‹ Traité de l'érysipèle épidémiqueChapitre 10 sur 19 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

]Étlologlo.

Ga-xases précLisposa.ntes.

Les causes de l'érysipèle, en général, sont tout-à-fait inconnues. Elles restent pour nous inappréciables ; tout ce que nous en savons, c'est qu'elles ne sont pas les mêmes que celles des inflammations ordinaires ,. comme le croient M. le D' Desprès et beaucoup d'autres auteurs. La preuve qu'il y a autre chose , c'est que, à l'inverse de la facilité qu'on a de produire à volonté un érythème, une phlébite, une angéioleucite, un phlegmon, rien ne saurait, par contre, déterminer constam^ ment le développement d'un/ érysipèle. Les causes extérieures: les irritations, les traumatismes, n'existeàt pas même toujours ; elles manquent très- fréquemment dans l'érysipèle spontané ou médical, mais ce qui démontre que ces causes ne sont tout au plus qu'occasionnelles et ne servent qu'à décider le siège particulier oii l'érysipèle vient à éclater , c'est que ces diverses conditions ont souvent existé chez le même sujet,, sans provoquer les mêmes effets, les mêmes résultats..

h^kf Boyor avait admis que rérjfïsipàle , isiimt àecsKûM sterne, e$t trè^rare et que presque toujours cette înSion^ imttoa dépend d'tiQe cause interne, ordi&airement ineomuief qo^il est tenté de croire un eoibarraa gastrique t un éM

Delpech, au contraire (^), le considérait comme uûe inflammation spécifique de la superficie du derme ou de quelque organe offrant, comme celui-ci, une surface libre. L'état gastrique est sympathique dQ raffection cutanée sur la muqueuse des voies alimentaires et non pas cause de l^érysipèle.

D'autres la rapportent à un état particulier du foie. « Repaie vitiato, sanguificalio vitiatur, » disait Galien, et la définition qu'il donne de Térysipèle prouve bien qu'il l'attribuait à l'abondance de la bile et à son mélange avec le sang. « Si ex sanguine et flavâ bilejuxtà calidioribus fluxio mixta fuerit, atU ex stofn^guine qmdem, sed ferùido, et substantiâ tenuissimo, erysipelas vocatur ille affectas. »

Obscurités immenses, gratuites hypothèses, s'écrie à ce sujet Hequin(3).

Nous ne nous arrêterons pas à rechercher la cause première de rérysipèle. Quoi qu'il en soit, depuis tes travaux de MM- ChoiBelf et Kache, les vrais praticiens ne récusent plus Texis* tence d'une cause interne, que les uns appellent prédisposition (^) ; que d autres ne nomment pas, mais qu'ils r^ar^ éent comme sfpécifique. « L'érysipèle n'est jamais le résultat d'une cause externe, ou , du moins, si quelquefois une cause externe concourt à sa productien, die n'a cp'une part secon^ daire à son développement ; elle suppose le concours d'une cause interne, d'une disposition particulière que noos q0

{i\ UaL chirurg,. , t. If , p, 10.

(2) Traité des Maladies réputées chirurgicales.

(3) Pathol. méd. , t. 1 , p. 547.

(4) Grisolle , t I , p. 555.

«onBaissons pas. Nous sommes, par œnséquent, réduits à étûûm les conditions dsms lesquelles cette disposition surnmi, et les circonstances qui peuvent provoquer Tapparition de FérysipMe chez ceux qui y sont préiisposés (i). »

Telle est la conception pratique et vraie de la cause de Térysipèle. Nous ignorons en quoi consiste cette disposition des individus , mais nous Talfirmons comme cause réelle , comme cause spécifique , ne produisant que Férysipèle et pas d'autre maladie : cause spontanée , individuelle , comme la cause de la rougeole , de la dysenterie , etc. C'est dans ce sens que M. Martin, poursuivant une explication de ce quid divinum, a pu dire que cette cause est un métamorphisme réel de tout rindividu;.

Si nous cherchions maintenant les causes de Tépidémicité , nous serions encore dans un très-grand embarras, comme pour toute autre maladie épidémique. Le nombre , h diversité des causes qu'on a tour-à-tour invoquées, depuis les temps anciens jusqu'à nos jours , démontrent assez l'impuissance où nous nous trouvons d'expliquer ce je ne sais quoi , ce quid obscurum , qui fait qu'à certaines époques, les maladies paraissent sous la forme épidémique. L'ozonométrie elle-même a-t-dle tenu ce qu'elle nous promettait ? Ce qu'il y a de certain, c'est qu'à un moment donné , les orgnanisme^-sont modifiés en masse , et sont plus aptes à manifester telle maladie que telle autre. Nous ignorons aussi bien: le principe: de ces modifications que le temps qu'a duré cette préparation morbide. Rous aurons plus tard à rechercher si la contagion ne joue pas un rôle important dans la dissémination des érysipèles.

En attendant, examinons les circonstances qui semblent le plus agir eflBcacement pour la prodiiction de ces maladies.

UO Dict. de Méd^., t. XII.. p. 216.

Âge. — Tous les âges sont sujets à l*érysipèle épidémique. On ne peut , d'ailleurs , rien affirmer à ce sujet , puisque nous verrons plus loin que des irritations, des blessures de la peau peuvent être des causes occasionnelles très-puissantes en temps d'épidémie.

Sexe. — Nous en dirons autant des sexes. Cependant tous les auteurs ont remarqué sa plus grande fréquence chez la femme. Le moment des règles paraît être une prédisposition. II en est de même de la parturition.

On remarquera sans doute que , contrairement à tous les auteurs, nous n'établissons pas des tableaux statistiques. Ces* qu'en effet, les résultats obtenus sont jusqu'ici contradictoires, et la science qui s'appuie sur les chiffres offre tant de vague et d'incertitudes à ce sujet, qu'il nous a paru, même avec les éléments à la main, impossible de rien préciser. Tant de causes plus puissantes que l'âge et le sexe font varier à chaque instant la valeur de ces influences. Tout le monde offre des chiffres et en a à sa disposition ; mais cette méthode inintelligente et brutale prouve , même en étiologie , le pour et le contre; elle nous fournit des résultats si opposés, qu'on est étonné de la voir exploitée avec tant de constance par des hommes sérieux et élevés dans l'échelle scientifique. Elle nous démontre au moins que l'homme vivant est trop variable et changeant pour subir l'inflexibilité du numérisme appliqué à ses fonctions et à ses maladies.

Hérédité. — Malgré la grave autorité de Sennert, qui prétendait que, assez fréquemment , les enfants héritaient, de leurs parents , de la disposition à l'érysipèle ; malgré l'opinion de Grégory, Hoffmann, Neumann, nous n'avons jamais vu l'influence de l'hérédité sur le développement de l'érysipèle épidémique. Tout au plus pourrions-nous l'admettre pour certains érysipéloïdcs.

Profession. — Les professions n'ont pas été souvent étudiées. Hutchinson avait remarqué que les marins avaient pins souvent des érysipèles aux jambes , et les Tattribuait au frottement sur la peau de leurs culottes trempées d'eau de mer* Je ne parie pas des vernisseurs chinois que cite Renauldin, parce qu'il me paraît que les phénomènes qu'il signale ne sont autre chose qu'une sorte de vésioation produite sur la face par les agents qu'ils manient. Un fait analogue se passe sous tes emplâtres térébenthines , etc.

Pour nous, les professions qui exposent le plus aux érysipèles seraient celles qui favorisent surtout les. traumatismes ou les irritations , et les changements brusques du chaud au froid.

Tempérament. — En temps d'épidémie , tous les tempéraments, toutes les constitutions sont atteints sans préférence notable.

Nous rappellerons , toutefois, que les personnes lymphatiques et sujettes à des érysipéloïdes ne sont pas plus souvent que les autres attaquées par l'érysipèle épidémique.

Habitudes. — Les travaux intellectuels , les passions tristes, les chagrins, l'excès d'aliments épicés, des boissons spiritueuses, sont encore des prédispositions.

Etat de santé. — Tout le monde est d'accord pour affirmer qu'en temps d'épidémie , les individus malades sont plus susceptibles de gagner l'affection régnante. C'est ainsi que l'on voit les convalescents, les individus qui ont subi de grandes opérations , présenter des conditions plus favorables à Téclosion de l'érysipèle. Mais de tous les états morbides qui semblent le plus prédisposer, c'est sans contredit l'embarras gastrique.

Boyer , qu'on a nommé avec raison Y Homme de bon Sens , l'avait tellement reconnu, qu'il était arrivé, en voyant la couche

G oogle

IteoMïM, jaittàtre, de ta lugue , à plaoer le siège de I-erysiftàe Am$ les presiières voies.

Delpeeh bàmi aussi grand cas de rétlAiâe restomac^ Nous avens presque toujours tu chez nos opérés Térysipèle' Murrenir arec usx empâtemeut aatâ*ieur de la langue, et cettecèsen^iou a teilem^ d'io^xurtance, (jpie tous les chirurgiefts^ daas la préparation de leur» malades àuœ op^raUou , ue manquât jamais d'administrer un vomitif ou un purgatif, lorsqu'ils constatent la présence d'un embarras gastrique. Que* d'opérations compromises par la n^li^ence de ces moyens préventifs I

Toutes ces causes peuvent avoir une influence sur l'apparition de l'érysipèle dit médical , de celui dans lequel on ne constate aucun traumatisme apparent. Mais elles agissent bien mieux en présence des blessures. Les traumatismes sont considérés si bien comme causes d'érysipèles que quelques auteurs modernes , entr'autres M. Trousseau , M. Desprès , etc., n'admettent pas d'érysipèle s^ns lésion préalable de la peau. Cetteopinion trop absolue , et qui conduit presque fatalement à la théorie de la dermite , trouve de nombreuses exceptions. Notre pratique nous a souvent fourni des cas d'érysipèles spcmtanés sans lésion préalable , soit sur une partie du corps , soit sur la partie qui doit être le siège de l'érysipèle. Je pourrais citer ici un grand nombre de très-bons observateurs qui ont constaté le Blême fait. Je me contente de dire que les deux confrères que nous venons de dter ne peuvent eux-mêmes s'empêcher de reconnaître que quelquefois c^te lésion leur a fait àéimt. Aussi M. Trousseau dit-il (^} que, sinon toujours, du moins dans la presque universalité des cas , on trouve une petite lésion. Quant à H. Desprès , il affirme que rà7SH pèle naît touiours d'une cause traumatique. Mais hâtons-

<1) Op. cit. , p. 299.

mm 4*ajoHt^r quê Tapeur , ^ »'adm«( » gobmm oûodé tiom de déreloppement do réry»pèld , qu'une plaie mmte ou en &uppqra^n, da$$e dans le traunmtime un amp 4'air. « Pour notj^^ p^rt, 4U-U (^) , UQ refroîdiaeeiBeDi, un coup d*air sont une espèce de traumatisme suffisant €*est ain^ qu? peuvent s'expliquer lea érysÂpèles de la face, y^ Cette partie étsuit découverte, il n'y a , en effiet, rien d'étonnant qua l'air vieuna la frapper. Elle est même très-^uv^t^poeée» pour ne pas dire toujours, à ces sortes de co^s. . . d'air* Voilà pourtant à quel abus de laugage peut conduire une idée préconçue et contraire à l'observation journalière. Ai-je liesoin de oiter les faits observés par M. Lorain , ceux qu'a publiés M. Bebier (^) et ceux, en grand nombre» que j'ai ^bservéç moi-mme?

Toutefois, malgré toutes ces exagérations, nous ne poov^mii diseonvenir que l'érysipèle épidémiqua n'ait une prédilection marquée pour les plaies et les blessures. Sur cent quarante^ cinq cas , M. Fiqos a trouvé cent un érysipctes traumatiquts et quarante^quatre spontanés»

Climats. — Quoi qu'on eu ait dit , les climats chauds ne Bont pas plusr exposés aux érysipèles. Ces épidémies ne régnent pas très-souvent en Amérique , dans les Terres-Chaudes , où nos chirurgiens français ne les ont pas remarquées comme complications des plaies. Elles paraissent plutôt l'apanage deâ climats tempérés.

M. leD' Cavaroz nous dit (3) que, dans les climats froids „ les inflam,mations se montrent avec leurs symptômes les plus accentués et leurs désordres anatomiques les plus caractérisés ; les réactions sont intenses , les plaies suppurent abondamment

(1) Op. cit., p. 174, 170, 142.

(2) Cliniq., p. 41 , 42.

(3) Recueil des Mémoires de Médecine et de Chinwgie militairtif 161654

ei se compiiqueDt facilement d'érysipèle, tandis qne, dans Tes dimats chauds, les tramnatismes ne sont suivis que d'une réaction médiocre , et sur les plateaux devés du Mexique , Ton constate la rareté de Térysipèle, du phlegmon et des accidents inflammatoires des plaies en général.

Les épidémies que nous avons citées dans^ nôtres première partie prouveraient que tous les climats peuvent accepter Férysipèle. On Ta constaté en Amérique , en Lithuanie , en Aile* magne , en France, en Angleterre, et nous croyons plus exact de dire que Térysipèle est une maladie de tous les climats.

Localités. — S'il fallait en croire Naumann (i), Férysipèle se montrerait avec une fréquence particulière sur les terrains sablonneux et calcaires. Les lieux oîi se sont montrées des épidânies d'érysipèle sont tellement différents au point de vue géologique , que nous ne pouvons admettre cette pensée de Naumann ; elle nous paraît contraire à l'observation. Si rérysipèle se montre davantage sur les terrains calcaires et sablonneux, cela ne viendrait-il pas de ce que c«s terrains sont les plus nombreux, et que c'est sur eux surtout que se sont groupés les plus grands centres de population? Je sais bien qu'Hippocrate recommandait surtout l'étude des lieux; mais si on excepte certaines endémies, comme la peste, la fièvre jaune, les fièvres de marais, pour lesquelles Tiniluence du sol est incontestable, l'on ne peut rien trouver qui indique une relation directe entre les constitutions géologiques du sol et le développement de Férysipèle. On a bien dit que Fhomme est, sous plus d'un rapport, l'expression du sol sur lequel il vit; mais si Cuvier a pu avancer qu'il y avait un rapport entre la constitution du sol et les mœurs, les habitudes, le caractère des habitants, voire même leur intelligence, nous ne pouvons

(1) Casper. J. kehd.,'lS4â. p. 389.

accepter cette opinion en médecine, et, d'sqf^rès Tinspection des terrains, le praticien le plus exercé ne pourra jamais deviner si Férysipèle épidémique est plus ou moins fréquent dans tel canton, dans tel département, dans telle ville.

Tout ce que nous devons retenir, en pratique, de Tinfluence des lieux, c'est que des épidémies d'érysipèles, se manifestant dans les contrées marécageuses, auront une grande chance de se compliquer de périodisme.

Saisons et constitutions médicales. — Joseph Franck , avait dit que les érysipèles sont plus communs en hiver.

MM. Chomel et Blache les croient surtout plus fréquents au printemps et principalement en automne.

Lepelletier de la Sarthe dit qu'il a observé spécialement l'érysipèle à la fin des étés humides et chauds, et surtout oa automne.

M. Desprès , quoique ayant remarqué des érysipèles à tous les mois de Tannée, déclare qu'ils sont plus fréquents au renouvellement des saisons , au printemps et en automne.

Quant à nous , nous avons eu l'occasion d'observer ces épidémies en automne, en été, en hiver et au printemps. La seule influence qui nous paraisse devoir être invoquée , c'est la persistance antérieure de la sécheresse , suivie d'un état d'humidité continue. Le froid et la chaleur , pourvu que la sécheresse règne , semblent produire le même effet comme préparation de l'économie , et l'humidité détermine le travail d'expansion vers la peau. Mais si ces conditions peuvent favoriser le développement de l'érysipèle épidémique , elles ne l'expliquent pas , et nous pouvons dire , avec Ramazzini , « que chacun croie ce qu'il voudra, et qu'il tire à sa fantaisie les conséquences de l'influence des mutations manifestes de la température des saisons, sur la production des constitutions morbeuses ; quant à moi , je ne vois pas des effets constants correspondre

à ces ingénieuseB suppositions , et , m tuSSm de totktes œ» belles mnimes , je vois , au confire , que , chaque année ^ je suis toujours novice (i). >

Tout ce qui , pour nous, résulte de Tétudé^ des coûstiltt^ tiens, c'est qu'elles déterminent softotft te fonds de Taffection,^ pctree que , de longue date , les individus sofnt disposés de t^ ôu telle manière à accepter le germe pathologique de Térjsi^ pèle. L'étude attentive des constitutions médicales peut done nous servir des éléments précieux pour ht thérapeutique ; car si la constitution est bilieuse , cemme on le remarque surtout m automne, TérysipMe greffii sur un individu biKeusement disposé se compliquera d'état Ulieux ; si elle est inflammatoire» le fonds sera inflammatoire ; si elle est adynamique, le fonds seraadynamique, et Térysipèle aura de grandes chances de devenir typhoïde.

L'étude de l'influence des saisons, si elle ne nous montre pas la cause de l'érysipèle, peut do»c nous être d^une grande utilité au point de vue des modifications que sfobit la maladie et de son traitement. C'est ainsi qu'au printemps» l'érysipèle est généralement bénin, et que Tetpectation a surtout une heureuse application. En été, il est ordinairanedt bilieux; en automne, adynamique; en hiver, inflammatoire.. Les anciens avaient principalement insisté sur ces différences , et leurs travaux doivent surtout nous inspirer dans la pratique.

On peut puiser dans l'ouvrage remarquable de K. Pu^f des enseignements très-utiles et très-importants, tatit sur les rapports des saisons avec les stfections régulières, que sur les^ relations des affections irrégulières et des saisons intempes^ tfves p).

« Il n'y a pas si petit chirurgien, dit A. Paré , qui nîe

U) Constitua de 1ê9SL

(2) Des Malad. de la France dans leurs rapports avec les Saisons j. Paris, 184a, in-S*.

— tsa —

sache que Tair ehaad et hmnrde fait dégénérer fadleine&t les plaies en gangrène et en pourriture. Quant à Texpéri^œ » ajoute-t-il , j*en fournirai une bien familière qui est que, ^luand le vent du midi souffle, tes viandes pourrissent en moins d&dtax heures, si fraîches qu'dles soient, y^

Mous rappellèroBs, à ce sujet, que Raulin avait observé qu'à Paris, la liftotomie faite dans un temps orageux avait jBfisd réussi.

Hippocrate ne roulait pas non plus qu'on pratiquât cette opération dans les solstices. H recommande, en général, de ne point entreprendre une opération chirurgicale , sans avoir fait une attention particulière à la constitution de Tair. L'érysipèle épidémique peut donc subir des modifications importa»* tes sous Tinfluence des saisons.

Pure question de terrain , dit M. Behier (i) , et Ton doit tésister à cette tendance qui veut placer dans l'érysipèle même, dans son essence, dans ses propriétés, la raison des tormes diverses qu'elle peut affecter.

Quoi qu'il en soit , tous les praticiens ont remarqué la <;oïncidence de réiysipèle épidémique avec des séries d'em*barras gastriques.

Conditions hfgiéniquts^. — Personne ne conteste que fencombrement, l'agglomération des individus dans des mai*» ^ons basses, humides, mal aérées, obscures, dans les maisons des pauvres , dans les quartiers où l'air se renouvelle difiSciiement, dans les prisons, dans les hôpitaux, à bord des Taîsseaux , ne soient des causes prédisposantes au développement des maladies épidémiques. B en est de mêsie des camps*. Ce fait est spécialement vrai pour FérysipcJe. Mats nous pouvons surtout dire que c'est dans les salles de chirurgie , où

(1) CUniquedelaPiHé, lS6é.

l'air est souvent infect à cause des plaies suppurantes» à cause aussi de Timprégnation des pièces de pansement pac des matières en putréfaction , que l'érysipèle a de la tendance à se répeter épidémiquement.

Dupuytren avait remarqué que, lorsque le nombre des^ malades confiés à ses soins n'excédait pas deux cents dans chaque salle de sa Clinique , aucune odeur repoussante ne se faisait sentir , et les maladies suivaient leur marche naturelle sans complication notable. Mais lorsque, à la suite des désastres des années 4 81 4 et 1 81 5 , les besoins du service obligeaient d'augmenter de vingt seulement le nombre des malades , l'odorat reconnaissait aussitôt l'infection de l'air , et l'on ne tardait pas à voir survenir la pourriture d'hôpital et des fièvres de mauvais caractère susceptibles de se transmettre par contagion (i).

Ne pourrions-nous pas appliquer , en outre , cette pensée à l'érysipèle , si nous n'avions déjà insinué sa spontanéité et sa spécificité? Ainsi tombe cette pensée d'un funeste privilège attaché à certains hôpitaux signalés comme plus propres aux épidémies érysipélateuses. La fameuse salle Saint-Côme de l'Hôtel-Dieu , l'Hôpital des Cliniques , ne sont pas les seuls. quartiers atteints. On en a observé partout, *dans tous les hôpitaux de Paris; et même les hôpitaux Saint-André de Bordeaux, l'Hôtel-Dieu de Nantes, qui sont cités pour leur salubrité , n'en ont pas été exempts.

Boisset (^) attribuait la fréquence de l'érysipèle, dans l'Hôtel-Dieu de Paris, à la situation de cet établissement sur les rives de la Seine, à son exposition aux brouillards, du soir et du matin , à l'infiltration de l'eau dans les caves , devenues de petits marais après les grandes crues de la rivière.

(1) Rapport à VAcad, des Sciences, 1825, p. 59.

(2) Journal des Conn, méd. chir. , 1839 , t. VI, p. 14.

Bl^Ve (^) le signale en CaUfernie, dtn$ le$ vallées rasaerrées, où l'air très-humide se renouvelle avec difficulté.

Watheread P) en proclame la fréquence dans les vaiwewa.

a Hais de quel poids , dit M. Fenestre , ô$t cette influenea quand on voit d'autres hôpitaux, parfaitement aà'és , n'en être pas exempts? L'hôpital Saint-Lpuis, l'hôpital Beaujon et l'hôpital Lariboisière sont bien loin de ressembler à THô^- Dieu, qui se démolit ^ et, quoique paraissant offirir toutes les garanties de salubrité , ces établissem^ts n'ont pourtant paa été exempts des épidémies d'érysipèles. )►

Çontenton^nons de dire que les hôpitaux ne possèdent que les conditions banales d'insalubrité , qui facilitent toujours la propagation des épidémies comme, par leur populatÎQA agglomérée et déjà malade, ils augmentent les chances d^ la contagion des maladies épidémiques. Et ne ppurrait^on paa sout^ir, d'aiUeurs, que si l'érysipèle traumatique est plus fréquent dans les hôpitaux et les camps, cda ne tient qu'au nombre plus considérable de blessés qui y sont accumuléat

Ne pouvant accuser sérieusement le défaut d'aération , on en est venu à attribuer la fréqu^M^e de l'érysipèle, dans certains hôpitaux, à des vices de ventilation. C'est ainsi que H. Gosselin pense que la multiplicité des fenêtres dont le> salles sont entourées, et que l'w tient peut-^e trop souvent et trop long-temps ouvertes , que les galeries sous lesqueUes se promènent les malades et Qii régnent, surtout eo hiver et au printemps, des courants d'air très-^vifs, sont peut-être pour quelque chose dans la production des érysipèles.

Voici ce que nous lisons dans la thèse du docteur Pujos (^) :

« On a cherché dans Thygiène des hôpitaux les causes de l'érysipèle épidémique.

(1) American Journal ^juillet 1852, p. 59.

1^) Méd. and Phys. Jmmal t. XXXI , p. 441.

> L'hôpital Beaujon semble offrir toute sorte de garanties sous le rapport de la salubrité, et cependant les faits sont là pour prouver que les épidémies sont loin d'y être rares, les érysipèles épidémiques surtout. En 1 843 , une épidémie de ce genre y régna dans les salles de MM. Laugier et Marjolin , bien que cependant cette épidémie ne fût pas observée dans les autres hôpitaux de la ville.

^ Quant au défaut d'aération des salles et à Tagglomération des malades , ils ne m'ont pas paru être la cause des érysipèles de l'hôpital Saint-André.

» Telle est aussi l'opinion de M. Velpeau pour les érysipèles de son service. Les salles de M. Gosselin à Beaujon offraient plus de garantie hygiénique que celles de M. Huguier, qui n'étaient pas ventilées , et cependant l'épidémie fut moins grave dans ces dernières

)> M. Thoinnet attribue une épidémie d'érysipèles par infection aux mauvaises conditions hygiéniques de la salle 16 de THôtel-Dieu de Nantes, et à l'encombrement des malades ouvriers fatigués par des travaux pénibles.

» Je dois chercher ailleurs les causes de notre épidémie, puisqu'elle se manifesta , avec autant de rigueur , dans une salle de chirurgie complètement réparée, et dans laquelle, par mesure de précaution, on n'avait pas introduit d'érysipélateux.»

U en est de même des salles d'accouchements , où l'air est vicié par les linges maculés, les lochies, les objets de literie mal propres. Tous les auteurs sont d'accord pour dire que l'air corrompu qui règne fréquemment dans ces salles de charité est une cause prédisposante de l'érysipèle.

On sait qu'Underwood, MM. P. Dubois et Moreau ont noté la fréquence de l'érysipèle dès nouveau-nés dans les cas où l'encombrement est considérable , et pendant que les mères étaient atteintes de fièvre puerpérale. L'insalqbrité des établis-

sements où sont rassemblés les jeunes enfants paraît donc une condition favorable aux épidémies d'érysipèle.

L'encombrement est considéré comme la cause la plus réella du typhus, de cette affection putride générale dont les effets sont si meurtriers dans les grandes armées. La stupeur qui frappe les individus en masse , et dans tout leur organisme , 1* inertie des fonctions, se rapprochent assez de ce que Ton observe localement sur les plaies, au moment d'une épidémie d'érysipèles traumatiques. On dirait presque un typhus des plaies , ou plutôt ne devrait-^n pas dire que les érysipèles traumatiques ne se développent que sur des personnes dont la constitution est frappée d'intoxication, et qu'il se montre , au lieu d'une inflammation franche , une inflammation spécifique?

Cette thèse pourrait être soutenue si l'érysipèle traumatique ne se montrait que dans les lieux encombrés ; mais nous verrons plus tard que ces graves affections ne reconnaissent pas de lieux de préférence , et qu'elles peuvent sévir partout.

N'oublions pas, néanmoins, que Paracelse a vulasource d'accidents chez les blessés dans la même fièvre qui existait épidémiquement chez des soldats : « Vidimus in castris, cùm milites febribus ardentibu^ epidemicis lingarum asperitatibus laborarent, vulneribus asperas cuticulas supertenisse si-miles iis qum linguam molestabant. Ità ut fauces et vulnera invicem referrent hœc et alia ut fréquenter eveniunt ; sic curationem non admittunt, nisiper ea remédia quœ morbis istis specifica habentur, ita ut pestilentia , pestilentialibu^, causonica causonicis remediis percurari obsertavimus (i).

Toutefois, nous devons ajouter que l'érysipèle épidémique n'est pas seulement l'apanage des villes insalubres , des quartiers bas , mal aérés , des maisons mal bâties. Si nous y avons trouvé des conditions plus favorables à la dissémination

(1) Op. V. 3 , CfUrurgia magna par s, p. Trait. I , cap. 6.

^6 la maladie » nous devons déclarer aussi que ces é{Hdémies peuvent se montrer dans les meilleures conditions d'hygiène , qu'elles régnent dans des villes , dans des villages hiea tmus , ^ dans les maisons les mieux établies. Qui ne sait le nombre qu'on en observe à Paris? Et M. Velpeau n'a-t-il pas affirmé que ces maladies n'existaient pas seulement dans les hôpitaux, mais encore dans les hôtels et dans les palais?

Conditions des plaies. — Les lésions qui favorisent le plus rérysipèle sont de deux ordres : les unes résultent du traoma* tisme chirurgical , les autres proviennent d'accidents.

Dans le traumatisme chirurgical , l'économie tout enti^ a reçu uneatteinte sérieuse, parladouleur, l'ébranlement nerveux, ^ui suit toujours une grande opération. L'opéré est par cda même affaibli, et se trouve dans des conditions. d'imminence morbide plus probable. Ces plaies sont larges ; il faut une forte inflammation pour pouvoir amener la cicatrisation , et s'il y a une q;>idémie, n'y aura-t-il pas plus de chances pour voir survenir un érysipèle , si , comme le croit M« Martin , la cause érysipélateuse peut s'appliquer sur la surface dénudée? Les autres blessures qui résultent d'accidents , de contusions , de chutes graves, ofiQrent encore de bonnes dispositions pour Véry* sipèle ; les phénomènes de commotion , la frayeur , qui concentre si aisément les mouvements vers le foie et l'estomac, en rendit sufSsamment compte.

Les petites ulcérations , les petits boutons excoriés , que l'on accuse si souvent d'être le point de départ de l'érysipèle , ne 4ont peut-être pas toujours la cause occasionnelle de la maladie.

Hais, à part ces considérations qui se rapportent à l'individu, il en est d'autres que nous devons grouper , et qui se rapportent à la forme , au siège des lésions.

Or , l'expérience piouve que les plaies les [dus exposées aux érysipèles sont d'abord les plaies récentes.

M. Hartin Pexplique en disant que lès matières morbidesrépandaes dans Tair se combinent bien plus facilement avec les jeunes cellules qui recouvrent la surface des plaies. Il est de fait que la porte est , dans ce cas , phis aisément ouverte , si Ton admet Tempoisonnement local.

Et parmi les lésions récentes , nous trouvons les plates par piqûre , par indskm , puis les plaies contuses, les plaies par écrasement, celles qui sont compliquées d'esquilles.

M. Chassaignac avait bien cru un moment que , par Fécra- «emait , fli pourrait empêcher k développement de Férysip^e chirurgical ; mais la pratique n'a pas été en accord parfait avec sa théorie. Qu'on se souvienne de ce qui se passe chez le nouveau-né après la ligature du cordon ombUical, et Ton verra^ que l'écrasement , la ligature n'empêchent par Térysipèle.

Enfo, nous signalerons l'influence des pansements. L'observation démontre encore que la négligence , le défaut de propreté des plaies , le- retard des pansements prédisposent aux érysipMes. Nous en dirons autant des secousses produites par letwmsport des blessés, des coups reçus sur les plaies, des frottements , de la saleté, du peu de finesse des pièces de pansement, de la brusquerie des gardes-malades , des emplâtres irritants, des pommades rances, et, en un mot, de toutes les causes d'inîtation des plaies. Une plaie non pansée, ou pansée^ par des procédés dangereux ou insuffisants, peut être Toccasiom d*un érysipèle.^

Que dire des réunions par première intention?

M. Desprès les accuse. H est vrai qu'a Paris, on n'en est pas partisan comme à Montpellier. Je n'entrerai pas ici dans la discussion de ses aviintages ou de ses inconvénients. J'ai vu les deux procédés de réunion wnployés, et si j'ai à choisir, je donne toujours la préférence à la réunion immédiate. Je ne lui ai pas vu produire plus souvent des érysipèles , quand elle a été convenablement faite , en dehors de toute influence épi^

démique. Nous y reviendrons , d'ailleurs], dans un chapHre spécial.

Ce n'est que par exception qu'on voit l'érysipèle survenir après les brûlures. Il n'en est pas de même des vésicatoires. Souvent ils sont la cause occasionnelle d'érysipèles. J'ai vu deux fois , chez des malades atteints d'érysipèles de la face graves , des vésicatoires appliqués aux mollets amener trèspromptement l'érysipèle dans ces parties.

Toutes les plaies ont cette propriété , dans quelque région qu'elles se trouvent; cependant, quelques-unes ont le privilège d'occasionner plus souvent l'érysipèle. Ce sont les plaies de tête, puis les plaies des mamelles, comme Ta observé M. Nélaton , les plaies surtout qui occupent les parties les plas garnies du tissu cellulaire.

Ainsi donc , le traumatisme peut , à bon droit , passer pwir une cause prédisposante très-efficace. Nous avons constaté la liaison qui rattache l'effet à sa cause , mais voilà tout. Le traumatisme est une occasion. Mais nous ignorons aussi bien la cause intime de ces érysipèles que les motifs de leur prédilection pour les plaies.

Cependant , si l'on admet que l'érysipèle n'est que la manifestation tégumentaire d'une cause interne, il n'est pas douteux que son siège exclusif ne soit à la peau et aux muqueuses. Or, comme dans tout traumatisme susceptible d'érysipèle, la peau ou les muqueuses sont lésées , que la lésion amène nécessairement un travail inflammatoire réparateur , au moyen de la fièvre dite traumatique , il en résulte que cette fièvre , qui est synergique et utile , peut parfaitement être modifiée et prendre les allures de la fièvre érysipélateuse , si les conditions du sujet sont favorables.

C'est ainsi que la fièvre de lait, chez les accouchées , se transforme souvent en fièvre puerpérale. Et si l'état général est métamorphosé , son effet suivra nécessairement localement Tin-

fiHence de raffection générale qui le domine. Voilà pomrquof les érysipèles traumatiques se manifestent surtout vers le qua^ triàne jour; pourquoi ils sont plus fréquents chez les Uessés > el pourquoi aussi ils se- montrent plus souvent à la suite des traumatismes larges et importants plutôt qu- autour des petite» plaies ou écorchures, qui se guérissent sans réaction, et pro« duisent plutôt des lymphangites que des phlébites, des érysipéloïdes quedes érysipèles vrais. Voilà, enfin , pourquoi Térysipèie n'attaque presque jamais les plaies anciennes , et qu'il ne s'y développe que lorsqu'on vient à les exciter , de manière à provoquer une réaction. Tel est encore le motif de sa combinaison avec la lymphangite et la phlébite, car il est facile de comprendre que la division de là peau entraîne aisément l'inflammation des vaisseaux divisés par le traumàtisme:

Quoi qu'il en soit, sans qu'on puisse apprécier l'infliience des saisons ou des autres causes , on ne peut nier qu'il existe des constitutions érysipélateuses épidémiques, qui font que toute opération , toute lésion , sont suivies, pendant un c^taia temps , de l'apparition de l'érysipèle.

Tout ce que nous pouvons conclure des élémi^ts que neus a fournis l'observation, c'est seulement que les érysipèles traumatiques sont plus fréquents dans, les hôpitaux et les camps, oii ils constituent quelquefois des épidémies localisées-

Quant à l'érysipèle spontané, il ne connaît pas de barrières ; les épidémies peuvent sévir partout, et même sans cause occasionnelle.

« Dans certains moments, dit Lepelletier (i), toute la masse des individus est tellement disposée à l'érysipèle, que la blessure la moins profonde , que l'opération la plus légère , quelquefois même l'excitation la plus superficielle de la peau^

(1) Traité de lErysipèle , p. 41. . •

«Oj- IttfiUeBtpourdétenmn^ledéveloppeffieDt d'érysipëes, soaveat trài^f^raves , et , dans toas les cas » bten disproportkïDnéd à fat caidse occasioDùelle de leur manifestation. Qiœlqaefois cette prédkpotttiôn est si puîssieinte, qu'elle ii*à pas besoin d'un antt^ ageùt qu'ellé-in^ pont* canser Térysipèle » et eette mcn ladîe pr^d alors le caractère épidémique. »

G*es4 àiûc spontanément que naît Térysipèle » c'est spoata^ Bémelit qu'il se propage en épidémie ; et , ne craignons pms de le àite^ comme toutes les épidémies, l'érysipèle dcn^ne anx maldUes régnantes un cachet spécial ^ un air de famille et de parenté) appréciable surtout par le peu de franchise des mflaàimations qui se développent pendant son règne.

Mais , répétons-le , en présence de la cause intime de la ma^ ladie, nous derons nous arrêter : « Mieux vaut l'aveu de notre ignorance à ce sujet, dit M. Monnéret (^] , que toutes les hypothèses à l'aide desquelles on a prétendu expliquer le développement des épidémies. »

En dissertant sur l'origine des épidémies , on risque fort de s'égm'er. Nous nous en tiendrons donc à la constatation du fmt , sans chercher à l'expliquer.

Depuis qudqué temps , on s'est occupé de la transmissibilité de l'érysipèle par contagion. Cette question est assez impor-* teilte pour que nous croyions devoir lui consacrer un para^'-

De la. trEtrismissibllité de l'érysipèle.

Si, pour juger cette question, nous partions des coïncidences signalées, de ces coïncidences étranges qui ont fait si souvent la fortune des erreurs en médecine ; si nous adoptions la pensée de M. Trousseau , qui regarde l'érysipèle épidémique comme

WPath.'^énér.y t. III, p. 957.

Hoe émanation éireeie de la fièvre poapértle , bou8 n'aoriond qo'àfépéter m, avecœ professeur et avec MM. Depanl, Guérin, ])anyau, Guérard et tant d'antres, que rérysipèle doit être ^ comme la fièvre puerpérale, transmissiUepar infection et cmailagion. Mais , d'après les oppositions et les raisons qne nous avons formulées contre cette as^milation, la question delà transmissibilité de Térysipèie persiste trat entière. Comme pour toutesmaktdies soupçonnées de trammissibilité, nous nous trouverons d'abord en prés^ce d'affirmations contradictoires. U existe, en effet, à ce sujet, deux camps bien distincts : les contagionistes et les non contagionistes.

Les anciens s'étaient fort peu préoccupés de la contagion de rérysipèle.

Beaucoup de praticiens , d'ailleurs , ne croient pas à la con** tagion, parce qu'où a rapporté des faits dans lesquels un enfant, par exemple, atteint d'érysipèle, fournit du vaccin qui pro* duit de belles pustules, mais point d'érysipèle ; ou bien parce qu'ttne femme, atteinte d'un érysipèle très-grave , allaite son enfeuit , sans lui communiquer sa maladie. On se base , enfin , «ur cette raison banale , déduite d'un fait signalé par M. le D'^ Guyon, oii deux sœurs, habitant à une grande distance l'une de l'autre, furent attentes presque en même temps d'érysipèle. On ajoute : Si elles eussent vécu près l'une de l'autre, on aurait certainement supposé une influence contagieuse. Nous verrons plus loin quelle est la valeur de ces raisonnements. En attendant , signalons les obervalions qui sont données comme preuves de la contagion.

I. *— Riedlin avait cité, en 4709, le fait d'une pauvre vieille femme qui, après avoir veillé une malade atteinte d'érysipèle et ne pas s'être déshabillée de six jours et de six nuits, fut prise aussi d'un érysipèle (i).

(1) De curandis hominum Morhis , obs. 204.

Bromfield (i) s*exprkûe de la manière suivante: « Thisdisease was épidémie for two years. I. Cannot say conia^ gious as not above two or three or ihirty wo lay in ihe same ward where seized with it. »

Cullen avait bien dit que, quoique Férysipèle ne soit pas communément contagieux, il est possible cependant qu'il se communique quelquefois d'une personne à l'autre (^).

Mais ces simples affirmations et quelques faits isolés n'avaient pas paru suffisants pour éveiller l'attention chez les médecin» français. On ne faisait même pas mention de la contagion.

Boyer ne s'occupe pas de cette question.

Cependant, tandis qu'en France, au commencement de ce* siècle, on négligeait cette étude, des médecins étrangers avaient déjà accumulé quelques faits dignes d'être signalés.

Lorry croyait à une cause vénéneuse capable de se trans^ mettre par le contact , et se méfiait de l'érysipèle : « ISon crediderim posse aded securè concubitum cum illis exerceri qui érysipelate familiari laborant, Nunqmm tamen similes casus vidi, nec nisi conjectura id assequi videor, sed rationalem sujficit esse conjecturam ut indè ineantur médica consilia (3).

Sauvages avait noté un érysipèle épidémiqueet contagieux, en 4746.

II. — Villam (^) cite le fait d'un enfant qui, en têtanl, communiqua un érysipèle à sa mère; il ajoute même que, lorsque la lymphe acrimonieuse contenue dans les phlyctènes de l'érysipèle est inoculée, ou casuellement appliquée sur quelque blessure chez une personne en bonne santé, elle

{lyMéd. Communicat., t. III , 1773.

(2) Méd.prat.^t. I, p. 441.

(3) De Erysipelate.

(4) Traité des Malad. de la peau, p. 154.

produit des symptômes fébriles avec enflure, douleur, rougeur diffuse, analogue à ce qu'on observe dans la maladie dont le virus est dérivé.

Le D' Pears (i) déclare qu'il a observé quatre fois Térysipèle épidémique, et que, plus d'une fois, il a eu des raisons de soupçonner que l'érysipèle avait été communiqué par contagion.

Dès Tannée, i 798 , Wels , voyant que la contagion de l'érysipèle n'est pas une opinion reçue par les praticiens, signale une série de faits qui tendent à prouver que l'érysipèle peut se communiquer d'une personne à l'autre.

III. — C'est d'abord un homme de soixante ans , pris d'un érysipèle à la jambe , suivi, un mois après , chez sa veuve, d'une fièvre adynamique compliquée de rougeurs très-ressemblantes à l'érysipèle.

IV. — C'est ensuite un homme de soixante-dix ans environ, atteint d'un érysipèle de la face , suivi de la même maladie chez sa femme ; la propriétaire de la maison en fut saisie ainsi que sa garde-malade et un neveu du premier malade qui était venu le voir. Tous les autres avaient eu des communications fréquentes avec le premier malade. Ces divers cas se rencontrèrent dans l'espace d'un mois.

V. — Wels raconte ensuite , d'après le D^ Pitcairn , qu'une dame avait un érysipèle de la face ; que deux sœurs , amies de cette dame , avaient été prises du même mal après avoir visité la malade , et deux domestiques femmes avaient aussi subi la même affection. Or , trois de ces personnes vivaient dans la même maison , deux dans une autre , mais il y avait des communications fréquentes.

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