DISTILLATION
La distillation est fréquemment employée en chimie et dans Findustrie pour réparer et purifier diverses substances.
L'eau peut être séparée par ce moyen des matières étrangères qu'elle contient en solution.
Si on échauffe l'eau, les éléments volatils qu'elle contient s'en vont d'abord, puis l'eau distille et les substances à point d'ébuUition plus élevé restent finalement dans le vase où s'est faite cette opération.
La distillation doit être conduite régulièrement pour que ce résultat soit obtenu, les projections, les entraînements d'eau à l'état vésiculaire dus à une ébuUition tumultueuse troubleraient la pureté de la portion distillée.
II est évident que cette séparation n'est efficace que s'il n'existe pas dans l'eau des substances à point d' ébuUition élevé, entrainables par la vapeur d'eau. En ce cas, il y aurait lieu de faire subir à l'eau d'autres purifications.
En distillant avec précaution de l'eau ordinaire, une eau potable par exemple, dans des vases inattaquables par l'eau ou ses vapeurs, enlevant les premières portions qui contiennent de To^^ygène, de l'azote, de l'acide carbonique, de l'ammoniaque et les dernières qui peuvent être souillées par des produits empyreumatiques, quelquefois par de l'acide chlorhydrique, on a de l'eau, sinon chimiquement pure, du moins, propre aux usages de la ^cjiimie et aux emplois les plus délicats des arts.
L'eau distillée n'est plus à proprement parler une eau potable, si on s'en rapporte à la définition classique de V Annuaire des Eaux de France.
Il manque à l'eau distillée les gaz : oxygène, azote, acide car-
bonique, qui rendent Teau agréable au goût et de digestion facile ; elle est privée de ces sels calcaires que les hygiénistes français déclarent indispensables à la nutrition, et en particulier à Tossification de Thomme et des animaux, et qu'instinctivement ceux-ci y recherchent, quand leur alimentation solide ne les leur fournit pas en quantité suffisante (ainsi que Tout prouvé entre autres les expériences de Chossat sur les pigeons, de Boussingault sur les porcs).
Dé plus, elle a pris une odeur désagréable et un goût nauséabond, qu'elle provienne de Teau de mer ou de Teau douce, qu'elle soit distillée dans des vases étamés à l'étain fin ou dans des vases de verre.
Cette odeur et cette saveur, elle les doit à la décomposition des matières organiques ou des micro-organismes fournissant des matières empyreumatiques solubles dans l'eau. Ces substances ne disparaissent qu'à la longue par oxydation à la faveur de l'air.
On hâte l'oxydation par le battage. On la favorise également par une filtration sur le charbon, sur le noir animal. Un séjour de trois quarts d'heure suffit alors (d'après Normandy) pour enlever le goût désagréable.
Les navires de guerre et la marine marchande font aujourd'hui un grand emploi de la distillation pour se procurer de l'eau potable.
Pour certains usages médicaux (traitement de la gravelle oxalique ou phosphatique par exemple), on recommande l'emploi de l'eau distillée comme boisson.
On obtient de l'eau exempte de goût en distillant en présence de 1 à 2 millièmes de permanganate de potasse qui oxyde les matières organiques. On l'aère ensuite et on l'additionne pour lui enlever la fadeur, de 0^,03 à 0'^,10 de sel marin et de O^jlS de bicarbonate de chaux, par litre.
Pour les usages de l'industrie, l'eau distillée est certainement supérieure à toutes espèces d'eaux, quelles que soient leur provenance et l'épuration qu'on leur ait fait subir. Son emploi n'est restreint qu'à cause de son coût élevé, mais les industriels ont tout avantage à la récolter et à l'utiliser, quand elle est produite sans dépense, comme cela arrive dans les appareils à double fond ou à serpentin, chauffés par la vapeur.
L'avantage de Temploi des eaux provenant des condenseurs des machines à vapeur, qu'il ne faut pas confondre avec l'eau de condensation, dont nous venons de parler, est discutable dans certains cas.
L'eau des condenseurs à surface des machines ne doit être employée à l'alimentation des chaudières et à d'autres usages industriels que si elle a été débarrassée des graisses provenant des cylindres. Si cette épuration n'était pas complète, il serait bon, pour le cas de l'alimentation des générateurs, de n'employer au graissage que des huiles neutres provenant du pétrole et non des huiles susceptibles de donner des acides gras, de former des savons calcaires ou magnésiens, et de produire des dépôts dangereux dans les chaudières ou de les corroder.
La marine fait aujourd'hui un grand usaga de la condensation par surface qui lui permet l'emploi des hautes pressions et diminue la consommation du combustible. On y prend les précautions que nous venons d'indiquer. En général, l'épuration employée est, comme nous l'avons dit, simplement physique (filtrage sur éponges par exemple. (Voir Corrosions.)
L'eau du condenseur à mélange n'est pas une eau distillée, tant s'en faut, elle présente pour l'alimentation des chaudières l'avantage d'être légèrement adoucie par l'apport d'eau distillée provenant de la condensation et d'avoir une température de 35 à 40 degrés. Elle a l'inconvénient de contenir la graisse provenant des cylindres.