‹ Traité de l'erysipèleChapitre 19 sur 20 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

M. Lepelletier (de la Sarthe) a donné, nous l’avons vu, une division satisfaisante des traitements multipliés qui ont été dirigés contre l’érysipèle et constituaient les méthodes expectante, antiphlogistique, répercussive, dérivative, ectrotique, mercurielle, tonique, compressive et divisante. C’était là une tentative heureuse pour classer des médicaments sans nombre, et M. Lepelletier avait à peu près tout classé. Mais depuis, de nouvelles expériences ont introduit de nouveaux médicaments, et l’on ne peut plus guère maintenant diviser autrement les médicaments qu’en deux groupes distincts, les médications générales et la médication locale et topique, les deux ordres de moyens de traitement que nous avons à étudier pour y choisir ou y combiner des éléments de guérison sinon souverains, du moins utiles.

Nous n’avons pas eu le courage de compter tous les médicaments anciens et nouveaux, que chacun est tenté d’augmenter encore. Du reste, cette énumération longue de topiques, de répercussifs empruntés au règne végétal et à la chimie, aurait été réellement un luxe sans profit. Que le lecteur se reporte aux pages où il est traité de la médecine de Paul d’Égine, de Guy de Chauliac, il trouvera

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un certain nombre de ces médicaments perdus, repris, oubliés, et qui reparaissent de temps en temps sous une autre forme et dans d’autres combinaisons, ce qui leur donne un air de nouveauté. Ceci n’est point une critique toutefois, et si l’on peut dire que la secte méthodique avec Thessalus avait inventé le sinapisme contre l’inflammation, c’est-à-dire une dérivation, et qu’ Alexandre de Tralles employait le vésicatoire contre l’érysipèle, il n’est pas moins vrai que Pelletan, Dupuytren, Larrey et Lawrence eurent une part réelle à la réhabilitation du vésicatoire dans l’érysipèle, et que M. Velpeau en a bien démontré un des modes d’action. S’il est vrai qu’Antyllus ait employé les scarifications sur les rougeurs inflammatoires des jamhes, il ji’est pas moins exact queDobson(l) et Lassis ont bien défini l’usage des mouchetures et scarifications.

Depuis Hippocrate, la saignée remise en honneur, reléguée au nombre des choses inutiles, a passé par des phases répétées de vogue et de discrédit.

Naguère encore, M. Bouillaud attribuait la guérison des érysipèles spontanés à des saignées pratiquées régulièrement, et M. Velpeau venait ensuite déclarer l’ineflicacité de la saignée. Les médecins éclectiques acceptent la saignée; les uns avec Pearson (-2), Bateman, n’admettent la saignée que chez les individus forts, en raison des phénomènes congestifs, de conditions spéciales, et cette opinion est généralement admise. Mais c’est surtout

(1) Lettre à Lawrence, 1828. Med.chir. tram , t. XIV.

(2) Principes of surgery.

de l’érysipèle.

lorsque des phénomènes cérébraux apparaissent, qu’une violence portée sur la tête a pu produire des lésions cérébrales en même temps qu’une plaie, que la saignée est indiquée par tous les auteurs modernes.

La méthode dérivative appliquée sur le tube digestif n’est pas beaucoup moins ancienne que la saignée. Hippocrate purgeait les individus qui avaient un érysipèle autour d’une plaie; Galien, frappé sans doute des vomissements bilieux, avait conclu, grâce au raisonnement, qu’il fallait, dans une maladie dont on pouvait attribuer la cause à un excès de mauvaise bile, faciliter l’effort de la nature qui tendait à expulser cette humeur viciée.

Jusqu’à Richter, Borsieri, Astruc et Desault, les purgatifs simples étaient employés pour produire la révulsion sur le tube intestinal. A partir de ces auteurs, les purgatifs furent plus variés : les drastiques, l’antimoine sous forme d’émétique, d’éméto-cathartique, le petit-lait émétisé, devinrent des remèdes classiques contre l’érysipèle, et ont conservé des partisans encore de nos jours.

Les médicaments cholagogues ont disparu avec la théorie ancienne de l’érysipèle : les sels de Paracelse, Van Helmont et Sylvius, ont suivi dans l’oubli la corne de cerf, la morelle, la joubarbe, le pourpier; les diaphoniques, les diurétiques furent laissés de côté, après avoir survécu assez longtemps en Allemagne ; mais en revanche , le sulfate de quinine (1), après un succès, a été rois en avant; l’alcoolature d’aconit, préconisée dans l’infection purulente, fut appliquée à l’érysipèle, non plus à titre de

(1) Vuy. J. comp. du Dict. des études medicales, 1824, t. XX, c. 77.

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médicament propre à produire une fonction exagérée d’un système pour une révulsion quelconque, mais bien à titre de spécifique.

Pour juger la valeur de ces diverses espèces de traitement, il suffît de se rappeler que tous ont joui, dans un moment donné, d’une faveur égale, et qu’ils ont été ensuite remplacés. C’était dire leur insuffisance. L’alcoolature d’aconit est à son début, et peut-être même déjà délaissé par son inventeur. Dans nos observations, il a été employé; il a réussi une fois associé à la pommade au sulfate de fer. Mais tant d’autres médicaments ont réussi et ne sont point demeurés dans la thérapeutique !

Voilà pour la médication générale. La médication locale est plus variée encore, depuis les sangsues appliquées directement sur l’érysipèle (Vogel, Broussais), les ventouses, jusqu’aux lotions de sulfate de fer et la poudre d’amidon. Toutes les classes possibles de médicaments ont fourni leur contingent à l’érysipèle, le fer rouge (1) appliqué sur la plaie, sur les rougeurs, le vésicatoire, la cautérisation au nitrate d’argent, tout a été employé depuis la terre cimolée jusqu’aux pommades les plus variées. A parLir d’Hippocrate jusqu’au siècle dernier, une longue suite de topiques, emplâtres, cataplasmes, attaqués par les uns, défendus par les autres, a été définitivement reléguée dans les souvenirs de la médecine pendant les beaux jours de l’Académie de chirurgie. Il en est de même de l’acétate de plomb (Desault), l’acétate de potasse (Renauldin), le sulfate de fer, auquel M. Velpeau, son propa-

(1) Larrey, Clin, chir., t. I.

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gateur, n’a presque plus recours. Le bain est abandonné; une seule chose est restée et s’est perpétuée pendant plus de deux mille ans : l’eau de fleur de sureau.

Nous bous sommes demandé pourquoi ce médicament avait survécu au milieu de tant de ruines* et il nous paraît que ce médicament inoffensif n’ayant jamais mérité les reproches qu’Hoffmann avait adressés aux autres topiques, on l’avait conservé par habitude. D’un autre côté, n’estil pas incontestable que l’eau de sureau joue le rôle d’un simple émollient; et l’expérience n’a-t-elle pas appris qu’avec des émollients et un régime convenable , un nombre considérable d’éfysipèles dits spontanés ont guéri ?

C’est là un fait d’une grande importance et sur lequel j’insiste particulièrement : l’érysipèle étant une inflammation dans le réseau capillaire lymphatique, comme le phlegmon est une inflammation du réseau capillaire sanguin, il y a tout lieu de penser que la thérapeutique qui convient à l’un n’est pas différente de celle qui convient à l’autre. Or, l’expérience a appris que le cataplasme est le seul topique convenable dans la généralité des cas de phlegmons. Que conclure sans doute que le cataplasme est un excellent topique pour l’érysipèle? Mais comme Boyer, avec son maître Dessault, le fait très bien remarquer, le cataplasme surcharge la partie qu’il recouvre, et le cataplasme émollient est avantageusement remplacé par les compresses d’eau de sureau.

Cependant tout n’est point fait lorsque l’on a recouvert le phlegmon d’un cataplasme. M. Velpeau nous apprend (Clinique chir., I. I, Érysipèle) qu’il a obtenu de bons

N0S00RÀM1IE.

effets du vésicatoire, et nous l’avons entendu répéter souvent, que s’il n’empêclie pas le phlegmon de suppurer, il lntte la suppuration .Enfin, lorsque le phlegmon est verni à suppuration, l’incisioh est en dernier ressort le traitement efficace du phlegmon. Mais personne aujourd’hui n’imagine qü’ll y ait un topique spécifique contre lé phlegmon, et une médication qui l’empêche de suppurer.

Dans l’érysipèle, il a été fait comme dans le phlegmon, le vésicatoire a été fréquemment appliqué au temps de Dupuytren sur les érysipèles; les mouchetures qui représentaient en petit les incisions préventives dans le phlegmon diffus, ont également été suivies de succès : cependant les chirurgiens n’en font point l’objet d’une pratique générale. On a bien vu Baudens (1) abraser avec un rasoir la superficie de la peau affectée cl’érysipèle; mais aujourd’hui rarement on a recours à ces différentes méthodes de scarifications.

Nous avons vu le vésicatoire arrêter l’érysipèle (2), et les considérations auxquelles nous nous sommes livré sur la nature de l’érysipèle, rendent compte de son action autrement que jusqu’ici elle n’avait été comprise. Le vésicatoire, dans la thèse de M. Lepelletier, est placé dans la classe des dérivatifs : ce que nous avons vu engagerait plutôt à le placer dans la méthode ectrotique. En effet, les vésicatoires ont agi lorsqu’ils étaient placés à la limite de l'érysipèle, et qu’ils détruisaient une zone de lymphatiques

(1) Expériences, t. V.

(2) Lawrence parle déjà du vésicatoire à la limite de l’érysipèle.

de l’érysipèle.

sains au-dessus de l’érysipèle. Nous avons encore remarqué que, quand un vésicatoire avait été placé, et que l’érysipèle montait au-dessus, au tronc par exemple, l’érysipèle n’allait pas là où le vésicatoire avait été placé. Rappelons encore que dans une observation de Lepellelier, l’érysipèle avait respecté la place où une forte cautérisation avec du nitrate d’argent avait été faite pour limiter un érysipèle de la face ; et l’on comprendra que le vésicatoire agit comme toute manœuvre, ayant pour effet de détruire le réseau capillaire, et pourra limiter, momentanément au moins, l’inflammation érysipélateuse.

Les mouchetures nous paraissent moins avantageuses parce qu’elles n’intéressent pas que la couche superficielle de la peau ; parce que, lorsque l’érysipèle suppure, c’està-dire lorsqu’il se forme des vésicules, elles se vident seules; ou lorsqu’elles tardent à s’ouvrir, une piqûre d’épingle suffit pour évacuer toute la sérosité purulente. Les mouchetures ne valent pas mieux que les sangsues, sauf qu’elles tirent moins de sang.

Nous arrivons à la partie la plus importante du traitement de l’érysipèle. L’ensemble des moyens que l’on peut utiliser contre cette maladie : le purgatif initial, la diète aux bouillons, l’eau de sureau ou un corps gras, auquel M. Velpeau attache de l’importance, lorsqu’il recommande l’onguent mercuriel, ont réussi dans beaucoup de cas simples. L’émétique en lavage, associé aux poudres d’amidon, aux cataplasmes de fécule, comme topique, ont également réussi. Enfin, de simples boissons délayantes et acides, des lavements émollients et des compresses

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d’eau de sureau ou de l’axonge, ou de la poudre d’amidon seule, ont donné de bons résultats.

Dans nos observations, 16 malades ont été traités exclusivement avec des compresses d’eau de sureau sur la partie malade et des boissons délayantes, là malades ont guéri ; oh malades ont été traités par les onctions mercurielles, 11 guérirent, 2 moururent d’une maladie survenue après l’érysipèle ; 2 malades furent traités par les mouchetures et les compresses d’eau de sureau et guérirent.

Des traitements mixtes ont été appliqués, les antiphlogistiques, l’eau de sureau, l’onguent mercuriel (obs .XXIII etLX), l’acoolature d’aconit (obs. XXVI), 3 morts. Des traitements où prédominait la pommade au sulfate de fer (obs. IX, XIV, XX, XXXI, LXII) ont été suivis de 2 guérisons; l’aconit à l’intérieur, le sulfate de fer en topique ont réussi 1 fois ; le perchlorure de fer à l’intérieur avec les onctions mercurielles employé seul une fois a procuré 1 guérison (obs. VIII) ; le laudanum pur a été employé trois fois, 2 guérisons ont été obtenues.

Certes si nous n’avions pas ici nos observations, une conclusion serait naturellement tirée. L’eau de sureau et les boissons délayantes sont les meilleurs moyens à employer contre l’érysipèle. Nous nous garderons bien même de le penser. Nos observations nous apprennent que le succès des médications tient moins à leur qualité qu’à l’état du malade, à la gravité des complications et des lésions qui se joignent à l’érysipèle. Telle médication a réussi parce qu’il n’y avait qu’un simple érysipèle.

Le vésicatoire a été employé six fois; il y a quatre faits

de l’érysipèle.

négatifs, ils nous inspirent cependant une idée favorable touchant l’action du vésicatoire comme moyen ectrotique; dans un cas, le vésicatoire n’avait pas été appliqué exactement. Du reste, les malades étaient déjà atteints d’infection purulente ; dans un autre, l’érysipèle s’était étendu en respectant la place du vésicatoire. L’observation XLV est plus claire.

Nous pouvons donc conclure au moins que dans les cas d’érysipèle sans autre maladie intercurrente ou concomitante, un traitement local simple suffit, l’eau de sureau par exemple , et que les troubles digestifs auxquels la production de l’érysipèle a quelque rapport sont heureusement combattus par les moyens simples qui sont journellement mis en usage, tels que les purgatifs ou émétiques, recommandés pour les érysipèles dits spontanés.

Mais tous ces traitements échouent avec une régularité désespérante dans un nombre considérable d’érysipèles, parce qu’une méningite se déclare, parce que l’infection purulente se produit ou existe en même temps que l’érysipèle. Alors d’autres médications doivent être tentées. Le sulfate de quinine employé par M. Beau dans la fièvre puerpérale, par M. Nélaton dans l’infection purulente, peut être d’un bon usage ; l’alcoolature d’aconit, peut être employée ainsi que le camphre (Barbette, Joseph Franck, M. Velpeau, M. Malgaigne) pour certains érysipèles en particulier.

Suivant le lieu où apparaît un érysipèle, suivant l’âge des sujets, beaucoup de médecins et de chirurgiens ont pensé qu’il convenait de modifier le traitement. Ainsi

NQSOGJUPIIIE. 214

dans Oribase (4) pn trouve nettement, formulé qu’il est bon de saigner la veine linguale dans l’érysipèle de la tête, comme de nos jours Legroux proposait, en 18(50 (2), la glycérine pour les érysipèles de la région ombilicale des nouveau-nés. Dans l’observation rapportée, l’enfant guérit de l’érysipèle et mourut du muguet. Dans le livre de M. Bouchut (3) nous trouvons qu’en Angleterre Hamillon Bell et C. Bell donnent le perchlorure de fer à l’intérieur pour les enfants, comme cela a été fait depuis pour les adultes. Shott (de Philadelphie) donne aux enfants le sublimé en lotions et en bains. Enfin M. Bouchut parle du vésicatoire à la limite de l’érysipèle.

Suivant la forme des symptômes, c’est-à-dire des complications, il a été proposé des moyens divers. Ainsi Astruc (à) recommande « la saignée dans l’érysipèle inflammatoire et vante l’émétique dans l’érysipèle bilieux» .

En résumé, nous croyons que le traitement émollient, les compresses d’eau de fleur de sureau ou d’une plante émolliente appliquées sur l’érysipèle, ou bien un corps gras sont d’excellents moyens quand il n’y a absolument qu’une inflammation du réseau lymphatique ; une surveillance vigilante de l’état des fonctions digestives est encore indiquée, et depuis Fabrice d’Acquapendente est restée l’objet de la pratique d’un bon nombre de médecins judicieux; une diète aux bouillons, mais sans vin, paraît être d’un bon usage.

(1) De erysipelato cerebri, lib. VIII.

(2) Gazette des hôpitaux, n° 57.

(3) Traité des maladies des nouveau-nés, Paris.

(4) Trac t. de tumoribus, lib. II, ch. I.

de l’érysipèle.

Quant à ces érysipèles qui arrivent chez des individus portant une plaie récente et qui est promptement suivie de symptômes graves, on peut chercher à limiter l’érysipèle par un vésicatoire, chercher à combattre l’infection purulente par des moyens même douteux, mais il vaut mieux chercher à la prévenir; les tentatives de ce genre réussissent plus souvent.

Si des phénomènes cérébraux morbides apparaissent, la saignée est encore un moyen auquel une confiance légitime peut être accordée, mais sans espoir de succès constants; elle peut être employée avec une foule d’autres médicaments, auxquels les médecins et les chirurgiens reprocheront encore longtemps de ne point leur fournir les moyens de combattre l’infection purulente. C’est que ces médicaments ne donneront point aux malades un autre sang, et c’est là seulement ce qu’il leur faudrait, et qui sait si un jour un médecin hardi n’osera pas tenter alors la transfusion du sang?

Les méningites qui surviennent après un érysipèle peuvent être combattues par les moyens préconisés dans l’érysipèle, l’émétique à dose rasorienne, le calomel à dose fractionnée, la saignée; et l’indication du moment où il convient de les appliquer ressort surtout des phénomènes nerveux morbides et de leur intensité.

Joseph Frank parle du moyen de prévenir le retour des érysipèles périodiques, d’une prophylaxie, les bains sulfureux sont conseillés, il vante les eaux minérales, l’usage du raisin et du petit-lait. Mais M. Trousseau nous dit que des personnes atteintes d’érysipèle périodique ont cessé d’être atteintes de ce mal en guérissant une écor-

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chure, une plaie, une scrofule qu’ils portaient habituellement, et cette dernière assertion nous paraît une vérité incontestable. Et nous, qui considérons les érysipèles spontanés de la face comme traumatiques, comme les effets d’un refroidissement ou d’un coup d’air, pour me servir d’un mot populaire, nous recommandons aux individus mal à l’aise de s’observer, de se soigner au moment des changements de température ; il faut spécialement conseiller aux femmes de s’observer à leurs époques, afin que leur état ne les rende point plus aptes à contracter un érysipèle sous l’influence d’un refroidissement insensible.

Il ressort de la dernière discussion académique que les hôpitaux laissent à désirer sous le rapport de l’aération, que l’atmosphère des salles devient une cause d’érvsipèle, et que c’est surtout dans ce sens que les améliorations doivent porter. Il y a du vrai. Il serait inexact de dire que les hôpitaux sont parfaits et qu’on ne peut rien imaginer de mieux; ce serait admettre gratuitement un terme au progrès.

Pour notre part, sans vouloir entrer dans une discussion en dehors de notre sujet, nous dirons néanmoins que certains hôpitaux, en dehors du défaut d’aération, n’offrent pas d’autre inconvénient que la situation des malades vis-à-vis de trois puissances inégales : l’élève, la religieuse ou surveillante et l’infirmier. Nous possédons des faits que nous ne voulons pas énumérer ici ; nous nous empressons toutefois d’ajouter que nous les considérons comme des exceptions. Nous avons vu assez

21 h de L’érysipèle.

souvent les religieuses entourer de soins les mourants pour mettre sur le compte de leur inexpérience, de la multiplicité de leurs offices les contre-prescriptions qu’elles donnent pour punir les mauvais sujets qui troublent l’harmonie de la salle, et la régularité des prières, si pieusement observée par ces femmes dévouées aux malheureux. L’infirmier peut être facilement replacé dans son rôle. Quant à l’élève, il est le premier à regretter son inexpérience.

Une grande responsabilité appartient à tous ; il faut bien qu’on le sache si le malade est levé, si on lui ouvre une fenêtre au-dessus de la tête, si on le laisse se promener; si on lui donne ou on lui laisse entrer du vin, des aliments, il y a imprudence et de pareils écarts peuvent lui être funestes. Mais ce serait une faute de laisser les plaies à découvert, de ne pas s’occuper scrupuleusement de celles-ci entre le temps qui s’écoule depuis l’entrée du malade jusqu’à la visite du médecin; comme le malade qui se confie aux soins du médecin est coupable de ne point exécuter des recommandations qu’il enfreint toujours au prix de sa santé.

On verra dans nos observations que c’est peut-êtfè à des fautes du genre de celles dont nous venons de parler que des érysipèles ont pu être attribués; mais, je le répète encore, ce ne sont là que des exceptions, exceptions que je prendrais pour faire ressortir davantage les mérites des maîtres, des élèves, et de tous ceux qui participent dans l’administration des hôpitaux à la plus noble des bienfaisances.

Pour les érysipèles nés en ville, la personne la plus

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répréhensible c’est le malade qui ne s’est pas soigné. Si délicates que soient ces questions, elles ne sont pas déplacées dans ces lignes, où il est question de prévenir l’érysipèle.

Pour le traitement prophylactique de l’érysipèle en général, il nous faut avoir présente à l’esprit cette loi que, quand même il y aurait des constitutions médicales bien démontrées, ce qui n’est pas, il est urgent de se préoccuper de mettre tous les individus dans la condition de ceux qui échappent à l’influence de ce qu’on a appelé le génie épidémique. Considérons qu’il y a des individus qui guérissent bien de tous leurs maux, étudions-les, voyons leur hygiène, et prescrivons à tous la manière de vivre de ceux qui dirigent le mieux leur santé. La médecine hygiénique est celle qui prévaudra avec le temps. La prophylaxie des maladies depuis un demi-siècle devient l’objet d’études sérieuses. Entrons donc dans cette voie.

De ce que les plaies bien soignées chez des individus dont le régime, le genre de vie, les habitudes sont réguliers, guérissent bien, déduisons le traitement des plaies, et d’abord recommandons à tous d’éviter les excès, dont les conséquences se font sentir au moindre dérangement de leur santé, au moindre accident.

Dans les opérations, observons le tempérament du malade, les résultats de son hygiène sur sa santé. Que le chirurgien n’opère que les malades en état de supporter une opération, et qu’il prépare le malade à l’opération non-sèulement par le régime, mais encore par le genre de vie le plus voisin de celui que menait le malade avant

de l’érysipèle.

d’entrer à l’hôpital. Les Anglais ont établi le système de a préparation des malades aux opérations. Ainsi Baker Brown, nous ont dit plusieurs voyageurs qui sont allés en Angleterre, pendant un mois avant de pratiquer l’opération de l’ovariotomie, administre aux malades du quinquina, des toniques et du vin. Cela est pour le mieux, mais ce n’est pas tout.

En France, nos chefs de service prennent des dispositions analogues; un purgatif est donné avant l’opération. En principe, c’est une bonne chose ; mais en application les bons résultats ne sont pas constants, parce que tout n’est pas fait. L’homme n’est pas en danger seulement à cause du lieu qu’il habite, à cause du défaut d’aliment et de médicaments toniques, à cause d’un embarras gastrique ; l’homme qui change brusquement de genre de vie, de nourriture, qui passe d’un exercice actif à un repos absolu et qui se tient dans l’attente d’une opération devant laquelle son courage faiblit, celui-là est aussi en danger.

Tout ce qui s’est vu depuis quelques années tend à confirmer notre opinion. L’existence des érysipèles en ville , à la campagne, indique bien que ce n’est pas l’air des villes, l’insalubrité des hôpitaux, la constitution atmosphérique de Paris qui donnent lieu aux érysipèles, et l’on peut supposer avec juste raison que la constitution ndividuelle est surtout l’occasion du développement de la maladie, d’où l’indication de porter là surtout son a ttention.

Nous savons combien il est difficile de démontrer abolument la part que l’individu apporte au développement

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de la maladie. Nous ne pouvons nous appuyer que sur nos observations; on pourra toujours trouver cette statistique incomplète, on nous objectera les remarques des autorités en médecine, on nous dira : Où sont vos expériences? et nous n’avons que soixante-quatre observations auxquelles nous pouvons joindre d’autres observations éparses dans les livres, mais qui ne renferment point des recherches de la nature de celles que nous avons entreprises.

Une direction meilleure donnée à l’hygiène individuelle est donc un premier point de la thérapeutique que nous conseillons, et qui ne s’applique à l’érysipèle ni plus ni moins qu’à toutes les autres maladies inflammatoires. Certes il est difficile d’obtenir en peu de temps un pareil résultat. Les hommes, les uns par défaut de bien-être, les autres par un scepticisme de mauvais goût, d’autres enfin par impatience de toute espèce de frein apporté à l’exercice de leurs plaisirs ou de leurs vices, s’empresseront de discuter les recommandations qui leur seront faites, afin d’avoir un prétexte pour ne pas les suivre, et nos hôpitaux s’ouvriront encore longtemps pour des malades qui auront cherché eux-mêmes leur mal. Mais cela n’empêchera pas que les plus sages auront profité.

Il est un second point de traitement préventif de l’érysipèle qui est tout entier dans ce précepte : panser toutes les plaies et les bien panser. Qu’entendez-vous par bien panser, nous dira-t-on? Nos observations nous ont appris que les réunions par première intention et le pansement simple des plaies contuses, surtout à la face, ont presque

de l’érysipèle.

invariablement été suivies d’érysipèles, tandis qu’à côté, lés malades traités par une application rigoureuse d’eau froide ou un cataplasme, ou un pansement simple sans réünion préalable, ont été exempts d’accidents. Concluons donc que la réunion par première intention ne doit pas être appliquée à des plaies contuses, même régulières; que tous les pansements sont bons lorsqu’ils tiennent bien et recouvrent entièrement la plaie.

Nous avons encore vu que les imprudences, la nourriture,,1e vin (faits remarqués aussi par lés anciens), étaient contraires aux plaies; il en résulte donc celte autre indication, que les malades observent d’abord un repos absolu; quant à la nourriture, depuis quelques années, elle semble être remise à la mode avec un empressement qui ne s’explique guère. L’antiquité tout entière avait prescrit la diète pour prévenir l’inflammation. Ph. Boyer s’étant mis à nourrir ses blessés, des recherches furent entreprises sur ce point. Dans là thèse de M. Topinard, le fjrocédé anglais fut glorifié, et d’autres travaux du même genre que celui de ce dernier vinrent encore mettre en honnëür le système anglais. Cependant la pratique de Boyer et des Anglais n’est pas la même; Boyer nourrissait le jour même avec de la viande, tandis que les Anglais ne donnent des aliments solides que du deuxième au troisième jour à leurs amputés.

On observe bien souvent des malades qui ne supportent pas la nourriture, qui la prennent sans appétit. Dans des cas de ce genre, il est bon de s’abstenir; on peut faire manger des malades, mais on ne les fait pas digérer. A

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défaut d’aliments, il y a des médecins qui prescrivent du vin. Nous en avons vu administrer à des malades, et noils n’avons pas été surpris de constater chez ces malades une excitation factice cédant bientôt pour faire place à un état plus mauvais que celui où ils étaient avant l’administration du vin. Mais laissons ces remarques de côté, rie pouvant faire ici l’histoire et la critique des différents modes de traiter les blessés, reportons-rious seulement aux observations.

Pour ce qui a trait aux opérations, on peut voir que les malades acclimatés au séjour de l’hôpital, ou ceux pour qui l’hôpital est, relativement à leur habitation, uri bienfait, guérir merveilleusement, à moins d’un traumatisme très violent, à moins d’épuisement, tandis que les habitants des campagnes, jouissant d’une certaine aisance, ou d’un certain bien-être, sonL plus souvent atteints d’accidents, et ceci à la ville comrrie dans les hôpitaux. Il est donc pour ceux-là une obligation, Une préparation à l’opération.

D’un autre côté, le chloroforme agit à la manière des vapeurs alcooliques : cela n’est contesté par personne. Donc tous les opérés se trouvent, après l’opération, dans les conditions d’un individu qui s’est blessé pendant l’ivresse, et l’on sait quels dangers entourent ces malades. Je suis loin de condamner le chloroforme, il rend assez d’immenses services, mais je crois que s’il ne fait pas courir un danger aux malades, il doit imposer un redoublemen de soins pour le traitement des plaies d’opérations et la conduite ultérieure de la santé, et nous nous opposerons

220 UE l’érysipèle.

volontiers à la nourriture des opérés qui ont été soumis au chloroforme. Nous aimerions mieux les voir abreuvés d’une tisane délayante, et nourris de bouillons pendant les premiers jours, comme le font la plupart de nos maîtres, M. Velpeau et Nélalon en particulier.

Comment la plaie de l’opération doit-elle être traitée? Il faut se conduire comme pour les plaies contuses. La réunion par première intention né doit jamais être complètement tentée, à moins que ce ne soit sur la face et aux lèvres en particulier, où la réunion ne manque jamais pour ainsi dire, tandis qu’au sein et aux membres elle est aussi exceptionnellement réussie, qu’elle est manquée aux lèvres. Il paraît donc raisonnable de proscrire la réunion par première intention pour tous les cas, excepté pour la face; on transforme dans trop de régions des plaies régulières en plaies irrégulières où les liquides sont retenus.

La manière d’opérer n’est sans doute pas étrangère à la production des accidents en général, et semble engager à modifier le pansement en raison des manœuvres faites sur la partie opérée.

Nous avons vu faire deux opérations laborieuses, qui toutes deux ont été suivies d’érysipèle. Dans le premier cas, il s’agissait d’un enchondrome de la parotide, ayant des ramifications profondes. La tumeur dut être enlevée avec le doigt, arrachée pour ainsi dire par un procédé recommandé dans tous nos livres classiques. Le malade fut pansé simplement, deux jours après il eut un érysipèle (obs. VI).

L’autre malade était une femme très grasse, qui portait

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un squirrhe encéphaloïde du sein. Pendant l’opération il fut facile de constater l’existence d’une série de petits ganglions indurés et remontant jusque dans l’aisselle, assez haut; ils furent arrachés successivement, puis la plaie fut réunie en partie, par-dessus des bourdonnets de charpie et recouverte par un pansement simple. La malade, quoique opérée en ville, eut un érysipèle. Voilà deux opérations qui avaient été longues, la plaie avait été assez longtemps froissée. N’y aurait-il pas là une cause à laquelle on pourrait attribuer l’inflammation et l’érysipèle, et partant des indications thérapeutiques nouvelles?

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