DIAGNOSTIC
Rien n’est simple comme le diagnostic de l’érysipèle. Une rougeur avec élevure légère ayant l’apparence du péricarpe d’une orange ou d’un citron, des bords saillants, des traînées présentant le même aspect, la propagation du mal, tels sont les caractères de l’inflammation érysipélateuse ; la réaction sur l’économie n’a rien de spécial, à moins de complication ; elle est la même que dans le phlegmon, l’angioleucite et même l’anthrax.
Lorsque l’érysipèle est arrivé à la période d’exsudation, il se forme des vésicules qui se reconnaissent parla simple inspection, et elles sont tantôt remplies par de la sérosité louche, tantôt par du véritable pus. Cet état est en général un caractère de l’érysipèle datant de plusieurs
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jours; il en est de même de l’œdème de la partie atteinle
d’érysipèle.
Lorsque l’érysipèle se surajoute à un embarras gastrique, on a deux ordres de signes, ceux qui appartiennent à l’embarras gastrique et ceux qui tiennent à l’érysipèle.
Dans le cas où l’érysipèle est compliqué, des symptômes nouveaux apparaissent, les vomissements, la fièvre redoublent, ce sont les premiers indices.
Localement, l’érysipèle accompagné de cutite se reconnaît à une dureté relative de la peau sans œdème, et avec coloration plus foncée de l’érysipèle. C’est ce que l’on voit surtout dans les érysipèles qui viennent autour des vieux ulcères; c’est ce que nous avons pu remarquer encore chezDumay, le populaire professeur particulier de médecine opératoire, que nous avons concouru à panser dans ses derniers moments. Il avait eu une piqûre anatomique dont il n’avait pris soin que tardivement. Son bras malade avait un volume à peine supérieur au bras sain, la peau était comme épaissie et ne conservait aucunement l’impression du doigt, les caractères de l’érysipèle étaient surtout tranchés aux limites du mal.
Dans l’érysipèle compliqué de phlegmon diffus ou compliquant un phlegmon, au-dessus des points où le pus s’accumule, les caractères de l’érysipèle manquent; on les retrouve seulement aux limites de la rougeur. La sensation de fluctuation n’existe pas, mais il y a une tension caractéristique qui diffère beaucoup de l’œdème. Les érysipèles simples, les abcès profonds sont plus difficiles à reconnaître (obs. XIV). Dans l’érysipèle marchant avec une angioleucite il y a engorgement ganglionnaire. Au
NOSOGIIAPME.
niveau des troncs lymphatiques primitivement engorgés, il y a des indurations sur le trajet des lymphatiques, indurations qui se transforment quelquefois en abcès pendant même que l’érysipèle est en pleine vigueur.
L’érysipèle compliqué d’infection est reconnu exclusivement par les phénomènes généraux, l’abattement, la répétition des frissons, l'a persistance des vomissements, la somnolence, le bien-être insidieux dans certains cas. Dans d’autres, l’élévation et la petitesse du pouls, l’altération des traits et la maigreur subite, les sueurs profuses, dans quelques circonstances à la période ultime de la maladie, dans la majorité des observations la sécheresse de la peau, sont des modes de succession des phénomènes de l’infection.
La méningite, le plus souvent une complication des érysipèles de la face et du cuir chevelu, est reconnue à une exaltation extrême, des soubresauts de tendons suivis de coma de très courte durée. C’est chez les vieillards que les symptômes sont le moins accusés. On sait, du reste, que chez les malades de ce genre la méningite est loin de s’offrir avec les caractères tranchés qu’on constate chez les enfants et chez les jeunes gens. En général, lorsque la méningite existe, les symptômes, moins les contractures, appartiennent au genre de ceux qu’on observe dans la période d’exaltation de celte maladie.
La gangrène se reconnaît à ses caractères propres; la phlébite des petites veines est toujours méconnue, celle des veines principales des membres se reconnaît parfois à une augmentation du volume du membre et au cordon dur sur le trajet delà veine enflammée.
Enfin, comme complément, si l’on veut chercher la relation entre l’érysipèle et sa cause, on tombe dans un ordre d’interprétation que nous allons retrouver dans le chapitre de l’étiologie et conditions de développement.
En résumé, une plaque rouge ou rosée ou jaunâtre, grenue avec liséré sur les bords, disparaissant sous la pression, tels sont les signes anatomiques évidents de l’érysipèle.
L’extension de l’érysipèle, l’évolution de la plaque, une rougeur présentant tous les degrés de l’érysipèle, une plaie irritée, un traumatisme même léger, un état maladif antérieur quelconque constituent les signes physiologiques de l’érysipèle.
Les symptômes pathologiques sont surtout les angioleucites et les adénites consécutives et souvent les complications habituelles de l’érysipèle.
Deux maladies seules peuvent être confondues cliniquement avec l’érysipèle, l’érythème simple et l’eczema rubrum.
L’érythème simple dure peu, se termine toujours par résolution ; c’est une cutite que l’on peut artificiellement produire par des frictions répétées sur la peau, par l’exposition au feu, au soleil, par des substances irritantes, et elle est généralement limitée; il n’y a jamais d’élevure sur la peau, il ne se produit aucune réaction sur l’économie (1). Ce sont ces érythèmes qui arrivent chez les
(1) Nous signalons ici comme curiosité, que cette maladie, comme l’érysipèle, a été mise à tort au nombre des maladies épidémiques, en 1828, dans une épidémie d’une maladie appelée acrodynie (Dezeimeris, Dictionnaire en 30 vol., art. Acrodynie). « L’érythème apparaît à des époques
NOSOGRAPHIE
personnes chlorotiques, et qui ont été mis à tort au nombre des érysipèles. Du reste, il ne faut pas oublier qu’un érythème peut être suivi d’érysipèle.
Dans l’eczema rubrum il y a quelquefois de la fièvre; il arrive à la face souvent, il peut occuper une très grande étendue ; mais ce qu’il faut bien savoir, c’est que dès le premier jour il y a des vésicules formées sur les parties rouges, ce qui n’a jamais lieu dans l’érysipèle.