PREMIÈRE PARTIE
HISTORIQUE
« Une multitude de médecins ont travaillé peutêtre depuis mille ans au perfectionnement de la science médicale. Celui qui voudrait étudier leurs écrits avec réllexion et zèle pourrait découvrir plus de vérités dans le court espace de sa vie que s’il avait couru pendant mille ans chez des malades. »
( Rhazès ad Almanzor, édit, latine Gerhard de Crémone, lit. IV, c. 22.)
« La connaissance des erreurs que l’esprit a déjà commises empêche de tomber dans des fautes semblables. »
( Bacon, Novum organum.)
En commençant l’histoire vraie de la médecine à Hippocrate, puisqu’il est d’usage que chaque auteur paye par quelque éloge un juste tribut à la mémoire de cet homme remarquable auquel rien n’a manqué, pas même l’odieuse calomnie de gens que son mérite incommodait, si nous ne disons pas qu’Hippocrate eut la gloire de fonder la médecine, et que le divin vieillard de Cos est au-dessus des soupçons d’un certain André, complaisamment rapportés par Eusèbe ( Prœparatio evangelica), nous resterons plein d’admiration pour le bon sens d’IIippo-
de l’érysipèle.
crate à une époque où il fallait avoir du génie pour juger sainement les choses.
Hippocrate avait su s’affranchir des idées mystiques et superstitieuses de son époque; laissant de côté le caractère divinatoire que des Asclépiade de Cos et de Griide avaient cherché à revêtir, il accepta la philosophie de Pythagore et d’Empédocle et leur physique, parce qu’il ne pouvait point leur substituer une meilleure théorie. Il observa des phénomènes maladifs et les décrivit. S’il dit que la hile engendre presque toutes les maladies, que l’inflammation est due à l’affluence du sang dans une partie, c’est qu’il avait vu, dans les maladies, les vomissements de bile, ce symptôme prodromique si fréquent, et qu’il supposait que la nature, en produisant ce phénomène, avait pour but d’expulser ce qui était nuisible à la vie; c’est qu’il avait vu les parties enflammées rougir et prendre une coloration qu’il attribuait avec raison à l’accumulation du sang. Deux mille ans d’observation n’ont point encore contredit cette conclusion d’Hippocrate.
Hippocrate, en général, décrivit des symptômes, des troubles fonctionnels le plus souvent comme des maladies. Pouvait-il en être autrement? Hippocrate ne savait pas ce que c’était qu’un organe sain et un organe malade.
Pour ce qui a trait à l’érysipèle, je ne crains pas de le dire, Hippocrate a vu ce que nous voyons aujourd’hui. Bref, sur les causes de l’érysipèle, il croit que celle maladie provient de ce que les malades ont respiré une humidité nuisible (1). Il rattache certains érysipèles, qui
(1) Prisca medicina , S II.
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paraissent être des phlegmons érysipélateux, à une constitution épidémique saisonnière (1); il dit encore : «Valde » autem multis contingerunt erysipelata permanebuntque » per æstatem et sub autumnum (2). »
Il parle de la rougeur du corps alternant avec le mal de gorge, ce qui n’est pas moins singulier que l’érysipèle de la matrice (3). « Dolor crura et lumbos pervenit, corpus » pustulis referlum est..., prægnanles interficit. » On trouve aussi décrit un érysipèle du poumon maladie des ivrognes , et tenant encore à d’autres causes, accompagné de vomissement, de pituite et de bile {h).
Dans les plaies de tète, Hippocrate signale l’apparition d’une tumeur qu’il appelle érysipèle, c’est l’érysipèle du cuir chevelu et de la face. Témoin ces lignes : « Tumor » rubicundus ad ervsipelatis naturam accedens in facie » et oculis utrisque... febris et rigor corripiunt. Inter- » dum ulcus se recle habeat (5). » Dans les Prorrhétiques , Hippocrate semble faire une distinction dans le feu sacré, « ut minimum periculi babet ex his qui serpunt. » Il avait vu l’érysipèle traumatique; il dit en propres termes qu’il faut purger le malade si l’érysipèle survient à une plaie (6). 11 juge l’inflammation de l’oreille mortelle, et la description qu’il donne de cette inflammation ressemble un peu aux oreillons et beaucoup à ces érysipèles du cuir chevelu étendus aux oreilles, et qui leur donne
(1) Epidémies, liv. III.
(2) Epidémies, liv. III, texte 23 et ap. 15, s. I.
(3) De natura mulicbri, S. V., p. 567, éd. Foës.
pi) De morbis, p. ^53, éd. Foës.
(5) De vulncribus capitis.
(6) De ulceribus.
U de l’érysipèle.
cet aspect particulier qu’on retrouve dans la description
d’Hippocrate (1).
Enfin tout le monde connaît le mot d’IIippocrale pour la rétrocession de l’érysipèle : ’Epu^tteXocç ?Ç«o0tv
S GU) TpZTZ zoQou oxjx àyaQlv. K«7t o0ev z%w àyaOôv (2). llippOCl’ate
encore, par des sentences dispersées dans ses divers livres, nous indique différentes conditions dans lesquelles il a vu l’érysipèle autour d’un os dénudé, etc. (3).
Une école sortie des livres d’Hippocrate n’ajouta rien aux travaux de ce grand homme jusqu’au moment où la philosophie de Platon, d’Aristote et des stoïciens introduisit, pour la première fois, le spiritualisme en médecine. Cet art s’arrêta alors dans la voie du progrès où le médecin de Cos l’avait engagé; mais, par une espèce de compensation, Aristote, qui ne s’était pas exclusivement voué aux spéculations métaphysiques, s’étant occupé avec
génie de l’étude des faits naturels, donna une impulsion aux recherches anatomiques. Érasistrate, Ilérophile sont connus pour leurs découvertes anatomiques, et dans leur médecine, tout hippocratique du reste, ils concilient la théorie ébauchée de l’âme avec l’anatomie, et avec les stoïciens et Aristote, ils conçoivent l’âme comme une vapeur exhalée du sang; pour ce qui a trait à notre sujet, Galien nous apprend (/i) que Érasistrate était d’avis que, pendant la diète, le cœur retire plus facilement le sang retenu dans les artères, « quo sane ila
(1) Epid,., lib. IV.
(2) Aph. 25, sect. VI, — et à peu près de même dans Coaques, 356.
(3) Aph. 19, sect. VII.
(4) De veriœ sectione.
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« peracto inflammationes minus contingent », et il prescrivait, comme Hippocrate, la diète pour les blessés.
Le spiritualisme médical de l’antiquité n’avait pas manqué de provoquer l’élévation d’une théorie contraire. L’école des empiriques, avec Gorgias, Héraclide (de Tarente), Sostrate et Héron, avait surtout en vue la thérapeutique. L’expérience accidentelle par essai, par imitation, était un excellent point de départ; mais les connaissances anatomiques étaient encore trop peu avancées pour que les empiriques pussent l’emporter. Cette école a créé des méthodes de traitement, mais elle n’a rien écrit'que nous devions citer ici.
En même temps que les écoles d’Alexandrie et d’Asie Mineure brillaient avec éclat, Rome restait à peu près étrangère au mouvement des sciences. Caton (1) donna bien quelques indications de médecine pratique pour le pansement des plaies, mais on trouve dans ce qu’il a écrit beaucoup de ces remèdes superstitieux qui rappellent les premiers temps de la médecine religieuse des successeurs d’Esculape. 11 n’y eut de médecins honorés à Rome qu’à partir d’Asclépiade (de Bithynie), ce médecin grec qui vint apporter à Rome une théorie nouvelle des maladies fondée sur la seule étude des causes, et une thérapeutique facile, qui plut aux maîtres du monde. La doctrine méthodique fut instituée. Thémison, le disciple d’Asclépiade, établit les bases d’une nouvelle médecine, toute conjecturale.
De tout temps, il y a des esprits qui restent inaccessibles aux séductions des théories et qui envisagent les faits
(l) De r e rustica.
de l’érysipèle.
tels qu’ils se manifestent, et qui ne comprennent pas que ’on puisse fonder une méthode ou une théorie sur une hypothèse. Celse fut de ce nombre. Sans s’arrêter aux théories de la vie, il poursuivit l’étude des faits; il ne fut ni dogmatiste, ni empirique, ni pneumaliste, ni méthodiste. Aussi nous a-t-il laissé sur l’érysipèle un chapitre qui peut compter parmi les meilleurs dans ce genre. Bien que le prolixe Galien ne parle pas de cet auteur, Celse n’en reste pas moins une autorité, surtout pour notre sujet.
Comme Hippocrate, Celse étudie les plaies et leur traitement; il pose en principe qu’il faut sur-le-champ donner tous les seins pour empêcher l’hémorrhagie et l’inflammation; il dit qu’il est bon de laisser dégorger les plaies et recommande de les bien nettoyer. Un cataplasme émollient convient si la partie est d’une texture molle ; il croit bon de ne point nourrir les blessés, mais on doit avoir égard aux forces des malades, et si on les nourrit, il faut donner une alimentation légère. La tuméfaction d’une plaie dénote une grande inflammation.
11 n’est pas mauvais de faire vomir les blessés.
Celse conseillait de laver les plaies après le troisième jour, et surtout de ne jamais les laisser dessécher.
Si l’inflammation est considérable, s’il n’y a aucune apparence que les bords se réunissent, on a recours aux suppuratifs; on se sert d’eau chaude pour résoudre l’engorgement, amollir les duretés et accélérer la formation du pus (1).
Celse dit que, lorsque la plaie est détergée, l’eau chaude
(1) Celse, lib. \, secl. XXVI, trail. Fouquier, 1824.
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ne convient plus que pour emporter lu sanie. L’emplâtre tétrapharmaque, la charpie mêlée avec l’huile rosat, conviennent bien pour la régénération des chairs; mais ce qui valait mieux, à son avis, c’est l’usage modéré .du bain. Les aliments d’un bon suc doivent alors être donnés. Le vin est contraire dans toutes les blessures.
Comme ses prédécesseurs, Celse rangeait l’érysipèle parmi les inflammations. Tout ce que nous venons de rapporter trouve donc ici sa place. Les passages suivants sont encore plus importants.
Celse a décrit aussi une complication des plaies que l’on appelle aujourd’hui érysipèle gangréneux, et qui, selon notre auteur, atteint les vieillards et les hommes d’une mauvaise constitution. 11 explique très bien la propagation de l’inflammation.
« L’érysipèle, dit Celse, survient non-seulement à la » suite des plaies, mais encore indépendamment de toute d blessure; il est même quelquefois, dans ce cas, plus d dangereux, surtout s’il occupe les environs du cou ou » de la tête. »
Puis vient une longue liste de moyens thérapeutiques contre l’érysipèle, des topiques répercussifs et rafraîchissants, la céruse étendue avec du suc de solanum ou de la terre cimolée, délayée dans de l’eau de pluie, ou de la farine détrempée dans de la même eau; puis il prescrit d’appliquer par-dessus une feuille de bette, et par-dessus un linge trempé dans l’eau froide; il prescrit encore ce Uniment : soufre, céruse et safran, de chacun 12, broyés dans le vin. S’il y a des duretés, on broie des feuilles de solanum, et on les incorpore dans de l’axonge.
de l’érysipèle.
Celse ajoute : Si l’érysipèle offre une couleur noire, mais s’il ne s’étend pas aux parties saines..., il y a là une confusion. Celse rapporte à l’érysipèle un mal qui ne ressemble en rien à ce' qu’il a décrit plus haut, et qui parait être la gangrène survenant autour des vieux ulcères ou des plaies enflammées.
Le feu sacré, dans Celse, n’a aucun rapport avec l’érysipèle ; c’est là une erreur à relever chez beaucoup d’historiographes médicaux.
« La peau est raboteuse, parce qu’elle est recouverte » de pustules très rapprochées, fort petites et d’une égale » dimension entre elles. Ces pustules sont presque tou- » jours remplies de pus et souvent accompagnées de rou- » geur et de chaleur. Le mal s’étend quelquefois d’un » autre côté, tandis que celui qui a d’ahord été attaqué 9 se guérit. Quelquefois les pustules venant à se rompre, ® ne forment qu’un ulcère d’où découle une humeur qui » tient le milieu entre le pus et la sanie. » Voilà une description qui ressemble singulièrement à de l’eczéma. Le reste de la description laisse cependant des incertitudes; Celse dit que ce mal attaque la poitrine, les côtés et surtout la plante du pied. Sous le nom de feu sacré , on comprenait sans doute le zona, le pemphigus, et peutêtre le psoriasis plantaire ou l’eczéma fendillé des parties dont l’épiderme est épais.
On ne comprend pas bien non plus la seconde espèce de feu sacré qui est décrite par Celse; elle a beaucoup de caractères de l’eczéma, surtout à ce trait : < Cette seconde 9 espèce attaque presque toujours les personnes avancées » en âge et se manifeste principalement aux jambes. »
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Du reste, dans Yignis sacer, il n’v a pas de fièvre, ou, si elle existe, elle est « le remède naturel pour le mal. » Toute une longue suite de médecins dont les noms nous ont été conserves par Gelsc, Galien, Aétius, Oribase, remplirent un siècle entier sans apporter de nouveautés que nous ayons à signaler. Depuis le Traité de chirurgie perdu de Philoxène, depuis Antonius Musa, le méthodiste qui mit en honneur les fomentations froides, d’où le mérite attribué à Musa d’avoir inventé l’hydrothérapie, jusqu’à Scribonius Largus, qui décrivit le zona (1), rien de nouveau. Ce n’étaient point les hommes comme Xénophon et Pamphile, cités dans Tacite comme ayant été soupçonnés de participation à l’empoisonnement de Claude (2); ce n’étaient point les médecins spécialistes, oculistes, dentistes, herniaires, lithotomistes, phlébotomistes, etc., dont Suétone nous a conservé la désignation; ce n’étaient point non plus les Ménécrate, les Anthéro, les Bassus qui pussent quelque chose.
Un nouveau champion du méthodisme, Thessalus, fit plus de bruit et modifia les idées de Thémison, et il établit en principe, nous dit Galien (3), qu’il fallait ôter tout ce qui est étranger à l’égard du corps ou de son état naturel. Aussi prescrivait-il sur les rougeurs des jambes ou d’autres parties des sinapismes, des révulsifs en un mot.
Outre Thessalus et les grandes individualités, comme Arctée, Léonide et Antyllus, l’histoire de la médecine est
(1) Compendium, 53.
(2) Annales, üb. XII.
(3) Introduction.
10 r>E l'érysipèle.
chargée de noms comme Epigonus, Zénon, Harpocras, Magnus (d’Éphèse), le cosmétique Griton, Apollonius (1), qui n’étaient guère connus que par des formules. Pline ne nous a conservé le souvenir d’un certain Xénocrate que pour blâmer justement une pharmacopée immonde qui rendit nécessaire Dioscoride, célèbre du reste par sa thérapeutique, et par cet axiome, que les corps gras sont nuisibles pour les pansements. Andromaque, Lycus, suivirent les traces de Dioscoride, mais restent moins connus.
Mais pendant que Rome cessait d’être un centre d’instruction, les autres villes voyaient s’élever dans leur sein des individualités remarquables.' Arétée (de Cappadoce), l’émule d’Hippocrate; Pline (2), qui, professant un goût particulier et une certaine compétence en médecine, dans son XXIVe livre, décrivit bien le zona, comme Scribonius Largus antérieurement; Soranus et Gœlius Aurelianus, l’accoucheur Moschion, un des Hérodote qui fit une étude approfondie du bain. Enfin des auteurs comme Archigène (d’Apamée), qui avait vu les érysipèles de la face à la suite des plaies de tête, puisqu’il dit que le pronostic des plaies de la tête est peu grave lorsque les bourgeons se sont formés, et que l’érysipèle qui couvrait la face a disparu. lléliodore, qui proposa le débridement des plaies de tête pour prévenir l’inflammation. Puis, à côté d’une foule d’écrivains obscurs, nous voyons paraître Rufus (d’Éphèse) et Léonide, dont la plupart des écrits ne sont connus que par Aétius (3), Galien et surtout Paul d’Égine,
(1) Galien, De remcd. facile.
(2) Histoire naturelle.
(3) Aétius, sect. U et IV, cd. Cocchi.
HISTORIQUE
qui semblait avoir une prédilection pour ces auteurs. Enfin Antyllus qui, dans son Traité sur la saignée, dit : « Les » conslrictions trop fortes, chez les personnes délicates, » produisent des érysipèles et des abcès. » Il parle d’une façon étendue des scarifications dans l’inflammation et probablement dans l’érysipèle, et pour préparer les parties, il prescrivait un bain (1).
Puis apparaît Galien (2), de Pergame, sous le règne de Marc Aurèle. Critique quelquefois partial, cet érudit de l’antiquité eut le mérite de replacer le progrès médical dans sa vraie voie , en attaquant tous les systèmes qui s’étaient élevés autour des traditions hippocratiques, et en constituant ce que nous pourrions appeler le positivisme de l’antiquité.
Galien essaya une théorie médicale. Bien qu’il procédât franchement d’Hippocrate et un peu d’Asclépiade, il fonda ses doctrines médicales sur la physiologie, sa physiologie sur la physique, sa physique sur la philosophie, qui était alors non plus seulement une spéculation sur la métaphysique, mais bien une étude des phénomènes de la nature. Galien comprenait peut-être déjà le mot de Newton : il n’y a pas de faits isolés.
Ce médecin s’est vu attaqué après avoir été pendant quinze siècles la. grande autorité des médecins de toute école ; en a-t-il perdu pour cela le mérite d’avoir fourni à la médecine autre chose que des curiosités bibliographiques? Non certes. Galien avait fait lout ce qu’il pouvait faire, et il a posé des principes qui sont encore
(1) Dujardin, Hist. de la chir., t. II, 1. V.
(2) Galien, Comp. med. sec. loc., lib. III, et coll. d’Oribase.
de l’érysipèle.
journellement mis en pratique. Beaucoup des campagnes heureuses contre les livres galéniques après un triomphe éclatant, n’ont été qu’un succès d’une année. Et si l’on a renversé, par exemple, la théorie des esprits vitaux formés dans le foie, organe fahricateur du sang, les travaux modernes, en plaçant le foie parmi les glandes vasculaires sanguines, n’ont-ils pas, à part les expressions devenues insuffisantes, rétabli en la démontrant la valeur de la conception de Galien? Bien plus, la théorie des altérations du sang, entrevue par Galien comme cause de maladies, n’a-t-elle pas encore de nos jours été l’objet de nouvelles démonstrations?
Les reproches que mérite Galien sont sa prolixité, sa partialité envers les auteurs qu’il cite. C’est encore une diffusion de son style, qui était une conséquence de la décadence des lettres, manifeste déjà dans tout l’empire romain.
Galien parle de l’érysipèle ; dans un grand nombre d’endroits on ne trouve point, comme dans Gelse, une description de cette maladie.
Galien dit, avec Hippocrate, que la hile, humeur fondamentale, produit l’érysipèle par son abondance contre nature, par son mélange avec le sang. Il cherche à séparer quelques maladies de l’érysipèle en établissant une division de l’érysipèle; et il a une tendance à localiser celte inflammation à la peau dans ce qu’il désigne sous le nom d’érysipèle exquis (1).
Les causes (2) de l’érysipèle sont étudiées, et nous y
(1) Ad Glaucon.
(2) De causis morborum, lib. I.
HISTORIQUE. 13
trouvons la chaleur extérieure, les aliments échauffants, la putréfaction des matières stercorales, la lassitude, un exercice immodéré, la colère. A propos de l’érysipèle de la face, Galien fait cette réflexion : <• L’érysipèle survient : « diuturnæ moræ in locis soli expositis nudis totum cor- » pus quibus veslibus operti sunt solum caput. » C’est l’érythème par insolation ; mais on peut se demander si l’opinion de Galien n’était pas que l’érysipèle en général se porte de préférence aux parties découvertes.
A propos de l’épidémicité de l’érysipèle, Galien dit : « C’est au commencement de l’été et à la fin du printemps que les érysipèles apparaissent le plus souvent : «Quando »(sanguis) impetum fecerit ad aliquam corporis partem »aliis debiliorem in ipsa vel inflammalio, vel erysipelas, »vel aliud operitur (1). »
En fait de traitement (2), bien que Galien admette la saignée bonne pour l’inflammation en général, il pense ainsi pour le traitement de l’érysipèle : « Non tamen ex »vena in talibus sanguinem mittere tantum modo expur- »gare sufllcit. »
L’érysipèle survenant après les plaies de tête, le pronostic, la métastase de l’érysipèle sont empruntés à Hipcrate, et toute la collection des médicaments topiques cholagogues se trouve réunie en nombre considérable dans le livre qui est attribué à Galien : De remediis facile parabilibus.
Après Galien nous ne trouvons plus d’individualités saillantes ni dans les archiatres impériaux ni dans les
(1) Comm., ap. 15, sect. I.
(2) Ad Glaucon, lib. II, et Metli. med., lib. XIV.
l/i de l’érysipèle.
écoles ; il nous faut arriver jusqu’au règne de Julien pour trouver des hommes célèbres. C’est d’abord Oribase, qui commença la série des compilateurs. Aétius, Alexandre de Tralles et Paul d’Égine nous mènent jusqu’au vif siècle de l’ère vulgaire, et jettent sur l’école d’Alexandrie un dernier éclat.
Parmi ces auteurs, Alexandre de Tralles et Paul d’Égine sont les plus originaux : Alexandre préconisa le vésicatoire comme dérivatif contre l’érysipèle (1).
Paul s’exprime ainsi dans sa préface : « Compendium hoc » ex veteribus collegi... optima quæque ex ipsisselegi (J).» Cet auteur, dans le chapitre De inflammation e cerebri , de erysipelate cerebri , parait avoir confondu plusieurs affections ; mais il donne quelques caractères de l’érysipèle du cuir chevelu.
Dans un autre chapitre il met le feu sacré dans l’érysipèle ; c’est une des premières erreurs historiques et critiques sur les anciens, et surtout Celse, dont nous avons vu la description. Mais Paul a pris surtout modèle sur Galien ; il y définit l’érysipèle : « Ilumorem ex ferventi et » tenui sanguine conflatum privalim quidem et proprie » erysipelas qui sacer ignis dicitur. » Il commence une division de l’érysipèle « Ubi sanguis excellebat inflam- » mationem erysipelaceam, ubi bilis flava præpollet. ery- » sipelas inllammatum. »
Pour ce qui est de la thérapeutique, Paul avait fait un choix, et l’on peut voir ce que devaient être tous les mé-
(1) Alexandre de Tralles, Artis medicin œ, principes de H, Etienne.
(2) Paulus Æginctæ, trad. Gunth. d’Andernach, 1532, Paris, préface, De arle medica, et liv. lil et IV.
HISTORIQUE
dicaments usités, en considérant les propositions de notre auteur. 11 prescrit en dehors de la saignée du bras, au début de la maladie, tous les médicaments « quæ refrigerent » cum humiditale, non astringent. » C’est un curieux assemblage de topiques dans lesquels entraient ces plantes: Sempervivum, Porlulaca, Psyllium, Lenticula Palestris, Seris , Cucurbita, Solarium , Altercum , Lactuca , Glaucium , Apium , Rhami folia, seuls ou unis à de la mie de pain ou du cérat.
L’opium brut, la ciguë, la mandragore, le cérat avec des feuilles de rose, mêlés à de l’huile et sans sel, le tout arrosé d’eau autant que possible, avec la recommandation d’ajouter un peu de vinaigre pour tempérer l’eau, — de la farine mêlée à quelque herbe servait à tenir les membres froids ; ainsi que des feuilles grasses avec quelques-unes des herbes citées, la céruse, la terre cimolée, la terre de potier avec le suc de solanum, de la lilharge ( spuma arcjenlï) avec de l’onguent rosat, de la chaux avec de l’huile, de la céruse avec du vinaigre, du lycium, le suc d’acacia avec du vinaigre, le vin sulfuré, la menthe avec 1 ' Oxyrhodinum.
La rue avec l’absinthe, le vinaigre, l’huile mêlée à delà litharge avec du suc de poireau et de betterave ; la lilharge, la céruse, le safran, le soufre mêlés à froid avec l’opium constituaient des topiques.
Puis il y a dans cet article trois formules d’emplâtres composés, parmi lesquels le suivant : cérat, 3 p. ; herbe de pariétaire, 3 p.; œufs, (5, et onguent rosal, h.
Paul citait encore le cataplasme de farine crue, les lotions avec l'eau chaude, avec l’eau de mer, ou tempérée avec du vinaigre; puis il cite les scarifications sur les
16 de l’érysipèle.
membres atteints d’érysipèle ; enfin, il signale en passant qu’il faut recourir, en cas de complication, aux médicaments appropriés.
Ainsi l’antiquité considérait l’érysipèle avec le phlegmon et toutes les rougeurs cutanées, à part l’herpès et probablement le zona, Scribonius Largus et Pline, comme
une inflammation déterminée grâce à une altération du sang par la bile, naissant sous des influences variées.
Les médecins ne voyaient dans l’érysipèle que le mal extérieur; les accidents généraux étaient une métastase.
Le traitement se composait de trois ordres de médicaments : la saignée, les médicaments cholagogues et les topiques; le régime était aussi un moyen puissant, soit pour prévenir l’inflammation des plaies, soit pour favoriser l’action des médicaments.
Il est certain que les anciens ont vu l’érysipèle que nous voyons aujourd’hui; mais ils ne l’avaient point isolé, leurs connaissances anatomiques ne leur permettaient point encore de localiser sa lésion. Ils se livrèrent à des conceptions ingénieuses, dont quelques-unes ont pu être vérifiées par l’expérience moderne.
Lorsqu’en 641 la ville d’Alexandrie fut tombée au pouvoir d’Amrou, lieutenant d’Omar, lorsque la bibliothèque des Ptolémées fut détruite, les savants se dispersèrent et le foyer d’instruction médical n’exista plus. Tout ce qui avait échappé aux subtiles superstitions des sectes du catholicisme naissant fut anéanti par le dernier système religieux, qui, jaloux encore de l’antiquité, semblait vouloir en détruire même le souvenir.
Depuis Paul d’Egine jusqu’aux beaux jours de l’école
HISTORIQUE
de Salerne, il n’y eut rien de marquant en médecine. Nicetas recueillit bien les restes de la bibliothèque médicale dans une collection qui devint alors très précieuse, mais que pouvait-on faire à Constantinople, au milieu des défaillances et des disputes de l’empire d’Orient? D’un autre côté, en Occident, les moines et les prêtres faisaient des cures avec des paroles, des reliques, et le peuple avait une foi solide. Les moines médecins ne pouvaient donc point conserver la science médicale. Ce furent les Arabes qui se chargèrent de ce soin. Ils avaient retrouvé les livres d’Hippocrate, de Galien, d’Oribase, de Paul d’Égine.
Ivoreish, Honain, Sérapion, Al. Kendi, Rhazès, Avicenne, Mesue, Ali Abbas écrivirent des traités de médecine et de chirurgie modelés sur les médecins de l’école d'Alexandrie. Avicenne surtout se distingua parmi les Arabes, et nous fournit une conception plus avancée que celle de Galien sur l’érysipèle, qu’il fait survenir après des troubles digestifs: «Quoniam non est digestus sanguis » digestione convenienti naturæ (1), » et il constate que la face est le plus souvent le siège de l’érysipèle. Le reste de sa description est emprunté à Hippocrate et à Galien ; il parle de l’eau froide comme traitement dans l’érysipèle. Dans le passage d’Avicenne il est à remarquer encore que les Arabes, si partisans du feu, n’ont pas songé à l’appliquer dans l’érysipèle. Parmi les Arabes d’Espagne, il n’y a rien de plus à noter. L ’alsarafa faciei, d’Albucasis (2), paraît être un érysipèle de la face, et l’auteur prescrit dans les cas de ce genre la saignée et les ventouses.
(1) Canon d'Avicenne, trad. Gerli. de Crémone, t. I.
(2) Albucasis, in-f°, Venise, 1520.
de l’érysipèle.
La pointe de l’Italie qui répond aux Calabres et à l’ancienne grande Grèce, par sa position reculée, par son climat, peu fait pour tenter les barbares que les splendeurs de Rome avaient tant de fois arrêtés, échappa aux invasions. Il restait dans ces contrées des traces de civilisation. La patrie de Pylhagore, d’Empédocle, d’Héraclide se réveilla, et l’école de Salerue, vers le x* siècle, commença à relever, en Occident, les éludes médicales (1), avec Gariopontus, Trotula, Constantin l’Africain, Gerhard (de Crémone), le premier traducteur des Arabes, Hugues (de Lucques), Guillaume de Salicet et Lanfranc, dans les autres villes de l’Italie, suivirent le mouvement. En France, Charlemagne avait donné une impulsion aux études littéraires. L’école de Paris se forma à un moment où déjà l’école de Montpellier était célèbre par les écrits d’Arnaud de Villeneuve. Le voyage de Lanfranc à Paris fut une nouvelle occasion de progrès. De la grande chirurgie de Lanfranc sortirent les écrits originaux de Pierre de la Brosse Pi Lard , de Mondonville. M. Malgaigne, dans sa remarquable préface d’Ambroise Paré, dans ce monument d’histoire médicale, a donné une longue suite des noms de ces hommes obscurs jusqu’à lui qui, en France, en Allemagne, en Angleterre et en Italie, relevèrent la médecine et préparèrent l’éclat de la renaissance.
Guy de Chauliac et ses commentateurs, puis A. Paré, restent les deux célébrités du moyen âge jusqu’aux réformateurs et aux hippocratistes modernes. Guy de Chauliac est un arabiste; il a servi de transition entre les Arabes et les modernes comme un bon nombre de méde-
(1) Préface de M. Malgaigne, édit. Amb. Paré.
HISTORIQUE, 19
cins de l’école de Salerne. Son livre contient sur l’érysipèle des commentaires originaux où l’on retrouve comme base la doctrine de Galien , reproduite et interprétée par Avicenne et Ali Abbas en particulier. Voici ce que dit l’arabiste de Montpellier, le modèle de Tagault, Dalechamp et Falcon (le traducteur de Guy de Chauliac en langue vulgaire).
Guy de Chauliac, le propagateur, en France, de la médecine arabe, et qui a été appelé le père de la chirurgie française, parle, à l’article des plaies, de l’intempérie qui les complique. Il se pourrait faire que l’intempérie chaude, qui se connaît par la rougeur de la partie et des vessies élevées, fût une espèce d’érysipèle. L’érysipèle est une maladie propre de la peau. Il y a deux espèces d’érysipèles, un vrai, un bâtard ; le vrai vient de la bile naturelle, mêlée à du sang subtil, le bâtard de la bile non naturelle. La tumeur bilieuse, non ulcérée, est un érysipèle. Guy s’appuie ici sur Galien directement ou par l’intermédiaire d’Avicenne. Après une dissertation sur la bile ou plutôt les biles non naturelles d’Avicenne et d’Ali Abbas, il établit, avec Galien, que la bile naturelle et louable, qui n’est qu’un sang subtil, fait l’érysipèle vrai; que la bile non naturelle donne heu à trois érysipèles, le phlegmoneux, l’œdémateux et le squirrheux.
L’érysipèle de Guy de Chauliac reconnaît encore des causes primitives antécédentes et conjointes, comme dans Galien. La symptomatologie est brève : rougeur disparaissant sous le doigt, fièvre plus grande que dans le phlegmon, tous les signes par lesquels on connaît que la bile domine par-dessus les autres humeurs.
de l’érysipèle.
L’érysipèle vient ordinairement au visage ; <1 il commence à prendre le bout du nez, d’où il se répand partout, à cause que l’humeur biliaire est très subtile, et que la peau du visage est fort délicate. L’érysipèle est compliqué d’accidents qui obligent de modifier la méthode régulière du traitement. 11 a des mouvements semblables à la fièvre tierce, à cause des rapports de leur matières.»
Dans le traitement, quatre indications :
1° Régime. Entre autres prescriptions, abstinence de vin, rafraîchissants, avoir le ventre libre, pas d’aliments chauds, gras, onctueux, âcres ou piquants.
2° Régler la matière antécédente; purgations, saignées. Il parle de remèdes spécifiques, l’électuaire de succorosarum, l’eau de tamarin de Rhazès qu’il croit devoir agir en aidant l’expulsion des humeurs par la transpiration insensible, car, dit-il, l’érysipèle n’incommode pas tant par la grosseur que par la violence de l’inflammation.
3° Répercussifs. Il recommande l’eau froide, d’après Avicenne, et les remèdes de Galien.
h° Prévenir les accidents, la métastase ou rétrocession; appliquer un traitement approprié.
Il est facile de retrouver dans ces lignes tout l’esprit de l’antiquité (1).
Si la médecine ancienne revenait par l’intermédiaire des Arabes , elle revenait aussi par les livres mêmes d’Hippocrate.
Lange (2) (1520), à Leipzick, écrivit un livre qui fait, â juste titre, considérer l’auteur comme un des restau-
(1) Guy de Chauliac, Traité des plaies, édit. Mingelhousaulx.
(2) Op. amnia.
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rateurs de la médecine grecque. Dans l'inflammation, suivant lui, le sang en mouvement est vicié; il s’arrête dans les pores qui ne le laissent plus retourner au cœur.
Lange répète, du reste, ce qui a été dit de l’érysipèle en général, soit spécialement pour la face; seulement il ajoute : « Solet hæc inflammatio tanquam symptomata » venire, quamvis non raro est solitarie morbum consti- » tutum tam in partibus internis epate, ventriculo, liene, » quam externis manibus tibiis capitis (1). »
On ne comprendrait ni Ambroise Paré, ni Lange, ni Fabrice d’Aquapendente, ni une foule d’autres auteurs si l’on ne se rappelait la description de l’érysipèle de l’utérus d’Hippocrate. Le culte exagéré de l’antiquité ou des auteurs en vogue, réagissait sur l’observation. A. Paré et les autres avaient fait une concession à l’autorité tradi-
tionnelle; mais ce qu’il est facile de voir, c’est que, plus on s’éloigne d’Hippocrate, plus les descriptions des érysipèles internes sont courtes. Voyez Ambroise Paré; il s’est borné à dire sans détail que l’érysipèle qui vient à la matrice est mortel.
M. Malgaigne fait justement honneur à Ambroise Paré d’être l’un des chefs de la chirurgie française. Avant Paré, les chirurgiens, à part Guy de Ghauliac, se modelaient sur les moines médecins auxquels, par dignité, le concile de Tours avait défendu la pratique manuelle de la chirurgie. Les opérateurs n’élaient que barbiers, et les grands chirurgiens se bornaient à faire des prescriptions. Aussi les livres de chirurgie des médecins de Paris anté-
( I ) C est sans doute ce qui a fait penser que dans l’érysipèle Lange comprenait toutes les rougeurs possibles.
22 DE l’érysipèle.
rieurs à 1575 manquent-ils tous du côté pratique qui distingue Guy de Chauliac ei À. Paré; cependant, pour -ce qui a trait à notre sujet, notre auteur n’est pas à la hauteur de ses chapitres sur les plaies et les opérations.
La chirurgie d’Ambroise Paré (1) (1575) nous apprend qu’à l’époque où vivait le médecin français, l’érysipèle pouvait être considéré comme une inflammation fort ardente, engendrée par la cholère ou par le sang tourné en cholère; c’était à peu près la doctrine de Galien.
L’esprit scolastique préside à la division des causes : cause primitive, coup, violence, plaie; cause antécédente, abondance de cholère ; cause conjointe, multitude de sang amassé et imparfait à la partie affligée.
Puis suivent des espèces d’aphorismes. L’érysipèle qui occupe la face est dû à une subtilité de la cholère; aux plaies, l’érysipèle est d’un mauvais signe; et enfin cet aphorisme, X érysipèle qui vient à la matrice est mortel. Ceci, posé sans commentaire, jette dans de grandes perplexités. Qu’a voulu dire Ambroise Paré? Est-ce un l’érysipèle interne? est-ce la fièvre puerpérale? est-ce la gangrène de la vulve?
Les remèdes d’Ambroise Paré, peu nombreux, sont tous des remèdes empruntés aux anciens sous la même forme, ou suivant de nouvelles combinaisons plus modernes.
A côté de ce grand homme, dans toute l’Europe, des livres excellents parurent soit sur la médecine et la chirurgie réunies alors, soit sur des. sujets spéciaux. En
(i) A. Paré, édit. Malgaigue.
IIIST0R1QUE.
France, Dalechamp, Habicot; en Italie, Franco Marianus Sanctus, Jean des Romains, M. -A. Blondes (1), Mereuriali, Massa, Fabrice d’Aquapendente ; en Allemagne, Gérome de Brunswick, vonGerdsorf, Roeslin, laissèrent des écrits partout cités, et qui ont traité, en passant, plus ou moins longuement de l’érysipèle. Parmi ces auteurs, un surtout mérite notre' attention.
Fabrice d’Aquapendente (2) (1592) relève l’erreur faite à propos de Celse, et du feu sacré réuni à l’érysipèle; nous avons vu plus haut le texte de l’auteur latin. Avec Galien, Fabrice d’Aquapendente admet que l’érysipèle est formé par la bile, l’atrabile en particulier, qui s’est formée dans l’estomac de mauvais aliments, ou par la bile qui provient du foie, soit de F alimenleuse ou de F excrémenteuse . L’union de la mauvaise bile avec le sangdonne l’érysipèle phlegmoneux ; son union avec la pituite donne l’érisypèle œdémateux. L’érysipèle peut arriver aux parties internes comme aux externes, mais Fauteur dit qu’il ne veut parler que des érysipèles externes.
Voici un passage que nous croyons detodr transcrire :
« L’érvsipèle peut arriver à toutes les parties esté-1 2 » rieures du corps, mais particulièrement à la face et au » nez, d’autant que ces deux parties rougissent facilement » d’un sang très subtil. Qui plus est, ce mal vient souvent » aux jambes, à cause que la nature, irritée par 111* sang
bilieux, le pousse facilement aux émonctoires des aines, » d où il descend peu après sur les jambes, et de là vient
(1) Qui fit un livre que nous regrettons de n’avoir pu nous procurer, il traite du pansement des plaies : De vulncribus cilissime sanandis.
(2) Fab. d Aquapendente, chap. VIII, Ir* partie, liv. I, du Penlatmque.
DE L’ÉUYSIPÈLE.
» que ceux qui oui mal en ces diverses parties sentent » premièrement des douleurs autour des aines du même » côté, avec tension, et quelquefois des tumeurs, des » glandes qui y sont. Or, l’érysipèle s’engendre en été » et en hiver; en été, à cause de la grande quantité » d’humeur bilieuse qui prédomine en cette saison-là;
» en hiver, à cause de la constipation des pores du » cuir. »
On voit que l’engorgement des lymphatiques, dans l’érysipèle, était déjà connu à cette époque, et que les érysipèles semblaient peut-être soumis à l’influence épidémique, commune pour toutes les maladies, aux renouvellements de saison.
Fabrice renvoie aux signes de l’érysipèle marqués dans Galien et Avicenne, et il reprend et complète les vraies distinctions et différences de l’érysipèle et du phlegmon en huit points, établis avec une lucidité remarquable. Le dernier surtout mérite d’être rappelé :
« La dernière et principale est que le phlegmon est » toujours attaché à une seule partie, laquelle il ne quitte » jamais qu’en guérissant, au lieu que l’érysipèle croît, » se traîne et change de place, qui est peut-être la cause » qu’on l’appelle érysipèle, d’autant qu’il fait toujours » rougir les parties voisines. Pourquoi, s’il nous arrive » de voir une tumeur qui soit rouge et parsemée de ï rouge clair, qui élève médiocrement ou presque point » la partie en tumeur, qui soit extraordinairement chaude, » accompagnée d’une douleur poignante, qui cède à l’at- » louchement sans résistance et sans tension, et qui fina- » lemcnL occupe tantôt une partie, tantôt l’autre, nous
HISTORIQUE
» pouvons dire assurément que cette tumeur est un vrai » et exquis érysipèle. »
Dans le pronostic, l’auteur rappelle l’aphorisme d’Hippocrate que, quand l’érysipèle rentre, il se fait une phénésie ou squinance; puis le commentaire de Galien des Épidémies d’Hippocrate, que l’érysipèle pestilentiel, celui qui se couvre de noirceurs ou pustules, est mortel. Fabrice ne parle pas de cet érysipèle avec intention; il le dit, du reste.
Le traitement est rationnel; deux méthodes se présentent, ou répercuter, ou évacuer l’humeur, « soit sensiblement, en la scarifiant, soit insensiblement, en la convertissant en exhalation. »
Fabrice songe à la prévoyance du corps (hygiène du temps que l’on appelait encore à cette époque diette). Il faut, suivant lui, entretenir dans la pièce un air froid et humide en été, donner principalement des aliments froids et humides. Il recommande les laitues froides, lavées et consommées sans autre apprêt; l’eau panée, l’eau d’orge avec un peu de suc d’oseille ou avec un peu de suc de grenade; on ne boira pas de vin, on évitera les viandes, on tiendra le ventre libre, on se gardera de toutes les passions d’esprit qui peuvent procurer ce mal, comme la colère, les querelles et autres semblables.
Fabrice défend la saignée contre Galien avec Celse, Aétius, Paul d’Égine , Théodore Priscien, Avicenne, Actuarius(l), Ali Abbas, surtout dans l’érysipèle delà tête. Puis il indique des purgatifs variés, le vomitif même (sa
(I) Dernier médecin grec de Constantinople, vers le xiuc siècle.
pharmacie est prolixe), une foule de mélanges de plantes et d’eau, le petit-lait de Galien, et des sucs de plantes différentes appliquées sur la région du foie.
Les topiques ne sont pas moins variés; ils sont empruntés à Galien : ce sont d’abord les réfrigérants, parmi lesquels se trouve son cérat; la poussière de nid d’hirondelle d’Aétius, les digestifs ou discussifs, le scordium.
Il est recommandé de n’user de remèdes réfrigérants que quand les remèdes cholagognes ont été employés. Fabrice blâme les topiques réfrigérants sur la face, et les astringents, comme le verjus.
Le chapitre où Fabrice d’Aquapendente parle de l’érvsipèle de la face est remarquable (1). L’érysipèle, suivant lui, vient à tout âge, en tout temps, mais plus aux saisons où l’air est intempéré.
Les causes des érysipèles sont doubles, externes et internes. Les externes sont : une plaie, une contusion, l’insolation et autres semblables choses après lesquelles survient la fluxion ; l’usage des épiceries et des grands vins et autres aliments qui échauffent outre mesure. Les internes sont : l’intempérie chaude du foie, l’abondance de sang cholérique, la fluxion des humeurs. A part la forme, ces dernières causes ne sont-elles pas admises aujourd’hui sous le nom d’embarras gastrique, de constitution épidémique, bilieuse, fièvre bilieuse, etc.?
Le reste du chapitre n’est pas moins intéressant :
« L’érysipèle de la tête gagne aisément les membranes du cerveau, et, par ce moyen, suscite de grandes et
(1) Fab. d’Aquapendente, loco citnto.
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périlleuses maladies; celui cjui vient sur le col produit une esquinancie en allant dans la gorge ; celui qui va vers la trachée, ce qui arrive assez souvent, tombe dans les poumons et produit une péripneumonie ou toute autre maladie.
» Si la cause externe peut être emportée, le malade guérit. Si l’érysipèle est de cause interne, c’est-à-dire que le mal vienne du sang bilieux, il arrive que les plus petites veines, qui sont proches du cuir, se remplissent les premières ; puis les plus grosses, qui sont plus profondes, et finalement celles qui abreuvent le cerveau., d’où il arrive même que le cerveau s’enflamme par droit de contiguïté. »
N’est-ce pas là un premier pas vers ce que MàLPiorry et Malle ont produit sous une forme à peu près semblable?
Plus loin, Fabrice d’Aquapendente dit : « Comme l’érysipèle est toujours accompagné de fièvre, il arrive bien souvent qu’elle se trouve du nombre de celles qui sont malignes, et particulièrement s’il arrive à un corps disposé à icelle. »
Pour le traitement, l’auteur ne déroge pas aux anciennes traditions, sauf des indications jour par jour. Saigner le premier et le deuxième jour, appliquer des ventouses au troisième, un clystère au quatrième, un bain au cinquième, purger au sixième et continuer ainsi jusqu’à- la fin; ce n’est pas là la meilleure partie de l’article de Fabrice d’Aquapendente.
En même temps que tous les auteurs que nous venons de rapporter s’efforçaient de mettre la tradition médicale en rapport avec les faits, un homme survint qui, rempli
de l’érysipèle.
d’imagination, poursuivi par le besoin du nouveau, plein de cet esprit de révolte contre les autorités immuables qui gouvernaient les idées du xvic siècle, en plein mouvement de réforme religieuse, entreprit de refaire la médecine en appelant à son aide l’astrologie et la magie, c’est-à-dire une chimie ébauchée.
Paracelse voulait voir quelque chose d’immatériel dans l’organisme humain, une force mystérieuse, un esprit vital, une mumie. Cette nouvelle doctrine, appuyée sur une théorie des acrimonies, des aigreurs, empruntée à Galien, eut un autre résultat pourtant ; la médecine chimique fut constituée en même temps que les discordes religieuses s’empressaient de se faire une arme de la nouvelle doctrine, car, il faut bien le dire, il se trouva un écrivain, Fuld (l), qui affirma que les maladies étaient produites par des démons qui gênaient l’esprit vital.
Paracelse (1566) (2) parle de l’érysipèle; il est produit, suivant lui, par une aigreur qui gêne l’esprit vital, laquelle, il n’hésite pas à le dire, tient d’un sel vitriolé, et il prescrit l’antimoine.
Libavius, À. Sala, Sennert et tant d’autres prirent parti pour et contre la théorie chimico-métaphysique de la maladie, ou cherchèrent à concilier Galien et Paracelse. Sennert (1602), le plus remarquable des conciliateurs, nous apprend quelque chose de pratique.
Après avoir énuméré les causes des érysipèles (De intempérie capitis cum bile et autres), l’excès de travail, le défaut d’aliments qui se changent en bile, les
(1) Médecine catholique, 1629.
(2) Opéra omnia. Venise, 1668.
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médicaments chauds et secs, il dit : « Id facilius ita » præstant si hominis temperatura sit calidior habitus » corporis gracilis et ætas juvenilis (1). » Enfin, dans le chapitre de l’inflammation de l’oreille, il décrit, comme Hippocrate, un érysipèle du cuir chevelu parvenu à l’oreille : « Ad malas et tempora usque sese excedenli, » dolor vehementior et febris intensior. » Certainement, les parotides, les abcès dentaires devaient être confondus ici dans une même description.
Paracelse devint un chef d’école, un esprit hypothétique ardent en sortit, Van Helmont. Ce médecin, à la suite d’une gale pour laquelle il avait été purgé beaucoup et sans succès, s’étant trouvé très affaibli, concluant comme presque tous les créateurs de système, d’un fait particulier à une loi générale, se prit d’une ardeur belliqueuse contre l’ancienne médecine et la théorie humorale. La théorie de Paracelse avait des séductions, Van Helmont transforma la mumie, l’esprit vital en archée, et fit de toutes les maladies des colères de l’archée. C’était fort pittoresque.
Le frisson dans les fièvres devint l’ébranlement de l’archée ; la chaleur ses mouvements désordonnés. L’érysipèle n’échappa pas à des applications théoriques du même genre.
Mais comme c’est le propre de l’humanité , que les idées même exagérées aient leur utilité pour le progrès, Van Helmont produisit une réforme dans la médecine. Plus scientifique que Paracelse, il fut un des champions
(1) Opéra omnia. De morbia capitit , lib. I.
30 î)E l'érysipèle.
de la médecine chimique. Sa théorie des ferments, initiaux de la fermentation dans l’estomac, était encore un premier jalon pour l’étude des fonctions digestives, c’était une interprétation plus avancée que l’ancienne théorie de Galien, de la Coction.
Le xvir siècle vit s’élever des philosophes qui prêtèrent leur appui à la nouvelle médecine. Descartes, Mallebranche, les deux spiritualistes modernes, ne furent pas les moins utiles à la théorie du principe vital, dont l’origine est dans les livres de Van Helmont (I) 1642.
D’un autre côté, les influences morales dans les maladies furent étudiées. Les troubles fonctionnels eurent une importance plus grande, et Van Helmont ne manqua pas de l’exagérer encore en déclarant que les paroles étaient efficaces pour le traitement des maladies. C’est là une erreur pardonnable à une époque où des gens sérieux croyaient aux grands mystères et au grand œuvre.
Pendant ce temps d’autres hommes, conservateurs des écrits d’Hippocrate, soutenaient l’ancienne médecine, et contre-balançaient les exagérations du système nouveau. C’est pendant ces moments de controverse que nous voyons apparaître Fabrice de Hilden (1612), le restaurateur de la chirurgie en Allemagne; Mercati (1608), en Espagne, à la cour de Philippe II, C. Magati (1616), à Rome; Baillou (1640), à Paris; tous hippocratistes.
Fabrice de Hilden rapporte quelques observations d’érysipèle. Mercati (2) admet que l’érysipèle vient, 1° parce que la bile est mêlée au sang; 2° parce qu’il y a abon-
(1) Ortus medicinœ. Venise, 1651.
(2) Consultaliones, op. om., t. III.
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dance de sang dans le foie; 3° parce qu’il y a altération du foie, qui alors fait de la mauvaise hile. Mercati a laissé une observation, la première connue, portant sur un érysipèle de la face et du cuir chevelu, chez une religieuse de Saint-Bernard. « Elle fut prise de frisson, de douleurs de tête, puis la fièvre apparut ; enfin à la face et au cou, une rougeur survint qui gagna peu à peu le- tronc; au vingtième jour l’érysipèle diminuait un peu, mais la fièvre croissait. » La malade mourut.
Mercati n’a pas de craintes que les purgatifs entraînent la rétrocession des érysipèles. 11 pense par contre que le noli me tangere et autres duretés de la face sont des conséquences de l’érysipèle; c’est une tradition de l’érysipèle squirrheux.
César Magati (1) ( 1610) admet, avec Hippocrate, que la nourriture peut être une cause de l'inflammation des plaies. 11 s’élève contre la manière de traiter les plaies et repousse les pansements multiples. Il recommande de panser tous les jours les plaies creuses, et pour ce qui est de la réunion par première intention, il doute de sa supériorité sur le pansement simple. 11 dit : « Neque » penitus probo neque etiarn vitupero. » Magati exprime l’érysipèle par les mots de fièvre et de rougeur superficielle. « Buhor summa viget. »
Bâillon (i640) (2) remit en honneur parmi nous les vues d’Hippocrate sur l’épidémicité des maladies. Aussi cet auteur est-il cité par tous les auteurs qui croient aux constitutions médicales.
(1) De rara curatione vulnerum, Irt' part.
(2) Opéra medica, ephemerides, t. I, et lib. I, De inorbis.
de l’érysipèle.
Cependant Baillou, quoique excellent observateur, s’est seulement attaché aux livres hippocratiques; dans ses Ephémérides, il cite bien çà et là quelques rougeurs érysipélateuses, mais sans détail.
Dans le livre sur les Maladies, Baillou défend l’érysipèle du poumon et en général il admet que l’érysipèle provient d’une humeur, crudus et incoctus.
Les médecins chimistes, ou plutôt alchimistes, peu célèbres, prônaient encore, en dépit des livres des hommes que nous venons de citer, la médecine de Van Helmont et de Paracelse, pendant que Guy Patin (1650), devenu doyen de la Faculté de Paris, réagissait avec persévérance contre l’antimoine.
Pour Sylvius de le Boë (1667) (1), l’inflammation en général est due à la stagnation du sang. Dans cet état, « Partes sanguinis spirituosæ evanescunt. » Les parties volatiles et subtiles s’évaporent, les acides et les sels disparaissent aussi, le sang se corrompt. Il convient alors de donner l’antimoine.
Les causes de l’érysipèle sont en particulier une stagnation du sang due à une corruption de la bile, du suc pancréatique et de la lymphe en fermentation. L’érysipèle des parties charnues n’est pas aperçu parce que ces parties ne sont point, comme la peau, le siège d’un sens.
Sylvius parle sans détail d’un érysipèle des papilles, pour lequel il recommande l’eau de sureau, le lait avec de la craie, mêlé à de l’eau de chaux vive avec du mercure doux.
(1) Praxeos medicinœ.
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L’érysipèle s’accompagne de délire parce qu’il rentre; il tue également parce qu’il rentre, soit à cause du peu de soins, soit à cause du traitement répercussif.
Svlvius parle des érysipèles épidémiques (1). « Cur fre- » quentius quam alias erysipelata? Existimo propter bilem » anno superiori ob æstus aeris valde corruptam, et cor- » ruptionem conservantem, superveniente ob frigus con- » sequens et itidem, diuturnum et atrox bumore acido et » non raro simul austero a quibus facile potuit parari » humor erysipelati producendo aptissimus. »
Le xviie siècle ne finit pas sans laisser deux grandes célébrités attachées, l’une aux doctrines anciennes, àla méthode de l’observation et de l’expérience, l’autre àla théorie métaphysique et mystique de Paracelse et Van Ilelmont.
C’est d’abord Sydenham, dont les livres sont pleins de remarques judicieuses sur des faits bien observés, et comme il convenait à un admirateur de Bacon. A l’époque de Sydenham, la plus grande, la plus importante de toutes les maladies était la fièvre en général, que l’on divisait à l’infini. Sydenham (1(576) (2) admet une fièvre érysipélateuse, mais dans sa description il mêle l’urticaire, l’impétigo, l’eczéma et une foule d’érythèmes. Il suffit de voir cette remarque : « Æger sese bene habet » pendant l’éruption.
Sydenham place l’érysipèle dans les maladies de tête, et croit qu’il survient « præsertim quo tempore sæpe dum » sub dio versatur. »
Entre Sydenham et Stahl quelques auteurs compilent.
(1) Loc. cio, tract. X, De a/1'eclu epldcmico, août 1060 à janv. 1070.
(2) Obs. rticdirœ cire. morb. acut. Iiisloriam.
34 DE l’érysipèle.
Tozzi (1687) (1) procède d’Hippocrate, de Galien, Sennert et Van Helmont. Dans sa description de l’crysipèle le defaut d’action du suc pancréatique, la sueur supprimée, l’excès de fermentation du sang, telles sont les causes de l’érysipèle. Tozzi est un précurseur de Boerhaave; il dit: « Quod si præterea ab acido isto retardelur quandantenus » sangois in apicibus arteriarum, vel in poris carnium » ille in grumelas coactus erysipelas ingenerabit in gan- » grenam, vel in suppuralionem terminandum. »
Pour Tozzi, l’érysipèle aux plaies est fâcheux et par luimême et parce qu’il trouble la guérison.
Au début, il conseille le vin en topique avec Rivière (1640); il vante le mercure, l’antimoine diaphorétique, le sang de lièvre, d’après Van Helmont (dans imago fermenti ), la craie, l’esprit de vin avec le camphre, d’après Barbette (1672).
11 ne parle nulle part de l’épidémie de l’érysipèle; il ne cite même pas ce qui avait été dit avant lui.
Wedel (1682) (2) admet des érysipèles et de cause interne et de cause externe. L’àcreté huileuse et sulfureuse des humeurs produit l’érysipèle. Il dit : « Erysipelas est » primus inflammationis gradua. » Il distingue, néanmoins, l’érysipèle de l’inflammation. Du reste, la description de Wedel est un mélange de conceptions diverses; il procède à la fois de Van Helmont, Sylvius et des traditions galéniques.
Stahl (1702), dans son traité Céphalée (3), parle d’une
(1) Medicina, pars, ult., t. II, Erysipelas, Avignon 1687.
(2) Pathologia medica et De œgro erysipelate laboranle.
(3) Sect. I, mem. I, art. III.
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constitution érysipélateuse venant chez les femmes; il dit avoir constaté un érysipèle blanc et un rouge. Il y a beaucoup de vague à ce sujet.
La théorie de l'inflammation de Stabl est connue. 11 admettait trois espèces de stases du sang dépendant de ce que des parties matérielles du corps ont échappé au pouvoir de l’esprit vital et tendent à y revenir.
11 établit trois espèces d’érysipèles (1) d’après les causes, et voici ce qu’il dit de cette maladie : « Erysipelas » complectitur unice stases in latum cum profunditate » quam minima diffusas. Adeo etiam ad taie concipien- » dum non tam aptæ sunt quam imprimis membranaceæ » magis texturæ; nempe latum potiusquam in spissum et » profondum textæ ac dislributæ. Eo vero ipso quoniam » hujus modi partes ordinarie densioris sunt compagis, » quæ non lam crassiori rubicundo sanguinini, quam te- » nuiori lymphæ et sero penitiorern profundiorem aditum » ordinarie concédât; fit ita ut taies etiam stases quando » utique in talia loca incidunt, si non longe plurimum,tamen » plus de sero et lympha quam de sincero strictæ accep- » tionis sanguine ita complectantur. » Voilà ce que l’animisme de Stahl avait apporté de nouveau dans l’érysipèle;
Les faits chimiques de la vie n’étaient point tout. L’archée de Van Helmont, le principe vital de Stahl, quoique satisfaisantà des desiderata , n’expliquaient qu’une partie des faits, en mettant en jeu dans la vie autre chose què les esprits animaux, c’est-à-dire le système nerveux dont ces auteurs avaient deviné eri partie le rôle. Une doc-
(1) Path. sp., sect. I, mem. III.
36 DE l’érysipèle.
trine collatérale s’éleva, la doctrine des médecins mécaniciens. Déjà, en 1600, Gourraigne avait révélé l’importance de la transpiration, et la circulation du sang, découverte en 1628, fournissait des arguments puissants aux mécaniciens. En 1650, Borelli étudiait la mécanique musculaire; la philosophie et la physique de Newton leur servaient encore d’appui. Il y eut bien des tendances de conciliation des deux doctrines, Yieussens et Chirac (1698) soutinrent que le sang était acide et que sa circulation avait pour but de permettre son renouvellement grâce au fluide éthéré ; mais c’était là seulement une lueur d’intelligence de l’hématose.
C’est surtout à Boerhaave et à Hoffmann qu’il appartient d’avoir mis à profit la théorie mécanique de la vie pour étudier les maladies. Boerhaave (1) admettait que l’inflammation était due à la stagnation du sang dans les petits vaisseaux obstrués. Hoffmann allait plus loin, il attribuait à un spasme les phénomènes. Ce dernier auteur, concevant dans l’organisme des forces radicales, admettait que la vie est une réaction continuelle, avec Glisson et avec Bichat, qui a su, plus tard, faire de cette sentence un aphorisme original et célèbre.
Boerhaave (1709) nous a laissé peu de chose sur l’érysipèle. 11 commente Galien. C’est l’épaississement du sang produit par son union avec la hile qui arrête la circulation ; le sang « incubile liæret » .
Van Swieten, qu’il est difficile de séparer de Boerhaave, dit que la fièvre cesse lorsque l’érysipèle apparaît. L’érup-
(1) Boerhaave, avec commentaire de Van Swieten, 1741, ap. 375 passim .
HISTORIQUE
tiou d’un érysipèle juge une fièvre. Du reste, Van Swie-
ten admet une fièvre érysipélateuse qui ne ressemble à
rien moins qu’à l’érysipèle.
Fréd. Hoffmann (1729) (1), partout cité pour sa fièvre érysipélateuse ou Jlosa, dit que cette maladie est une fièvre continue produite par le sang. Il n’est point ennemi de Paracelse et admet que la cause matérielle de l’érysipèle est un sel bilieux; voici ses causes : « Caliditatem, » labores, vigilias, vini potentis liberalium potum, inedia » ciborum acrium, iram, terrorem, intempéries hepatis.» Hoffmann ajoute que l’hérédité joue un certain rôle; plus loin, il dit que l’érysipèle attaque les parties semblables: «Modo banc, modo illam. » Du reste, la description de la maladie est peu nette; toutefois l’auteur dit que l’érysipèle s’accompagne d’engorgements ganglionnaires, qu’il complique les plaies. La rétrocession de l’érysipèle est mentionnée, et l’apparition de cette maladie aux équinoxes est pour Hoffmann un fait constaté depuis la plus haute antiquité.
Les observations d’Hoffmann, outre le siège de la rougeur et quelques mots sur la cause, ne contiennent guère que la critique de médicaments et l’exaltation d’autres, la condamnation des emplâtres en particulier, qu’il répète dans ses observations. On a beaucoup parlé de ces descriptions, mais avec ces faits on ne peut pas savoir exactement ce qu’étaient les fièvres érysipélateuses pour Hoffmann. La troisième observation en particulier indique une rougeur à la main avec des exulcérations. Des nou-
(1) Op. omnia, t. II, De fcbribus, de fcbre erysipelacea.
de l’érysipèle.
veautésqui se trouvent dans Hoffmann, c’est que les érysipèles peuvent récidiver, et celte hypothèse que lu gangrène qui vient dans l’érysipèle tient au traitement. Hoffmann est plus bref que Sennert sur l’inflammation de l’oreille. Il signale très nettement l’érysipèle des nouveau-nés. Comme traitement il accepte la saignée, les scarifications à la nuque et les purgatifs (l).
Hoffmann, sur lequel on s’est tant appuyé pour établir que l’érysipèle était épidémique à la manière de la peste, s’était borné à dire : « Non tam levis innocens et simplex » est erysipelacea febris ac vulgo putalur, multum affini- » tatis alit cum morbo omnium alrocissimo febre pes- » lilentiale, » et c’est surtout par le rapprochement du bubon pestilentiel et de l’engorgement ganglionnaire dans l’érysipèle qu’IIoffmann était arrivé à celte conclusion; et il ajoute : « In eo tamen erysipelacea a pestilen- » tiali febre differt quod non ex contagio sive causa » externa sed de inlerna oriatur. »
Hoffmann a replacé beaucoup de maladies avec l’érysipèle, le zona entre autres.
Le xvme siècle ne fut point fécond en grands chefs d’écoles. Les découvertes anatomiques, la physiologie, mieux connue, avaient donné à la médecine une direction meilleure. Le xvinc siècle fut une période de bon sens, d'études pratiques, et l’Europe entière fournit des hommes qui s’appliquèrent à tirer des théories absolues, du principe vital de la médecine chimique, de la médecine mécanique, de la théorie des constitutions médicales
(1) Méd. rat., t. IV, p. 1, § l«r.
HISTORIQUE. 39
les faits incontestables et vérifiés par les connaissances anatomiques. Si la médecine de Bordeu, si le solidisme de Brown sont les œuvres du xvnf siècle, ce ne furent pas des systèmes de longue durée. La médecine, comme la philosophie et les lettres, s’édifiait avec l’esprit qui dicta l’encyclopédie, l’esprit d’analyse et d’observation; et si nous trouvons encore des descriptions incomplètes, au moins à chaque pas nous rencontrons des réfutations des fausses conceptions des devanciers, que les modernes se mettent à discuter avant d’accepter comme articles de foi.
Plater (173 4) (l) dit : « In febribus synochis se offert » macula rubra lata et dispersa quani erysipelas vocant. » Ces rougeurs existent aux pieds et aux mains. Plater signale des érysipèles accompagnés de prurit, des érysipèles recouverts de vésicules qui se crèvent et se transforment en un ulcère. Bien que l’auteur décrive à part l’impétigo, il est probable qu’il confondait l’eczéma avec l’érysipèle. Pour cet auteur, les érysipèles des vieillards devaient être considérés comme très dangereux. En réponse à Hoffmann, il dit : <r Mortificatio potius lit ex in- » flammatione nimia inducta quam frigidæ qualitatis » introductione. »
Ileister le Saxon (1739) , dans un chapitre qui traite de l’érysipèle (2), suit Slahl et les anciens. Il ne distingue pas Yignis saçey. de l’érysipèle, el seul à son époque il ne dit pas que l’érysipèle de la face est le plus fréquent. La transpiration arrêtée, pour cet auteur, est une cause d’érysipèle. Il recommande, outre le traitement des anciens,
(1) Opéra omnia, De discoloralionc, t. II.
(2) Inst, chir., t. I.
de l’érysipèle.
surtout les sudorifiques ; il proscrit les corps gras, et n’admet la saignée et les purgatifs que quand le pouls est plein. Quant à la nourriture, il recommande la même qu’aux individus atteints d'inflammation.
Morton (1737) marche sur les traces de Sydenham, dont il reproduit, abrégé, le chapitre De febre erysipe lot o sa (1).
Gorter (1742) (2) conserve toutes les variétés admises avant lui et confond encore les érythèmes avec l’érysipèle. Mais il dit, en propres termes, que l’érysipèle se joint au phlegmon et à l’oedème pour former l’érysipèle phlegmoneux, l’érysipèle œdémateux; l’érysipèle squirrheux a disparu. Dans l’érysipèle, les lymphatiques s’emplissent de sang rouge ; la bile est la cause de l’érysipèle, qui est formé alors par une matière ténue, âcre. L’air froid et tout ce qui corrompt les humeurs causent l’érysipèle. Le sang ne contient pas de concrétions comme dans les autres inflammations; quelquefois il est solutus (sic).
L’érysipèle, pour Gorter, vient peu après la fièvre; il ne suppure pas. La mort, quand l’érysipèle rentre, est due à la métastase.
Il traite par les diaphorétiques et ne recourt pas à la saignée.
Puis Gorter cherche à résoudre quelques questions : « Cur erysipelas in hydropicis? Cur in ossis carie toties » erysi pelas ? » Les humeurs ou la sanie corrompue lui fournissent la raison qu’il cherche.
(1) De morbis acut.
(2) Clw-urgia rcpugnata, de erysipelati.
HISTORIQUE
Richter (G. -G.) (1744) (1) dit, sous forme de doute, avec Boerhaave que les vaisseaux sanguins produisent le phlegmon, les vaisseaux séreux l’érysipèle et les vaisseaux lymphatiquesl’œdème, et la stase du sangjoue un rôle immense.Richter, quireproduitlesidéesdeson époque, range encore le zona dans l’érysipèle. Il considère l’érysipèle aux jambes des hydropiques comme symptôme de l’ascite ; il rapporte les opinions de l’esprit médical allemand de son temps ; aussi est-il cité par la plupart des auteurs de cette nation. C’est un apologiste du purgatif. Il nous apprend que Scribonius Largus avait déjà proposé la coloquinte , comme Hippocrate avait proposé l’ellébore, ainsi que Friend ( Comm . in morb., pop. VII); enfin, il attribue à l’émétique une action puissante dans l’érysipèle.
Morgagni (2) (1744), sur les trente observations de plaies contusesdela tête, parle de gangrène de la face, de rougeurs de la face, de tumeurs qui s’étendirent tout autour de la plaie, mais nulle part il n’y a le mot érysipèle prononcé. Cela est au moins singulier. Mais en considérant que Morgagni étudiait ses malades au point de vue des lésions cérébrales, on comprend qu’il ait laissé de côté dans ses descriptions ce qui avait trait aux érysipèles traumatiques dont on retrouve cependant l’indice dans les mots de gangrène de la face, rougeurs diffuses, tumeurs s’étendant aux parties voisines.
Morgagni nous apprend encore, au rapport de M. Le-
(1) De nrysipclale (à la Faculté de médecine), dans édit, en S vol., contenant les œuvres de A. -G. Richter et G. -G. Richter.
(2) Lettre 51.
42 de l’érysipèle.
pelletier (de la Sartlie), que la profession de sellier prédispose aux érysipèles.
Platner (1745) (1) attribue l’érysipèle à l'obstruction des pores de la peau, et croit à la suppuration de l’érysipèle. Il avait entrevu que l’érysipèle seul n’est pas grave : « Si » erysipelas est sine inflammatione, minus periculum ; » mais il replace le zona dans l’érysipèle, et vante comme traitement surtout des discussifs ou résolutifs.
L’Académie de chirurgie ne resta pas étrangère au mouvement des idées. Les mémoires sur l’usage des émollients, sur l’abus des onguents et des emplâtres, l’abus des sutures nous ont fourni quelques documents sur l’érysipèle en 1744. Grassot, Louis et Guvot, d’un commun accord, s’arrêtent aux décoctions de feuilles de sureau comme le meilleur émollient dans l’érysipèle. Louis parle de feuilles de guimauve et repousse les spiritueux comme pouvant déterminer la coagulation. Il préfère la fomentation avec une décoction de plantes, parce qu’un cataplasme surcharge inutilement la partie. Guyot dit, en passant, que les érysipèles sont très fréquents; il conseille comme traitement les boissons délayantes en abondance, les diaphorétiques, et il s’élève contre les poudres résolutives, fécule ou amidon ; avec de Lamotte, il vante l’usage du lait, mais il rejette les corps gras ; il ne blâme pas ouvertement l’usage du fer rouge sur les rougeurs; voici sa phrase : « Il est rare de trouver des gens qui se soumettent au fer, même dans le cas où ils en ont le plus besoin (2). »
(1) Institutiones chirurgical, cap. Erysipilas.
(2) Mcm. de l’Académie de chirurgie, t. II et III, édit. Didot.
HISTORIQUE
En 1774 (1), Champeaux, Camper et Chambon rejettent toute espèce d’emplâtres dans l’érysipèle. Camper, en particulier, conseille de préférence, avec Muys (1684), des applications de compresses trempées dans l’eau de sureau mêlée avec du camphre et du suc de salurne.
La même année, Pibrac(1774) ('2) s’élève contre l’abus des sutures avec des faits; il cite, entre autres observations, celle d’une plaie produite par un coup de sabre et qui, réunie par première intention, fut suivie d’inflammation et d’érysipèle, et il pose en principe qu’un bandage approprié bien fait vaut mieux que la suture.
Borsieri (J 788) (3) admet un érysipèle fixe et un érysipèle ambulant, puis des variétés en masse. Il admet à l’érysipèle une période d’augmentation, d’état et de décroissance. C’était une paraphrase d’IIippocrate, crudité, coction et crise. Il établit trois érysipèles, 1° essentiel, pratopathicum ; 2° fortuit ; 3° symptomatique. Le premier vient sans causes ; le deuxième arrive après une piqûre, un coup de soleil, les variations de l’air; le troisième vient après blessures, angine maligne, etc., et chez les hydropiques.
S’appuyant sur Hippocrate, il dit : L’érysipèle traumatique parait avec la fièvre ; elle le suit quelquefois ; elle existe toujours avant l’idiopathique.
11 a yu les signes précurseurs, le frisson, les nausées, les vomissements bilieux jaunes. Il établit que l’érysipèle peut naître du deuxième au cinquième jour après le défi) Mém. Acad, chir., t. XII et XIII.
(2) Al cm. Acad, chir., t. IX.
(3) Inslr. mcd. pracl. orysipelas.
hh DE l’érysipèle.
but de la fièvre; il prêle à Van Swielen l’idée que l’érysipèle revient épidémiquement en été et en automne, et il signale des engorgements ganglionnaires, sans commentaires. Il ne se prononce pas sur le siège de l’érysipèle ; il croit que les vaisseaux blancs et rouges sont pris à la fois ; il croit à l’action de la bile comme cause déterminante de l’érysipèle ; il ne comprend l’érysipèle du poumon que par métastase.
Comme traitement, il juge bonne la saignée. Avec Hoffmann il préconise le purgatif si l’érysipèle arrive après un accès de colère. Borsieri cite les ponctions comme bonnes; quant aux topiques, ils sont pris à la pharmacopée du temps.
Sauvages (1763) (1), médecin mécanicien, et de l’école de Sennert, dit que l’érysipèle est une fièvre synoque ; il étudie les prodromes, le frisson initial, les douleurs dans les aines; il dit que la rougeur n’est pas circonscrite. La description de Sauvages ressemble beaucoup à la scarlatine; l’observation qu’il donne parait pourtant bien avoir été un érysipèle. L’auteur décrit un érysipèle typhoïde; son observation est singulière : peut-être s’agit-il d’une malade atteinte d’une autre maladie qui, dans de telles dispositions de santé, fut prise d’un érysipèle de la face. Il décrit également un érysipèle a veneno. Une malade avait mangé frixum hepar catuti, elle fut atteinte de tendance au sommeil de délire, son corps se couvrit de rougeur, sans chaleur, avec démangeaisons.
Sauvages décrit encore enjsipelas ambusiio, qui n’est qu’une vaste brûlure.
(1) Nos. med., arl. Erysipèle .
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Il range dans l’érysipèle les épidémies de feu de Saint- Antoine, mal des ardents de 1090 et de 1130, parce que les pieds, les mains et la figure étaient le siège de rougeurs; mais Sauvages doute, malgré l’opinion contraire qu’il attribue à Sennert, Sydenham et Fred. Hoffmann.
L’érysipèle symptomatique est celui qui vient aux jambes des hydropiques. C’est encore là un emprunt fait à Hoffmann. L’érysipèle à la suite du contact du suc des Euphorbiacées, le Rhas vernix en particulier. L’érysipèle zoster, l’érysipèle a vespis, telles sont les autres variétés admises par Sauvages.
Quant à l’érysipèle contagieux et épidémique, il ne dit qu’un mot à propos d’une maladie épidémique qui régna à Toul en 1715. « Epidermis faciei apud eos qui conva- » lescunt decidit.
Voici la relation de l’épidémie faite par Geoffroy le Cadet : a II régna quelque temps dans les environs de Toul une maladie contagieuse dont on était enlevé en deux ou trois jours au plus. C’était un pourpre si violent que la peau tombait entièrement à presque tous ceux qui en échappaient... Ce que cette maladie avait de singulier, c’est que tous ceux qui avaient été promptement secourus rendaient des vers après que le pourpre passait (1).
Lieutaud (1759) (2) a laissé un chapitre assez net sur l’érysipèle, sauf qu’il donne à cette maladie une durée de huit jours et une période prodromique de deux à trois jours.
De Haen(l760) n’ajouta rien à l’histoire de l’érysipèle.
(1) Mcm. Ac. des sciences, 1715, p. 13.
(2) Synopsis , Erysipelas.
46 DE l’érysipèle.
Bromfield (1773) (1) distrait le feu sacré de l’érysipèle. Sa théorie de l’érysipèle n’est pas neuve; il dit que des particules biliaires obstruent les pores de la peau; mais il a vu les érysipèles chez les enfants (2). Il parle d’érysipèles comparables au small-pox et il donne dans ces cas des cordiaux, et il ajoute : « This disease was épidémie for » two years. I cannot say conlagious as not above two or » three or thirty who lay in the same word where seized » with it. »
Selle (1773), dans sa Pyrétoloyie , apporte en fait de nouveauté que l’érysipèle peut se développer sur la langue ; il cite un fait, et nous retrouvons dans Lorry quelque chose d’analogue.
Cet auteur (1777) (3) commence par distraire 1 ’ignis sacer tant de fois déjà séparé de l’érysipèle.
11 décrit un grand nombre de formes d’érysipèles, et admet que l’érysipèle de la face peut être critique dans les maladies. Il est évidemment question ici des parotides surtout si l’on considère qu’il n’attribue à ces inflammations aucun caractère sérieux.
Lorry établit, avec les humoristes, que le sérum âcre est la cause principale de l’érysipèle, mais il ne manque pas d’user de la théorie du spasme de Hoffmann et de la théorie des obstructions vasculaires de Boerhaave.
L’érysipèle, dit-il, vient surtout à la face, il est rare ailleurs; il arrive alors comme symptôme, dans l’œdème, par exemple. Les causes sont variées, l’insolation, l’usage
(1) Medical communications, t. III.
(2) Observations, t III.
(3) De Morbis cutaneis. Erysipèle.
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Kl
de certains poissons, nous montrent que l’urticaire et l’érythème étaient mis alors encore au nombre des érysipèles. Lorry louche à la question de la contagion, il croit à une cause vénéneuse, mais c’est une simple assertion. L’érysipèle, nous dit l’auteur, peut attaquer les yeux, les narines, et le commencement des voies digestives, la bouche, et le ‘pharynx. Il marche avec l’appareil catarrhal, avec le rhumatisme au niveau des articulations douloureuses; l’érysipèle revient à la même place. « Aliquando « originem repetens.» 11 n’est pas grave à moins de rétrocession, à moins qu’il ne devienne phlegmoneux. Une maladie quelconque de la peau n’empêche pas l’érysipèle de se produire. Le traitement de Lorry ne change rien à ce qu’avaient admis ses prédécesseurs, et qui s’était depuis Hippocrate transmis d’âge en âge avec toutes les modifications apportées par les écoles modernes.
Underwood (1780) (!) parle des inflammations superficielles de la peau chez les enfants, qu’il appelle érysipèle. Il dit les avoir rencontrées seulement dans les hôpitaux de femmescn couches. Cet accident ne doitpas étonner, penset-il, les miasmes qui se dégagent des salles des femmes en couches, dont l’odeur est caractéristique, se jetant sur la peau des enfants, déterminent l’érysipèle. 11 dit avoir vu souvent des rougeurs aux pieds, aux mains, à la région du pubis, sur le ventre et même au cou, et, pour cet au-
(1) On lhe diseases of children. L’auteur a fait des emprunts à Armstrong, t}ui fut attaché au dépél des enfants trouvés à Londres, et écrivit le premier, sur les maladies des enfants, un livre intitulé : On lhe disease ivho lay on lhe children. 1770, édit. Buchann., et que nous n’avons pu trouver à Paris. Lefebvre de Villebrune, le traducteur d’Uudervood, connaissait Armstrong, et le jugeait le modèle de celui qui traduisait.
iB de l’érysipèle.
leur, la suppuration et la gangrène se présentent fréquemment après ces inflammations.
Stoll (1785) (1) n’hésite pas à mettre le siège de l’érysipèle dans la vésicule du fiel. Il croit à l’érysipèle interne. Il cite un malade qui vit ses hémorrhoïdes se dessécher et contracta un érysipèle. Il croit que l’érysipèle peut être une manifestation de la goutte ; il attribue les vésicules qui se forment sur l’érysipèle au traitement humide. A propos du traitement il dit : « Erysipélatis sæpe laborantes vidi » breviter curatos post præscriptum purgans remedium » naturæ ægri accommodatum » (Aph., 258). J1 recommande l’éméto -cathartique. Il dit dans ses Éphémérides que l’érysipèle fut assez fréquent dans l’automne de 1773.
Cullen (1772) (2) est un partisan de la doctrine de Hoffman et de l’irritabilité de Haller. Il attribue la stase du sang dans l’inflammation au spasme, et non à la viscosité du sang, admise par Boerhaave. Pour ce qui est de l’érysipèle, il dit que c’est un érythème venant après de la fièvre ; il pense que l’érysipèle de la face est vésiculeux dans la grande majorité des cas. Il repousse la contagion, mais il semble admettre l’érysipèle pestilentiel. Bosquillon, dans les notes, dit : « Il est certain que l’érysipèle est sporadique et nullement contagieux ni épidémique, et l’érysipèle pestilentiel est autre chose. »
Callisen ('1777) (3) dit que l’érysipèle est une inflammation comme le phlegmon, qu’il marche avec le phlegmon ou dégénère en phlegmon. L’érysipèle siège dans le réseau
(1) Aph. De febribus, el ratio med. nos. prat. Yindobonensis. 1780.
(2) Médecine pratique , traduction Bosquillon. 1785.
(3) fnstilulioncs chirurgiœ hodiernœ, Erysipelas.
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réticulaire de Malpi ghi (telle est la citation de Lorry). Voici le texte de Callisen : « Sedes in vasculis summæ » cutis veliendo cruore non dicatis. » Et il ajoute: «Te- » lam cellulosam non complectit erysipelas nisi phleg- » nioni nuptum. » L’érysipèle se recouvre de vésicules; il suit trois stades, comme Borsieri l’avait admis; parmi les causes, Callisen place la suppression de la transpiration, les affections de l’âme, les excitants externes. Trois indications au traitement : enlever la cause irritante, appliquer les antiphlogistiques, recourir aux discussifs, mais voir toujours l’état des forces du malade et la nature de son mal.
Callisen établit que les érysipèles phlegmoneux, œdémateux, squirrheux et herpétique sont symptomatiques ; que l’érysipèle idiopathique n’arrive à la gangrène que par l’intervention inhabile de l’art.
C. Bell (1) ne fit que reproduire ou à peu près cet auteur. Dans l’école dermatologiste anglaise, si Willan (2) (J 798), Bateman placèrent l’érysipèle dans les affections bulleuses, ils eurent, au moins, le mérite de bien séparer l’érysipèle de l’eczéma, du zona et de l’herpès. Le reste de leurs descriptions apprend néanmoins qu’ils ont vu les choses que nous voyons aujourd’hui, des érysipèles après l’inoculation de la variole et de la vaccine.
Dans les observations de Desault (3) (1798), des malades, après avoir pris des potions ou des tisanes émélisées, guérirent l’un en cinq jours, l’autre en vingt-quatre
(1) A System of sur gery. 1787.
(2) Descripl. and trealmcnl of cti/ancous di-eascs. Erysipelas.
(3) Journal de chirurgie, t. II.
lioures. Sur les dix observations de Desault, il y a trois observations d’érysipèle traumatique qui semblent avoir été telles que plusieurs de celles que nous avons réunies.
Dans l’observation VI, une malade eut une plaie ancienne de la jambe, tardivement reconnue, suivie d’érysipèle.
Dans l’observation VII, une malade sortit avant la guérison d’une plaie contuse; elle dut rentrer à l’hôpital avec un érysipèle. Nous devons dire toutefois que les érysipèles rapportés avaient, d’après les descriptions, au moins autant les caractères du phlegmon que ceux de l’érysipèle. Il y a, dans le même auteur, une observation d’érysipèle ambulant chez une malade ayant fait un longséjour à l’hôpital; elle eut un érysipèle débutant par une excoriation au cou. Desault dit que l’érysipèle, en s’arrêtant à un bras, redoublait à l’autre; il est bon d’ajouter qu’il y avait là un cautère. L’auteur apprend que Thévenin employait les vésicatoires loin de la partie malade.
Desault dit encore que les saignées faites de prime abord sont mauvaises, parce que les érysipèles en sont plus graves.
Il préfère l’émétique en lavage.
Wells (1800) (1) fait autorité pour la théorie de la contagion de l’érysipèle. Il invoque les écrits d’Hoffmann, de Cullen. Parmi ses observations, nous trouvons l’histoire d’une femme de soixante ans qui communiqua à son mari non pas un érysipèle, mais, comme dit l’auteur, une maladie semblable à l’érysipèle. Les autres observations
(1) Wells, Trans. for the impr. for med. and surg. knowledge , vol. II.
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apprennent qu’un adulte prit un érysipèle au contact d’un jeune homme et le communiqua à sa vieille bonne, qu’une dame vint à Londres près d’une de ses amies atteinte d’érysipèle et le gagna. « A hired nurse of the » same ladies was also attabked with that disease during » lier stay with them. »
Il cite des communications personnelles de Pitcairn, Baillie, Whitfield. Ce dernier avait vu au printemps 1770 les érysipèles se succéder dans la salle.
11 ajoute qu’en 1795 et 96, à l’hôpital Saint-George, beaucoup de personnes furent atteintes dans les salles.
Orl ne petit certes pas accuser Wells d’être un esprit prévenu contre la Contagion de l’érysipèle. Cependant il repousse le témoignage de Sauvages à propos de l’érysipèle pestilentiel de Toul, cité dans l’histoire de l’Académie des sciences (1715), et il fait justement remarquer que la description de Geoffroy ne ressemble en rien à l’érysipèle.
Wells est logique : après avoir admis quelque chose d’essentiel dans toutes les manifestations de l’érysipèle, il prescrit le quinquina, Perüvian Bark.
Dans la thèse d’Arnold et le programme de Vogt, l’érythème et l’érysipèle, séparés du phlegmon, sont confondus, puisqu’il est dit que les éruptions érysipélateuses, comme les galeuses ( scctbiosi ), peuvent exister sans fièvre. Les auteurs admettent une espèce de diathèse causée par la laxité des tissus, résultant d’une inflammation antérieure et de la sueur supprimée. La présence d’éruptions érysipélateuses aux jambes se produit facilement chez les vieillards, parce que le sang circule moins bien aux parties déclives, mais par-dessus tout parce que
52 DE L ERYSIPELE,
les occasions do refroidissement pour ces pallies sont beaucoup plus nombreuses. Ils attribuent encore le retour des érysipèles à l’irritation de la peau, aux troubles de la sécrétion du foie, aux aliments et à l’inlluence de l’air.
Arnold, en particulier, croit à la gangrène dans l’érysipèle et pense que l’érysipèle peut devenir chronique. Il admet des érysipèles de cause interne et de cause externe, et il attribue à des conditions spéciales le retour des érysipèles.
« Levis terror, exigui victæ errores, refrigeria vix sen- » sibilia repetili erysipelati possunt esse causas (1). »
Bateman (2) contredit formellement les idées de Wells sur la contagion de l’érysipèle; il repousse les observations citées par Wells, et empruntées à Willan et Baillie. Willan s’était borné à rapporter l’observation d’un enfant qui eut un érysipèle et le communiqua à sa mère. Baillie avait dit qu’à Saint- George’s hospital, les érysipèles étaient épidémiques, et partant contagieux. C’était là le fait que Pars a reproduit (3).
S. C. Vogcl (1781 à 1816) a publié un Traité de médecine dans lequel nous retrouvons une description de l’érysipèle. Deux réflexions, entre autres, doivent être signalées. La première, c’est presque une contradiction de Pierre Franck. Vogel croit très diflicile, sinon impossible, de distinguer l’érysipèle des muqueuses de leur
(1) Arnold, thèse inaugurale, Vittcmberg, 1802 ;
Et Vogt, Programma quocausas ad f rcq . erysip. rediluin prœdisponcnlc eorposuit, ib . , 1802.
Coll, in-4°, v. 06 ; 23 et 24 bis (Fac. de Med.).
(2) On culaneous itiseases, 1817.
(3) Dictimunj, art. Érysipèle.
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inflammation. La seconde, c’est l’indication d’appliquer des sangsues sur la partie la plus enflammée (1).
Pinel (1813) (2) admet des érysipèles fixes, erratiques, zona, des érysipèles compliqués d’état bilieux, d’état phlegmoneux, d’état gangréneux, d’état malin; il définit l’érysipèle une phlegmasie cutanée; mais il est évident que l’auteur confondait des éruptions dartreuses avec l’érysipèle ; il croit aussi que l’érysipèle peut cesser sur un bras pour reprendre à l’autre comme l’avait avancé Renauldin (3). Pinel pose en principe le traitement suivant : boissons délayantes, et boissons émétisées, s’il y a des phénomènes gastriques; il dit que le régime suffit souvent à lui seul; il donne à l’érysipèle, entre beaucoup de causes, une nouvelle, la suppression d’une saignée habituelle.
Lawrence (1 827) (à) attaque complètement la doctrine de Wells; il croit que l’érysipèle est une inflammation, et que le traitement antiphlogistique est le plus convenable entre tous. Lawrence, comme M. Rayer, comme les auteurs du Compendium de médecine , semble admettre trois espèces d’érysipèles : 1° érythème, 2° érythème avec développement de vésicules, 3° érysipèle phlegmoneux.
L’érysipèle ne suppure pas. Lawrence s’appuie sur
(1) llandbuch der praclischen, t. III (les trois premiers volumes traduits), Manuulc praxeos mcdicinœ. Keup. Stendhal, 1792.
Vogcl a eu cinq éditions, dont la dernière est de 1821. Nous plaçons donc cet auteur parmi ceux du commencement du xixc siècle.
(2) Nosographie médicale, t. II.
(3) Qui s’appuyait sur Dessault.
(4) Med. chir. Traits,, t. XIV.
5/i de l’érysipèle.
Callisen et sur Hildenbranl (1). Ce dernier disait que l’érysipèle ne suppurait que quand ad potentiam phlegmonis exaltatur.
Dans les observations que rapporte l’auteur anglais, il a vu deux fois de petits abcès se former pendant la convalescence de l’érysipèle ; il a vu sept fois un érysipèle généralisé, et il n’a vu que trois fois, sur soixante cas, l’érysipèle revenir à une place qu’il avait occupée déjà, et il ajoute cette réflexion : « Seldom take place in one y> and the same spot. » Enfin, dans la troisième partie de ce livre, nous rapportons une observation de cet auteur en tout semblable aux nôtres.
En résumé, Lawrence place l’érysipèle simple entre l'exanthème et le phlegmon; il considère, dans les causes en première ligne, l’excitation du système vasculaire et les troubles digestifs, et blâmant hautement la pratique de Wells, il se prononce pour la saignée générale et les mouchetures; il faut dire que l’éyysipèle phlegmopeux est surtout ici l’objet des indications thérapeutiques de Lawrence.
La doctrine de Broussais (1808 à 1824), plus que celle de Brown, a eu une influence plus marquée sur l’étude de l’érysipèle que les autres théories. Broussais, il est vrai, n’a attaché son Rom à aucune recommandation spéciale pour la maladie qui nous occupe. Mais il a dit, dans son Cours de pathologie et de thérapeutique médicale (tome 1), que l’érysipèle était une inflammation franche; il a reproduit à peu près les idées de Desault et
(1) Pracl. med., t. 111.
I1IST0KIQUE.
Lorry, avec beaucoup des traditions anciennes comme celle-ci « que la colère est une cause puissante d’érysipèle. »
M. Rostan (1828), le médecin organicien par excellence, dit que l’érysipèle est la plilegmasie la plus simple de la peau, et qu’il peut être considéré comme le prototype de l'inflammation. 11 repousse les divisions multipliées de l’érysipèle, donne l’érysipèle des membres œdématiés comme un épiphénomène, et le distingue très bien de l’œdème qui suit normalement les érysipèles (1).
Boyer (1818 à 1838) (2) admet les variétés d’érysipéles faites avant lui : un érysipèle simple et un compliqué, l’érysipèle avec symptômes putrides et adynamiques comme Pinel, puis l’érysipèle phlegmoneux et œdémateux.
Il établit des différences entre l’érysipèle miliaire, pustuleux, périodique, fixe et ambulant. Ce dernier n’est pas l’érysipèle qui se propage, mais bien celui qui passe brusquement d’un bras à l’autre, de la tête au bras (c’est urî érysipèle devenu très rare aujourd’hui). « On serait tenté de croire, dit Boyer, que la cause interne de l’érysipèle a ordinairement son siège dans les premières voies (voies digestives) et qu’elle consiste dans un état saburral.
Les causes qu’il invoque sont externes et internes. Toutes les causes mentionnées par Borsieri, Frank, Pinel sont reproduites avec la plupart des causes énumérées par les anciens.
Boyer, avec Desault son maître, se montre peu partir
(1) Med. clin., t. II.
(2) Maladies chirurr/ic aies, t. fl, p. 8, édit. 1838.
de l’érysipèle.
san de la saignée el ne la croit bonne que lorsqu’il y a fièvre angioténique ou suppression d’un flux. Les boissons acidulés et délayantes peuvent suffire dans les cas simples; les vomitifs, dans l’érysipèle de cause interne, le camphre, les pilules nitro-camphrées, les traitements appropriés aux vices rhumatismal, goutteux, scrofuleux, suivant les cas, peuvent être employés avec fruit.
Boyer recommande les topiques émollients, eau de sureau, de graine de lin. Si l’érysipèle rentre, il conseille le vésicatoire sur le lieu occupé par l’érysipèle. « L’érvsipèle, dit-il, ne disparaît pas toujours après l’application du vésicatoire, mais la suppuration que celui-ci fournit devient salutaire. » Il indique ensuite le traitement dans le cas où l’érysipèle est phlegmoneux.
Le grand Boyer n’a pas oublié de parler du régime; il a conservé les meilleures traditions.
Dupuytren n’a rien laissé de spécial sur l’érysipèle. Ce n’est que par les thèses de ses élèves que nous savons ses opinions, encore n’est-ce qu’au point de vue du traitement, le vésicatoire en particulier. Dupuytren le faisait appliquer sur l’érysipèle même.
Parmi les ouvrages modernes qui établissent, au xixe siècle, l’histoire de l’érysipèle mise en rapport avec les connaissances anatomiques et physiologiques, Blandin et M. Velpeau sont les deux auteurs originaux à citer. Il y a peu de chose à dire de Samson (1), qui n’a guère attaché son nom qu’à une classe d’érysipèles problématiques, les érysipèles veineux. Bibes (2) a étudié l’anatomie
(1) Boinel, ./. des conn. mdil.-chir., t. VI.
(2) Soc. mdd. d'cinul. , t. VIII.
HISTORIQUE
pathologique de l’érysipèle. Bérard, dans le Compendium de chirurgie, a dit avoir rencontré du pus dans les veines. M. Cazenave et Schedel ont donné une bonne description de l’érysipèle suivant les idées du temps et tous les traités de pathologie : Roche, Samson, Requin, Valleix, Grisolle, Delaberge et M. Monneret semblent avoir admis trois degrés dans l’érysipèle : le légitime ou superficiel, le gangréneux et le phlegmoneux. Du reste, l’article Érysipèle du Compendium a le mérite de réunir exactement les connaissances actuelles sur l’érysipèle. L’article d’Olivier (d’Angers), l’article de Chomel et M. Blache n’en sont pas moins intéressants au même point de vue, et le Dictionnaire en 30 volumes est encore aujourd’hui, même pour l’érysipèle, une des sources les plus précieuses d’instruction.
M. Velpeau (1) a établi, d’une manière nette et le premier, le mode de propagation de l’érysipèle, par période successive de deux, trois ou quatre jours, et renversé une vieille doctrine qui voulait appliquer à l’érysipèle la doctrine des jours septénaires, et assignait à cette inflammation une durée de sept, quinze ou vingt et un jours.
M. Velpeau a montré que le pus dans les vaisseaux veineux était dû à une phlébite secondaire, contrairement à l’opinion de Flandrin (2), qui admettait que l’érysipèle était une modalité de la phlébite. Mieux que Renauldin il a établi que le phlegmon était une complication et non un degré de l’érysipèle. Enfin, il pense que l’érysipèle n’est pas grave par lui-même.
(1) InnceUc français'', 1831.
(2) Journa1 de mcdocino, 1791, vol. 37.
DE l’ÉRYSII'ÈLE.
Pour ce qui est de la contagion, il la nie; il rattache l’épidémicité à une constitution atmosphérique, et il suppose que peut-être un élément septique se dépose dans la plaie et détermine l’érysipèle.
On retrouvera, dans la troisième partie de ce livre, les appréciations de M. Velpeau sur l’érysipèle, à propos du traitement, Nous avons souvent entendu dire à M. Velpeau, en 1861, dans son service, que l’érysipèle et l’angioleucite allaient ensemble, et qu’il en pouvait être de même pour le phlegmon, qui s’associe soit à l’angioleucite, soit à l’érysipèle. Enfin nous lui avons entendu dire qu’il ne croyait pas que la cause des érysipèles, dont nous rapportons la statistique, fût dans l’encombrement et le défaut d’aération de la salle (et cela est vrai, la salle est élevée au moins de 5m5Q à 6 mètres); il nous faisait remarquer que l’érysipèle ne tue pas par la violence de l’inflammation. Il manifestait des doutes sur la cause du retour fréquent des érysipèles, qui maintenant existent dans la pratique de la ville et, de la campagne comme dans les hôpitaux. M. Velpeau disait encore, en 18A1, que les causes externes seules étaient capables de l’amener, mais qu’il y a heaucoup de vague à ce sujet; que les érysipèles se montrent aussi bien dans le Nord que dans le Midi ; que la oontagiou n’est pas démontrée (1).
M. Velpeau a vu que dans les érysipèles il y a deux groupes de symptômes ; un qui correspond à l’inflammation et un autre qui tient à l’infection du sang; et pour l’anatomie pathologique nous citons cette remarque,
(1) Clinique chirurgicale, résumé clinique de 1840.
HJSTpHlQUP. 59
de notre maître que, lorsque la maladie a duré longtemps, le sang des cadavres est très fluide, les caillots sont diflluents.
M. Velpeau rejette complètement l’idée d’un érysipèle veineux.
Pour Chelius (1835) (1) l’érysipèle est une espèce, d’inflammation siégeant dans les lymphatiques et dans le réseau muqueux de Malpighi,
L’érysipèle, suivant cet auteur, tient à une maladie de la veine porte, et se produit en été et en automne sous forme épidémique. On voit que Chelius n’oublie pas l’aphorisme de Stahl : « Vena porta porta malorumr »
L’érythème, avec Chelius, devient un faux érysipèle, et les inflammations pustuleuses à marche chronique peuvent être envisagées comme un érysipèle chronique, Chelius, vante le vomitif et croit peu aux saignées.
M. Loyer (183é) (2) dit que l’érysipèle est, une inflam*. rpation exanthémafeuse non contagieuse i il admet trois degrés dans l’érysipèle ; la gangrène, dans cette division* serait un troisième degré de l'érysipèle. M. Rayer a vu l’érysipèle de la face compliqué de coryza : il cite, LéveiUé* qui a vu des fausses membranes dans le larynx d’individus, morts d’érysipèle, et il rapporte avoir observé un érysipèle du cuir cheyelu se produisant diu côté opposé à une plaie de tête.
11 rappelle m extenso, une observation de Calmeil, à savoir qu’en 1828 les érysipèles se multipliaient chez les aliénés, et qu’on fut obligé de supprimer toute espèce de
(1) Pathologie chirurgicale, art. Érysipèle.
(2) Traité des maladies de la peau, t. I.
(30 de l’érysipèle.
révulsif. L’érysipèle naissait le plus souvent autour des
cautères.
M. Rayer conseille, au premier degré de l’érysipèle, un traitement simple, le repos et les boissons délayantes ; au deuxième degré, la saignée, les sangsues sur l’abdomen, le vésicatoire sur le lieu de l’érysipèle; il ne croit pas à l’efficacité de l’onguent mercuriel. Enfin, à propos de l’érysipèle des enfants, M. Rayer dit qu’un enfant eut un érysipèle pour avoir teté une nourrice atteinte de dysenterie.
Les idées de l’école médicale moderne en Angleterre sont résumées dans Copland (1). Cet auteur établit que, comme le rhumatisme et comme le catarrhe, l’érysipèle, inflammation asthénique, vient d’un état particulier de l’individu et des vicissitudes du temps ou de l’atmosphère, spécialement du chaud, de l’humide et d’odeurs miasmatiques et de beaucoup de conditions de l’air agissant sur un système déjà disposé à subir leur influence par une dépression de la force vitale ou l’accumulation dans l’économie de matières qui ne servent plus et possèdent une action débilitante (2) sur les organes excréteurs ; d’une nourriture, d’un régime malsains ou d’un désordre prolongé de l’alimentation.
Copland dit que l’érysipèle peut être compliqué de phlébite et d’angioleucite par exemple.
Dans la pathogénie, Copland appartient à la série des vitalistes. Le principe vital altéré est une cause de l’érysipèle, avec la perte de fonction des capillaires. Parmi les
(1) Copland's Diclionary , art. Êuysipèle, 1838.
(2) Dcfective, en anglais.
HISTORIQUE. 61
autres causes, on trouve la diathèse érysipélateuse ; la contagion, avec l’autorité de Wells, Dikson, Stevenson, Arnott; l’épidémie, avec Sylvius, Sydenham, Richter, Bromfield, etc. (1).
L’érysipèle des enfants nouveau-nés ou des hôpitaux d’enfants trouvés est mêlé avec l’érythème des fesses, la gangrène de la vulve; il y a, comme cause puissante d’érysipèle chez les enfants, la rétention du méconium, l’air des hôpitaux, les irritants externes, la non-cicatrisation de l’ombilic. •
Le traitement de l’érysipèle, en général, se compose de purgatifs diaphoniques, diurétiques et toniques, plus quelques médicaments spécialement recommandés, le chlorate de potasse, le calomel, le colchique. Copland recommande aussi les incisions, surtout pour l’érysipèle phlegmoneux. Copland parle de l’érysipèle qui attaque la langue et la gorge.
Dans la thèse de M. Lepelletier (de la Sarthe) (2), il y a cinquante-deux observations qui ne rentrent pas toutes dans le sujet; il y a de simples phlegmons. Il parle d’une dame qui avait un érysipèle après la moindre écorchure. L’auteur conserve encore des vestiges de la tradition de l’âcreté des humeurs et de l’irritation ; il formule, avec M. Velpeau, que l’érysipèle, sans complication d’une autre maladie, n’est pas contagieux. Dans le cas où d’autres maladies compliquent l’érysipèle, celui-ci doit être considéré seulement comme infectieux.
Il cite Tissot, qui dit que l’érysipèle périodique s’atta-
(1) Nous avons vu cc qu’ont dit ces auteurs.
(•2) Conc. de clin, ehir, , 1830.
de l’érysipèle.
que aux mêmes parties (1); l’opinion de John Kurt et Kuhn poui* un érysipèle interne (2). Il nous apprend que la méthode eetrotique, la cautérisation du pourtour de l’érysipèle avec le nitrate d’argent, est due à Higginbotlom .
Les traitements divers sont classés par M. Lepelletier sous les chefs suivants ! méthode expectante, antiphlogistique, répercussive i dérivative, eetrotique * mercurielle, tonique, compressive, divisante.
Lepelletier se prononce contre l’érysipèle intermittent admis par M. Rayer (3).
Blandin j dans le Journal des connaissances médicochirurgicales , année 1837, et dans une note communiquée à M. le professeur Nélaton, et que celui-ci a reproduite dans sa Pathologie chirurgicale, tome I> pense que l’érysipèle est à la fois une inflammation de la peau et des vaisseaux lymphatiques de la partie affectée.
L’érysipèle traumatique est remarquable par la prédominance de l’élément lymphatique qui le Caractérise; c’est l’inverse pour l’érysipèle non traumatique.
L’inflammation érysipélateuse commence par les vaisseaux lymphatiques de la peau et du tissu sous-cutané ; la rubéfaction cutanée est consécutive seulement; aussi l’érysipèle débute-t-il localement par une tuméfaction des ganglions lymphatiques, dans lesquels se rendent les vaisseaux de la partie engorgée, qui sera rouge un peu plus tard, et généralement par un malaise particulier analogue à celui qu’on observe au début des inflainma-
(1) Avis au peuple, t. II.
(2) Gazette médicale, 1. 1.
(3) Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratique, t. Vil.
îtiSToRiQUË. 63
tions vasculaires» C’est par l’angioleUcile que l’érysipèle est grave ; s’il ne se termine pas promptement par résolution, il s’accompagnera de symptômes typhoïdes analogues à ceux que l’on voit apparaître dans les inflammations vasculaires»
C’est en suivant les réseaux lymphatiques de la peau et du tissu cellulaire que l’érysipèle s’étend.
L’érysipèle est essentiellement voyageur, parce que c’est le propre des inflammations vasculaires de s’étendre, et qu’il y a, dans cette maladie, affection vasculaire. La propagation est le plus souvent centripète, parce que telle est la marche ordinaire de l’angioleucile.
Au début, l’érysipèle peut être attaqué avec avantage par les applications de sangsues sur les lymphatiques engorgés..., elles peuvent barrer passage à l’inflammation. Les sangsues sur la surface rouge dé la peau ne sont adressées qu’à la rougeur cutanée, c’est-à-dire à l’élément le moins important de la maladie»
En 1838, dans les Archives de médecine, tome VIII, M. Velpeau, établissant, le premier, l’angioleucite comme une maladie distincte, dit que les angioleucites peuvent, par la réunion des bandes enflammées, donner l’aspect d’un véritable érysipèle, et il ajoute « que si les érysipèles des phlegmons de toutes nuances succèdent à l’angiôleucite, c’est qu’en retenant les liquides dans les couches environnantes, cette maladie devient une cause puissante d’inflammation sur les confins du lieu qu’elle occupait. » M. Velpeau dit que les cataplasmes mal préparés, que les croûtes sur les ulcères mal soignés sont les causes de l’angioleucite.
Franck (18*26 à 1832) ( Méd.pral. , Irad., 1838) établit une variété infinie d’érysipèles : érysipèle local, rhumatismal, inflammatoire, gastrique, nerveux, des nouveau-nés, asthénique, symptomatique, de la Fièvre intermittente, scorbutique , carcinomateux et lépreux. Son étiologie complète est rapportée dans la troisième partie de ce livre.
Finger (1842), dans une thèse (1) sur l’érysipèle, résume plus de deux cent cinquante observations d’érysipèles spontanés et traumatiques, mais sans en faire la statistique; néanmoins il établit que les érysipèles sont très fréquenls à la face et au voisinage des plaies; il a constaté que l’érysipèle avait pour caractère de se terminer à ses limites par un bord net faisant une saillie; mais il admet que les limites de l’érysipèle au cuir chevelu se reconnaissent à l’élevure de ses bords ; il eût été nécessaire de voir les observations à ce sujet, et le travail n’en contient que deux.
Dans un mémoire plus complet que tout ce qui avait été fait précédemment sur l’érvsipèle des enfants (2) par Underwood, Richard (de Nancy), Billard, Valleix, Rilliel et Barthez (3), M. Trousseau rapporte à Hoffmann les premières remarques sur cet érysipèle, a umbilicam »regionem frequentius infestât », et il juge qu’Undenvood est l’auteur qui semble avoir les idées les plus nettes sur l’érysipèle des nouveau-nés.
(1) Traduite dans le journal l' Expérience, t. X.
(2) Journal de médecine, 1844.
(3) On the diseasc of children, 1770, trad. Iranç. de Lefebvre, et Truités des mal. des enfants.
HISTORIQUE. 65
Ce que l’on trouve de nouveau dans le mémoire de M. Trousseau, c’est une description catégorique de l’érysipèle des nouveau-nés, qu’il rapporte à la cicatrisation tardive de l’ombilic, à la vaccine, à l’intertrigo, aux excoriations de toute nature ; la constatation de ce fait, affirmé par Underwood, que les érysipèles des enfants tendent à devenir phlegmoneux ; ce sont les remarques suivantes : que l’érysipèle est mortel chez les très jeunes sujets, qu’il est plus funeste dans les hôpitaux, que l’existence de fièvres puerpérales est une cause prédisposante pour l’érysipèle des nouveau-nés, qui arrive alors épidémiquement. C’est en dernier lieu que ces érysipèles s’étendent avec une rapidité inaccoutumée chez l’adulte.
Dans ce même mémoire , nous trouvons ce trait à propos des érysipèles périodiques des adultes : les lésions de la face sont presque toujours une petite ulcération, et il suffit de guérir l’écorchure de la face pour prévenir le retour de l’érysipèle.
Dans ce travail, il y a trois observations sur cinq d’érysipèles où il est manifeste que l’ombilic en suppuration a été le point de départ de l’érysipèle; une fois c’est autour des boutons de vaccine ; une fois autour d’un furoncle.
Comme traitement, M. Trousseau employa le feu, le vésicatoire, le sulfate de fer sur trois enfants qui moururent.
L’alcool, les cataplasmes, l’onguent mercuriel avaient été appliqués dans les deux cas suivis de guérison.
M. Bouillaud (I8/16) (1) pense que l’érysipèle, au point
(I) Nosographie, t. II.
6(> de l’érysipèle.
do vue de l’anatomie pathologique comme au point de vue des lésions, présente trois degrés. Au premier, il n’v a rien à constater sur le cadavre qu’une exfoliation de l’épiderme ; au deuxième, la peau est ramollie, elle contient de petits foyers purulents, il y a des vésicules pleines de sérosité purulente ; au troisième degré, la gangrène de la peau survient.
Pour M. Bouillaud l’inflammation érvsipélato-phlegmoneuse a des rapports avec les inflammations des veines. L’érysipèle peut gagner les fosses nasales, il a même vu un cas mortel d’angine laryngée œdémateuse, chez un individu atteint d’un érysipèle de la face. L’érysipèle spontané est moins fréquent qu’on ne pense, et beau^up d’érysipèles sont dits spontanés, parce qu’on n’en trouve pas la cause. Néanmoins, l’érysipèle suppose toujours une prédisposition qui favorise l’action des circonstances accidentelles qui peuvent alors produire l’érysipèle.
M . Bo uillaud rep ousse l’idée de la contagion de l’ érysipèle . 11 admet l’épidémicité de l’érysipèle, et semble rapprocher de cette maladie l’acrodynie qui régna à Paris en 1828.
En 1837 M. Bouillaud avait dit (1) : les érysipèles de la face ont été très fréquents ces mois derniers, août et septembre. Des influences extérieures, nous n’en douions pas, doivent jouer un grand rôle dans leur développement. Les constitutions médicales agissent quelquefois si puissamment que les moindres opérations deviennent impraticables à cause de la crainte d’une inflammation érysipélateuse.
(1) J. des conn. méd.-chir. Revue clinique.
HISTORIQUE. fi/1 2
Enfin en 1848 M. Masson (1) chercha à prouver que1 l’érysipèle et la fièvre puerpérale sont de même nature. Sa thèse est une compilation de réflexions des auteurs modernes, et nous n’avons guère vu de réellement important que cette allégation que, à la Maternité, pendant le cours d’une épidémie de lièvre puerpérale, les sagesfemmes furent atteintes d’érysipèle, mais sans autres commentaires. Il résulte encore de la lecture des documents qu’il a réunis, par exemple : que de 1840 à 4841, à la Maternité, la fièvre puerpérale a régné pendant dix mois; que de 1843 à 1844, à la Clinique, les fièvres puerpérales ont été ainsi réparties : septembre, 3; oclobre; 7; décembre, 7; janvier 1844, 10; février, 2; mars, 6.
L’auteur fonde ensuite la coïncidence des érysipèles et des fièvres puerpérales sur les réflexions de Blandin ( Gazette des hôpitaux, 1844) : les érysipèles sont très fréquents, et l’on ne saurait les attribuer qu’à une constitution atmosphérique.
M. Piorry (1848) (2), sans diviser l’érysipèle, dit dans ce qu’il appelle la télodermite ce qui a trait à l’érysipèle. Il appelle encore cette maladie une septico-dermite traumatique pouvant dépendre de l’absorption de liquides altérés.
Il croit à des analogies presque complètes avec la phlébite et l’angioleucite ; il ne croit pas prouvés les érysipèles bilieux, et les érysipèles spontanés sont, pour M. Piorry, dus le plus souvent à une plaie, une écorchure, un bouton; et même pour l’érysipèle périodique il croit qu’il y
(1) Thèse de Paris.
(2) Med. iatr., art. Télodermite,
«8 DK l’érysipèle.
a une lésion qui détermine l’érvsipèle, comme un mal de dents une gingivite.
L’engorgement ganglionnaire, suivant cet auteur n'a pas la valeur que lui attribuait Chomel. Les érysipèles sur une saignée, sur une plaie, peuvent tenir à la malpropreté de la lancette, au linge à pansement sale.
Comme traitement, on trouve recommandés dans le livre de M. Piorry le vésicatoire périphérique , les sangsues sur le lieu même de l’érysipèle, et les traitements multiples, mais simples, tels que l’axonge, l’onguent mercuriel, les poudres d’amidon, etc., etc.
Rappelons ici qu’en 1833 (1) M. Piorry, comme M. Malle, a cherché à démontrer la propagation de l’érysipèle du cuir chevelu et de la face aux membranes du cerveau.
Ainsi, la conception de l’érysipèle, à partir de la renaissance, s’est transmise jusqu’à nos jours avec les documents de l’antiquité; elle s’est enrichie depuis des découvertes de l’anatomie et de la physiologie, et la localisation des lésions tend à être nettement établie. C’est sur ce point de l’étude de l’érysipèle que le progrès médical a porté. 11 n’en est pas de même de l’étiologie : depuis la division de la médecine et de la chirurgie, l’érysipèle a été envisagé à deux points de vue, il y a eu une lièvre érysipélateuse pour les médecins, et une tumeur ou une inflammation érysipélateuse pour les chirurgiens, et chaque théorie médicale a ajouté quelque caractère mystérieux à la fièvre érysipélacée. Notre époque, devenue plus sage,
(1) llaselte mèJtcale.
HISTORIQUE
s'esl arrêtée, lasso de courir, d’incerliludes eu inccrtiludes. Elle a recueilli des faits; les interprétations cependant en ont été très variées, et il reste encore aujourd’hui plusieurs points en litige qui divisent les esprits.
L’érysipèle est-il une inllammation spécifique? Est-il contagieux? Est-il épidémique autrement que la pneumonie et le phlegmon? Telles sont les questions qui sont posées, et que les faits n’ont point encore résolues.
Le traitement de l’érysipèle n’a point fait d’autres progrès que de se débarrasser des remèdes empiriques, d’emplàtres complexes ou de méthode thérapeutique exclusive.
BIBLIOGUAPHIE.
En dehors des livres complets de médecine et de chirurgie, en dehors des articles, de simples notes imprimées dans les journaux sur l’érysipèle, nous avons compté cent etquelques monographies sur l’érysipèle, qui nous auraien t demandé plus d’une année, je ne dis pas pour les lire, mais bien pour les recueillir. J. Franck nous a laissé, avec les indications du lieu et de l’année des publications, les titres des monographies de Hurnius, 159(3; Shœn, 1(305; Bumeister, 1615; Mægling, 1621; Shilling, 1621 ; Kueffer, 1640; Shlegel, 1640; Michaelis, 1655; Metzeger, 1666; Shenck, 1666; Shneider,Winkler, 1679; Wedel, 16S2; Dcssali, 1694 ; Mappus, 1700; Zahel, 1717; de Pré, 1720; .1 uck , 1732; Cælikc, 1730; Rich 1er, 1744;
de l’érysipèle.
Maclauchlin, 1755 ; Aurivillus, 1762; Hermann, 1762; Hoffinger, 1780 ; Helbach , Sultier , 1780 ; Vanderbelen, 1782; Gourlay, 1782; Kyper, 1788; Gulbrand (dans Ad. soc. med . de Havn) et Ammon, 1790; Culley, Thierens, Gergens, 1792; Engelhart, 1797 ; Arnold, 1802 ; Renauldin, Lecourl Cantilly, 1802; Le Gueule, 1805; Terriou, 1807 ; Mariande, 1811 ; Beydelelte, Rubbens, 181 k ; Brigandat, Sourisseau, 1815. Outre les indications des Dictionnaires en soixante volumes et en trente volumes, auxquels nous renvoyons, nous trouvons encore cinquantesept thèses de Paris depuis 1815, sur l’érysipèle, et des articles de journaux sans nombre en Angleterre, en Allemagne, etc.; et en ajoutant cette nomenclature historique aux notes de la première et de la troisième partie de ce . livre, nous avons à peu près réuni ce qu’il y avait d’utile à prendre pour suivre l’évolution de nos connaissances sur la nature de l’érysipèle.