DIVISION
Elle s'exécute pour les fourrages, les farines et les grains, au moyen d'instruments différents. On divise les fourrages au moyen de hache-paille, dont les meilleurs sont ceux de Dombasle, de Cornes ou de Dyball. Les foins de qualités différentes, les fourrages verts et secs, le foin et la paille , sont par le hachage plus intimement mélangés, et l'animal en gaspille beaucoup moins, en été surtout, en dehors de sa consommation. D'après M. Lefour, on avait remarqué à Hohenheim que le foin et la paille hachés blessaient quelquefois le palais des jeunes animaux, nuisaient à la digestion en rendant inutile une des plus importantes fonctions, la mastication. [Annales de l'agriculture française, 1837, S** série, t. XX, p. 87.) Nous n'avons pu remarquer qu'il en résultât rien de semblable, ni dans le
Nord, ni à la Saulsaie, ni à Dampierre. On divise encore au moyen du hache-paille, ou bien on pile dans une auge avec des maillets , l'ajonc dont on veut émousser les piquants avant de le donner aux chevaux qu'i-l entretient si bien. A Martinvast où 75 chevaux étaient chaque hiver mis à ce régime, on se contentait de le couper au hache-paille ordinaire, en tronçons de 0".02 à 0™.04 de longueur.
On a observé dans les régiments qu'avec les fourrages hachés, la mastication était rendue bien plus facile , que l'animal prenait bien plus promptement son repas, mais que Tinsalivation était beaucoup moins complète, et que pendant le trop long repos inoccupé, les chevaux prenaient différents tics. Villeroy a fait la même observation sur les vaches, et j'ai pu la faire moimême sur un bœuf d'engrais à la Saulsaie. Le hachage du foin revient en moyenne à 0 fr. 20 par lOOkilogr. Certains auteurs prétendent que le foin et la paille hachés et mélangés augmentent d'un tiers en valeur nutritive.
Les racines se divisent au coupe-racine, soit en tranches plates au moyen du coupe-racine de Dombasle, soit en cubes avec ceux de Gardiner perfectionné à Grignon ou de Ransome. La forme cubique est préférable pour les moutons, qui consomment mieux les racines coupées ainsi qu'en disques plats. On a remarqué au concours général de Paris en 1854, le couperacine Rué Jacquet, très-simple, solide et portatif, du prix de 130 fr. Il coupe les racines en morceaux cubiques et peut, avec deux hommes, débiter 60 hectolitres de betteraves par jour, ce qui porte la dépense à environ 1 fr. par 1.000 kilogr. L'hectolitre de betterave du poids de 60 kilogr. quand elles sont entières, pèse, en betteraves coupées, de 65 à 68 kilogr. Dans les petites exploitations on peut se servir de l'S en fer ou du couperacine horizontal de Durand.
La division des grains s'opère par la meule des moulins ordinaires, par des concasseurs spéciaux à main dont les meilleurs sont ceux de Garrett, ou par des aplatisseiirs pour l'avoine. Le concasseur de Garrett du prix de 300 fr. rendu en France peut au moyen d'un homme préparer par jour 3^.50 do tous grains, ce qui porte la dépense à 0 fr. 50 par hectolitre environ. M. Warmes recommande pour la graine de lin le concasseur de MM. Harwod et Turner. M. Jourdier, dans le Journal d'agricidlure pratique du 20 septembre 1854, décrit un concasseur belge très-simple, peu coûteux, et employé dans la belle exploitation de Bresle, un homme seul y passe 600 kilogr. de tourteau par heure; pesant 80 kilog. , il ne coûte en Belgique que 50 fr. L'aplaiissage au moyen de rouleaux cannelés compresseurs est préférable poûr l'avoine au concassage et à la mouture qui mettent en liberté la majeure partie de son principe excitant. C'est une préparation indispensable pour tous les grains destinés aux vieux chevaux.
Par le concassage, la valeur nutritive des grains est en général accrue de 1/12, c'est-à-dire que 10 kilogr. de grains concassés produisent autant d'effet utile que 12 kilog. entiers. Ceci lient à ce que, concassés, ils absorbent pendant la déglutition une plus grande quantité de salive, et sont plus complètement digérés dans l'estomac et les intestins. L'avoine, nous Tavons dit doit être seulement concassée pour les vieux chevaux ; dans cet état, elle les entrelient en meilleur état, mais donne moins de feu. « Il paraîtrait, dit M. Houël, que les propriétés de « l'avoine moulue dififèrent essentiellement de celle donnée en a grains, de même que le sucre râpé perd une partie des qua- « lités du sucre en pain. Le principe amidonial développé dans « l'un comme dans l'autre cas par la pulvérisation, doit en « effet modifier sensiblement ces substances. C'est ainsi qu'en
« Orient, en Afrique et en Espagne où l'orge est employée « comme nôurritare fortifiante et tonique du cheval, Forge « moulue est regardée ainsi que chez nous comme rafraîchis- « santé et adoucissante. Aussi, convaincu par l'analogie et <c l'expérience, je regarde l'avoine moulue comme un aliment a rafraîchissant. L'avoine aliment nutritif et énergique, doit <c être longtemps triturée et imbibée de salive, avant d'être en « état de s'assimiler complètement, et pour cela il est besoin du « travail de mastication 'qu'exige déjà le bris de l'écorce. Si on ce la donne concassée, les animaux la mangent gloutonnement, t< et il peut s'ensuivre de grands désordres dans les intestins. » [Élève du cheval en Bretagne, page 267.)
On moud souvent l'orge, le seigle, l'avoine, les féveroles, le maïs, le sarrasin, pour la nourriture et surtout l'engraissement des animaux domestiques. On écrase les tourteaux, ou bien on les, fait macérer dans la boisson.