui pénètre et amollit la masse ahmentaire. Une sorte de fermentation s'établit, et il s'opère alors une certaine action chimique ; la masse alimentaire devient sensiblement acide, prend une teinte grisâtre et développe une odeur fade et particulière, en un mot, elle se convertit en chyme. Les mouvements péristaltiques de l'estomac qui ont agi d'abord de droite à gauche de manière à pousser vers la partie extérieure la masse alimentaire ramollie par couches , vers le grand cul-de-sac , se font au bout d'un certain temps en sens contraire et chassent le chyme vers le pylore et dans l'intestin grêle. La nature et le volume fractionnel des aliments influent sur la durée de celte digestion stomacale ; ainsi les fourrages
verts sont plus promptement convertis en chyme que les fourrages secs, les farineux plus vile encore, quoique moins que les substances animales, la chair musculaire surtout.
La digestion des ruminants nous offrira des phénomènes plus compliqués : leur estomac est formé de quatre sacs ou renflements distincts et communicants. Celui dans lequel s'ouvre l'œsophage par le cardia, s'appelle le rumen ; c'est dans les animaux adultes le plus vaste des quatre ; il forme deux compartiments; l'un droit et l'autre gauche, qui ne sont indiqués que par la scissure extérieur© qui forme , à l'extrémité opposée au cardia , deux culs-de-sac. La membrane muqueuse qui le tapisse à l'intérieur est garnie de papilles et revêtue d'une couche épidermique. C'est dans la panse ou rumen que descendent les aliments après une première mastication. Le second estomac appelé le bonnet, est beaucoup moins développé et semble n'être qu'un appendice du rumen , avec lequel il est en communication directe par une ouverture large et béante intérieurement, en même temps qu'il communique non moins immédiatement avec l'œsophage. Pendant le repos de l'animal, et quand le rumen est rempli , le bonnet tapissé à l'intérieur d'une muqueuse façonnée en mailles tétragonales , et revêtu d'une couche intermédiaire de muscles assez puissants, se contracte assez vigoureusement pour venir en aide au rumen et détacher de la masse alimentaire une sorte de pelote qu'ils poussent vers l'œsophage ; celui-ci par ses contractions péristaltiques de bas en haut ramène dans la bouche ce nouveau bol ahmentaire qui est encore mastiqué , insalivé, puis redescend par le pharynx et l'œsophage.
Quant au mécanisme de ce mouvement compHqué de la rumination , il a été ainsi décrit par M. Flourens : la panse et le bonnet en se contractant poussent la masse alimentaire entre
les bords de la gouttière œsophagienne qui en se contractant à son tour, en saisit une portion détachée , et en forme une pelote derrière laquelle les fibres du tube alimentaire se resserrent circulairement , pour Tamener jusqu'à la bouche. D'après le poids de chaque bol, dit M. Colin, on peut calculer qu'un bœuf qui mange journellement 12^.500 de foin ne les ramène à la bouche que par 520 rejections, lesquelles exigent, pour se produire, un espace de temps de 7 heures 12 minutes , la mastication de chaque pelote durant en moyenne 50 secondes. [Mém. de V Académie des sciences, numéro du 26 juillet 1852.)
Le troisième estomac s'appelle le feuillet. La muqueuse intérieure présente de larges replis longitudinaux qui lui ont valu son nom. Un peu plus grand que le bonnet, il l'est encore beaucoup moins que le rumen. Après avoir subi pour la seconde fois la mastication, c'est dans le feuillet que descendent les aliments, par l'œsophage avec lequel il est, comme la panse et le bonnet ou réseau, en communication. Là, pressés entre les lames garnies de papilles et de villosités, ils sont débarrassés d'une partie de leur humidité surabondante , et en quelque sorte triturés de nouveau jusqu'à ce qu'ils passent dans le quatrième estomac ou caillette. Celui-ci est à vraiment dire le seul estomac proprement dit ; intermédiaire pour le volume entre le rumen et le feuillet , avec lequel seul il communique , il est tapissé à l'intérieur d'une muqueuse façonnée en phs nombreux et irréguliers et qui renferme de nombreuses glandules gastriques. C'est là seulement, en effet, que s'opère la chymification, sous l'influence du suc gastrique. La caillette communique avec l'intestin par le pylore; quant à l'ouverture cardiaque, elle est beaucoup plus large et moins contractile que chez les solipèdes. Mais le volume relatif de l'estomac des ruminants , subit avec l'âge d'assez importants changements : dans leur
jeunesse, c'est-à-dire tant qu'ils sont alimentés par le lait de la mère, la caillette l'emporte par son développement sur tous les autres ; dès que l'alimentation devient végétale, c'est le rumen qui se développe, et un peu aussi le bonnet et le feuillet. Ajoutons encore que les boissons et les aliments semi-fluides se rendent directement dans le feuillet sans traverser ni le rumen ni le bonnet.
Divers phénomènes accessoires accompagnent la digestion stomacale; la circulation du sang s'accélère, les mouvements respiratoires sont plus précipités , la chaleur se concentre vers la région stomacale aux dépens des extrémités. La durée de cet acte varie suivant les aliments ingérés; l'espèce, l'âge, l'état de santé de l'animal, le mode de préparation et de division qu'ont subi ses aliments, enfin le repos qu'on lui accorde. De la différence de structure de l'estomac, il résulte que le bœuf doué de la faculté de ruminer pendant le repos, peut être attelé au travail peu de temps après son repas ; il n'en est point de même du cheval dont la digestion pour être complète demande une mastication beaucoup plus parfaite , et par conséquent un plus long temps.
Le système digestif des oiseaux présente encore de notables et curieuses différences dans la manière dont s'accomplissent les divers actes de la digestion que nous avons étudiés jusqu'ici. Leur estomac se compose de trois sacs distincts , placés sur le trajet œsophagien et ne communiquant entre eux que par ce tube. Le premier s'appelle le jabot. C'est un sac à parois membraneuses , dont le volume varie, et où les aliments séjournent un temps plus ou moins long; il est très-développé chez les granivores, et manque chez l'autruche et la plupart des piscivores. Un second renflement de l'œsophage porte le nom de ventricule succenturié ; la muqueuse qui le tapisse intérieure-
ment est garnie de follicules destinés à sécréter le suc gastrique sur les aliments , à leur passage dans cet estomac dont le volume varie ; plus développé chez ceux qui manquent de jabot , il est très-reslreint chez les granivores. Enfin l'œsophage vient se terminer dans un troisième sac appelé gésier : celui-ci est formé de parois, tantôt minces et membraneuses chez les oiseaux qui se nourrissent d'aliments provenant de débris animaux, tantôt épaisses et garnies de muscles puissants chez ceux qui mangent des grains et des substances difficiles à broyer. Pour ceux-ci le gésier remplit l'office de mâchoires, car à l'aide de petits graviers avalés avec les aliments , ceux-ci ramollis déjà par la salive et le suc gastrique , sont triturés et réduits en pâte par les violentes contractions musculaires de cet organe. Quant à la salive, sécrétée par de petits follicules arrondis situés sous la langue , elle est tantôt épaisse , tantôt même tout à fait visqueuse. C'est du gésier que les aliments réduits en chyme passent, par le pylore, dans l'intestin.
VL Chyliflcation. — L'ouverture pylorique fait, comme nous l'avons déjà dit, communiquer la cavité de l'estomac avec le canal intestinal. Celui-ci est un tube membraneux et diversement contourné sur lui-même , de longueur variable et dont l'extrémité inféro-postérieure s'ouvre au dehors par l'anus. Logé tout entier dans la cavité abdominale , il peut être divisé en deux parties : l'intestin grêle et le gros intestin.
L'intestin grêle qui commence au pylore, se divise à son tour en trois portions : le duodénum qui fait suite immédiate à l'estomac , est celle dans laquelle s'achève la digestion ; il est très-étroit , tapissé intérieurement d'une muqueuse garnie de follicules et de villosités; les premiers sécrètent en abondance une sorte d'humeur visqueuse, les secondes servent à l'absorption des produits de la digestion. La muqueuse est revêtue im-
médiatement d'une couche musculaire, et celle-ci d'une séreuse, Le duodénum forme dans les solipèdes environ les trois ^ quarts de la longueur totale des intestins. Le jéjunum ou portion flottante, et l'iléon ou portion cœcale continuent les mêmes fonctions que le duodénum , mais spnt plus étroits encore et se replient eu nombreuses circonvolutiops. A l'extrémité postérieure de l'iléon, se trouve une valvule formant barrière et qui s'oppose au retour de toute substance qui l'a franchie.
Le gros intestin se divise également en trois portions : le cœcum est ainsi nommé parce qu'il se prolonge en cul-de-sac au delà du point d'insertion de l'intestin grêle, et présente à son extrémité un appendice verraiforme. Le colon, grog tube présentant comme le cœcum de nombreux renflements, offre â l'intérieur un grand nombre de valvules , plusieurs courbures, et diminue progressivement de diamètre vers son abouchement avec le rectum, Celte troisième portion dont le nom explique la forme droite, aboutit au dehors par l'anus. Le gros intestin sur la surface interne duquel on ne rencontre plus que de trèsrares villosités absorbantes , reçoit de l'intestin grêle les produits inertes de la digestion, et a pour principale mission de les expulser de l'organisme.
Le tube intestinal a pour annexes de ses fonctions deux glandes importantes , le foie et le pancréas, sécrétant l'une la bile, l'autre le suc pancréatique.
Le foie situé à la partie supérieure de l'abdomen , un peu plus à droite qu'au centre, est formé d'une substance molle et compacte, élémentairement composée de granulations, et traversé par un grand nombre de vaisseaux sanguins. Cet organe a la propriété d'extraire du liquide circulatoire un liquide particuher, la bile qui, par diyçrs canaux excréteurs bientôt réunis en un seul, se rend dans un réservoir appelé vésicule biliaire ,
ou fiel. De là, la bile est versée par un canal particulier, dans le duodénum, à peu de distance du pylore : la bile paraît être sécrétée par le foie aux dépens du sang veineux surtout, car ft la circulation artérielle y est très-peu développée et semble destinée seulement à la nutrition de Porgane.
Le pancréas est une glande analogue par sa structure granuleuse, aux sallvaires; placé au-dessus de l'estomac, d'une couleur blanc grisâtre légèrement rougeâtre, il s'ouvre par un canal excréteur particulier, dans le duodénum , près de l'orifice du canal cholédoque (conduit biliaire). Un autre organe dont on ignore encore les fonctions précises, la rate, situé le long de la grande courbure de l'estomac dans les solipèdes, est attaché dans les ruminants sur le sac gauche du rumen. Quelques physiologistes la regardent simplement comme un organe modificateur du sang dans certains cas. Après cette courte mais nécessaire digression anatomique, nous pouvons revenir à l'acte lui-même de la chylifi cation.
Nous avons vu les aliments franchir le pylore et entrer dans l'intestin grêle , a Fétat de chyme. Là, leur présence dans le duodénum détermine comme dans l'estomac des contractions vermiculaires qui semblent avoir pour effet de rerriuer le chyme en le mélangeant intimement avec la bile et le suc pancréatique, et de le faire progresser vers le jéjunum. Sous l'influence des liquides intestinaux le chyme devient jaunâtre et amer-, d'acide qu'il était , il devient alcalin ; puis bientôt il s'en sépare une substance plus ou moins fluide , plus ou moins blanchâtre qui se fixe à la muqueuse intestinale ; c'est le chyle brut qui sera absorbé comme nous le verrons tout à l'heure. Quand le chyme est arrivé dans l'iléon , il ne renferme presque plus de chyle ; il franchit la valvule cœcale, et pénètre dans le gros intestin. C'est donc dans l'intestin grêle que se termine , on peut dire
complètement l'acte de la digestion, commencé dans Testomac. Les expériences de MM. Leuret et Lassaigne semblent prouver que dès la digestion stomacale il se forme déjà du chyle. C'est pendant la digestion intestinale surtout que se dégagent de la masse alimentaire certains gaz qui distendent plus ou moins les intestins, et qu'on a reconnus être de l'acide carbonique, de l'hydrogène pur, de l'hydrogène carboné ou sulfuré.
Le régime suivi par chaque espèce d'animaux détermine la proportion relative des intestins entre eux d'abord , puis comparativement à leur taille. Plus l'alimentation est nutritive, chez les carnivores , par exemple , et moins les intestins sont développés; moins elle est nutritive, comme chez les herbivores, et plus les intestins présentent de longues dimensions. Ainsi , dans le têtard de la grenouille qui se nourrit de végétaux , la longueur des intestins comparée à la longueur du corps est : : 10 : 1 ; chez la grenouille qui se nourrit d'animaux , elle n'est plus que comme 2:1. Dans l'homme, ce rapport est de 7 : 1 ; dans le lion 3 : 1 ; dans le chat sauvage 3 : 1 ; dans le chat domestique 5 à 1 5 dans le mouton 27 à 1. Aussi les animaux parcimonieusement nourris quant à la qualité des aliments ont-ils l'abdomen distendu et tombant, tandis que ceux qui reçoivent une nourriture nutritive sous un faible volume ont le ventre relevé, soutenu, parfois même levretté.
Les intestins sont enveloppés d'une membrane séreuse trèsfine , nommée péritoine , qui sert à les protéger et à les fixer. Elle se divise en épiploon et en mésentère ; c'est dans les replis de cette dernière portion que se dépose le tissu adipeux chez les animaux mis à l'engrais, et chez ceux appelés hibernants. Quant à la digestion dans le gros intestin, son étude ne nous présenterait rien d'important, aussi la négligerons-nous.
VIL Absorption du chyle. — Nous venons de voir le chyme I. 3
se transformer dans le duodénum en chyle brut, qui sous forme d'un mucus blanchâtre venait s'accoler à la muqueuse intestinale. Il nous reste à dire commentée résidu utile de la nutrition parvient dans la circulation générale.
A la surface des nombreuses villosités qui garnissent la muqueuse intestinale, prennent naissance par d'imperceptibles orifices, des vaisseaux d'un ordre particulier, appelés chylifères ou lactés. Diverses réunions de ces vaisseaux s'anastomosent entre elles pour former, entre les lames du mésentère, des troncs plus importants qui traversent de distance en distance de petites glandes irrégulières de forme et rosées de couleur, que l'on nomme glandes mésenlériques. Ces divers troncs s'abouchent dans le canal thoracique placé à côté de l'artère aorte, et qui reçoit également les vaisseaux lymphatiques de presque toutes les autres parties du corps, et vient se terminer dans la veine sous-clavière gauche. Le chyle et la lymphe se trouvent ainsi versés dans la circulation veineuse.
De couleur blanche ou à peine rosée pendant la première partie de son trajet dans les chyhfères mésentériques, le chyle, à mesure qu'il progresse devient de plus en plus rougeâtre; la proportion du cruor augmente et il devient pluscoagulable. Quant à son mouvement ascensionnel contre les lois de la pesanteur, on l'atlribue aux valvules contractiles des vaisseaux dans lesquels il circule , aux mouvements respiratoires, au battement des artères, et à toutes les causes qui peuvent comprimer par intermittence le canal thoracique. Quant à l'absorption en elle-même, on ignore encore si elle a lieu par simple endosmose, ce qui parait difficile, ou par d'infiniment petites ouvertures pratiquées à la surface des villosités intestinales.
Introduit dans la circulation, le chyle subit comme le sang,
une première transformation dans les poumons, l'hématose. Mais les globules qui le composent ne paraissent pas être renfermés comme ceux du sang dans une sorte de vessie colorée, et quelques physiologistes regardent le foie comme chargé de lui faire subir cette seconde modification qui le rendrait en tout semblable au fluide circulatoire. Cette fonction du foie, du reste, ne nous paraîtrait pas être sans rapports avec les altérations qu'il subit dans certains cas pathologiques, comme dans sa pléthore graisseuse si bien étudiée par M. Lereboulet, et avec les fonctions glucogéniques que lui attribue M. Chauveau.
B. Circulation. — Entrevue vers 1550 par Michel Servet qui mourut victime de la jalousie de Calvin, la circulation du sang ne fut pleinement reconnue que plus d'un demi-siècle ensuite, par Guillaume Harwey, professeur d'anatomie à Londres et médecin de Charles P^
Cet' acte a pour organes le cœur et les vaisseaux qu'il nous faut d'abord étudier succinctement.
Logé dans la cavité thoracique, un peu plus à gauche qu'à droite de son plan médian, le cœur n'est, atout prendre qu'un muscle creux divisé en deux moitiés formant chacune deux cavités superposées, un ventricule et une oreillette. La moitié qui correspond au côté gauche du corps, ou cœur artériel est formée de parois musculaires plus épaisses, plus puissantes que la partie correspondante du côté droit qui présente aussi une cavité moins spacieuse. Ces deux cœurs accolés présentent une forme conoïde et sont renfermés dans une membrane fibro-séreuse enveloppante nommée le péricarde, qui concourt à les fixer et à les protéger, et qui les baigne d'une sérosité destinée à prévenir les adhérences.
Le cœur gauche ou artériel se compose d'un ventricule sur-
monté d'une oreillette avec laquelle il communique. Le cœur droit ou veineux présente une structure semblable ; et tous deux accolés l'un à l'autre sont, dans les animaux adultes, séparés par une cloison complètement isolante. Le ventricule droit reçoit l'artère pulmonaire, et le ventricule gauche reçoit l'aorte. Quant à la communication des ventricules avec leurs oreillettes, elle a lieu au moyen de diverses valvules faisant l'office de soupapes. Nous avons étudié plus haut le tissu des vaisseaux circulatoires et n'y reviendrons pas. Pour décrire d'une manière intelligible le phénomène de la circulation, nous la diviserons en veineuse et artérielle, continuant à suivre la marche du chyle provenant de la digestion.
Nous avons vu le canal ihoracique, charriant le chyle et la lymphe, aboutir à la veine sous-clavière gauche 5 celle-ci se rend à son tour dans la veine cave supérieure qui s'abouche dans l'oreillette droite. D'un autre côté, la veine cave inférieure ramène de tous les points du corps, aussi bien que la supérieure, le produit des diverses absorptions qu'elle verse aussi dans l'oreillette droite. De là, ce sang veineux descend dans le ventricule droit par le double mouvement de contraction de l'oreillette et de dilatation du ventricule; puis ce dernier se contractant à son tour ferme la valvule séparative de l'oreillette et pousse le sang dans l'artère pulmonaire dont les divisions capillaires se répandent dans les cellules du poumon oîi il subit l'influence de l'air amené par les bronches. L'action du ventricule droit contracté se continuant, le sang gagne les veines pulmonaires qui le ramènent à l'oreillette gauche du cœur; il est alors devenu sang artériel, descend dans le ventricule gauche dont les contractions le chassent dans l'artère aorte qui le distribue à d'autres canaux artériels, lesquels se ramifiant à l'infini, le portent à toutes les parties du corps. Les
capillaires artériels, s'entrelacent avec les capillaires veineux, les premiers portant les éléments de la nutrition des organes et des sécrétions de toute nature, les seconds ramenant à la circulation veineuse les résidus de nutrition et de sécrétions qui vont être révivifiés par une nouvelle hématose.
Le mécanisme au moyen duquel s'accomplit cette rotation circulatoire est assez compliqué et présente quelques phénomènes intéressants. Il fallait en effet une force assez puissante pour faire voyager d'un centre unique vers les parties les plus éloignées du corps, et contre toutes les lois de la pesanteur, un liquide si fluide pût-il être. La nature a employé dans ce but les contractions musculaires du cœur, l'élasticité des parois vasculaires et la contraction plus ou moins énergique des valvules qui les garnissent intérieurement, la pression réciproque et persévérante des organes contigus aux vaisseaux, etc. Les mouvements de contraction ou systole, et de dilatation ou diastole^ du cœur, sont successifs dans le cœur veineux et artériel, et déterminés à la fois par le nerf grand sympathique et la moelle épinière, c'est-à-dire le cerveau.
La circulation donne lieu à plusieurs phénomènes importants à étudier, soit dans le développement relatif des organes qui y concourent, soit dans la composition du Hquide circulatoire, soit enfin dans les indices de santé ou de maladie que présente sa marche générale.
Le cœur ne prend pas dans toutes les espèces d'animaux un poids proportionnel à leur taille ni à leur poids, ainsi qu'on pourrait le croire, mais en harmonie avec le développement des organes qui lui viennent en aide et avec le genre d'existence auquel les animaux sont destinés. M. Rigot a fait à cet égard de curieuses recherches résumées dans les chiffres suivants :
Poids absolu du cœui-.
Poids relatif d
u cœur
Grande taille.
Petite taille. eu
ard à
la taille ; eu égare
faupo
ds du c(
Rronf
Mouton . .
chat
Le moindre développement relatif du corps semble correspondre à une plus grande faculté d'exhalation et de transpira lion cutanée, deux modes d'élimination qui viennent en aide à la circulation et à la respiration. Le volume du cœur varie en outre chez l'homme suivant l'âge et le sexe, et on a observé à cet égard trois faits assez curieux : le premier, c'est que chez la femme, il est inférieur en moyenne, à 1/9^ en poids à celui de l'homme ; le second c'est que tandis que le poids du cœur augmente progressivement chez l'homme, à mesure qu'il avance en âge, celui de la femme diminue successivement en poids dès qu'elle a perdu, avec l'âge, l'aptitude à la maternité 5 enfin c'est que le cœur d'une femme qui a, même une seule fois, été mère reste toujours plus gros, toutes proportions égales d'ailleurs, que celui d'une autre femme inféconde, et que cet excès de développement s'étend à tous les organes circulatoires.
Un autre fait important et sur lequel nous aurons occasion de revenir plus tard, c'est que, non-seulement « parmi les ani- « maux domestiques, les ruminants et surtout ceux de l'espèce « bovine, se font remarquer par la prédominance de leur syscc tème veineux sur le système artériel (Lavocat, Anatomie-Angéiologie^ p. 32), » mais encore cette prédominance caractérise plus particulièrement les femelles que les mâles, et parmi les femelles, celles qui présentent la plus grande aptitude à la sécrétion du lait. L'anatomie de l'organe mammaire nous en offrira des preuves matérielles.
Les mouvements de dilatation et de contraction du cœur, communiquent, nous l'avons dit, la principale impulsion qui fasse circuler le sang dans les artères; celles-ci, vaisseaux légèrement élastiques, se dilatent pour laisser passer Fondée sanguine et se contractent après ce passage. Cette diastole et celte systole arlérielle, appréciables sur certains vaisseaux extérieurs, constituent ce qu'on a nommé le pouls, dont l'appréciation permet de préjuger l'état de santé et de maladie. Le pouls indique chaque dilatation du cœur, et permet ainsi d'apprécier la force, la vitesse et la régularité de la circulation. Les espèces, les genres, les sexes, offrent, sous le rapport de la fréquence du pouls, de notables différences augmentées encore par l'âge et l'étal de santé. Ses battements sont plus fréquents et plus pleins chez le mâle que chez la femelle, chez les jeunes que chez les adultes et surtout les vieillards, chez ceux atteints de pléthore sanguine que chez ceux qui le sont d'atonie générale, chez les animaux maigres que chez ceux obèses, chez les petits que chez les grands, etc. Le tableau suivant nous donnera l'échelle de ces nombreuses différences :
Homme âgé d'un mois 120 à 164 pulsations par minute (Trousseau).
de 2 ans (garçon), de 2 ans (fille). . .
adulte (moyenne).
Vieillesse (moy.).
(moyenne).
Cheval adulte et en bonne santé
Ane et mulet
Bœuf
Mouton et chèvre . .
Porc
Chien
Chat
Lion ,
(Dubois) .
(Rigot).
Lionne Souris
Poule
Pigeon
Génisse de 18 mois
Vache de 4 ans
Vache de 9 ans
Taureau de 15 mois
Bœuf de 4 ans
Vache de race schwitz 6 ans. .
Vache bretonne 6 ans
Cheval adulte de taille moyenne.
Cheval poney de 6 ans
Éléphant
Ainsi, d'espèce à espèce la taille des animaux n'implique rien par rapport à la fréquence du pouls, non plus que le développement relatif du cœur ; mais il en est autrement dans le genre, et plus les animaux sont de petite race, plus la circulation est active chez eux, de même que la respiration. C'est ce que prouvent de reste les curieuses expériences faites à Grignon par M. AUibert, et dont nous aurons occasion de nous occuper plus tard. Il nous suffit ici de constater ces dissemblances et cette loi naturelle.
Quant au liquide circulatoire en lui-même, nous avons étudié sa composition chimique 5 nous devons ajouter ici que le sang est soumis à certaines altérations morbides (chlorose, typhus (1), etc.), que son effusion en quantité proportionnellement notable amène la syncope, l'évanouissement, la mort 5 enfin, que la transfusion du sang artériel ou veineux d'un animal peut entretenir la vie ou ramener la santé dans les artères ou les veines d'un autre animal appartenant à un même genre. MM.Gruby et Delafond ont découvert un fait non moins curieux,
(1) Prédominance de la fibrine, inflammations ; des globules sur la fibrine, fièvre ; diminution proportionnelle des globules, chlorose, ictère, hydropisies ; sérum très-albumineux, diabète, mal de Bright.
140 pulsations par minute (Dubois).
40 à 42 — — (Villeroy).
35 à 42 — — (AUibert).
25 à 30 — — (Colin).
la présence, dans le sang d'un grand nombre de chiens, d'animalcules microscopiques qu'ils ont nommés filaires. Voici le résumé de leurs observations. Le nombre des filaires microscopiques de certains chiens a pu être évahié approximativement de 11.000 à 224.000. La moyenne de vingt chiens a été de 52.000. Le chyle et la lymphe, ni aucun hquide sécrété n'en renferment. Même au nombre de 224.000, ils n'altèrent pas les facultés instinctives de l'animal, ni son énergie musculaire. Un chien à sang vermineux donne avec une chienne à sang non vermineux, des descendants dont les uns appartenant à la race du père, n'en ont pas, tandis que ceux tenant de la race de la mère ont des filaires dans le sang. Si les deux parents en ont, tous les produits en auront. Dans le sang des descendants, les filaires n'ont été découverts qu'à l'époque oii les chiens ont atteint l'âge de cinq à six mois {Mém. à VAcad. des sciences^ 5 janvier 1852). Peut-être cette question plus complètement étudiée dans toutes ses phases, mettrait-elle sur la voie éliologique de la maladie particulière à ces animaux?
Répandu jusque dans les organes les plus ténus, le sang *y porte les principes nécessaires soit à la réparation des pertes qu'ils ont éprouvées, soit à leur accroissement. Si par des moyens mécaniques ou hygiéniques même, on diminue ou bien plus, on empêche l'afflux du sang dans un organe, on ne tarde pas à le voir s'émacier, et dans certains cas, s'atrophier. Si au contraire par des moyens tout opposés on y détermine l'afflux du fluide vital, il y a hypertrophie. On observe, à un moindre degré, que plus un organe fonctionne et reçoit de sang, et plus son volume s'accroît. La contraction musculaire développe en excès les membres ou les régions du corps dans lesquels elle s'exerce, et la zootechnie, non moins que la gastronomie tirent de ce phénomène bien connu d'intéressantes applications.
C. Respiration. — Nous avons vu la circulation amener le sang veineux dans l'appareil pulmonaire qui devait le transformer en sang artériel. C'est par l'acte de la respiration que nous allons voir le sang noir se changer en sang rosé, et devenir propre à la nutrition de l'organisme.
L'appareil respiratoire se compose principalement des poumons et de ses annexes, les canaux aériens. Renfermés dans la cavité thoracique protégée par la colonne vertébrale et les côtes, les poumons sont des organes pairs formés par la réunion d'un grand nombre de vésicules toutes communiquant les unes avec les autres. Leur tissu est donc éminemment spongieux; sa couleur est grise ou rosée quand il est exsangue. Séparés par le médiastin en deux lobes, les poumons sont extérieurement recouverts d'une membrane séreuse, la plèvre.
Aspiré à travers les fosses nasales, le larynx et la trachée, l'air atmosphérique parvient dans les bronches qui ne sont autres que deux bifurcations de la trachée elle-même, destinées l'une au poumon droit, l'autre au poumon gauche. Se divisant et se subdivisant à l'infini, et jusqu'à l'état de capillaires, les bronches aboutissent à chacune des vésicules du poumon; c'est sur les parois excessivement ténues de ces vésicules que le sang apporté par l'artère pulmonaire est mis, molécule par molécule, pour ainsi dire, en contact avec l'air atmosphérique. Un mécanisme spécial produit l'aspiration et l'expiration de l'air, l'afflux et le départ du sang.
Le mouvement d'inspiration ou de dilatation des poumons est produit à la foispar l'élévation des côtes, le relâchement des fibres musculaires, du diaphragme, et d'un autre côté, par la pression atmosphérique. Le mouvement d'expiration résulte de la contraction du diaphragme et des muscles abdominaux, et de l'élasticité dont est doué le tissu pulmonaire. Poussé par les
contractions du cœur, le sang veineux traverse l'artère pulmonaire qui par ses ramifications capillaires dans le poumon, le place dans chacune des vésicules en contact avec l'air atmosphérique. Transmué en sang artériel, il est alors repris aux extrémités des vaisseaux capillaires de l'artère, par les capillaires des veines pulmonaires qui le versent dans l'oreillette et de là dans le ventricule gauche.
Mais dans cet acte, le sang a subi d*importantes modifications dues surtout à l'air, et qu'il nous importe d'étudier avec quelques détails.
Le corps d'un homme adulte renferme en moyenne 10 à 14 kilog. ou litres de sang; d'après Volkman, chaque contraction du ventricule droit chasse en moyenne 1 50 à 180 gr. de sang vers le poumon; or, en supposant 72 pulsations par minute, le cœur aura fourni à la respiration de 11 à IS'^.SOO de sang, c'està-dirë que presque toute la masse de ce liquide aura parcouru le corps tout entier et aura été révîvifiée dans les poumons, pendant ce court espace de temps. D'un autre côté l'homme adulte, en état de bonne santé et de repos produit en moyenne vingt inspirations pendant le même temps, soit environ une inspiration pour quatre pulsations. Ceci explique pourquoi un globule d'air introduit dans les vaisseaux circulatoires, pourquoi un atome d'acide hydrocyanique déposé sur une muqueuse, produisent une mort foudroyante. Mais les poumons ne se vident pas complètement d'air pendant l'expiration, et les cellules en retiennent six à huit fois autant qu'il s'en échange à chaque inspiration.
L'air atmosphérique inspiré se compose en moyenne ainsi qu'il suit :
Oxygène 20.81 j
Azote 79.13 ! 100
Acide carbonique 0.06 )
L'air expiré a sensiblement changé de constitution; il renferme de 15 à 16.5 pour 100 d'oxygène, de 3.5 à 5 pour 100 d'acide carbonique, enfin de 81.5 à 78.5 d'azote. La proportion d'acide carbonique varie en outre suivant l'activité de la respiration; ainsi, à 6 inspirations par minute, l'air exhalé contient 5.7 de ce gaz ; à 12 inspirations, 4.1; à 2i inspirations, 3.3, et à 48 inspirations, 2.9 seulement. Cet air expiré renferme encore en proportion variable de la vapeur d'eau. Il nous sera facile de comprendre maintenant ce qui s'est passé dans le poumon : dans l'inspiration, l'oxygène de l'air a été en partie absorbé par le sang et s'y est combiné; dans l'expiration le poumon rejette de l'acide carbonique, en partie contenu dans le sang, et sur la formation duquel les physiologistes ne sont pas d'accord. D'après les expériences de MM. Magnus, Regnault etReiset, « le sang artériel représenterait un courant d'oxygène « qui, en circulant dans les vaisseaux les plus ténus du corps, « détermine la formation des produits d'oxydation ou de com- « bustion parmi lesquels se trouve l'acide carbonique. Les « rapports de dépendance qui existent entre l'absorption de « l'oxygène et l'exhalation de l'acide carbonique paraissent « aussi indiquer que les mêmes agents de transport sont comte muns aux deux gaz : ces agents sont les globules du sang, a Ils fixent l'oxygène de l'air dans le poumon, tout comme ils « fixent l'acide carbonique produit dans la circulation. » (Liebig, 3P lettre sur la chimie, p. 88.) Le sang veineux dont la couleur est d'un rouge sombre et presque noir, prend après l'hématose, c'est-à-dire après sa transformation en sang artériel, une belle teinte d'un rpuge éclatant.
Des différences que nous avons constatées entre l'air inspiré, seule atmosphère vitale quand il est composé ainsi que nous l'avons indiqué, et l'air expiré, c'est-à-dire vicié par la respira-
tion, il résulte que les locaux dans lesquels sont rassemblés les animaux doivent renfermer un air pur en assez grande quantité, ou au moins permettre son facile renouvellement. Cette capacité cubique dépend de la durée de séjour qu'y font les individus, de leur âge, de leur taille et du régime auquel ils sont soumis. En effet, les animaux adultes dégagent plus d'acide carbonique que les jeunes et les vieux, les mâles que les femelles, les herbivores que les carnivores ; l'hygiène doit donc tenir compte de ces considérations, dans la construction des étables, écuries, bergeries, etc.
Les organes de la nutrition sont sous la dépendance du système nerveux ganglionnaire ou nerf grand sympathique, dont une division, le nerf vague ou pneumo-gaslrique, né par plusieurs racines des parties supérieures et latérales de la moelle épinière, envoie des branches au larynx, aux poumons, au cœur et à l'estomac. D'après les expériences de M. Clément, la section de ce nerf transformerait les poumons en simple organe d'exhalation, ferait diminuer la proportion d'eau dans le sang, et augmenter celle de l'albumine, dans les rapports suivants :
Les phénomènes produits dans l'acte respiratoire peuvent donc se résumer ainsi : 1° combustion directe d'une certaine quantité de carbone du sang par l'oxygène de Tair; 2** absorption de l'oxygène et exhalation d'acide carbonique ; 3" absorption et exhalation simultanée d'une petite quantité d'azote 5 4° exhalation d'eau fournie par le sang. Enfin 5% production de
Sang avant la section. Sang après la section.
Eau
Matières fixes du sérum.
Fibrine
Globules colorés
(Mém. de V Académie des sciences, 28 juin 1852.)
chaleur, phénomène qui demande une explication. Toute combinaison chimique donne lieu à un dégagement de chaleur; or l'hématose, nous l'avons vu, consiste dans l'oxygénation du sang, dans la combustion de Thydrogène et du carbone du sang veineux par Toxygène de l'air inspiré. Ce n'est point à dire que les poumons soient un foyer incandescent; c'est dans la masse de la circulation, c'est dans chacun des organes que se produit cette combustion qui produit et entretient la chaleur dans les corps animaux. Mais la faculté de produire du calorique n'est pas égale chez tous, ni semblable même dans tous les organes d'un même individu. Seulement, le climat et la température ambiante ne paraissent l'influencer en rien. Sous toutes les latitudes, depuis — 70° G. en Sibérie jusqu'à + 40° C. au Sénégal, la température de l'homme est en moyenne de 36° C. ou 29" R. La température de la plupart des mammifères ne varie guère que de 36 à 40° C, et celle des oiseaux, de 40 à 42° C. Voici du reste les résultais de plusieurs expériences faites avec soin par de savants physiologistes :
Fœtus humain au moment de sa naissance 35». 00 C. (Isidore Bourdon).
3 enfants mâles de 1 à 2 jours ; . . 350 .06 (Bérard).
4 enfants de 13 ans 36". 99 (Despretz).
9 hommes de 30 ans 37M4 —
4 hommes de 68 ans 37M3 —
Muscles de 3 hommes de 20 ans 36». 77 (Despretz et Bréchet),
Tumeur scrofuleuse au cou d'une jeune fille. . 40». 00 —
Température intérieure de l'homme (moyenne). 36". 50 (moyenne).
Température intérieure du chien 38». 30 (Despretz et Bréchet).
— du corbeau 42». 91 (Bérard).
— du pigeon 42». 98
— de quelques petits oiseaux. 44». 03 —
M. Despretz, dans un remarquable mémoire couronné en 1823 par l'Académie des sciences, a fixé en chiffres positifs les
sources originaires de la chaleur animale. Nous ne citerons que les deux expériences suivantes : la première faite sur une lapine âgée de plusieurs années , dura 1 heure 36 minutes ; l'air fourni s'éleva à 47 litres 993 à 8°. 27 C. de température; la seconde eut lieu sur six petits lapins de quinze jours , dura 2 heures 5 minutes; l'air fourni s'éleva à 4-9 litres 475 à la température de 9°. 25 C.
Ire expérience. 2e expérience.
Composition de Vair au commencement.
Oiygène 10.079 10.389
Azote 37.914 39.086
Composition de Vair après les expériences.
Acide carbonique 3.076 2.955
Oxygène 6.023 6.219
Azote 38.743 39.517
Mutations survenues.
Acide formé 3.076 2.955
Azote dégagé 0.829 0.431
oxygène disparu 0.980 1.218
Challeurdue à la formation de l'acide carbonique. 68.2 p. 0;0 :'8.5p. 0/0
— à la formation de Teau 21. 2 p. 0/0 23.6 p. 0/0
« Dans aucune de plus de deux cenls expériences, ajoute ce « savant physicien , la chaleur de la respiration n'a produit « moins de 7/10^^ ni plus de 9/10" de la chaleur totale émise « par l'animal ; le rapport 7/10*^ n'a été donné que par de « Irès-jeunes animaux qui perdent quelquefois une portion de « leur chaleur propre. » M. Legallois a également constaté que la caloricilé d'un animal diminue quand on le place dans un air raréfié, ou dans une position défavorable à la respiration. Chez les oiseaux pendant l'incubation, la température du corps s'élève dans une notable proportion; M. Valenciennes a pu observer le même fait dans la femelle d'un serpent python couvant ses œufs au muséum 5 la température du corps de la couveuse était de 19° C. plus élevée que celle de l'air ambiant. La
production de chaleur est, en partie aussi, due à l'influence du système nerveux-, lorsqu'au moyen de substances stupéfiantes (opium, laudanum) on neutralise plus ou moins cette influence, la température du corps s'abaisse plus ou moins sensiblement; la surexcitation au contraire produit T effet opposé ; et c'est peut-être à une cause semblable qu'est dû le fait suivant rapporté par M. Bernard : « Lorsque sur un animal mammifère « (chien, chat, cheval, lapin, etc.) on coupe dans la région « moyenne du cou le filet nerveux de communication qui « existe entre le ganglion cervical inférieur et le ganglion cer- <c vical supérieur, ou qu'on enlève le ganglion cervical luiic même, on constate aussitôt , que la calorifîcation augmente <c dans tout le côté correspondant de la tête de l'animal. Cette « élévation de température débute d'une manière instantanée, « et elle se développe si vite qu'en quelques minutes et dans « quelques circonstances, on trouve entre les deux côtés de la « tête , une différence de température qui peut s'élever quelce quefois jusqu'à 3 ou 4° C. Toute cette partie de la tête devient « le siège d'une circulation sanguine plus active, qui cesse et « revient à l'état normal le lendemain, quoique la température « continue à être aussi élevée. » {Mém, deVAcad. des sciences, 29 mars 1852.) Le même physiologiste assigne à l'appareil digestif et surtout au foie la propriété de développer la chaleur animale ; M. Collard de Martigny avait déjà constaté que le sang veineux dans les cavités droites du cœur avait une température de 0*.50 R. plus élevée que le sang artériel des cavités gauches; M. Claude Bernard a constaté que dans l'estomac, le sang veineux est là encore, ou plutôt déjà, plus chaud que le sang artériel; que nulle part, le sang ne présente une température plus élevée que dans les veines hépatiques o\x , chez les animaux les plus vigoureux, il arrive jusqu'à 41°. 6 C. Suivant
lui, le foie serait donc la principale source de calorification , aidé par l'estomac, les poumons, le cœur et la circulation dans les vaisseaux.
La fonction de nutrition se complète par trois phénomènes physiologiques particuliers, et qui sont accessoires de la digestion, de la circulation et de la respiration : ce sont Tabsorption, l'exhalation et les sécrétions.
« L'absorption, dit M. Milne-Edwards, est l'acte par lequel « les êtres vivants pompent en quelque sorte et font pénétrer « dans la masse de leurs humeurs les substances qui les enviée ronnent ou qui sont déposées dans la profondeur de leurs « organes. » L'absorption s'exerce dans le tube intestinal, sur les liquides et les aliments digérés, à la surface des muqueuses et de la peau , sur les substances étrangères avec lesquelles ces diverses parties se trouvent en contact. Elle se fait à l'aide de l'imbibition, de la capillarité, et de l'endosmose. L'imbibition et la capillarité donnent lieu à l'imprégnation des tissus et au mélange des matières absorbées avec les humeurs de ces partiés; l'endosmose, se rattachant à la circulation générale, donne lieu au transport de ces mêmes substances vers les points éloignés de ceux par oij elles ont pénétré. Ainsi, il y a l'absorption veineuse, l'absorption lymphatique , et l'absorption chylifère , que nous avons étudiées déjà. Mais la peau, privée de sa couche épidermique, jouit aussi d'une faculté absorbante très-développée, propriété dont la médecine tire souvent parti.
L'exhalation est, au contraire, l'acte par lequel une partie * des substances contenues dans la masse générale des humeurs s'échappe des vaisseaux circulatoires pour pénétrer dans certaines cavités internes, ou pour gagner le dehors. On distingue l'exhalation interne, celle qui a lieu à la surface interne des cavités (cervicale, abdominale, thoracique, oculaire, etc.), bai- I. 4
gnnnt de sérosité les organes irritables et délicats. Elle vient en aide à l'absorption , de même que celle-ci lui vient en aide à son tour. L'exhalation externe s'opère par la surface pulmonaire et par la peau 5 on l'appelle encore transpiration insensible, et il faut se garder de confondre l'exhalation cutanée avec la sueur. Les pertes que cette exhalation cause aux animaux sont très-importantes; les expériences des physiologistes nous apprennent que 62.5 p. 0/0 des aliments disparaissent par la transpiration, dont 48.44 par l'exhalation pulmonaire, et 14.06 parla transpiration cutanée.
La sécrétion est l'acte par lequel les glandes séparent du sang, souvent en les modifiant, peut-être même en les transformant, les éléments de leurs humeurs. Tantôt ces sécrétions ne sont qu'un moyen d'éliminer des principes inutiles à l'organisme (sueur, urine); tantôt elles sont destinées à assurer la reproduction de l'espèce (lait, sperme); d'autres fois elles contribuent h la nutrition de l'individu (salive, bile, suc pancréatique); enfin elles entrent en certains cas dans la structure intime de certains organes (humeurs vitrées de l'œil), ou assurent le jeu régulier de certains autres (sérum, synovie, etc.). Les poils, la laine, appendices de la peau, la graisse réservoir naturel de nutrition, sont encore des produits de sécrétions, sur lesquels nous aurons à revenir en parlant de la production du lait, de la viande et de la laine.
Les savants ne sont point encore unanimes sur la question de savoir si le sang renferme tous les principes formés, des différents fluides qui seront sécrétés par leur passage à travers les glandes. Les physiologistes répondent oui, mais les cliimistos disent non. Les progrès de cette dernière science amèneion sans doute l'accord.