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CHAPITRE V

ÉPURATION on CORRECTION CHIMIQUE

L'épuration des eaux par les moyens purement physiques que nous avons passés en revue peut être suffisante dans un grand nombre d'applications, c'est ce mode d'épuration qui est le plus généralement employé. Nous avons vu qu'il pouvait être très efficace, comme c'est le cas, par exemple dans la distillation, l'ébullition, la cuisson sous pression, avec cette réserve qu'il faut quelquefois faire intervenir des réactions chimiques simples si l'on veut donner à l'eau ainsi traitée les qualités que l'on demande à l'eau potable : ainsi le passage sur charbon de bois ou l'aération qui brûlent la matière organique nauséabonde et enlèvent le goût de l'eau, le battage à l'air et le passage sur carbonate de chaux qui chaînent l'eau d'une petite quantité d'acide carbonique et finalement de bicarbonate de chaux.

Épuration ou correction des eaux destinées aux usages domestiques. — Si certaines eaux comme l'eau de mer ou des eaux fortement minéralisées, comme c'est le cas pour certaines eaux de la côte du Chili, ne peuvent être bues sans être distillées, par suite de leur goût amer insupportable et de la soif qu'elles provoquent au lieu de l'apaiser, il n'en est pas de même de beaucoup d'eaux de puits ou de sources lesquelles, bien que chargées de sels terreux qui impressionnent défavorablement le goût et prédisposent aux mauvaises digestions, entrent telles quelles dans l'alimentation. Ces eaux présentent cependant de nombreux inconvénients, que

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nous avons énumérés, pour la boisson et les usages domestiques (p. 95).

Quand il s'agit d'épurer des eaux simplement louches ou troubles, la fîltration peut suffire. On y ajoute au besoin l'action clariGante d'un peu d'alun, qui rassemble les matières en suspension et les précipite. Ainsi font les Chinois et d'autres Asiatiques.

Il n'en est plus de même quand il s'agit d'enlever à l'eau ces substances en solution, qui peuvent y exister en quantités importantes et sont si nuisibles. Dans ce cas, il faut avoir recours à la distillation, à l'ébuUition, à la congélation, etc., mais ces moyens ne sont pas toujours praticables ou sont dispendieux.

On peut pratiquer alors une épuration ou une correction chimique de l'eau.

Une eau séléniteuse (riche en sulfate de chaux) sera corrigée, par exemple, par l'addition d'une petite quantité de carbonate de soude. Le sulfate de chaux et le carbonate de soude donnent, par double décomposition, du carbonate de chaux qui se précipite et dont on se débarrasse par fîltration ou décantation et du sulfate de soude, qui reste en solution et communique simplement à l'eau une très légère propriété laxative.

On peut employer, en place de carbonate de soude, un peu de cendre de bois, qui contient surtout du carbonate de potasse et donnera lieu à une réaction semblable.

Une eau chargée de bicarbonate de chaux ou de magnésie sera purifiée par l'addition d'une petite quantité de lait de chaux qui, saturant l'acide carbonique, se précipite à l'état de carbonate et amène la précipitation du carbonate qui était dissous dans Teau.

On ne doit employer ces agents chimiques qu'avec circonspection et en faisant des essais à la phénolphtaléine, comme nous l'avons dit. (V^oy. Essais à la phénolphtmléine, chap. n.)

L'épuration chimique des eaux destinées à l'alimentation est fort peu répandue en France. Il n'en est pas de même en Angleterre où l'épuration à la chaux a pris naissance, est employée à l'alimentation des villes et fonctionne sur une vaste échelle, notamment à Londres.

Correction des eaux destinées à rindustrie. -^ Dans la pratique

industrielle, répuration chimique se répand, au contraire, de plus en plus, à rimitation de ce qui se pratique en Angleterre, en Autriche et en Allemagne.

Nombre d'industries souffrent en effet de Timpureté des eaux, et non seulement de l'impureté visible, c'est-à-dire des matières en suspension, mais de l'impureté invisible, c'est-à-dire des sels en dissolution.

A cet inconvénient des sels en dissolution le remède le plus pratique, le moins coûteux, est, dans la grande majorité des cas, l'épuration chimique.

Nous passerons en revue les procédés principaux qui ont été ou sont employés dans la pratique industrielle.

Ces procédés sont :

L'épuration ou la correction par les acides, les acides et les sels barytiques ; la magnésie ; l'hydrate de baryte et le chlorure de baryum ; la chaux et le chlorure de baryum ; le carbonate de baryte ; les oxcJates alcalins ; le carbonate de soude ; le silicate de soude ou de potasse; la chaux; la chaux et la soude; la chaux et la baryte; l'alun ou les sels alumineux; les sels de fer; le fer; le charbon; certaines matières organiques.

§ l'*^ CORRECTION PAR LES ACIDES

L'acide chlorhydrique a été employé en Angleterre et en Amérique à la correction des eaux destinées à l'alimentation des générateurs à vapeur.

Il transforme les bicarbonates de chaux et de magnésie en chlorure de calcium, mais ne débarrasse pas l'eau du sulfate de chaux.

Employé par erreur en excès, même si de petites quantités seulement ne sont pas saturées par la chaux ou la magnésie de l'eau, il est fort dangereux. Aussi son usage a-t-il toujours été fort restreint et ne le trouve-t-on plus qu'à l'état d'exception.

Il est employé dans certaines industries, où il ne présente pas les mêmes inconvénients. Les teinturiers corrigent certaines eaux de rinçage, et parfois l'eau de leurs bains avec de l'acide chlorhy-

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drique ou de Tacide sulfurique. « Ainsi corrigées, dit M. Ghevreul, les eaux calcaires agissent, en général, comme de Teau distillée. »

Ce procédé simple, rapide, peu coûteux, puisqu'il ne nécessite pas d'installation spéciale, est quelquefois avantageux et même nécessaire. Le mordançage de la laine en hyposulfite de soude, pour teinture en vert artificiel par exemple, demande cette prépa* ration. Ce procédé serait nuisible dans beaucoup de cas si Tacide n'était ajouté avec précaution.

Gomme exemple d'emploi d'acide, nous citerons encore le lavage des pâtes d'alizarine précipitées à l'acide, qui se fait, dans cette fabrication, avec de Teau pure ou corrigée et filtrée et finalement rendue très faiblement acide par l'acide chlorhydrique ou l'acide sulfurique.

Il ne saurait être. question d'une correction de ce genre dans les industries où les sels de chaux sont gênants, quel que soit l'acide combiné aux bases terreuses. Ainsi le savonnage ne s'accommoderait pas plus de chlorure de calcium que de bicarbonate de chaux.

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