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FONCTIONS DE RELATION

Les fonctions de relation concourent avec celles de nutrition qu'elles dirigent, à assurer l'existence de l'individu, et encore, à le mettre .en rapport avec tout ce qui l'entoure. De là, des actes de deux natures : la vie animale et la vie organique, dirigées chacune par des organes différents d'un même appareil complexe, nommé système nerveux.

Le système nerveux se compose : l** du système nerveux cérébro-spinal, ou système nerveux de la vie animale, formé de Fencéphale (cerveau, cervelet), de la moelle épinière qui n'est que le prolongement du cerveau et qui se divise en un grand nombre de branches secondaires lesquelles se ramifient à leur tour dans toutes les parties du corps, accompagnant les artères et les veines; 2° du système ganglionnaire, ou système nerveux de la vie organique , composé d'un certain nombre de petites masses nerveuses bien distinctes, appelées ganglions, d'où partent des filets nerveux qui se distribuent aux appareils des fonctions, poumons, cœur, estomac, intestins, vaisseaux sanguins, etc.

Le système cérébro-spinal comprend nous venons de le voir, l'encéphale dans lequel on distingue le cerveau et le cervelet , la moelle épinière et ses ramifications.

L'encéphale est protégé par la boîte osseuse du crâne; le cerveau , sa partie supérieure et la plus volumineuse , est formé d'une substance blanchâtre apppar tenant à un tissu propre, et recouverte d'une couche grisâtre à l'extérieur. Le cervelet, sa partie inféro-postérieure , est beaucoup moins développé et présente la même structure. Tous deux, le cerveau et le cervelet se prolongent en une sorte de cordon allongé qui traverse par âon centre la colonne vertébrale, c'est la moelle épinière. A Fin-

verse de ce que nous avons vu pour le cerveau et le cervelet, elle est constituée par une substance grise interne et une couche blanchâtre externe. Elle présente en outre deux moitiés unies entre elles par des bandelettes de fibres médullaires transversales, et, de distance en distance, des renflements appelés ganglions , oii les filets nerveux prennent racine au nombre de quarante-trois paires provenant tous de la moelle épinière ou de la base du cerveau ; les douze premières paires qui naissent dans l'intérieur du crâne président aux sens (olfaction, goût, tact, vue, audition) et aux sensations fonctionnelles (pneumogastrique). Les autres paires ou nerfs spinaux servent, les uns à transmettre des impressions, d'autres à déterminer sous l'influence de la volonté les mouvements musculaires ; la plupart remplissent cette double fonction de sensation et de motion.

Le système ganglionnaire se compose, nous l'avons dit, de ganglions nerveux liés entre eux par des cordons médullaires et divers filets nerveux qui s'anastomosent avec ceux du système cérébro-spinal, ou se distribuent dans les organes voisins. On rencontre de ces ganglions nerveux à la tête, au cou , dans le thorax, dans l'abdomen, près du cœur, et de chaque côté de la ligne médiane au-dessous de la colonne vertébrale. Ce système préside, en dehors de la volonté de l'individu , aux fonctions de nutrition; on l'appelle encore le nerf grand sympathique.

Ainsi, le système nerveux préside aux fonctions, aux sens, aux sensations et aux mouvements. Une étude plus approfondie de ces différents actes serait pour nous de peu d'importance, c'est pourquoi nous la négligerons.

3* FOICTIOBS DE REPBODUCTION.

Les fonctions reproductrices on l pour but d'assurer la conser-

vation de l'espèce. On distingue en général quatre modes de reproduction :

1° Spontanée -, la matière placée dans certaines circonstances physiques et chimiques particulières, est considérée par quelques physiologistes, au nombre desquels Buffon , Burdach , Lamarck, Bérard , comme pouvant s'organiser d'elle-même et donner ainsi naissance, spontanément, à des animaux et à des végétaux d'une classe plus ou moins élevée. Il est vrai que d'autres physiologistes nient complètement ces créations nouvelles de la nature.

2" Par bourgeons. Certains animaux appartenant aux derniers degrés de l'échelle des êtres (polypes) manquent complètement d'organes spéciaux pour la génération, ou plutôt toutes les parties de leur corps sont aptes à donner naissance à un être nouveau, au moyen d'un bourgeon superficiel qui s'y développe, grossit et devient un animal en tout semblable à celui qui l'a produit.

3» Ovipare. L'appareil de la reproduction apparaissant, il y a séparation dans les organes appartenant à chaque sexe, et présence d'un ovaire. Dans l'échelle inférieure cependant, on trouve quelques animaux réunissant dans le même individu les deux sexes avec un ovaire et une ponte (mollusques). Tantôt la fécondation de ces œufs ou germes a lieu avant la ponte (oiseaux), tantôt elle n'a lieu qu'après (poissons, quelques reptiles).

k° Vivipare. C'est le mode de génération particulier aux êtres les plus élevés dans l'échelle animale. Les sexes sont toujours complètement séparés; le germe après avoir quitté l'ovaire par une sorte de ponte intérieure , se greffe s'il a été fécondé sur les parois de la matrice, où il vit de la vie de la mère jusqu'à

sa naissance. C'est de ce mode de reproduction et du précédent seuls que nous nous occuperons ici.

Nous ne ferons point ici l'anatomie des organes génitaux ; nous nous bornerons à présenter les analogies qu'ils offrent chez les deux sexes, par la similitude des fonctions.

Organes génitaux du male.

Testicules. Sécrétant le liquide fécondant.

Épididyme. Préparant le liquide fécondant.

Canal efférent. Conduisant le liquide fécondant.

Prostate. Facilitant l'écoulement du liquide fécondant.

Vésicules séminales. Lieu de sécrétion.

Canal éjaculateur. Conduire le liquide fécondant.

Prépuccy pénis, mamelles rudimentaires.

Organes génitaux de la femelle.

Ovaire. Sécrétant le germe à fécondre.

Pavillon frangé. Recevant le germe fécondé.

Oviducte. Conduisant le germe fécondé.

Cotylédons placentaires. Facilitant l'attache du germe fécondé.

Utérus. Lieu d'incubation.

Vagin. Recevoir le liquide fécondant.

Vulve, clitoris, mamelles.

Nous aurons occasion de revenir sur ces analogies 5 nous nous contenterons de les constater ici. Jetons maintenant les yeux sur l'acte même de la génération et ses résultats.

Dans les mammifères et les oiseaux, c'est-à-dire dans l'échelle élevée des êtres, le rôle du mâle est d'introduire dans les organes de la femelle Torgane chargé de projeter le fluide fécondant, sécrété pendant celle introduction, c'est-à-dire le sperme. Quant à la manière dont s'opère l'imprégnation de l'ovule, il existe plusieurs opinions 5 la plus ancienne l'attribue à une vapeur [aura seminalis) qui se dégageant de la liqueur spermatique viendrait baigner l'ovule parvenu à une maturité com-

plète; la plus récente et la plus généralement adoptée remplace ïaura seminalis par les animalcules spermatiques qui gagnant les parois utérines, viendraient directement déposer sur les ovules le principe qui doit leur donner la vie; cette dernière idée est due à MM. Prévost et Dumas. Un peu plus tard, MM. Baër, Wagner, Ratthi et Valentin découvraient chez les mammifères, les reptiles, les poissons et la plupart des invertébrés, et M. Purchingé chez les oiseaux, la vésicule prolifère, analogue, chez la femelle, du zoosperme chez le mâle, et second terme de la procréation vitale.

Ainsi , dans tout le règne animal, le premier produit de la génération est un œuf fourni par la femelle , et auquel s'est combiné un zoosperme fourni par le mâle. On ignore encore, il est vrai , comment s'opère cette combinaison , quoiqu'on aperçoive certaines différences entre l'œuf fécondé et celui qui ne l'a point été; mais sait-on bien aussi comment s'opèrent les combinaisons chimiques ?

Les anciens avaient sur la fécondation des idées en harmonie avec leur poétique religion, dans laquelle étaient matérialisées toutes les forces de la nature. « Borée (le zéphyr, le vent) aima « plusieurs cavales dans leurs pâturages et s'unit à elles sous « la forme d'un coursier à la crinière d'azur. » (Homère, Iliade, xxMivre, vers 223-224.) Pline rapporte qu'en Lusitanie , aux environs de Lisbonne (Olisippo, plus tard Félicitas Julia) et du Tage , « les cavales se tournant vers le zéphyr sont « fécondées par son souffle, et que les chevaux qui en pro- « viennent sont d'une légèreté extrême, mais qu'ils ne vivent a pas plus de trois ans.» (Hist. nat., livre viii.) Va rron, Columelle, Elien, avaient déjà rapporté cette fable. Enfin, tous croyaient à la génération spontanée, et Virgile nous indique les moyens de faire naître des essaims d'abeilles. Il suffit dans

un petit enclos recouvert, d'étouffer un taureau à peine adulte, de l'entourer de lavande et de verdure ; bientôt

0 surprise , ô merveille I un innombrable essaim

Dans ses flancs échauffés tout à coup vient d'éclore (Géorg.^ liv. iv).

Aristote et Galien jetèrent les premiers quelque lumière sur le développement embryonnaire des organes dans les animaux les plus parfaits. Acquapendente, Graaff, Malpighi, Oken découvrirent la vésicule ovigène et en dévoilèrent F usage. Harvey prouva que « tous les animaux et l'homme proviennent d'urî « œuf, » et GeofTroy-Saint-Hilaire démontra l'analogie primitive des animaux dans tous les organismes.

Pour que la fécondation puisse avoir lieu, il faut le concours de certaines circonstances physiologiques. Il faut que l'ovule soit parvenu à maturité, et que le sperme renferme les animalcules aptes à la fécondation. Expliquons ceci.

Nous savons que les ovaires ne sont autre chose que des glandes destinées à sécréter les ovules; ceux-ci se présentent sous forme de vésicules transparentes et nombreuses, formées d'une pellicule très-fine renfermanf un liquide visqueux, de couleur jaune ou rougeâtre. Quant à la cavité qui renferme ces ovules, elle est constituée par un tissu mou, spongieux, grisâtre et imbibé d'un liquide qui baigne les ovules. Chacun de ces ovules parvient successivement à maturité, c'est-à-dire se développe et quand il a atteint tout son volume, sort de l'ovaire par une sorte de ponte. Quand il a été fécondé, le pavillon frangé de la trompe utérine le recueille en venant s'appliquer contre l'ovaire, et le conduit jusque dans l'utérus, où il se greffe aux cotylédons placentaires. L'ovule non fécondé est résorbé ou expulsé par les organes génitaux. Ces époques de pontes naturelles déterminent chez la femelle ce qu'on a appelé les cha-

leurs. Elles se reproduisent d'une manière plus ou moins sensible tous les 18 à 24 jours chez la jument, et durent de 8 à 10 jours; aux mêaies intervalles chez la vache, mais ne durent que 24 heures; tous les 20 à 24 jours chez la brebis et durent 12 heures, enfin tous les 25 à 30 jours chez la truie pour ne durer que 15 à 18 heures. Ces époques périodiques de rut féminin ne sont pas toujours également apercevables, et nous savons que chez la jument et la brebis surtout, il est souvent difficile de modifier l'époque des fécondations. Certaines femelles d'un autre côté, surtout chez les vaches, sont affectées de chaleurs périodiques et dont les intervalles sont plus rapprochés que dans l'état normal, souvent^ tous les 8 jours; on les^ appelle taurelières et il est rare qu'on parvienne à les faire féconder. D'autres vaches n'ont que des chaleurs à peine apparentes.

Les chaleurs sont accompagnées d'un afflux du sang vers la matrice, d'une modification dans la quantité et la qualité du liquide sécrété par les mamelles, du gonflement de la vulve par laquelle s'écoule une humeur transparente et visqueuse ; les signes extérieurs outre ceux-ci, sont surtout un mugissement fréquent et prolongé, de l'inquiétude et de la vivacité dans les mouvements. Elles ne se présentent que chez les femelles adultes, et il suffit quelquefois que leur première apparition ait été négligée, pour que l'animal ne puisse ensuite être que difficilement fécondé. Une alimentation échauffante en provoque le retour ; un régime débilitant l'éloigné ; les animaux entretenus dans un trop grand état de graisse n'en donnent aucun signe; la tonte provoque leur apparition.

Chez les mâles, ce n'est que lorsqu'ils sont parvenus à l'état adulte, que le sperme contient des animalcules fécondanls. Mais dans toutes les espèces, le mâle n'est pas également apte à

la fécondation à toutes les époques de Tannée; chez les animaux qui vivent à l'état sauvage, le rut n'apparaît qu'une ou deux fois au plus par an, et coïncide avec les époques de chaleur des femelles (cerfs, chevreuils, daims, etc.). Dans les espèces domestiques, le rut est beaucoup moins prononcé dans les symptômes, mais il est permanent. L'aptitude des mâles n'embrasse donc que leur âge adulte, c'est-à-dire de 2 ans 1/2 à 10 ou 12 ans pour le cheval; de 18 mois à 8 ou 10 ans pour le taureau; de 15 mois à 4 ans pour le bélier; de 10 mois à 3 ans environ pour le verrat. Ces limites d'âge varient du reste sensiblement suivant la précocité des races, le régime auquel on les soumet, le climat et le prix qu'on attache à leurs produits. Les mâles en- .fin, ne conservent leur aptitude à la fécondation qu'autant qu'ils sont maintenus en état de santé; toute privation ou tout excès de nourriture, toute surcharge de travail, tout abus dans les saillies qu'on leur demande, diminuent cette aptitude. Un étalon ne doit pas saillir plus de 60 à 80 juments par an, et plus de 2 par jour; un taureau peut suffire pour un troupeau de 40 à 50 vaches, et saillir deux fois par jour ; un bélier ne doit pas recevoir plus de 70 à 80 brebis et un verrat plus de 25 truies.

La marche, la course, un exercice violent de la femelle avant la sailUe assurent souvent la fécondation; un exercice modéré, un régime à la fois tonique et rafraîchissant, pour le mâle, con- . servent et développent son aptitude.

On obtient la présomption que la fécondation a eu lieu, quand la femelle refuse de recevoir le mâle, et que celui-ci loin de paraître la désirer, se borne à la lécher ou ne paraît nullement s'occuper d'elle. Ordinairement, la conception a pour indice encore la cessation des chaleurs, mais ce n'est point un signe certain. L'exploration intérieure pourrait seule donner

une certitude, mais elle est dangereuse en ce qu'elle provoque souvent l'avortement. Aussi, ne peut-on avoir une preuve évidente de la conception que lorsque après six ou sept mois les mouvements du fœtus sont appréciables extérieurement à l'œil et à la main.

La fécondation n'est possible en outre qu'entre animaux appartenant à un même genre; les accouplements féconds d'animaux de divers genres quoique de la même famille, sont des faits tout exceptionnels. Ainsi l'étalon peut féconder l'ânesse, et le produit s'appelle bardot; l'âne peut féconder la jument, et le produit s'appelle mulet. On conteste fortement l'existence du jumart, produit de l'accouplement du cheval avec la vache; de l'âne et de la vache ou bif; mais la chèvre et le bélier, la brebis et le bouc peuvent donner des accouplements féconds. Il en est de même du mouflon avec la brebis. D'après Pline, les anciens Espagnols employaient souvent cette hybridation. Quant à celle des mulets, elle est fort ancienne; le Seigneur avait défendu à son peuple d'accoupler entre elles les bêtes domestiques d'espèces différentes. La fille d'Esau, Anna, ayant laissé se mêler dans le désert les cavales et les ânes de son père, il en était résulté des métis dont on ne tarda pas à tirer un précieux parti. Du temps d'Hérodote, on rencontrait aussi des mulets en Scythie, et ils étaient fort communs en Grèce. Les Romains en firent usage aussi elles tiraient surtout de l'Espagne. Enfin le faisan et la poule, le coq et la perdrix, le pigeon domestique et le ramier nous donnent des métis estimés pour la qualité de leur chair.

On a cependant pu, en dehors des lois naturelles, obtenir '^es accouplements féconds du cerf et de la vache d'après Hofacker, de l'ours et de la chienne, d'après Beckstein ; du coq et de la cane, du mâle pintade avec la cane, d'après Hofacker. Mais

dans tous les cas, ces hybrides sont inféconds dans nos climats, quoiqu'on ait de nombreux exemples de la fécondité de la mule dans les pays méridionaux, Italie, Grèce, Sicile, Espagne, et même dans le midi de la France. Il est à remarquer que, ainsi que le dit le docteur Nanzio, directeur de l'école vétérinaire de Naples, toutes les fois qu'on cite des faits avérés d'accouplements de bâtards, ils s'appliquent constamment à des animaux femelles ; la faculté procréatrice paraît manquer absolument chez les bâtards mâles. Il serait assez curieux de vérifier si cette infécondité est due h l'absence de zoospermes.

Étudions maintenant les suites de la fécondation : l'ovule, après l'imprégnation se tuméfie j le sang afflue à l'ovaire; le liquide ovarien devient plus abondant, et l'ovule s'échappe de cette glande. Cette expulsion a Heu de 2 heures à 3 jours après la fécondation, chez la lapine; après 17 heures chez la truie, après 2 à 9 jours dans la chienne.

L'orifice des trompes utérines (pavillon frangé) vient, comme nous l'avons vu , appliquer contre l'ovaire ses lanières repliées, et forme un canal qui recevant l'ovule, le conduira dans l'utérus. Il peut arriver quelquefois cependant que l'ovule échappe au pavillon frangé; il en résulte alors des gestations extra-utérines. Tombé dans la cavité abdominale, l'ovule s'attache sur une anse d'intestin, ou sur n'importe quel autre organe, et s'y développe plus ou moins complètement.

Chez la femme , l'ovule descendant progressivement dans la trompe, parvient après 10 à 12 jours dans l'utérus, oii il se grefi'e sur l'un des nombreux cotylédons placentaires. La membrane blastodermique qui jusqu'alors enveloppait l'ovule n'était composée que de deux lames superposées, l'une muqueuse interne, l'autre séreuse externe. Dès lors, une lame vasculaire s'interpose entre la muqueuse et la séreuse et la

membrane blastodermique se trouve constituée par trois lames d'où naîtront tous les systèmes organiques, tantôt par superposition, tantôt par juxtaposition. Ainsi, le système osseux sera d'abord formé par une couche de fibres sur laquelle viendront s'appliquer successivement de nouvelles couches, formées élémentairement d'une série de fibrilles surajoutées les unes au bout des autres. La moelle épinière suivra dans son accroissement en longueur et en épaisseur les mêmes lois de développement, qui présideront aussi à l'organisation des tisèus vasculaire et musculaire. Nous reviendrons du reste sur ce sujet.

Retraçons d'abord le développement fœtal dans sa marche régulière, en comparant l'embryon de l'homme à celui des grands mammifères domestiques et des oiseaux.

« Avant l'imprégnation , dit M. Serres, un des savants qui « ont fait faire le plus de progrès à l'organogénie animale, l'œuf « des femelles se compose de trois parties fondamentales : d'une « membrane cingeante qui est à l'extérieur, le chorion , d'une « vésicule particulière, nommée prolifère, et d'une masse gra- « nuleuse qui est le vitellus. La vésicule prolifère est la pre- « mière développée-, elle a déjà atteint son développement, que « la masse vitelline est encore incolore, sans globules jaunes et « sans enveloppe propre. Elle occupe alors, d'après M. Wagner, « le centre de celte masse albumineuse d'où elle s'élève insen- « siblement, à mesure que se forment les globules viteliins, « dont la pesanteur spécifique paraît plus forte que le liquide « clair qui remplit la vésicule prolifère. Par cette évolution , la « vésicule germinatrice arrive ainsi à la superficie du vitellus, « qui se revêt alors d'une membrane propre et qui présente « au point correspondant à la vésicule prolifère un disque d'un « jaune clair (le disque prolifère) dont le but est de le mainte- « nir en place, et que nous nommons ligament prolifère. La

« position excentrique de la vésicule génératrice, Tappareil qui « la fixe dans cette position , sont les préliminaires indispen- « sables de l'imprégnation qui doit être opérée par le fluide « sperma tique du mâle, ou les zoospermes. De quelque obscu- « rité que soit encore enveloppé ce premier acte de la généra- « tion , un fait évident ressort des travaux anciens et modernes, « c'est que la vésicule prolifère et les zoospermes doivent être « amenés au point de contact pour que la fécondation s'opère. « La rupture de la vésicule prolifère est le résultat immédiat ce de cette fécondation. Par cette rupture, le fluide qu'elle ren- « fermait s'en échappe et s'épanche sur le vitellus. Les 12 ou «15 premières heures de l'incubation sont employées par la « nature à isoler le disque prolifère et du vitellus et de la « membrane vitelline. De la 16^ à la 20* heure se produisent « dans l'axe du disque prolifère, deux sacs germinateurs, (c grandes cellules embryogènes ayant chacune une indivi- « dualité propre, renfermant chacune les éléments des orga- « nismes ainsi séparés en deux parties égales, Tune à droite « l'autre à gauche. »

I. L'ovule greffé sur les cotylédons du 10® au 12* jour après la fécondation , ne peut guère être distinct à l'œil qu'après le 19* ou 20* jour. Du 12* au 15* jour, une ligne un peu renflée se présente sur le blaste : c'est le rudiment de la moelle épinière, vers le contre de laquelle apparaît vers le 20* jour un petit point rouge, le cœur. Du 21* au 29*, se développent la tête sous forme d'une vésicule à parois très-minces, et de petits tubercules ou bourgeons arrondis qui deviendront les membres inférieurs et supérieurs. La longueur totale du fœtus n'est encore que de 0°^.009 à O'^.Oll. Vers le 44* ou le 48* jour commence à apparaître la colonne rachidienne. Du 55* au 60* les différentes parties du visage, la bouche, le nez, les oreilles,

devietiuent distinctes; les yeux sont indiqués par deux points noirs et les paupières sont déjà séparées; les membres commencent à dessiner leurs formes; le fœtus est long alors de 0"'.054 environ. Vers le 75® jour, apparaissent les organes génitaux, mais sans qu'on puisse déterminer avant la fin du 3® mois le sexe de l'embryon. La tête seule égale jusqu'ici en volume tout le reste du corps. Vers le 90® jour, le cou devient distinct; du 110® au 125% les muscles exécutent déjà quelques mouvements, la bouche s'entr'ouvre. Pendant le 5® mois, les diverses parties du corps reprennent des proportions mieux équilibrées ; la pupille se débarrasse de sa membrane opaque qui la voilait jusqu'ici ^ les diverses parties qui forment le pavillon de l'oreille deviennent apparentes; le fœtus a 0".22 à 0".25 de longueur environ; à 7 mois, il a 0".37 à O^.iO, et la peau prend une teinte rosée. A 8 mois, sa longueur est de 0'".;42 à 0".45; les cheveux et les poils apparaissent. Enfin, après le 9® mois, il est parvenu à son entier développement; il présente 0'".48 à 0'".54 de longueur et pèse de 3 kilogr. à 3\500.

Chez les grands mammifères domestiques, le tube nerveux ou rachidien apparaît vers le 15® jour; les tubercules rudimentaires des membres se développent vers le 35® jour et le cœur se montre au 40® (au 20® chez la chienne). Au 60®, la tête trèsvolumineuse présente les points noirs des yeux; quelques os et surtout ceux des mâchoires et les côtes, présentent des points solidifiés. Vers le 125® jour, le cerveau jusqu'ici liquide prend de la consistance et le cervelet devient distinct. Vers le 5® mois, les muscles exécutent quelques mouvements de contraction , ceux surtout qui avoisinent la colonne vertébrale; la peau commence à se couvrir de poils. De cette époque jusqu'au part, les diverses parties du corps reprennent leur harmonie, les tissus

cicquièrent de la consistance, les organes dont le jeune animal aura besoin dès sa naissance prennent un accroissement relativement plus complet.

Les oiseaux n'ont qu'un seul ovaire consistant en une agglomération de petits sacs membraneux réunis en grappes et qui sécrètent les ovules. Ceux-ci sont formés d'une matière liquide et jaunâtre (vitellus) renfermée dans une enveloppe taès-mince. Qu'il y ait eu ou non fécondation, l'ovule parvenu à maturité quitte la vésicule ovigène, passe par le pavillon frangé et arrive dans l'oviducte. Dès lors, on remarque à la surface de la membrane vitelline, une petite tache blanchâtre appelée cicatricule ; c'est là le germe embryonnaire. Au fur et à mesure que Tœuf descend dans l'oviducte, il se trouve recouvert de substances sécrétées par les parois de ce conduit ; en sorte que, arrivé à la moitié du trajet environ , le vitellus se trouve enveloppé par le liquide albumineux (blanc d'œuf) et arrivé au dernier quart, ce liquide lui-même est englobé par une coquille calcaire. C'est alors qu'a lieu la ponte. S'il y a eu fécondation, et si on soumet cet œuf à l'incubation, voici quelle marche suivra, dans le poulet, le développement fœtal.

Vers la 12*" heure de l'incubation , se développe autour du germe ou blaste, une espèce de disque membraneux et transparent, plus obscur vers les bords extérieurs et limité par deux cercles concentriques de couleur blanche. Vers la 18^ heure, le germe se rétrécit, prend peu à peu la forme d'un fer de lance, s'arrondit à l'extrémité supérieure, étendant les deux ailes terminées par deux bourrelets qui ne tardent pas à se réunir. Vers la W heure, apparaissent trois petits points arrondis, rudiments des premières vertèbres, successivement allongés par d'autres points vertébraux. Vers la 30' heure, à l'extrémité antérieure du blaste, se développe la tête sur laquelle, à la 36* on dis-

tingue les yeux. Pendant le 3° jour, apparaissent les bourgeons rudimentaires des ailes et bientôt, des membres inférieurs. Au 4° jour se forment les deux appendices dont la réunion constituera la mâchoire inférieure 5 les yeux deviennent noirs. Au 5® jour, les membres commencent à se mouvoir légèrement 5 et le 6% ils présentent distinctement les différents rayons qui les composent, les pieds sont formés le 7® jour. Du 9* au 10% naissent les capsules qui sécréteront les plumes et celles-ci à la fin du 11® jour recouvriront déjà tout le corps. Jusque-là, la tête égale en grosseur, à elle seule, tout le reste du corps; mais dès lors, elle cesse de s'accroître peu à peu, tandis que les autres parties continuent de se développer et de se mûrir; le bec surtout prend de la consistance, afin que le jeune animal puisse briser la coquille au moment de l'éclosion, c'est-à-dire du 20® au 22« jour. La marche progressive de ce développement est relativement la même dans lès œufs de nos oiseaux domestiques, suivant la durée variable de l'incubation.

Tel est en quelque sorte le développement des organes extérieurs que vont nous expliquer les lois de la nutrition fœtale et du développement des appareils de la vie animale.

II. Reprenons donc l'ovule des mammifères. Son arrivée dans l'utérus détermine, avons-nous dit, l'afflux du sang et la face interne de cette cavité étant surexcitée , sécrète alors une substance albumineuse et de couleur jaunâtre qui s'organise promptement , et à la fois du côté de l'ovule et de celui du placenta devenus ainsi adhérents par ce point, c'est la membrane caduque. Bientôt quelques ramifications vasculaires s'établissent entre le placenta et l'ovule et dès ce moment commence la première période de la vie embryonnaire.

Le germe ou blaste grossit, se développe, s'enveloppe d'une I. 5

membrane séreuse, le chQridn, qui l'entoure de toutes parts et se soude à l'épichorion ou membrane caduque, au point placentaire. Vers le vingtième jour, la colonne vertébrale, la tête, le système nerveux sont apercevables à l'état rudimentaire ; au quarantième, apparaît le cœur, puis le canal intestinal. Pendant ces premiers développements, l'embryon est couché à plat ventre sur le vitellus, ou vésicule ombilicale dont l'enveloppe sillonnée extérieurement de nombreux vaisseaux artériels et veineux communique avec le fœtus par le canal vitellin qui s'ouvre à l'extrémité de l'intestin grêle. C'est par ce point qu'a lieu dans la vésicule ombilicale l'absorption du liquide vitellin que la veine omphalo-mésentérique porte ensuite jusqu'au cœur. Après le deuxième ou troisième mois, la vésicule ombilicale presque entièrement absorbée se flétrit et disparaît. Alors commence la période de nutrition placentaire.

Quelque temps avant la fin de la période vitelline , s'est développée, immédiatement autour du fœtus, une seconde enveloppe séreuse , l'amnios ; née de l'ouverture ombilicale , pénétrée d'un assez grand nombre de vaisseaux, elle renferme dans sa cavité le liquide amniotique dont nous avons parlé déjà et au milieu duquel baigne le fœtus. Puis, entre l'amnios et le chorion , se développe une troisième membrane, l'allantoïde formant une cavité allongée qui renferme le liquide allantoïdien , et communique avec le fœtus par un canal particulier, l'ouraque ^ ce conduit met en communication la vessie du fœtus et le liquide allantoidien. Nous avons fait remarquer déjà que, au fur et à mesure que la vie embryonnaire avançait, le liquide amniotique augmentait jusqu'à mi-terme environ, pour diminuer ensuite peu à peu et disparaître; tandis que le liquide allantoidien, au contraire, auguiente jusqu'au part.

La vésicule ombilicale complètement résorbée est remplacée

par le cordon ombilioal ; celui-ci se compose d'une veine (ombilicale, provenant du placenta), de deux artères (ombilicales, émanant des artères bulbeuses) , et du canal de l'ouraque dont nous venons de parler.

C'est donc la circulation de la mère qui dès lors nourrit lé fœtus. Le sang des artères ombilicales s'épure dans le placenta, et celui de la veine ombilicale s'y révivifie; là s'opère un véritable échange : les artères utérines déposent dans les cellules placentaires le sang de la mère 5 les artères ombilicales, le sang qui a déjà circulé dans le fœtus. Les radicules de la veine ombilicale absorbent le sang de la mère ; les radicules des veines utérines, le sang qui a circulé dans le fœtus. Celui-ci du reste, possède aussi un organe dépurateur du sang, le foie qui par son développement et son activité supplée à l'inertie du cœur dans les premiers temps, et diminue de volume et d'énergie, à mesure que le cœur exécute plus complètement les fonctions qui lui sont propres.

La nutrition fœtale possède encore comme annexe le liquide amniotique. L'amnios reçoit par les capillaires des artères utérines un peu de sang destiné à la sécrétion du liquide séro-albumineux; ce liquide amniotique contribue à la nutrition, non pas seulement par absorption cutanée, mais encore aussi par une absorption plus directe, ainsi que semblent le prouver des poils du fœtus lui-même, retrouvés dans son propre estomac.

La circulation particulière au fœtus n'est pas moins intéressante : le sang de la mère , apporté dans le placenta par les artères utérines y est absorbé par les capillaires de la veine ombilicale qui rentrant dans l'abdomen traverse le foie, puis se rend dans la veine porte qui a déjà reçu celui des veines mésa-; raïques; de là, le sang est versé dans la veine cave supérieure, déjà chargée de celui qui revient des extrémités abdominales,

et qui s'ouvre dans Toreillette droite du cœur. Là il se partage en deux colonnes : l'une se rend dans Toreillette gauche en passant par le trou ovale ou trou de Botal, de là, descend dans le ventricule gauche , puis dans l'aorte ascendante qui le distribue aux extrémités supérieures. La seconde pénètre par Torifice auriculo-ventriculaire dans le ventricule droit, puis dans l'artère pulmonaire qui le distribue en petite quantité aux poumons, mais surtout par le canal artériel à l'aorte, d'oij il se rend aux organes thoraciques et abdominaux, et aux extrémités postérieures.

Si nous reprenons le même sujet dans la classe des oiseaux , nous rencontrerons de nombreuses et frappantes similitudes qu'il nous serait facile encore d'étendre aux poissons et aux reptiles.

L'œuf des oiseaux nous offre avec celui des mammifères de grandes analogies : il se compose en procédant de l'extérieur à Tintérieur : 1" du test ou coquille, enveloppe résistante composée de 89.6 à 97 p. 0/0 de carbonate de chaux , de 1 à 1.7 de phosphate de chaux et de 0.30 à 0.70 de gélatine ou d'albumine. Le test, nous l'avons vu, est sécrété sur le chorion, au passage de l'œuf dans le dernier quart du trajet, par les parois de l'oviducte. 2** D'une enveloppe assez résistante aussi, nommée cuticule ou chorion , qui double partout le test, si ce n'est vers le gros bout de l'œuf, endroit où se recourbant sur Talbumen , elle laisse entre elle et le test une cavité nommée chambre à air. 3** De l'albumen, vulgairement appelé blanc de Tœuf; ce liquide formé de cellules lâches se compose de 15 p. 0/0 d'albumine en dissolution et de traces de soude et de ' phosphore. 4" De l'enveloppe ^vitelline sur l'un des points de laquelle est fixée la cicatricule ou germe. 5« Du vitellus ou embryotrophe composé de 80 p. 0/0 d'eau, de 15.5 d'albumine

et de 4.5 de mucus. 6» Des membranes chalazifères et des chalazes qui , prenant naissance sur la cicalricule, se prolongent sur une double direction vers le gros et le petit bout de l'œuf, contournant l'enveloppe vitelline, traversant l'albumen, et viennent s'attacher sur le chorion. Elles paraissent avoir pour but de fixer en place le vitellus et de préserver ainsi le germe de tout choc. On les a longtemps regardées comme l'origine et le centre de formation du fœtus, et Acquapendente voyait dans leurs trois nœuds primitifs le principe des trois grandes cavités, tête , thorax et abdomen. 7** La chambre à air est destinée à fournir, par la respiration , à la nutrition du fœtus pendant la dernière période de l'incubation.

Mais ces diverses parties subissent pendant la vie embryonnaire des modifications analogues à celles que nous avons rencontrées dans les mammifères. Ainsi, prenant toujours le poulet pour exemple, vers le quatrième jour se forme autour de l'embryon un amnios qui l'enveloppe tout entier; le sixième jour, c'est encore une autre membrane, l'allanloïde qui s'organise en communication directe par un de ses points avec le fœtus. Vers le septième jour, le vitellus augmente et devient plus fluide, l'albumen diminue et se porte vers le petit bout de l'œuf. Dès le dixième jour, l'allantoïde entoure tout le fœtus. Enfin au dix-neuvième jour, la tête pénètre dans la chambre à air, et une respiration élémentaire s'établit ainsi que le prouve l'analyse suivante faite par Burdach avant et après cette période de la nutrition embryonnaire.

\ir de la chambre à air.

Oxygène

Azote

Acide carbonique

Ajoutons encore que ce réservoir d'<iir n'est pas le seul

moyen employé par la nature pour fournir à la respiration; cet acte s'exécute encore à travers la coquille percée de trous extrêmement ténus, et ce qui le prouve, c'est que le fœtus meurt sitôt qu'on enduit le test d'une substance qui détruit sa porosité. A part ces différences, et le degré relatif d'activité des organes, les fonctions s'exécutent dans le fœtus des oiseaux, à peu près de la même manière que dans l'animal adulte. L'embryon qui s'est développé sur le germe de l'enveloppe vitelline y reste attaché par le canal intestinal jusqu'à ce que le vitellus presque entièrement absorbé rentre avec son enveloppe dans ce même tube digestif. Du reste, nous reviendrons sur les fonctions embryonnaires des oiseaux, en parlant du développement des organes essentiels de la vie.

Procédant du connu à l'inconnu, nous avons exposé d'abord ce qu'on pourrait appeler le développement extérieur de l'embryon, puis étudié les différences que présente la manière dont les fonctions s'exécutent chez lui, avec les mêmes actes de l'animal adulte. Il nous reste à parler du mode de formation des organes essentiels chargés de ces fonctions elles-mêmes.

III. Pour cela, il nous faut revenir à la première période de la vie embryonnaire. Nous avons vu que « le premier acte de « la fécondation consistait à séparer en deux parties égales le « disque prolifère, à le diviser en deux sacs l'un adroite, l'autre « à gauche, à symétriser enfin les réceptacles des organismes. « Les sacs ou cellules germinatives se soulèvent d'abord en « dehors, puis en dedans. Ce dernier soulèvement produit sur et l'axe du disque prolifère un intervalle que l'on a nommé a ligne primitive ; c'est tout simplement un espace vide entre « les deux sacs germinateurs. C'est là le symbole du grand fait « de la symétrie et de la dualité des organismes, symbole dont « les deux sacs donnent la réalisation matérielle dès le premier

souffle de la vie embryonnaire. Les éléments des organismes « 'sont ainsi séparés en deux parties égales : une des moitiés « réside dans un des sacs germinateurs, l'autre moitié réside « dans l'autre. L'effet des développements va donc consister à « les en faire sortir pour amener ces deux moitiés Tune vers « l'autre et en constituer un tout unique.

« Mais il convient d'entrer ici dans quelques notions anato- « miques sur la structure des sacs germinateurs. Chacun d'eux « est formé de trois lames ou feuillets d'une nature différente. « Il y a d'abord un feuillet .extérieur ou séreux, puis un second « placé immédiatement au-dessous et nommé feuillet vascu- « laire, puis un troisième subjacent au second, appelé feuillet « muqueux. Si nous consultons les faits, tous les embryolo- « gistes modernes, unanimes sur ce point, s'accordent à dire « que le feuillet externe est le premier que l'observation fasse a distinguer, puis le feuillet vasculaire, enfin le feuillet mu- « queux. L'ordre centripète de l'apparition des feuillets ger- « minateurs est donc constant.

« Or, la réalité est là en effet qui confirme par sa puissance « irrésistible la succession centripète des organismes. La réa- « lité nous montre que le feuillet le plus externe est celui qui « constamment ouvre les développements; de sorte qu'on en « voit successivement sortir la moelle épinière et l'encéphale « d'abord, puis les vertèbres, puis le crâne, les sens et leurs « dépendances. Les faits sont là pour attester que lorsque le a feuillet externe a esquissé les traits des organismes de rela- « tion, le feuillet vasculaire se met en marche à son tour et « esquisse de la même manière les vaisseaux périphériques, les « veines caves, les aortes, le cœur. Jusqu'à ce moment, le « feuillet muqueux est resté en repos ; m«ais à peine le feuillet « vasculaire a-t-il terminé son mouvement, que le sien propre

« commence, et qu'on voit se dérouler successivement le ca- « nal intestinal, les glandes, les poumons, le foie, le pan- « créas, etc. Cet ordre est invariable. » (M. Serres. Organogénie.)

Voici donc trois plans de développement : V axe cérébrospinal; 2° organes de la circulation et S** organes de la nutrition. Dans cette phase primordiale de développement successif, les organes de chaque appareil prennent, il faut le remarquer, un développement en dehors de toute proportion : pendant la première période, c'est le crâne, la tête, qui jusqu'au troisième mois, égale à elle seule en volume tout le reste du corps; puis c'est le cœur d'abord et après lui le foie dont l'hypertrophie successive arrête le développement de l'axe cérébro-spinal 5 enfin les intestins à leur tour forment hernie en dehors de la cavité abdominale et n'y rentrent qu'après avoir amené l'atrophie relative du foie. Cette loi d'équilibration se rencontre jusque dans les détails. Ainsi dans l'encéphale, l'excès de développement du cerveau et du cervelet réduit à leur dimension les lobes optiques qiii auparavant s'étaient hypertrophiés. Si encore nous étudions l'estomac d'un ruminant embryonnaire, nous remarquerons que l'ordre de développement successif des quatre sacs est le suivant : 1° le bonnet, 2" la panse, 3** le feuillet, 4^* la caillette qui au moment de la naissance et jusqu'au sevrage, dépasse à elle seule les quatre autres en volume.

Une troisième loi vient s'ajouter aux précédentes (formation centripète-équilibration des organismes) 5 c'est celle de la symétrie ou de la dualité des organismes, loi dont l'origine remonte, comme nous l'avons vu, aux sacs germinateurs, et pour laquelle l'étude partielle du développement organique va nous fourni de nouvelles preuves.

Le principe de l'analogie dans la composition organique

étant reconnu, il en résultait comme conséquence directe la loi des connexions et celle du balancement, dont Geoffroy- Sain t- Hilaire, Charles Bell, MM. Dutrochet et Serres ont fait de si heureuses applications. Si nous prenons à part, en effet, la période première de développement, celle de l'axe cérébro-spinal, nous trouvons qu'il se fait aux dépens de la lame séreuse du sac germinateur. Or, toute membrane séreuse consiste primitivement dans une vésicule close de toutes parts, d'abord ^ séparée de l'organe qui lui correspond, mais qui, dans la marche du développement, s'en rapproche, se met en contact avec elle, puis s'y enfonce graduellement jusqu'à ce que toutes ses parties en soient revêtues ou tapissées. Tel est le phénomène qui donne naissance d'abord à la moelle épinière, première ébauche du système nerveux, et qui prend un tel accroissement dès le début, que ses cordons doivent, afin d'occuper moins d'espace, se contourner en spirales. Composée primitivement de deux lames nerveuses dont les fibres paraissent brisées d'espace en espace, elle s'accroît en longueur par superposition, et eti épaisseur par juxtaposition successives de nouvelles lames. Bientôt apparaît l'encéphale dont le cerveau prend un accroissement démesuré ; les tubercules quadrijumeaux, formés de deux lobes vésiculaires qui se touchent, forment une saillie très-élevée sur la face supérieure de l'encéphale dont ils constituent la partie la plus proéminente. Peu de temps ensuite, on voit naître à l'extrémité postérieure du cerveau une petite languette mince formant une petite voûte au-dessus du quatrième ventricule, et formée de deux lames transversales : c'est le cervelet. « Cet organe, dit M. Serres « auquel nous empruntons ces études d'organogénie, acquiert « des dimensions considérables ; sa superficie se sillonne de « rainures transversales plus ou moins nombreuses, plus ou

« moins profondes; en même temps il fait sur les côtés et sur « le haut de l'encéphale une saillie plus ou moins marquée. » Cette sorte de hernie du cervelet comprime celle du cerveau, tout comme nous allons voir le cervelet lui-même se réduire à des dimensions convenables pour rentrer dans la boîte osseuse de l'encéphale. En effet, à cette période, le canal vertébral s'est organisé autour de la moelle épinière qu'il renferme et protège. Il est constitué par l'association d'un certain nombre de vertèbres C^k chez l'homme, 31 chez le cheval, 26 chez les ruminants, 28 dans le porc, de 21 à un beaucoup plus grand nombre chez les oiseaux) séparées l'une de l'autre par l'interposition d'un fibro-cartilage. Cette colonne osseuse se forme, ainsi que tous les os, d'après des lois semblables à celles que nous avons tiouvées établies pour le tissu nerveux : une couche de fibres en lamelles, sur lesquelles viennent s'ajouter des couches nouvelles, tant par superposition que par juxtaposition ; des centres ou noyaux osseux reçoivent d'abord ces dépôts, et il est remarquable que ces noyaux occupent plus tard la place des apophyses, toujours plus dures et d'un tissu plus dense que le corps même de l'os; la sécrétion du tissu osseux réunit successivement , d'après des formes fixées «à l'avance, tous ces noyaux distincts dans le principe.

Au tube vertébral succède promptement la boîte osseuse du crâne; la marche de son développement est la même. Tous deux sont d'abord ouverts et écartés d'avant en arrière, jusqu'à ce que la masse disproportionnée du cœur fasse rentrer la moelle épinière et l'encéphale dans Fenveloppe osseuse qui leur est propre. Le tissu osseux du crâne s'accroît également sur des noyaux primitifs; ainsi , l'occipital présente d'abord six points d'ossification, le temporal quatre, etc. Disons enfin, et pour n'y ' plus revenir, que ce mode d'organisation est le même pour

tous les os des membres , pour les côtes , le sternum , etc. « L'os sacrum, qui termine la colonne inférieurement, est « formé lui aussi par cinq vertèbres, associées d'abord par « l'interposition d'un fibro-cartilage (de même que les os du « crâne). Mais longtemps avant l'époque de la puberté, le « fibro-cartilage s'ossifie, les cinq vertèbres se pénètrent et no « forment plus qu'un seul os qui conserve cependant les « caractères génériques des éléments confondus. Ainsi, la « colonne vertébrale est un organisme associé; le sa- « crum est un organisme réuni, par pénétration. » (Serres. Organogénie.) Le sternum se compose pareillement dans le fœtus, du 2^ au 5* mois, de noyaux primitifs parfaitement distincts. Un fait assez curieux, c'est que de la 5* à la 7® semaine, le fœtus humain nous offre un prolongement caudal, analogue aux vertèbres coccygiennes des animaux, et qui disparaît complètement dans le cours du 3® mois.

Ce n'est pas que toutes les parties du système osseux se développent toutes successivement pendant cette première période d'organisation ; on ne voit naître chacune d'elles qu'au fur et à mesure que s'est formé l'organe ou le groupe d'appareils qu'elle doit protéger; la colonne vertébrale et le crâne d'abord, puis le bassin, les membres, et la cavité thoracique qui reste si longtemps ouverte.

Arrivons à la seconde période, celle du développement du système vasculaire. « Pendant que s'élabore dans la membrane « omphalo-mésentérique la circulation primitive de l'embryon, « on voit les canaux capillaires, disséminés par petits plexus « isolés, se joindre les uns aux autres, donner naissance « d'abord aux rameaux, puis aux branches, puis aux troncs; « c'est comme une succession de fibres creuses qui se join-

« ciraient bout à bout. Et pendant que s'opère cet accroisse- « méat en longueur, l'accroissement en épaisseur s'effectue « par une juxtaposition de couches dont le nombre n'est pas a encore bien fixé par les anatomistes. » (Serres.) Et de même pour les muscles et le tissu musculaire dont le cœur fait partie. « Qui ne sait que la force d'un muscle est proportionnelle au « nombre des fibres qui le constituent? Qui ne sait que ces « fibres forment des couches superposées les unes sur les « autres? Qui ne sait enfin que dans sa longueur, la fibre « musculaire est brisée, de distance en distance, par des inter- « sections fibreuses dont les muscles droits de l'abdomen peu- « vent nous donner le type? » (Serres.)

Dès le dix-neuvième jour après la fécondation, le cœur est déjà perceptible; à cette époque, il présente l'apparence d'un canal d'abord presque droit, qui bientôt après se courbe et présente deux dilatations qui deviendront le ventricule et l'oreillette gauche. Un peu plus tard, l'oreillette est divisée en deux cavités par une cloison incomplète et le cœur se compose alors d'un ventricule et de deux oreillettes. Enfin, un peu plus tard encore, une seconde cloison s'élève du fond du ventricule qu'elle sépare en deux, et le cœur se trouve constitué, comme dans l'adulte, par quatre cavités. Le développement exagéré du cœur pendant la première de ces trois évolutions a eu pour effet de réduire l'axe cérébro spinal et de refouler la moelle épinière et l'encéphale dans leurs enveloppes osseuses ; quand le cœur aura atteint son complet développement, à sa troisième évolution, il sera réduit à son tour par le volume exagéré du foie, produit de la membrane muqueuse. Cet organe remplit promptement à lui seul la cavité abdominale, refoulant les intestins jusque dans le cordon ombilical, et amenant une atrophie relative du cœur. Ce phénomène permet alors à la poitrine

jusque-là ouverte antérieurement de se clore définitivement par la réunion des sternums. Mais la cavité abdominale restera ouverte quelque temps encore.

Pfirmi les annexes de la circulation , nous rencontrons trois glandes dont toutes les fonctions ne sont pas encore parfaitement déterminées : la rate , la glande thyroïde et le thymus. Elles se développent d'après les mêmes lois que nous avons énoncées plus haut. Prenons pour exemple la glande thyroïde, située dans la région du cou ou de l'encolure et au devant de la trachée-artère. Simple chez l'adulte, on la rencontre toujours double dans l'embryon, c'est-à-dire formée de deux lobes parfaitement séparés et dont la réunion ne s'effectue que plus tard. Plus grosse chez l'enfant, elle diminue successivement de volume pendant l'adolescence. Le thymus, une autre glande située dans la cavité thoracique entre les deux lames du médiastin antérieur se constitue de semblable façon ; très-développéedans le fœtus, elle grossit encore dans les premiers temps de la vie extra-utérine, pendant laquelle on la trouve remplie d'un liquide lactescent , puis diminue ensuite successivement et s'atrophie vers le commencement de l'âge adulte. C'est celte glande qui chez le veau a reçu le nom de ris et fournit un aliment si recherché pour sa délicatesse.

Nous voici parvenu au développement du feuillet muqueux des sacs germinateurs , ou en d'autres termes , à l'origine des organes digestifs et respiratoires. Nous venons de voir de quelle manière s'organisent les glandes : le foie, les reins, le pancréas, les glandes salivaires obéissent aux mêmes lois. Le foie est représenté à son origine par trois ou quatre lobes qui plus tard se fondent en un seul organe. Les reins, organe également unique chez l'adulte, sont primitivement composés de quatre, six et quelquefois huit et jusqu'à dix lobes dont les conduits associés

aboutissent chacun en particulier h un mamelon distinct oii ils se concentrent-, il en est de même pour le foie et toutes les autres glandes, pancréas, salivaires, prostate, testicule, etc. Le tube intestinal, dès le principe, n'est qu'un canal formé de deux canalicules juxtaposés et ouvert seulement à sa portion antéro-supérieure. Puis ce canal se fractionne en trois parties , une médiane et deux périphériques formant un double cœcum dont les deux anses se réunissent au bout d'un certain temps et à l'extrémité inféro-postérieure duquel s'ouvre un anus. Les poumons, nés pendant la première période de développement de l'intestin, et de chacun des canalicules qui le composent, présentent dans la vie embryonnaire des rapports immédiats avec les organes digestifs. Inertes et peu développés dans le principe, ils semblent n'être qu'une continuation de la muqueuse intestinale. C'est pendant la dernière période de la gestation qu'ils s'accroissent surtout, et leurs fonctions, dans les mammifères, ne commencent à s'établir qu'au moment du part. Les glandes salivaires, le foie, le pancréas, la rate, les organes génito-urinaires naissent également de la muqueuse digestive, chaque intestin (Apportant ainsi avec lui les rudiments des organes dont la réunion doit constituer le canal digestif et ses annexes. Les dents, elles, ne sont composées, chez les mammifères, du 3® au 5® mois , que de petits fragments épars et isolés , noyaux osseux qui par pénétration se résolvent plus tard en un seul os.

Les organes génito-urinaires n'échappent point non plus à la loi commune : ils proviennent , soit du feuillet muqueux isolé, soit des feuillets muqueux et vasculaire réunis. Formée d'abord de deux parties, d'une double vésicule , la vessie n'est dans l'origine qu'une prolongation de l'intestin; celui-ci, dit ^ M. Serres, répète en bas pour l'allantoide ce qu'il a produit en

haut pour le poumon. Le canaldeFurètre lui-même est constitué par deux lames partant de la partie interne des branches du pubis ; d'abord réunies en haut, ces lames forment une petite voûte qui se convertit en canal par leur engrainure inférieure (Serres). La prostate, glande qui entoure la racine du canal de Turètre, est originairement formée de deux, trois ou quatre lobes, de même que les autres glandes ; dans le fœtus humain , formée de quatre lobes, elle n'apparaît que vers la fin du â"' mois; vers le 4® et le 5* mois, les deux lobes internes se sont pénétrés et réunis; du 6® au 8% tous s'agglomèrent et ne forment plus qu'un organe unique.

« L'utérus ou matrice apparaît du 2* au 3" mois, formé « de deux petits intestins rapprochés mais non réunis. Dans <c le second temps, les deux extrémités vaginales de ces intes- « tins sont accolées sans se confondre. Dans le troisième, « elles sont pénétrées et réunies. Le col utérin qui était « double dans le temps précédent, est maintenant unique; « mais avec la réunion du col en avant, coïncide en arrière a l'isolement du reste de chaque intestin que nous pourrions « nommer cornes utérines. Au quatrième temps, la pénétration « qui a réuni les deux cols se prolonge en arrière et commence « la formation du corps de l'organe. Ce corps unique en avant a est encore double en arrière par la persistance du reste des a deux intestins qui concourent à la formation de l'utérus. « Enfin au cinquième temps, ces vestiges intestinaires, réunis a comme le reste du corps, donnent naissance par leur asso- K ciation, à l'unité utérine. »

« On sait que l'homogénéité primitive des deux sexes est une a des découvertes les plus curieuses de l'embryogénie. Il n'y a « primitivement ni mâle ni femelle; à un second temps, en « apparence, il n'y a que des femelles; puis les organes d'ap-

« parence femelle se transforment en organes mâles. Toutes « les femelles, à une certaine époque de leur formation , ont « donc l'air d'être hermaphrodites, et à une certaine époque « aussi, on prendrait tous les mâles pour des femelles sans un « examen attentif. Ces dernières apparences se manifestent « chez l'embryon humain sur la fin du 2% au commente cernent du 3^ mois, et chez le bœuf, le mouton , le chat « et le chien, vers le premier tiers de leur formation. » (Serres, Organogénie.) Le sexe féminin qui dans le fœtus se présente le premier, ne serait donc chez l'adulte que la conséquence d'un arrêt du développement embryonnaire. Nous avons d'ailleurs signalé plus haut les nombreuses et profondes simihtudes qu'offrent les organes génitaux des deux sexes. La science n'admet plus aujourd'hui d'hermaphrodisme complet et fait rentrer ce phénomène assez rare d'ailleurs, chez les animaux d'un ordre un peu élevé, dans les lois que nous venons de développer.

Ce même arrêt ou retardement de développement provoqué par une cause intérieure ou extérieure, quelle qu'elle soit, produit quelquefois des monstres, des êtres remarquables par l'atrophie plus ou moins complète d'une ou de plusieurs parties du corps, ou par l'hypertrophie de quelques autres. Tantôt c'est le cœur ou !e tube intestinal qui manquent et l'animal meurt en naissant; d'autres fois ce sont un ou plusieurs membres 5 quelquefois la tête ou le cœur. En sens inverse ce sont des animaux chez lesquels certains organes sont doublés ou hypertrophiés, les membres, la tête, etc. Mais ces questions sont peu importantes pour nous.

C'est ici le lieu de faire remarquer l'analogie frappante que nous retrouvons, sous presque tous les rapports, entre l'œuf des ^ mammifères et celui des oiseaux, entre le développement intra-

utérin de l'embr^'on et le développement du germe ou de la cicatricule de l'œuf. L'identité rapprochée du jaune ou vitellus avec la composition chimique du lait des mammifères n'est pas môins digne d'attention. Le docteur Natalis Guillol a remarqué (et nous parlons ici incidemment, plutôt que pour relier ce fait au précédent), que les enfants sécrètent par les seins, pendant les dix à douze jours qui suivent la naissance, un liquide blanchâtre à peu près semblable en composition chimique et physique au lait de la mère 5 la quantité sécrétée de ce liquide serait d'environ 2 grammes par jour.

Il nous reste à.suivre les phénomènes physiologiques qu'entraîne pour la mère l'état de gestation , et les rapports qui s'établissent entre les deux organismes, étude importante en ce que les soins de Thomme peuvent agir déjà, dans de certaines limites, sur le développement du jeune animal.

L'arrivée de l'ovule dans l'utérus en excite la turgescence; cet ôrgane s'accroît dès lors insensiblement et en suivant une progression régulière avec le développement qu'atteignent le fœtus et ses annexes. « L'utérus s'agrandit, disent les auteurs « du Dictionnaire de chirurgie et de médecine vétérinaire pu- <c blié sous la direction de M. Beugnot, ses parois inférieure et a supérieure s'écartent 5 le col conserve seul son étroitesse et « devient plus cylindrique. Cet agrandissement entraîne des « relations nouvelles; le péritoine est non-seulement distendu, « mais encore attiré, emprunté aux parties voisines ; le liga- « ment sous-lombaire de la corne qui contient le fœtus, se dé- « double et acquiert de la force ; l'utérus déplace les circonvo- « lulions intestinales qui étaient situées dans le bassin et les « repousse en avant; en outre, il comprime le rectum et la <c vessie, et cause ainsi souvent la constipation et les envies a fréquentes d'uriner. Des changements non moins remar- I. 6

« quables s'opèrent dans Forganisation de la matrice : ce vis- « cère acquiert d'abord plus d'épaisseur dans ses parois qu'il « n'en a dans l'état habituel, et son étendue s'accroît telle- « ment, que sa masse arrive à une énorme augmentation. Cet « accroissement tient à une véritable nutrition ; les artères, les « veines, les vaisseaux lymphatiques, et les nerfs y participent 5 « les artères se déploient, leurs sinuosités sont moindres; les « veines s'amplifient énormément 5 elles forment un vaste ré- (c seau caverneux qui constitue les sinus utérins : les fibres de « la tunique propre de l'utérus, par l'effet de cette nouvelle (c activité nutritive, prennent une structure plus évidemment « musculaire; le ligament sous-lombaire lui-même s'épaissit, « devient charnu et vasculaire. Cette structure nouvelle indique « une contractibilité fort énergique. »

Ce développement de l'utérus a pour conséquence, nous venons de le voir, le refoulement des intestins qui repoussent à leur tour les autres organes abdominaux, l'estomac, le foie, etc. ; ceux-ci obéissant à la pression s'appuient sur le diaphragme et diniinuant la cavité thoracique, gênent le mouvement des poumons et rendent la respiration plus difficile. Il n'est pas jusqu'aux vaisseaux circulatoires qui comprimés dans l'abdomen, ne présentent souvent dans cette partie et dans les membres postérieurs des dilatations veineuses, quelquefois des varices, dues à la gêne éprouvée dans ces parties par la circulation.

Dans le part multiple accidentel des femelles unipares, de même que dans celui des femelles naturellement multipares, chaque fœtus est enveloppé dans des membranes qui lui sont propres, et chacun d'eux se rattache à un placenta particulier. Ce dernier organe présente chez nos diverses femelles domestiques des différences qui nous expliqueront les causes par suite desquelles la délivrance, après le pari, est plus ou moins prompte,,

plus ou moins facile. Le placenta, dans la vache, a ses cotylédons enveloppés par le tissu filamenteux du chorion ; dans la brebis et la chèvre, dans la jument et l'ânesse, c'est au contraire le cotylédon qui embrasse l'enveloppe fœtale dont le détachement est alors beaucoup plus facile. Dans la truie, le placenta ne forme qu'une légère expansion embrassant à peine une partie du chorion.

Quant au fœtus lui-même, sa position normale dans la matrice, varie suivant les diverses périodes de la gestation , périodes qu'on peut réduire à deux. Dès l'époque où l'ovule greffé sur le placenta utérin se développe dans les eaux de l'amnios, le fœtus occupe la position suivante : la tête, portée en arrière, appuyée sur le col de la matrice, avec les membres antérieurs allongés dans la même direction; le reste du corps incurvé de haut en bas dans une position verticale, de telle sorte que le dos correspond aux parois abdominales de la mère, et que les membres postérieurs légèrement fléchis occupent l'une des cornes utérines. Dans les femelles multipares, un seul des fœtus habite le corps utérin et occupe la position que nous venons d'indiquer; les autres sont logés dans les cornes, la tête tournée vers le col de la matrice, et placés à la suite l'un de l'autre. Vers la fin de la gestation , la tête se relève un peu , les jambes antérieures s'allongent vers le col de l'utérus, les membres postérieurs s'allongent en arrière et la colonne vertébrale se redressant, tend à prendre une position presque horizontale; enfin le corps entier est mis en mesure de franchir le col utérin avec le moins de difficultés que possible.

Les obstacles que rencontre le part naturel consistent dans le passage du fœtus à travers le col de la matrice, le vagin, et surtout la cavité formée par le pubis et l'ischium. Nous allons

voir quels moyens emploie la nature pour favoriser ce dernier acte de la vie intra-utérine.

Pendant les derniers jours qui précèdent le part, les mamelles commencent à se gonfler, deviennent dures et sensibles; chez la jument, vingt-quatre heures avant la parturition, on voit presque toujours apparaître une gouttelette d'un liquide jaunâtre et visqueux, suspendue aux trayons. Les lèvres de la vulve se tuméfient; elle laisse échapper des mucosités glaireuses. Le ventre s'abaisse, les flancs se creusent, la colonne vertébrale s'affaisse légèrement, les pointes des ischium s s'écartent un peu; les iliums s'éloignent également, au point par lequel ils se réunissent au rachis. Un peu plus tard, la mère, inquiète des douleurs intérieures qa'elle endure, se couche, se relève, trépigne, cesse de manger. Bientôt enfin, apparaît par la fente vulvaire une vessie remplie de liquide, appelée vulgairement la poche des eaux; c'est une partie de la masse formée par les enveloppes fœtales contenant du liquide amniotique. Les efforts, les contractions, les mouvements de la mère amènent la rupture de cette poche dont le contenu lubrifie les parois ' vaginales et vulvaires. Ainsi, la cavité sous-pubienne s'est élargie en tous sens, le col de l'utérus a été dilaté et lubrifié, le passage du fœtus a été autant que possible préparé par la nature.

Il apparaît bientôt en effet, présentant la tête et les membres antérieurs; ces parties forment une espèce de cône, ou si l'on veut, de coin, qui prépare la dilatation du passage pour des parties plus volumineuses encore, l'abdomen et les membres postérieurs, les épaules et la poitrine surtout. Cette expulsion successive est le résultat des contractions musculaires et simultanées de la matrice et des muscles abdominaux, d'une sorte -

de tension de tout l'organisme. Au moment de sa naissance, le fœtus lient encore à sa mère par le cordon ombilical qui se rompt quelquefois pendant l'acte même du part, surtout chez la jument, mais que la mère et à son défaut l'homme, tranchent à quelque distance de l'ombilic du jeune animal. Celui-ci, dès le moment où il a franchi la vulve, vit de sa vie propre; les poumons ont commencé à respirer, la circulation s'est établie indépendante aussi bien que le système nerveux. La nutrition s'établira dès que ses forces lui permettront d'aller trouver le pis de sa mère. Le premier lait, ou colostrum, que sécrètent les mamelles, est, nous l'avons vu, assez énergiquement purgatif et a pour destination de faire évacuer le méconium, ou matières fécales contenues dans les intestins du nouveau-né.

Le part n'est toujours ni aussi prompt, ni aussi facile que nous venons de le décrire; souvent il rencontre de dangereux obstacles dus, soit à la conformation ou à l'état de la mère, soit à la position et à la conformation du fœtus. D'autres fois, il se produit avant le terme de la gestation normale et il est alors plus dangereux par les suites. Cette durée de la gestation présente dans les diverses espèces domestiques une assez grande latitude, ainsi qu'on en pourra juger par les chiffres sui vants :

Minimum Maximum de de

Moyenne

de

Jument

Anesse

Vache.

Brebis, Truie.

Quant à l'incubation qu'on peut considérer comme une sorte de gestation extra-utérine, elle a pour termes moyens :

Jours*

Moyenne de

Un préjugé répandu en Allemagne et que M. Villeroy a confirmé par deux faits empruntés à sa pratique est aujourd'hui généralement reconnu: à savoir que quand une femelle multipare donne naissance à deux animaux de sexe différent, la femelle qui en résultera sera stérile. Un troisième fait peut être réuni aux précédents, celui d'une génisse durham-cotentine jumelle avec un mâle, et qui resta inféconde; elle appartenait à M. Mériel, d'Angoville (Manche). Mais il n'en est pas de même quand les deux jumeaux sont femelles, témoins deux génisses jumelles de croisement durham-cotentin et appartenant à M. de Bellefonds, de Cavigny (Manche), qui d'après les renseignements donnés par M. de Sainte-Marie, produisirent plusieurs veaux. Ces faits sont nombreux dans les deux sexes.

La parturition n'est point complètement terminée par l'expulsion du fœtus ; celle-ci doit être suivie de la délivrance ou sortie du délivre, encore appelé arrière-faix; on nomme ainsi les débris des enveloppes fœtales qui se détachent plus ou moins promplement du placenta utérin. Nous avons déjà dit que la déliviance était beaucoup plus prompte et plus facile

dans la juaient, la brebis et la Iruie, que dans la vache.

Lorsqu'une femelle met bas un temps notable avant le terme ordinaire de la gestation, on dit qu'elle avorte. L'avortement peut être Teffet d'une multitude de causes : les plus fréquentes sont des chocs reçus par les parois abdominales, des chutes dangereuses, des travaux excessifs, une nourriture trop parcimonieuse, etc. Dans ces cas, non-seulement le part, mais encore la délivrance sont plus longs et plus difficiles, mais encore, la santé de la mère s'en ressent presque toujours pendant longtemps. Le fœtus lui-même n'est viable qu'autant qu'il a dépassé les trois premiers quarts de la période moyenne de la gestation normale. Il est d'observation que les femelles qui ont été entretenues pendant la gestation dans un trop grand état d'embonpoint, ne mettent au monde que des animaux, maigres et chétifs en développement, mais capables, par la suite, de reprendre promptement de la vigueur. Ils semblent même hériter de leur mère l'activité plastique, de même que l'es bœufs du Morvan sont regardés comme d'autant plus aptes au trait, si leur mère a travaillé pendant la gestation. De même aussi, etc'est là unecause toute physiologique, les jeunes «animaux les plus vigoureux sont accompagnés d'un placenta plus développé. En moyenne, leur poids comparé à celui de la mère est de 1 douzième pour l'agneau, 1 treizième pour le veau , et 1 dixième pour le poulain. Dans l'espèce bovine, ce rapport varie de 1 neuvième à 1 quinzième, plus élevé dans les races de laiterie et de travail, que dans celles qui présentent de l'aptitude à l'engraissement.

La zootechnie est en grande partie basée sur la science physiologique 5 c'est la physiologie qui nous explique la conformation et les aptitudes du bétail, qui nous indique les principes de la nutrition suivant le but à obtenir, qui nous commente

enfin divers phénomènes dont la pratique peut tirer des partis avantageux.

Pour bien faire comprendre la nécessité préalable de cette étude, nous nous bornerons aux quelques faits suivants :

V Une respiration complète et puissante a pour conséquence les forces assimilatrices de l'organisme. Dans certaines races, l'ampleur thoracique est l'indice de la puissance respiratoire (exemple la race de Durbam) 5 dans d'autres la multiplicité des cellules pulmonaires et l'activité fonctionnelle des organes suppléent à son moindredéveloppementextérieur (exemple: les races bretonne, bressane, etc.). Il est probable que malgré l'étroitesse relative de sa poitrine , la vache laitière respire presque autant que le bœuf d'engrais.

2** Une peau fine et souple, ou même épaisse (durham) et souple, correspond à la finesse de la muqueuse pulmonaire, de sorte que même dans les races laitières, la respiration n'est pas toujours aussi limitée qu'elle le parait.

3° Les animaux à poitrine étroite engraissent mieux en hiver que pendant l'été, parce que dans la première saison, l'acte de la respiration brûle plus de principes gras; aussi, le beurre des femelles est-il alors moins abondant.

4° Les animaux à poitrine haute et large pèchent généralement par la conformation du train postérieur. Les races laitières, au contraire, offrent cette dernière région plus développée, proportionnellement, que le thorax. L'activité des organes de lactation déplace l'équilibre du développement, lequel n'a à dépenser qu'un budget fixe.

5° L'activité respiratoire s'accroît avec la gestation; il n'est' donc pas surprenant que cet état, pendant sa première période fasse momentanément décroître ou même disparaître les symptômes de la pousse.

6° Les animaux jusque-là livrés au travail et médiocrement nourris, qu'on engraisse subitement, perdent leurs poils au moment où ils commencent décidément à prendre de la chair, parce que Fassimilation et la sécrétion sont antagonistes.

7** Moins on stimule les sécrétions, plus on favorise l'assimilation. Les animaux qu'on vient de tondre engraissent plus facilement, et peut-être ne faudrait-il étriller ni carder les bêtes à l'engrais.

8° La stabulation permanente fait épaissir la peau tout en la laissant souple; la lactation l'amincit; quand la lactation a cessé, la peau reprend son état antérieur. Cela lient à ce que les mamelles viennent en aide aux fonctions éliminatrices de la peau.

9° La gestation détourne l'activité vitale du train antérieur au profit du train postérieur 5 si donc on voulait obtenir des animaux à large poitrine, il ne faudrait les faire saillir que tardj c'est le contraire pour les races laitières.

Enfin, nous aurons occasion de revenir sur toutes ces questions et beaucoup d'autres en traitant du développement des formes, de l'alimentation, de l'engraissement, de la production du lait, de la castration, etc., et nous chercherons à nous appuyer sur les notions physiologiques que, à cause de cela même, nous avons cru devoir exposer succinctement et en premier lieu.

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