COMPLICATIONS DE L’ÉRYSIPÈLE ET MALADIES COMPLIQUÉES
L’érysipèle est compliqué d’angioleucite ou complique l’angioleucito (9 obs.); il est suivi de phlegmon (9 obs.), ou débute en môme temps que le phlegmon (7 obs.). Il débute également autour d’une incision portée sur un phlegmon. Il y a là un mélange qu’expliquent les condi-
lions de développement identiques de ces affections, un défaut de précautions, un refroidissement et un ensemble de circonstances qui agissent pour produire l’érysipèle comme le phlegmon.
L’embarras gastrique qui précède certains érysipèles ou les suit a inspiré aux auteurs classiques, dont Pinel s’est fait un des interprètes, l’idée qu’il existait un érysipèle bilieux. Nous ne pouvons nous empêcher de ne pas partager cette opinion. Il nous paraît, en ayant égard aux observations que nous rapportons, que la description des érysipèles bilieux ne diffère pas de celle des érysipèles traumatiques (obs. XVII). Du reste, la constitution médicale dite bilieuse nous fournit encore un argument contre l’érysipèle bilieux. Il nous paraîtrait trop étonnant que l’érysipèle fit un choix sans raisons parmi les individus soumis manifestement à un état bilieux.
Nous arrivons aux vraies complications de l’érysipèle, l’infection, la méningite et la gangrène.
L’infection dans l’érysipèle est établie par la physiologie, qui affirme, expérience en main, que les virus, les venins, les poisons s’absorbent aussi bien par les capillaires lymphatiques que par les capillaires veineux ; par un trouble de la circulation générale, telle que des liquides apportés à la peau pour y subir des modifications déterminées et au milieu desquelles les lymphatiques reprennent les matériaux utiles, s’altèrent ou par une transpiration arrêtée ou par une autre cause et ont pour conséquence de faire rentrer dans le sang veineux ce qui devait être éliminé ou brûlé ; par la connaissance de ce fait que, dans une plaie béante, avec des liquides altérés,
NOSCHiRAPHIE. 161
soit en raison de la constitution affaiblie du malade, soit en raison de ses conditions individuelles, il y a des capillaires sanguins qui absorbent commodes capillaires lymphatiques, et alors l’infection purulente se produit indépendamment de l’érysipèle ; par les symptômes, tous caractéristiques, par leur intensité, souvent peu en rapport avec la lésion externe, ce qui avait porté à établir des érysipèles à forme putride, à forme adynamique; par les examens cadavériques, qui ont inspiré à Gorter et à M. Velpeau la remarque que le sang des individus morts était très fluide. Nos observations nous montrent combien de fois il a été facile de constater par l’absence de tout caillot, le défaut de plasticité du sang.
La méningite est établie par des symptômes : du délire au début, de l’agitation, des soubresauts des tendons, et des muscles de la face, une perte de connaissance prolongée se terminant rapidement, et qui a autorisé les assertions émises sur certaines formes d’érysipèles admises par Lobsteiu, Lorry, Pinel et Joseph Franck sous le nom d’érysipèle à forme ataxique. Nous avons déjà dit quelles lésions nous autorisaient à admettre une méningite. Nous rappelons seulement ici que, quelle que soit la cause cachée, mystérieuse, qu’il soit possible de supposer dans l’érysipèle, il est impossible de méconnaître la ressemblance parfaite qui existe entre ces symptômes d’une complication de l’érysipèle et les symptômes de ces états qui suivent tant de fois les fractures de la base du crâne, sans que l’on trouve de méningite suppurée.
Que de choses ont été dites sur la gangrène dans l’éry-
162 DE l’érysipèle.
sipèle (1 ) ! tous les médicaments ont été accusés de la provoquer. C’était, d’abord une complication, puis c’est devenu un troisième degré de l’érysipèle, jusqu’à ce que M. Velpeau ait dit de nouveau que c’est une complication. Un fait dans ce genre s’est présenté dans nos observations (obs. IVj : la gangrène était humide, elle a eu lieu non pas autour delà plaie, mais bien sur le dos du pied. Rien n’empêche de voir ici une gangrène par oblitération veineuse, par une phlébite qui a été déterminée par la même altération de la plaie, faite pour extraire le séquestre, en vertu de laquelle s’est développé l’érysipèle.
Il est constant que dans l’érysipèle de la face et du cuir chevelu la gangrène est un phénomène. Chez les enfants, chez les vieillards, sur le tronc, aux membres inférieurs, la gangrène survient souvent (2). Chez les enfants elle est due à la violence de l’inflammation et à la délicatesse des tissus ; chez les vieillards elle est moins étonnante, surtout lorsque l’on a présent à l’esprit que la gangrène vient seule dans un assez grand nombre de circonstances.
Enfin il est une complication, un épiphénomène rare, qui se rencontre dans des érysipèles, c’est la phlébite, dont il a été trouvé des traces sur le cadavre (Ribes, Sanson etM. Cruveilher). Elle passe aussi souvent inaperçue que les abcès profonds existant quelquefois en même temps que l'érysipèle, et que l’on ne reconnaît pas. Nous renvoyons à cet égard à nos observations et à une observation de Lawrence. 11 s’agit d’un érysipèle autour
(1) Voy. Historique.
(2) Voy. Historique, et Brorafield, Méd. comm., t. III.
NOSOGRAPHIE
d'une saignée ; voici le texte anglais :« Erysipelas appear- »ed in lhe arm and neighbouring part of lhe for-arm.... »He died on the.'ilth. The erysipelas having nol extended sbeyond lhe parts first aflected.... » A l’autopsie : « Good »pus was found in tlie cellular structure connecting the sadipous membrane to the muscles along the whole back »and inner part of arm. »
Il reste, en dernier ressort, à énumérer parmi les complications la péritonite chez les enfants à la suite de l’érysipèle de l’ombilic, les diverses phlegmasies viscérales, la laryngite, la bronchite, la pneumonie, en un mot toutes les complications inflammatoires qui surviennent chez les malades atteints d’érysipèle, et qui doivent d’apparaître à des conditions le plus souvent étrangères à l’érysipèle même.