‹ Traité de l'épuration des eaux naturelles et industriellesChapitre 21 sur 97 · EXAMEN MICROSCOPIQUE DES EAUX · texte numérisé non relu

EXAMEN MICROSCOPIQUE DES EAUX

Importance de cette détermination. — Au point de vue de rhygiène, Texamen microscopique d'une eau présente une grande importance. Si les qualités organoleptiques d'une eau : fraîcheur, saveur, limpidité, permettent d'augurer de sa pureté, si l'analyse chimique nous renseigne utilement sur la nature et la quantité des substances en solution, il n'en est pas moins vrai qu'une eau ne pourra être considérée comme potable si elle ne se rapproche pas du type de l'eau de source captée avant tout mélange avec les eaux superficielles, c'est-à-dire si elle ne renferme qu'une petite quantité de microbes, et si on n'y trouve pas ces redoutables bactéries, causes des maladies infectieuses.

Les fabriques d'eaux gazeuses doivent se préoccuper de la présence des micro-organismes dans les eaux qu'elles livrent à la consommation. La congélation ne les atteignant pas, le fabricant de glace a les mêmes obligations. Certains de ces infiniment petits sont redoutables pour la brasserie.

Pour les usages de l'hygiène, comme pour ces industries de la boisson, l'examen microscopique des eaux est donc une chose qui s'impose.

Nous ne pouvons nous étendre sur ce genre de recherches et nous nous contenterons d'en dire quelques mots, renvoyant, pour plus amples détails, nos lecteurs aux traités spéciaux parmi lesquels nous citerons le Traité des bactéries de M. Cornil.

Corps microscopiques en suspension. — Parmi les corps en suspension dans les eaux, on peut facilement caractériser soit au microscope, soit même à la loupe, les plus grossiers comme : les débris de roches ; le sable calcaire ou siliceux, celui-ci en grains à angles vifs inattaquables aux acides; l'argile, en général à l'état amorphe, inattaquable par les acides étendus, se contractant et se rassemblant par l'ébuUition ; les débris végétaux : grains d'amidon, pollens, fibres de coton, feuilles, etc., facilement reconnaissables à leur organisation ; les débris d'animaux, poils, plumes, insectes.

Viennent ensuite les corps organisés de moindres dimensions : bactéries, vibrions, protococcus, micrococcus, sphérobactéries, diplococcus, streptococcus, bactéridies, diatomées, spores, infusoires, conferves, algues, œufs divers, etc.

On peut déceler ces divers corps sous le microscope au moyen

Grain« d'amidon

Torula» ou levure»

Oiplo«ooout

Streptoooceue

a, bacille b clostridium ^ ù monas d* rhabdomonas

e vibrion. y* spirille spirochèta fu cladothrix

Fig. 4. — Spécimens de corpuscules des eaux.

des colorations : la teinture d'iode employée seule avec Tacide chlorhydrique affaibli colore en bleu les substances contenant de Tamidon, la solution de carmin dans la glycérine colore en rouge les cellules végétales. Le violet de méthyle est surtout absorbé par les bactéries.

Examen microscopique simple de l'eau. — Les échantillons d'eau sont contenus dans des éprouvettes flambées, avec bouchons de caoutchouc également stérilisés. L'eau ne doit pas y séjourner, car même dans la glace, les microbes pullulent avec rapidité.

92 EPURATION DES EAUX

Une goutte d'eau est examinée sous la lamelle avec un objectif sec. Sur la surface sombre de la préparation les bactéries, interceptant la lumière, se dessinent, immobiles ou en mouvement; un micromètre permet de les compter, mais cet examen n'est pas complet.

Coloration des bactéries et numération. — D'une pipette graduée et stérilisée, on fait tomber une ou plusieurs gouttes de l'eau à examiner sur des lamelles, que l'on soumet à une dessiccation rapide à l'étuve. On les passe ensuite dans la flamme d'une lampe à alcool et on les colore de diverses manières avec des solutions colorantes fraîchement préparées et exemptes de micro-organismes.

Quand l'eau contient peu de bactéries, on compte la préparation tout entière et on rapporte au nombre de gouttes et au centimètre cube. Au besoin, on se sert d'un porte-objet pourvu de divisions en carré ; dans ce cas , il faut immobiliser les bactéries au moyen d une solution au -^ d'acide osmique.

Cultures. — On complète ces déterminations en ensemençant des plaques de gélatine pure ou peptonisée. Dans la chambre humide de l'étuve, il ne tarde pas à se développer des colonies qu'on examine attentivement à Tœil nu ou à la loupe ; elles fluidifient ou non la gélatine. On observe les difl'érences de structure et de développement de ces colonies avec un faible grossissement (100 diamètres). Les colonies qui paraissent de même espèce sont examinées au microscope, au moyen de solutions colorées.

Cette méthode a des inconvénients parmi lesquels nous ne signalerons que celui-ci : les microbes qui se développent rapidement et fluidifient la gélatine empêchent d'apercevoir ceux dont le développement est plus lent. C'est ainsi que, pendant longtemps, le microbe de la fièvre typhoïde, contenu dans les eaux, a pu échapper aux recherches. En empêchant la fluidification de la gélatine par un peu d'acide phénique qui n'arrête pas le développement du microbe d'Eberth, M" Chantemesse et Vidal ont permis d'employer la gélatine pour la recherche de ce microbe et ont ainsi facilité cette recherche.

Les microbes anaérobies doivent être étudiés séparément par des procédés de culture sans air.

La détermination qui prime les autres dans ces recherches, c'est, non pas le nombre des bactéries, mais leur nature. Les microbes du choléra et de la fièvre typhoïde ont été trouvés dans des eaux considérées comme potables. On peut aujourd'hui les déceler facilement quand ils existent en suffisante quantité.

Les autres microbes non pathogènes, les microbes saprophytes, bien qu'ils aient souvent une énergie vitale qui se traduit par des phénomènes chimiques complexes : oxydation ; réduction des sulfates ; production d'hydrogène sulfuré ; décomposition des nitrates avec formation de nitrites, ammoniaque ou même azote gazeux; production d'alcools, d'acides organiques, de phénols, etc., n'ont pas une influence marquée sur la santé humaine.

€ L'eau que nous buvons tous les jours contient une quantité considérable de ces microbes, mais parmi ces organismes, prétendus inofTensifs, combien nous sont encore inconnus et méritent peut - être d'être classés au nombre des microbes pathogènes (Gornil).

Nous avons vu que les meilleures eaux de source ne contenaient pas de microbes, ou n'en contenaient qu'un très petit nombre, 4 ou 5 par centimètre cube. Dans des eaux réputées potables et qui ne semblent pas causer d'inconvénients, on trouve jusqu'à 200 bactéries au centimètre cube.

Page 1