‹ Traité de l'érysipèle épidémiqueChapitre 9 sur 19 · IC · texte numérisé non relu

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SOD existence dans les cas d'érysipèle éloigné de la face^ et dans les érysîpèles traumatiques des membres ou du tronc, elle ne peut cependant être généralisée. B fauf se souvenir que, même sans érysipèle compliquant, les^ pkûes de tête peuvent à elles seules provoquer des acddents^ cérébraux. Hippocrate nous en avertit dans son Traité des Plaies de Tête, et nous indique , non-seulement le délire, mais encore les convulsions. A plus forte raison , ces signes doiventils se montrer lorsque la complication d*érysipèle survient , et quand à la fièvre de réaction vient se joindre la fièvre érysi-i pélateuse. Dans les Aphorismes , il revient encore à la charge pour nous avertir que , après un coup sur ta tête, fo stupeur ou le délire sont de mauvais signes.

3» Plaque érysipôlateuse.

La plaque érysipélateuse n'offre pas toujours une coloration rouge bien apparente. C'est ainsi que Térysipèle des nouveauxnés se caractérise bien plutôt par de l'empâtement , de la chaleur , que par une rougeur vive ; che% les sujets très lymphatiques , rérysipèle épidémique est blafard; la coloration rouge ne se montre pas , d'ailleurs, dans les parties recouvertes de poils^ comme au cuir chevelu. Ce n'est que chez les personnes chauves que rérysipèle reprend son caractère primitif, et encore devons-nous dire que la rougeur est toujours plus pâle. La rougeur de la plaque érysipflateuse est, répète -t-on tous les jours, caractérisée par ce Êait qu'elle disparaît par la pression du doigt , pour reparaître dès que la pression cesse. Ce caractère avait été signalé par Galien qui disait : Sitetitegeris, sanguis facile subsv/rgit , rwrsîksqae affluit exiquisitè tmius, et ruber apparens (^).

(1) Àd Glaueony iib. II.

Cette erreur s'est perpétuée d'âge en âge, et cependant tout le monde sait que Térythème , la roséde , la rougeole, lascarlatine offrent ce même caractère.

Notons en passant que M. Yelpeau a signalé une c(doration jaune bronzé qui paraît être surtout l'apanage des érysipèles très-graves. IIous avons indiqué ailleurs les différences de coloration dépendant des états généraux combinés avec Texan^ thème érysipélateux. Nous n'y reviendrons pas.

Mais si nous ne trouvons pas dans la rougeur un symptôme univoque; si la stase du sang ou de la lymphe , si l'inflamma^ tion des capillaires ne provoque pas toujours cette coloration, il est deux autres phénomènes importants à étudier : c'est le bourrelet saillant à bords frangés et irréguliers qui limite la première poussée, puis s'étend et se propage ^ même temps que l'érysipëe mard»e et progresse. Ce bourrelet, apprécisèie Hi&ine à la vue, tranche sur les parties saines par sa coloration ; il est d'autant plus^lant que l'érysipèle se manifeste sur des parties plus denses et plus difficiles à s'infiltra; les tempes, les environs des oreilles, les membres le présentent surtout. On le voit encore bien manifestement sur le front. Ce lisà^ saîUant a été bien étudié par Finger. Si l'on songe aux poussées érysipélateuses, qui sont' considérées comme le résultat d'un travail intérieur d'expulsion, on verra qu'à chaque poussée, le cercle de ce bourrelet saillant s'augmente jusqu'à ce que l'érysipëe ait envahi définitivem^t tout l'espace qu'il doit occuper.

4* Phlyctènes.

Enfin, sur la plaque érysipélateuse, sauf encore au cuir chevelu , sauf aux membres lorsque l'érysipèle complique ime plaie en suppuration, on voit apparaître des phlyctènes ou des vésicules remplies de sérosité pure ou d'un liquide séro-purulent. Ces phlyctènes contiennent un liquide acre, chaud, et lorsqu'elles sont rompues, donnent naissance à des croûtes tantôt

épaisses, noires et brunâtres, tantôt minces et jaunâtres. Quelle est la cause de ces phlyctènes? Quelques auteurs l'attribuent au gonflement des parties, d'autres, à l'emploi des corps gras.

Mais si Ton réfléchit que , dans la lymphangite pure , on ne les observe pas , ne serait-on pas en droit de supposer que • rérysipèle, tenant à une altération réelle du sang et peut-être de la lymphe , Texsudation qui se manifeste est la conséquence de ces poussées dépuratoires ; les phlyctènes étaient, pour Hippocrate , dues à une sanie retenue sous la peau , et capable , par son acrimonie ténue et saline, de corroder et de produire de^ douleurs piquantes (i).

Cette manière de vwr ne trouveraiirelle pas sa raison d'être dans ce fait d'observation que les phlyctènes ne paraissent pas sur le cuir chevelu , où se trouvent moins de vaisseaux lymphatiques qu'à la face , et qu'elles ne paraissent pas dans les érysipèles chhnrgicaux, parce que cette même sérosité trouve un écoulement naturel par la blessure elle-même ? L'apparition des phlyctènes accompagne surtout les érysipèles les plus intenses. Telle est, du moins, l'opinion de M. Grisolle. Mais nous ne pouvons Faccepter absolument que si M. Grisolle veut parler de la violence seule de l'état local. *

Nous croyons , pour notre compte , que le gonflement peut favoriser l'apparition des phlyctènes ; mais si nous songeons aux propriétés irritantes du liquide qu'elles contiennent, lequel amène la rougeur des parties qu'il touche, et qui même , dit-on , a pu être inoculé , nous sommes porté à croire que ces phlyctènes ont leur raison d'être dans l'état général de l'organisme.

Ajoutons, enfin, avec M. Grisolle {^) que qudquefois

a) Epid, , S. 1 , 5.

(2) Op. cU. , p. 560.

Tampoule est remplie par un sang noirâtre qui finit par se dessécher , qui , d'autres fois , infiltre le tissu du derme et produit alors, dans les deux cas , à la surface de la peau , des plaques noirâtres qui effraient les personnes inexpérimentées, et leur fait croire à Texistence d'une gangrène.

Lorsque les phlyctènes sont remplies de matière purulente , il faut aussi prendre garde de les confondre avec des abcès , comme Fa fait Pearson (i) qui a regardé la matière puriforme contenue dans les ampoules, ou sous des croûtes épaisses, comme de véi itables abcès .

Toutefois, les phlyctènes ne sont pas constantes sur la plaque, ce qui prouverait, contrairement à l'opinion de Willan, qu'elles ne sont pas un symptôme essentiel de l'érysipèle. Quand elles manquent , elles sont, du moins, indiquées par un état raboteux de la peau atteinte, caractérisé par de petites granulations visibles à l'œil nu et surtout perceptibles au toucher, résultant de Taugmentatiou de volume des papilles du derme.

C'est cette condition particulière de la surface malade que Borsicri a signalée quand il a écrit que , dans l'érysipèle , la peau devient inégale. Ces aspérités peuvent rester dans cet état ; mais le plus souvent, soit que la tuméfaction et la poussée érysipélateuse augmentent , soit sous l'influence d'une délicatesse idiosyncrasique de la peau, on voit survenir des vésicules plus ou moins nombreuses et volumineuses , formant soit des boutons miliaires , soit des bulles très-apparentes, qui donnent aussi au doigt la sensation d'une surface âpre et grenue. Toutes ces variétés, qui vont du simple gonflement des papilles jusqu'aux phlyctènes et aux ampoules, en suivant toutes les formes intermédiaires des vésicules, peuvent se rencontrer isdément ou réunies sur le même individu , voire

(1) Principu ofSurgery , § :889.

même sur une seule plaque. En les considérant ainsi, ces phâoomènes ont une telle constance, que H. Requin (^) n'hésite pas à dire que la forme phlycténolde est le cachet vraiment caractéristique de Térysipèle.

5* Frisson initial.

Le frisson initial est un phénomène tellement important , qu'il n'a passé inaperçu pour personne. Il paraît un , deux, trois et même, dans certains cas, quatre jours avant l'éruption. Quelquefois il est unique , mais souvent nous l'avons vu revenir plus ou moins intense au début de chaque poussée érysipélateuse. Comme dans les maladies générales et surtout les maladies infectieuses , il précède toute manifestation locale. Comment alors l'expliquer puisqu'il n'y a pas de lésion , si ce n'est par l'état pathologique général. En temps d'épidémie , il ne manque jamais, et sa vidence, sa durée, indiquent, d'habitude, la gravité future de l'érysipèle.

Borsieri a tellement bien apprécié ce symptôme avec les phénomènes qui le suivent, avant l'apparition de l'érysipèle, que nous croyons devoir lui emprunter tout le passage suivant : «Lorsque la* fièvre devance l'éruption, elle s'annonce et s'établit ainsi : subitement , et c(mtre toute attente , le froid, le frisson, la rigidité saisissent violemment le corps, le font trembler, l'agitent et l'ébranlent pendant quelques heures. Le pouls est petit, fréquent, contracté; il y a lassitude, abattement des forces, pesanteur pénible au scrobicule, gastrodynie, nausées, vomituritions et même vomissements , non-seulement des matières ingérées, mais encore de bile jaune; parfois , il n'y a pas dé vomissement; peu à peu le tremblement et la rigidité s'apaisent ; au froid suctède une chaleur intense ; à la pâleur de

(1) Op. cit., 1. 1, p. 536.

la face j la rongeur; se déclarent la feôif ardente /l'anxiété', la respiration difficile et précipitée; une gi^ndè ph)pension au sonïmeil, avec le pouls élevé, large, véhément, dur, fréquent, le trouble dé l'esprit, parfois le délire et la paresse de la langue, comme si elle était saisie d'une paralysie incomplète (i). »

Tels sont les phénomènes sur lesquels il nous paraissait utile de ramener l'attention parce que nous n'avions pu que les mentionner dans nôtre description générale.

De l'Identité des Erysipèles.

' Que l'érysipèle naisse autour d'une plaie chirurgicale ; qù*il se nfianîfeste près. de. l 'ombilic chez les nouveanx-riés ; qu'une légère excoriation . où une ' blessure accidentelle mal pahsée soient l'origine de son éclôsion ; qu'il se propage consécutivement SMt membranes muqueuses ou qiiHl débute sur elles et ne les dépasse pas , Fafféctîon que nous étudions n'en est pas moins toujours la même , identique et spéciale, produisant, suivant son siège et sa combinaison avec les traumatisme» , les résultats que nous avons signalés et les symptômes que nous avons observés. C'est toujours la même aifîection spécifique du système vivant, qui, selon leé sièges èt'les places qu'elle choisit pour se maiiiîester sur la peau ou les muqueuses "produit des léâioifô en apparence distinctes, etréveille des sympathies variées, suivant" les organes sur lesquels elle s'étale et se développe.

« Les érysipèles spontanés et tes érysi pèles trauiîiatiques , ait M. Gintrac , ne sont pas essentiellement différents , puisque ces det^tiiérs ne se produisent et ne se propagent qu'en vertu dés circonstances qui font naître Ifô 'premiers. Ces circonstances se rattachent surtout à l'influence épidémiqne. »

(1) Op, cit., t. II, p. 34.

H. liarchal de CUvi fa bien plug loin , puisqu'il écril éaus. la Réforme médic^ {^) : « L'éry&ipèle n'est pas una afiectioA cbinu^[icale; c'est vm maladie. esseidieUsiBent médicale» we hotopathie» uae âèvre, la fièvre érysipélateuse; rérjsip^ n'est que le symptôme extérieur, ta maaifestatien, et Upmt manquer^ y^

U en est do Térysipâe ooimne de la diphthms <|aî» cpioiqm ayant des manifestations constamment les mêmes» provoqua dos phénomènes différents sur les moqueuses et sur la peau , sans changer d'être elle-mênw.

H. Trousseau , âbkmi par le grand nombre de faits oii il a rencontré des lésions plus ou moins profondes , s'écrie : « On ne saurait miântenir en pathologie la ^Tision qoi a été foite de l'érysipèle chirurgical et die l'érysipëe médical » 'parce que tout érysipèle est ttaomatique^» c'est^i^i^ qu'il n*y en a poiitt qui ne commence/ par une i^e (^)« »

Pour nous comme pour ce professeur, il est impossible i'adm^ettre deux sortea d'érysipMes : la cause spontanée est tou^rs. fai même. Qu'die se mamfasle avec ou sans lésions préalables, la di^[>ositi(m de Vindividui la constitutiiim médicale^ produisesil les mêmes ^ets , et si l'intensité de la cause yarie dans quet* ques circonstances, elle ne varie que par sa quantité; la qualité essentielle de la maladie reste constapotunent la même^ Kous 6n dirons autant de l'état général des individus existant an moment ou Férysipèle se concentre dans teur organisme ; l'ox-* plosion pourra être différente en apparence ; la rougeur , Vex* tension de la manifestation tégumentaire » sa marche , ses terminaisons pourront varimr; l'expression symptom^ique n« sera pas identiqpmment la même ; mais c'est qu'hors , comme le dit avec raison H. Bohier , deux sujets , par temple, ont

(1) 10 févner 1867, If* 4, p. 39.

(9) CUmqui nUi., 1. 1 , p. 397.

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reçu le même germe pathologique, et, en rertu de dispositions acquises de longue date , ils développent ce germe ayec des apparences dissemblables (i).

En un mot, la cause vraie de Térysipèle épidànique est unique; elle est spontanée» elle constitue chez les individus cette dispositicm latente à produire Texanthème érysipélateux, soit avec une occasion apparente , soit sans lésion préalable , de sorte que le nom d*érysipèle spontané qu'on réservait à l'érysipèle médical n'a point de raison d'être ; il consacre une différrace qui n'existe pas, et qui n'est qu'une erreur. L'érysipèle chirurgical ou traumatique est aussi spontané que l'érysipèle interne ; il ne varie que par sa cause provocatrice.

Cela est si vrai que, d'ordinaire, l'érysipèle traumatique n'emprunte sa gravité qu'aux complications de phlâ)ite ou de lymphangite qui le précèdent ou l'accompagnent; car, dans ces cas , on constate surtout les résorpti(ms putrides ou purulentes, qu'il ne faut pas confondre avec les effets consécutif de l'érysipèle. Cette affection, en effet, ainsi que nous l'avons établi, arrive surtout à la gangrène, et ce n'est qu'avec ces complications, qu'on voit survenir soit la pyohémie, soit l'état typhoïde consécutif , excepté quand l'ébranlement nerveux, unehémorrbagie trop abmdante, un état typhoïde antérieur, tiennent le malade sous leur dépendance.

Etcependant beaucoup d'auteurs, entre autres Bonnet de Ly(m, admettent, sans motif, une différence très-marquée entre l'érysipèle traumatique et l'érysipèle spontané. Trompés par les complications, ils ne vdent plus la marche» les symp^ tomes, la gravité, identiques, et ils en concluient unediffé* rence radicale de nature qui doit d^nander un traitement bien différent. De là toutes les médications locales proposées.

4c Le corps humain, dit M. Lorain (^), est le réactif le plus

(1) Clinique de la Pitié, 1864.

(3) Extrait de la thèse de M. Ch. Martin , p. 35.

sensible et le plus mobile que présente Fétude générale des corps. Sous les influences les plus variables, les plus légères parfois en apparence, il nous présente une série d'états divers qui entraînent avec eux toute une série de propriétés bien différentes de ses propriétés ordinaires. C'est là la différence essentielle qui sépare la mdadie de Tétat physiologique. Véritable Protée, dès qu'il a reçu le ferment qui va Timprégner tout-à-l'heure , au lieu de faire du sang , il se met tout d'un coup à faire du pus ; au lieu d'épithélium, il fait des tumeurs, des boutons, de la gangrène. Il a reçu le ferment rubéolique, il fait de la rougeole; il a reçu le ferment de la diphthérie, il va faire de la diphthérie sur les pieds , les mains , la bouche, le pharynx, les bronches, etc. » J'ajouterai: Il a reçu le principe de rérysipèle , il va faire de l'érysipèle sur la peau , sur les muqueuses.

En résumé, l'homme qui produit un érysipèle est complètement métamorphosé et peut le produire sur toute l'étendue du tégument, avec ou sans cause occasionnelle, et dans ce cas, où que se montre la lésion extérieure , elle ne peut changer de nature. L'érysipélateux fait constamment alors de l'érysipèle.

Ainsi donc , ne l'oublions pas , dans tout érysipèle épidémique , il y a toujours deux termes , l'état morbide général dominant, qui ne Tarie pas et ne change pas de nature, et la manifestation locale, qui peut changer d'aspect, de siège, se montrer autour d'une lésion ou sans aucune lésion, mais se reliant toujours, comme effet, à la cause générale et individuelle qui la tient sons sa dépendance absolue , sauf les modifications résultant de dispositions accidentelles.

C'est pour n'avoir pas bien compris ce mode pathogénique, que quelques auteurs ont pris pour érysipèles des rougeurs inflammatoires , qui doivent cependant en être distinguées ; nous allons les étudier dans l'article suivant.

Appendioe. — Des éi^ysipéloïcles.

Hippocrate avait dit (i) : « Des érysipèles se déclarèrent dans plusieurs fièvres, avant la fièvre et par la fièvre. » Borsieri répète que l'expérience de chaque jour prouve que la fièvre précède, accompagne ou suit Vérysipèle. Elle précède presque toujours Térysipèle protopathique, accompagne Térysypèlesymptomatique, pour peu que l'économie soit gravement affectée, et manque souvent entièrement dans Térysipèie fortuit, lorsque celui-ci est très-léger.

On n'a guère jusqu'ici songé à ces observations, et il en est résulté des confusions étranges. Prenons quelques exemples :

Un individu porte une légère écorchure sur la crête du tibia; il ne la soigne pas, marche, se livre à ses travaux; te frottement du pantalon , la fatigue , quelquefois la malpropreté, amènent une rougeur vaste, diffuse dans toute la jambe. On dit qu'il y a érysipèle , et on paraît d'autant plus autorisé à y croire , que les ganglions de l'aine s'engorgent' et qu'on voit des traînées de lymphangite.

Un autre , atteint de la même lésion en suppuration, évitela fatigue ; il irrite par quelque onguent de bonne femme sa petite plaie, ou bien laisse se former une croûte dure et solide qui emprisonne le pus , ou bien encore il ferme hermétiquement sa plaie avec4u sparadrap et la néglige. Les mêmes; pynomènes paraissent. On dit encore qu'il y a érysipèle.

Chez d'autres, on voit apparaître , surtout aux bourses, aux grandes lèvres , aux membres inférieurs , des rougeurs trèsintenses , à la suite de mouchetures ou de scarifications faites sur ces parties cedématiées et fortement infiltrées; quelquefois*

(1) Lib. III, Epid.

même la gangrène survient. On jdit qu'il y a érysipèle qui s'est terminé par la mortification des tissus.

Des jeufies filles, très-lymphatiques ou scrofùleuses , ont , à chaque période menstruelle ou à l'époque critique , ou sous l'influence d'une suppression , des gcmflements oedémateux du visage, sans grande rougeur et sans fièvre , a?6C glandes engorgées du cou. On dit encore qu'il y a érysipèle.

Quelquefois on est appelé à constater , surtout aux jambes chez des personnes jouissant d'un fort embonpoint, au-dessons et àl'entour d'un cautère, une rougeur me, étaidue, lisse chaude, douloureuse, paraissait avec un frisson intense. Le cautère se sèche; son ouyerture devient violacée, consécuti Tement les ganglions de l'aine s'engorgent , il y a de la fièvre On dit qu'il y a un érysipèle.

On opère la même confusion quand on prend pour des érysipèles qu'Hoffmam appelait scorbutiques, et que Sanson déo-it sous le nom d'érysipèles veineux ^ 1^ phlébites et les éry thèmes des jambes si communs chez les vieillards, et autour des varices; de même que ces gonflements inflammatoires, et les oedèmes aigus , ou le gonflement inflammatoire des membres inférieurs chez certaines femmes enceintes ou chlorotiques.

Enfin , on voit des rougeurs se manifester , sans symptômes généraux, autour des grandes plaies chirurgicales, quelquefois^ parce que le» emplâtres sont trop irritants et la susceptibilité trop grande dans la peau des malades. On voit des rougeuràf suivre l'application des emplâtres de poix de Bourgogne chez certaines personnes trop irritables. On dit encore qu'il y a érysipèle.

Ce sont là des erreurs d'autant plus déplorables , qu'elles jettent le trouble dans les esprits et efiraient surtout les jeunes praticiens , et nous devons protester contre de pareilles assimilations.

I^r iè prouver», nous ^'aurions qu'à ta\Dqaer rinflueoce eu Iri^lmmt. Tandis que Térysipâe q^idémique marche fHaietmnt en êsgix de toute sorte de médication locale (m fAiânede, jusqu^à ce que ta^ maladie se soit, pour £ûnsi dire, épuisée daâe sa manifestation y nous comtatons , au contrau^e, fes bons effets de la médication locale ou générsde dans les cas que nous ven(ms de rapporter^ Ainsi h repos, des frictions mereuridles , des cataplasmes ânoUients , bi: fosîtion relevée des membres , le détac^m^t des croates , ks pommades adoucissantes, sofl&ent pour fmre cesser^ en deux ou tro& jours, ces prétendus érysip^es, et ramener la plaie qui les avait occasionnés à ses omditions normales.

D'un autre coté , les applications d'eau blanche , le lini-ffi^t oléo-<£dcsûre, les soins de pro{»i9té, la suppression de fécoulemeM séreux, sont les moj:ens d'arrêter ces rougeurs sur les parties œdématiées. Qu'cm ninvocpie pas en faveur de l'ârysipëe la terminaison fréquente de cette dernière lésion par la gangrène. La diminution de vitaMté des tissifô, leur distension intérieure, l'état cachectique grave de» individus affectés, leur êuge , sont des causes plus^ que bsmales pour expliquer eette terminaison^

Enfin Y Tasdème, qu'on appuie éryûpèle cedâmateux et qui est souvent périodique chef les hommes comme chez te femmes , peut se guérir en traitait l'état général par les dépuratifs, leslerrugineux, les bains de mer. Et ne sait^on pas aussi que U. 'Crousseau a pu supprima les érysipèles périodiques par la guérison d'un mal chronique de la face ? Letrtttmnent pouvant enlever cette prèlisposition ^ nous en concluons que ce n'est pas du tout cette disposition érysipélateuse aiguë qui se présente fatalement dans les épidémies.

Je n'iai qu'à rappeler que les rougeurs, venant autour des^ pbies chirurgicales, sous Tinfluence d'irritants ou de mauvais^ pansements ,, cesseni par l'emploi de meilleurs topiques.

Googk

D'aillears , daos ces. divers cas , la lièvre {ait défaut ; if n'y a pas de prodromes fébriles ou de ces ijadispositioiK antécédentes qui indiqtient Faotioa interne et générale d« principe érysipélateux ; et si la fiètre survient, ee n'erf que lorsque Finflammation a pris une grande extension. EUe n'est que réactive.

BIai$, dira-t-im, tes ganglions s'engorgent quelquefois. Oui , mais ils sont, toujours plus ou moins engorgés chez les scrofuleux; e'est un. état chronique et. indolent. Chez les blessés , cela n'a rien de bien étonnant ; les ganglions sW goi^ent Consécutivement, tandis que, d^wisTérysipëe» l'eagorgement douloureux précède l'éruption de rexanthème, excepté, toutefois ^ qu'il n'y ait complication de lymphangite.

Que voit-on d'étonnant dans ce fait? Tout le monde sait que , lorsque la peau est le siège de douleurs , de* déchirures , d'excoriations, etc. , on observe vite le gonflement des gangli^s lymphatiques qui correspondit aux membres malades, et qui sont placés au-dessus de lui.

Lés vaisseaux lymphatiques sont tellement irritables , que, d'après le témoignage de Hewson (^) , par le seul fait de l'irritation , ils rougissent , s'enflamment et se tendent.

C'est ce fait que nous constatons ici, et nous sommes a^ntorisé à dire que les cas, que nobsappeloilsérysipéloides, n'ont pas plus de rapport avec Férysipèle vrai que le cancroïde n'eu a avec le cancer, la variolide avec la variole. Ce sont des lymphites franches , qui ne dépendent pas d'un état général particulier de l'économie , comme l'érysipèlê ; qui s'accompagnent ou sont suivis quelquefois de fièvre ; mais cette fièyre est symptomatique de l'état local, et cette constatation suffirait à elle seule pour prouver que l'érysipèlê n'est pas une simple inflammation des capillaires lymphaticjues , mais qu'il y a un élé-

(1) Descript. syst. Lymph. Traject. ad Rhen , l1Bâ,

ment de plus que ne veulent point admettre ks auteurs qui en font^ comme Wedel, le premier degré et le prototype de L'inflammation;

Ce qui sert à différencier surtout l'érysipèle vrai , c'est l'engorgement des ganglions avant l'apparition de l'exanthème, c'est la production de phlyctènes , c'est le bourrelet saillant qu'il prése'ute à ses limites , c'est sa marche progressive , sa mobilité, ses déplacements. Or, sans aucune lésion appréciable encore , on voit toujours arriver le gonflement des ganglions.

L'érysipéloide se distingue encore de l'érysipèle par sa durée* L'érysipèle, comme, lésion locale, dure neuf jours , le vulgaire lui-même ne l'ignore pas, et lorsqu'on voit, par exemple, M. Giatrac parler d'érysipèles de cinq jours , l'on est fort tenté de croire que ce ne sont que des érysipéloïdes. De plus, lorsque le frisson apparaît dans les érysipéloïdes, c'est que le pourtour de la,blessure est déjà enflammé, et l'on peut dire que , d'habitude, la fièvre suit l'érysipéloide, et tombe, dès que la manifestation locale , qui se fait avec rapidité , est tout-à-fait terminée.

Je pourrais encore dire que l'érysipèle ne tend pas normalement à la suppuration , et que , dans beaucoup de cas d'érysipèles phle^oneux , on a souvent vu le phlegmon suivre la lymphite simple , sous l'influence de la lésion primitive ou secondaire qui a déterminé en même temps et la rougeur, et la suppuration des parties. ^

En résumé , les érysipéloïdes n'ont que la forme de l'érysipèle , et ne peuvent pas plus être confondus avec l'érysipèle que l'érythème. Ge sont des lymphites pures qui ne durent que quelques, jours , qui dérivent presque toujours des lésions apparentes , qui n'oflrent que consécutivement l'engorgement ganglionnaire , ou la fièvre , on le malaise ; qui débutent au milieu de la parfaite santé et ne réveiUeut que rarement des sympathies sérieuses ; elles ne sont jamais épidémiques , ni contagieuses , et c'est surtout dans ces cas que les résolutifs

conyieimeiit. Wes envahissent très-rapidMftent de gnndk espaces , ne sont pas ? oyi^enses , et n'offrent pas i tenr Ifantte^ le bourrelet saillant qui caractérise surtout r ér ys ip èle. Les^ phlyctènes n'y survieainait que loi'sque an phlegmon consécutif a produit une trop grande distension de h peaci.

M. Martin n'a pas enté cette emm lorsqu'à dit (p. il ) que, « depuis la rougeur la moins étendue, ta moins msurqu^,. jusqu'aux destructions profondes et mortelles du phi^mon diffus, la pratique montre toute une série de nuances msensi- Mes, et Ton passe, dans l'étude de Térysipèle, de la simple^ rougeur érythémateuse aux gangrènes énormes» qui détruisent les membres ou des appareils entiers* » C'est trop, à mon sens, étendre l'influence de la cause érysipâateuse» et conduire à de déplorables confusions.

Mous regarderons donc comme des érysipéhndes ces dÎA'erses formes que l'auteur décrit d'après M. Manrotte, et qui se manifestent surtout chez la femme au moment de la mâiopaus» ou à l'approche des époques mensuelles, qui consistent en rougeurs érythânateuses, localisées sur certains points, ao nez , aux oreilles surtout, qui ne durent que quelques trois ou quatre jours, disparaissent par l'apparition du flux menstruel, et se renouvellent chaque mois.

Dans ces divers cas, il n'y a pas d'engorgement ganglionnaire , ou s'il existe, au lieu d'être prém^mitoire, il est consécutif, et a souvent sa raison d'être dans une lésion enflammée ou irritée autour de laquelle se manifeste l'érysipéloïde.

Il ne faut jamais oublier , d'ailleurs , que si la fièvre numque dans l'érysipèle vrai, au début, elle est remplacée par les autres prodromes des maladies aiguës; car, comme le dit Beil, « rérysipèle de cause interne est précédé de symptômes prémonitoires , tels que lourdeur des membres, céphalalgie , anorexie, sommeil inquiet, etc. (i). »

(1) Ueber die erkenntniss. u mr der fieber , 2 b. Halle , 1799.

Rapports de l'érysipôle aveo la cUp]:itliôrie*

Si l'on se rappdle la fréquence des fausses membranes observées comme reliquats de Férysipèle des muqueuses, leur présence dans Futérus , dans les poumons , le gosier, les bronches , et la constatation de l'albumine post-érysipélateuse signalée par M. Imbert Gourbeyre, on ne sera pas surpris de nous voir faire un rapprochement entre ces deux maladies , en apparence si distinctes.

H. le docteur Espagne de Montpellier a cherché des analogies entre la diphthérite et l'érysipèle des nouveaux-nés* Voici comment il s'exprime dans le Montpellier médical (^) :

€ Toutes les maladies du jeune âge s'aggravent facilement sous l'influence des causes débilitantes. L'érysipèle , notamment, a une grande tendance à devenir gangreneux. Pendant les épidémies de fièvre puerpérale, il sévit avec une cruelle intensité, comme si la même influence qui tue les mères , dit M. Trousseau, s'appesantissait aussi sur les enfants. La plupart des accoucheurs et des médecins qui s'occupent des maladies de cet âge ont constaté cette relation funeste. Hichaêl Underwood a décrit avec beaucoup de vérité les sympt^es et la nature de cet érysipèle , qu'il eut occasion d'observer bien des fois en sa qualité de chirurgien de British Lying Hospital* Il est vraiment intéressant de le voir signaler les rapports intimes de cette maladie et de l'afiection pseudo-membraneuse, plusieurs années avant les travaux du siècle actuel. Underwood constata des plaques diphthériques sur les viscères abdominaux des nombreux enfants qu'il autopsia. Cette exsudation , dit-il , est semblable à celle qu'on

rencontre sur les viscères des femmes mortes de la fièvre puerpérale. J'ai déjà signalé le danger des complications diphthcriques dans les maladies de cet ordre. Underwood parle des nouveau-nés venus au monde avec des excoriations ichoreuses, recouvertes d'escarres gangreneuses en diverses parties du corps. N'est-ce pas là de la diphthérie ? Il reconnaît la nécessité du quinquina et des toniques intùs et extra au lieu des préparations saturnines avec lesquelles on pansait empiriquement les ulcères érysipélateux avant qu'il ne prît le service de l'hôpital. « Espérons , dit-il , d'après les bons » effets que nous avons parfois obtenus de l'emploi de ces » moyens et surtout de Técorce du Pérou , que nous pourrons )► un jour réussir dans le traitement de cette maladie funeste. » C'est avec satisfaction que nous avons remarqué dans Thô- » pital de Londres qu'elle y avait été beaucoup moins fré- » quente depuis les sept ou huit dernières années qu'au- » paravant. »

Je ne parle pas des pseudo-membranes observées dans les séreuses, car c'est une loi pathologique que toute inflammation des séreuses amène nécessairement une sécrétion de lymphe plastique qui se change assez rapidement en fausse membrane. Nous n'admettons pas, on le sait, la nature érysipélateuse des inflammations des séreuses. Lorsqu'il survient une péritonite , une arthrite , une pleurésie pendant un érysipèle, c'est bien plutôt l'irritation voisine produite par l'érysipèle qui provoque l'épanchement que l'érysipèle lui-même»

Mais il n'en est plus de même pour les fausses membranes qui se rencontrent sur les muqueuses. Or , si l'on se souvient que , dans la diphthérie , Talbuminurie est un indice de l'altération des liquides organiques , si l'on se rappelle que déjà , depuis long-temps, le docteur anglais Wade , de Birmingham, constatait l'albumine dans les cas mortels de diphthérie ; que MM. Séc, Abeille, Trousseau, Empis, Bouchut, Blache, Roger,

Bergeron , affirmaient sa présence dans les mêmes circonstances , on verra aussi une ressemblance et une analogie de plus de la diphthérie avec Térysipèle.

C'est qu'en effet , M. Imbert Gourbeyre (i) raconte que, dans plusieurs cas cités par Abeille et dans le journal de Roux , pendant Térysipèle ou après lui, il y avait eu anasarque et albuminurie.

M. le D' Thoinnet cite aussi , dans sa thèse inaugurale , rhistoire d'un jeune homme chez lequel l'albuminurie fut parfaitement constatée.

Ces faits , peu connus encore et que nous avons déjà rappelés , peuvent pourtant nous permettre , par analogie , de dire que l'érysipèle a de l'affinité avec la diphthérie, et l'on sait que la diphthérie, comme l'érysipèle, comme la scarlatine, est une maladie infectieuse grave.

Cette question mérite |d'être étudiée à nouveau ; car elle pourrait servir à déterminer l'état de septicémie , qui , peutêtre , serait la cause de l'érysipèle. Nous ne faisons qu'indiquer ces relations , les faits nous manquent pour résoudre un tel problème. Le rapprochement que nous faisons actuellement semble indiquer pour nous que les fausses membranes étant de la catégorie des affections septiques et épidémiqnes , l'albuminurie et l'épidémicité de l'érysipèle tendraient à faire , d'hors et déjà , classer cette dernière affection dans la catégorie des maladies sepiiques. Ce n'est , dans tous les cas, qu'une simple analogie , qui trouve encore une raison d'être dans la prédilection que la diphthérite et l'érysipèle affectent pour les plaies en temps d'épidémie , et du danger qu'il y a à ouvrir , dans ces moments, des plaies sur le corps des malades. Et de plus, n'estce pas une nouvelle preuve que Tune et l'autre affection sont primitivement générales et se manifestent sur quelque siège

(1) Gazette médicale , 1857 , N'»' 18 , 19.

qae ce soit , pourvu qu'elles rencontrent une surface dénudée pour s'établir et pour s'étendre.

H. Robert n'a-t-il pas essayé de démontrer que la pourriture n'était pas autre chose que la diphthérie des plaies?

Qu'on me permette ici un rapprochement qui a son origine dans les obsenrations des anciens. La critique historique à laquelle je vais me livrer est bien différente de celle de certains auteurs très-recommandables. Je la livre sous toute réserve , et Je prie mes confrères d'examiner si l'hypothèse que je soutiens n'est pas la plus plausible.

Dans notre première partie , nous avons cité une épidémie tirée d'Hippocrate. Or» l'auteur nous dit, en commençant l'étude de cette constitution, qu'à part ces érysipèles de même nature qu'il décrit si exactement, il y eut, comme maladies de la saison , des maux de gorge fréquents , des tumeurs , des iaflanunations de la langue, des aphthes, des ophthalmies, des fluxions fréquentes sur les parties génitales avec ulcérations et gonflen^nts dans les aines.

Quels étaient ces maux de gorge? Hippocrate ne les décrit pas avec beaucoup de rigueur; mais il nous signale des symptômes bien caractéristiques. La voix, dit-il, était altérée et faussée. Il ne cite pas les fausses membranes ; mais ces deux signes n'indiquent-ils pas ou une angine £phthérique, ou le croup, avec ses pseudo-membranes laryngées et son enrouement caractéristique?

Que dira-t-on des aphthes qui se montraient à la même époque ? Personne n'ignore qu'Hippocrate employait ce mot dans un sens très-général et qu'il s'en servait pour dé^gner des ulcérations superficielles et souvent de mauvaise nature, survenues sur diverses parties du corps , non-seulement à h bouche et sur la langue , mais encore sur les parties génitales des femmes , soit enceintes , soit accouchées , ou même sur les parties génitales des enfants. Je ne suis pas loin de croire

que, pour Hippocrate» beaucoup de ces aphthes a'étaient pas autre chose que des plaies avec productions pla&liqœs qui ressemblaient réellement > par leua: couleur, au fond grisâtre des aphthes; et j'y suis d'autant plus autorisé, qu'Hippocrate nous apprend lui-même (^\ que ^ chez une femme, une ulcération se présenta aux parties gàûtales» semblabla d'abord à un apbthe ; ptm r par l'effet des lochies , l'inflammation derint fongueuse; et il ajonte qu'il ne mr- Tiendrait pas sur les lèvres de la plaie une fluxion qui s*épais$Lt en une chair contre nature , s'il n'y avait pas écoulements

Rappelons-nous que ce n'est que depuis Yan Swieten qu'on a bien distingué les aphthes, comme nous^ les décriTons aujourd'hui.

Boerrhave était encore dans les errements des anciens à ce sujet, puisqu'il dit, à propos de l'angine pseudo-membra^ neuse : 4C Quelquefois les aphthes se montrent d'abord dans le fond du gosier ; on aper^it dans le milieu une croûte blanche, épaisse, ressemblant à un morceau de lard frais; cette croûte est très^adbérente et semble venir de l'œsophage ; alors la maladie est presque toujours mortelle. Le&^htbes, qui sont tenaces et se renouvellent sana cesse, sont mauvai» ^. ]^

Si l'on admet ceUe confusion des anciens , les aphthes ne peuvent-ils pas être rapportés à de fousses membranes et à dea couennea? Les fluxions sur les. organes génitaux ne seraient que.des érysipèles ou bien des diphthérites , surtout si Ton songe qu'elles étaient suivies d'ulcérations avec bubons ou engorgements ganglionnairea* Quel médecni n'a pas vu des épidémies de diphtbérie cutanée atteindre ces parties , surtout chez la femme et les eofonts» et tout le monde uo^fiB que, soit

(9) Aph. d9 Cognât. Ifor^.. 984» U UL

l'érysipèle , soit la diphlhérie , s'accompagnent et sont même précédés de la tuméfaction des ganglions voisins du mal. Hippocrate nous dit , d'ailleurs , que les plaies se recouvraient de pourriture.

Les ophthalmies de cette constitution épidémique semblent aussi indiquer l'espèce d'ophthalmie désignée de nos jours sous le nom de diphthéritique. Hippocrate dit que ces ophthalmies étaient humides , douloureuses , longues , qu'il se formait , en dedans et en dehors des paupières, des productions qui compromettaient la vue ; on les appelait figues , <ruxa , à cause de l'apparence de ces tumeurs. Or, Fophthalmie diphthéritique se caractérise par une sécrétion abondante de larmes , une douleur très-piquante; elle a une longue durée à cause de la reproduction facile et prolongée des fausses membranes ; elle offre d'abord un chémosis , tumeur mollasse , très-nlarquée , et un gonflement prononcé de la paupière qui devient trèsépaisse , et enfin , lorsque la maladie a duré un certain temps, il survient des nodosités sur les parties de la muqueuse dépouillée d'épithélium , oii elles forment des élevures plus ou moins volumineuses et saillantes, et provoquent la blennorrhée chronique de Fœil. Pendant la maladie , l'on remarque une coloration jaunâtre de la conjonctive formée par un exsudât pseudo-membraneux. Enfin , cette ophthalmie fait perdre la vue à beaucoup de personnes.

Ici il n'est encore pas fait mfention de fausses membranes ; cela ne doit pas nous surprendre puisque Hippocrate n'en a jamais parlé, à moins, comme nous le croyons , que le mot aphthes ne .les indique. Toutefois, eh regardant de haut ces divers accidents et en rapprochant les diverses lésions que nous venons de signaler , on est bien en droit de les rapporter à une même cause épidémique.

Suivant Hippocrate, il est difficile de savoir si les érysipèles précédèrent ou marchèrent de concert avec ces accidents, qui

semblent dus à la diphthérie , ou si ces derniers suivirent. Nous ne cherchons ici qu'à indiquer un rapport de corrélation. Et si l'on admet avec nous qut tous les phénomènes différents que nous venons de rappeler et de commenter tiennent, en effet , à la diphthérie, on verra que ces manifestations si variées ne seraient que la conséquence d'une même affection générale épidémique, telle que la cause érysipélateuse de cette saison, qui agissait indifféremment sur toutes les parties du corps.

On voit que nous sommes arrivé à des conclusions bien opposées à celles de Rosembaum qui croyait à une Mennorrhagie avec ulcérations , et qui suppose que ces ulcérations devenaient l'occasion d'érysipèles des parties génitales , sous l'influence de la constitution typhique régnante, et se terminaient par une gangrène humide. En résumé, pour lui, il s'agit de la syphilis. Nous nous éloignons aussi de l'avis de Hœser qui croit voir dans cette constitution les traces de la peste de l' Attique , et rapproche les ophthalmies de l'ophthalmie d'Eg)'pte; et nous croyons plus logique et plus conforme à la vérité de rapporter tous les accidents Signalés dans cette constitution à des causes générales: l'érysipèle d'abord, puisqu'Hippocrale le nomme, et la diphthérie, qu'il ne désigne pas, mais que les quelques détails qu'il donne peuvent permettre d'accepter.

Il y aurait donc ici une relation épidémique ; et si nous songeons que les accidents diphthériques sont apparus avec une constitution humide, australe, molle, sujette à des varialions brusques de température, nous pourrons trouver une raison étiologique de plus à notre hypothèse.

M. Courty de Montpellier déclare que le croup n'a paru dans cette ville qu'après un changement dans la constitution médicale qui est devenue humide et froide , et nous lisons dans le Dictionnaire encyclopédique des Sciences médicales (i)

(1) Art. Angine couenneuse.

que les couennes apparaissent surtout sous forme épidémique dans les régions basses et humides et à température variable. Ce fait d'expérience a frappé tous les bons observateurs.

Quoi qu'a en soit de cette digression, nous terminerons par le dilemme suivant : ou bien les affections que nous étudions actu^lement étaient sous l'influence de Térysipèle épidémique , puisqu'on sait qu'il peut exister des angines , des ophthalmies érjrsipélateuses et des érysipèles des parties génitales. Mais Hippocrate, au lieu de le dire, nous avertit qu'il veut, au contraire, traiter à- part chacune de ces maladies ; ou bien , si je ne m'abuse, elles ont une grande analogie avec une épidémie de diphthérie se généralisant et paraissant sous la même influence médicale et atmosphérique que l'érysipèle , ce qui donnerait le droit de reconnaître entre ces deux maladies spécifiques et peut-être contagieuses un certain degré de parenté étiologique. Des études ultérieures sur la succession des épidémies seront de nature à éclairer cette grave question.

Rapports de l'érysipèle aveo la Pourriture d'Hôpital.

Nous avons déjà dit, dans notre introduction, qu'il est indispensable que celui qui s'occupe de médecine ne soit pas étranger à la chirurgie, car celle-ci peut lui fournir d'utiles leçons.

Barthez, dans son discours sur le génie d'Hippocrate , prétendait que les rapports qu'ont les traitements des maladies internes et externes démontrent la nécessité d'une liaison intime entre la médecine et la chirurgie.

Partant de cette idée , nous avons étudié l'érysipèle traumatique ou chirurgical , et nous avons vu que , sous Tinfluence de rérysipèle , Tinflammation devenait destructive , qu'elle

reonpait Tadhésion des molécules qui forment les tissus, qu'elle entraînaitla disparition des organes, que, rongeant, en surface , en profondeur , ulcérant toujours , elle ne respectait rien. De pareilles conditions se trouvent dans la complication des {daies connues sous le nom àe pourriture d'hôpital.

Plus grave certainement que Térysipèle, dans ses deux formes pulpeuse et ulcéreuse , la pourriture se rapproche de rérysipèle traumatique par ses effets , ses symptômes généraux, tes pertes de substance qu'elle entraîne, les suppurations, les mortifications et les modifications de la plaie et du pus qu'elle contenait.

Si Ton songe que ces deux affections sont cont^^euses, qu'elles régnent épidémiquement ou même endémiquement dans des salles d'hôpitaux mal aérées, insalubres, encombrées et sous l'influence des mêmes causes morales ; que le découragement les augmente ; que l'état septique ou putride les accompagne , on pourrait bien peut-être regarder la pourriture comme un degré de l'érysipèle traumatique. L'état de diffluence du sang, la fréquence des symptômes gastriques dans les deux deux cas, militeraient en faveur de cette analogie, que je me garde bien cependant d'élever jusqu'à l'identité de cause et de symptômes. Il me semble même que, malgré ces diverses analogies , il existe une différence radicale que je traduirai en deux mots. L'érysipèle , quel qu'il soit , est une affection primitivement générale , et s'annonce même , et surtout dans l'érysipèle traumatique, par un frisson. La pourriture d'hôpital est primitivement locale et ne présente de phénomènes généraux qu'après avoir commencé à se manifester localement. Ainsi, dans ces cas , le méphitisme, la yiciation et l'insalubrité de l'air, laissent indemnes les blessés, au point de vue de leur vitalité et de leur organisme. Toute l'action de l'air corrompu des salles semble se limiter à la surface traumatique, et ne pas pénétrer au-delà. C'est là le vrai typhus local , le t)'phus

des plaies , avec les désordres résultant de la dégénérescence de l'inflammation. Lorsque rocme la contagion est établie, cette contagion ne se fait pas par Tair respirable ^ mais par les pièces de pansement; car il est ranarqoaUe que c'est surtout par les matériaux propres aux pansements imprégné» des miasmes , que la transmission se fait d*un blessé à Tautre , et que lorsqu'on tient les plaies à Tabri de Tair infecté , l'altération ne se développe pas. Telle est l'opinion d'Ollivicr.

Au contraire , dans Térysipèle épidémique , l'air respiré ec absorbé à k surface des plaies quelquefois impH^e d'abord l'économie , et ce n'est que consécutivement que l'àrysip^ apparaît. Ce qui démontre encore ce fait d'une disposition diathésique épidémique acquise pour l'érysipèle, c'esi qu'elle s'attache aux {dus petites plaies aussi bien qu*aux grandes , et que leur ancienneté n'est pour rien sur ta marche plus ou moins rapide de l'érysipèle y comme on l'a remarqué pour la pourriture d'hôpital.

Ces conclusions , qui nous semblent logiques , doivent servir à différencier ces deux affections. La pourriture d'hôpital est une sorte de gangrène locale , l'érysipèle est toujours le résultat d'une cause interne. Il n'y a principalement de ressemblance que dans le mode contagieux , si » avec Delpech contre Percy, on accepte la contagion de la pourriture. Et nous ne serions pas éloigné de croire à la non contagion , et de n'admettre ici qu'une intoxication locale par Pair chargé d'éléments putrides ou de matières en décomposition. Ce serait , dans ces cas , non pas une épidémie , mais une endémie loc^ lijsée que l'cm peut faire cesser par des soins hygiéniques , p» la propreté ; tandis que l'érysipèle traumatique est une épi^ demie , une maladie spécifique qui peut bien trouver dans» l'encombrement des moyens plus faciles de se propager , wwâs qui découle directement d'une atteinte, d'une allératidn prèàr laUe de la constitution entière.

— Ul —

La nuriadie est toute locale , répète OUivier , et il ajoute que le traitement local et rassainissement des établissements sont suffisants pour arrêter ses progrès et en empêcher le dévelop* pement. C'est , dans ce cas , une maladie locale toxique ; car le contraire s'observe pour Férysipèle. Si même on admettait la contagion et non sa propagation pai* Tair malsain, ne pour-rait-on pas dire que Torganisme n'est pour rien dans la pro* duction du virus ; que la plaie elle-même l'élabore et le développe. Ainsi se trouveraient séparées ces deux affections , ainsi se trouverait vérifiée cette pensée profonde et réelle de M. Chauffard qui propose de nommer ces maladies toxiques , bien distinctes des maladies spécifiques, et qui s'en sépareraient totalement, parce qu'elles ne sont ni transmissibles, ni conta^ gieuses; qu'elles ne se résolvent pas en produits spécifiques, et n'apparaissent pas comme épidémies se déplaçant avec les grandes agglomérations d'hommes , mais restant endémies plus ou moins étendues et puissantes.

M. Labbé semble avoir pressenti cette corrélation del'érysipèle épidéraique et de la pourriture d'hôpital. Voici comment il's'exprime:

« Si rérysipèle était produit par des miasmes simplement infectionnels , pourquoi n'observerait-on pas aussi bien , à la même époque et dans le même foyer , d'autres maladies aussi infectieuses, telles que la dysenterie , la pourriture d'hôpital , tes ophthalmies purulentes, si communes dans les hôpitaux d'enfants, la fièvre puerpérale (car il y a toujours des femmes en couches dans les salles de chirurgie si souvent le point de départ des épidémies d'érysipèles) , etc. ? Pourquoi, au contraire, à d'autres époques, ou dans un autre lieu plus ou moins éloigné du premier, est-ce une de ces maladies qui règne presque à l'exclusion de Férysipèle ? Avant de répondre à cette question , il faut convenir que les choses ne se passent pas toujours ainsi , et qu'en dehors d'une épidémie , souvent on*

rencontre à la fois des cas isolés de chacune de ces maladies. Mais précisément ces cas isolés sont quelquefois le prélude d'une épidémie locale. Ainsi, dans une salle , il y a des pourritures d'hôpital ; dans une salie voisine, des érysipèles ; ailleurs, des dysenteries , et, enfin , la fièvre puerpérale existe fréquemment, sous forme épidémique , à la Maternité et à Thôpital des Cliniques, sans qu'elle s'étende nécessairement aux autres hôpitaux ou en ville (i)«»

Rapports de l'érysipèle épiciémiq[u.e avec la malaolie dite fièvre puerpérale.

Nous avons rapporté dans la partie historique de ce travail plusieurs épidémies d'érysipèles se développant concurremment, dans les hôpitaux surtout, avec des épidémies de fièvre puerpérale. Ce fait d'observation avait été depuis long-temps signalé. Peu, d'après Vesou, attribuait une épidémie de fièvres puerpérales, qui sévit dans la Maternité de l'Hôtel-Dieu , aux vapeurs pernicieuses qui s'élevaient des salles voisines de chirurgie (2). C'est là peut-être le premier document qui établisse une relation entre ces deux affections , car si l'on avait constaté dans bien des circonstances la coïncidence des deux états morbides , on n'avait point songé à les rapprocher, et l'érysipèle, comme la fièvre puerpérale, demeuraient deux maladies distinctes et séparées, du moins, dans l'Ecole Française.

Vers 1857 , soit l'effet de lectures d'ouvrages étrangers, soit l'effet de sa propre intuition et de son amour pour l'analogie, M. le professeur Trousseau , voyant, pendant le cours d'une

(1) De VErysipèle , thèse, 1858 , N" 168 , p. 42.

(2) Prat. des Àccouch. , 1694, m-12, p. 268.

épidémie puerpérale, à la Maternité, les salles de Thôpital Necker se remplir d'enfants atteints d'érysipèles, de péritonites,, d'^ophthalmies purulentes, disait que ces enfants avaient tous la même maladie, et que tous ces accidents n'étaient que des manifestations variées de Tétat puerpérd , et que lâ maladie^ dite fièvre puerpérale dominait la pathologie du nouveau-né, au même titre que la pathologie de la femme récemment accouchée. Ces remarques de Téminent professeur passèrent hiaperçues , et c'est à peine si quelques auteurs signalèrent cette eorrélation. Bouchut , par exemple , dit bien (i) que la fièvre puerpérale est une disposition à Férysipèle' chez lenouveau-né, et, p. 682: « L'érysipèle des nouveau-nés n'est jamais plus fréquent que dans le cours des épidémies de fièvrepuerpérale. C'est à cette circonstance qu'il faut rapporter leur déYeïoppement et à cette influence qu'est due la gravité de la maladie. » Mais l'opinion émise par M. Trousseau ne s'était pas vulgarisée.

C'était une semence qui avait besoin de germer et de se développer, M. Lorain se chargea de ce soin, en 1855, dans une thèse souvent citée, et intitulée : De la Fièvre puerpérale chez la femme et chez le fœtus. Dans ce travail, l'auteur établit la solidarité morbide entre la mère et l'enfant ; il montre la maladie transmise à celui-ci, coexistant chez tous les deux, san« ordre déterminé d'apparition, ou n'existant que chez Fun d'eux seulement; les lésions peuvent différer ou être les mêmes (péritonite, infection purulente , etc.) « Quelques-uns des états morbides , dit-il , désignés sous le nom de fièvre puerpérale, et que l'on pensait jusqu'ici n'appartenir qu'aux femmes en couches.. , , se produisent également chez les nouveau^nés, où ils sont caractérisés par les érysipèles, les phlegoïons, etc.»et plus loin , il ajoute : « L'érysipèle est de sa nature épidé-

il) Hfalad. des Enf. , 3* édition , p. 83.

— Ui —

miqoe, et c'est ici une de& ma^ûfestations de la fièvre puerpérale. »

Lors de la grande discussion académique sur la fièvre puerpérale^ ^ns laquelle on vit briller, pendant jAus de trois^ mois (185$) , les esprits ei les intdMgences d'élite , cette question ne pouvait manquer d'attirer l'attention des athlètes de la science. Elle entrait de plein droit dans le cadre proposé p«r M. Guérard. Hais si cette opinion trouva quelques adhérents » si MM. Dubois, Velpeau, Beau , se rallièrent à la pensée de M. Trousseau , d'autres restèrent incrédules , surtout ceux qui n'admettaient pas Tess^tialité de la fièvre puerpérale. Tout le monde était d'accord pour affirmer que la mortalité des enfs^ts est plus grande pendant las épidàoies de fièvre puerpérale ; maison n'allait pas jusqu'à admettre, comme le docteur anglais Hinckes Bird , que l'alliance entre Térysipèle et la fièvre puerpérale est un fait démontré, et que la fièvre puerpérale et l'érysipèle ont une origine commune.

Weatheread avait déjà, en 4822, constaté l'affinité de ces deux afifections.

M. Trousseau ne s'en tint pas à cette proposition ; il voulut aller plus loin, et partant <te ce qu'il avait c^servé dans les salles de chirurgie durant le cours des épidémiespuerpérales, il généralisa sa pensée , et „ pour me servir de ses inropres ^pressions, il scandalisa tout d'abord l'Académie, en annonçant que la fièvre puerpérale n'est pas spéciale à la femme ni au nouveauné , mais qu'elle existe aussi sur l'homme ; qu'elle appartient iK>n-seulanent àla femme, mais qu'elle appartient aux femmes récemment accouchées, aux femmes non accouchées, aux fœtus encore dans le sein maternel, aux enfants nouveau-nés, aux opérés et , enfin , aux individus sans tranmatisn^. Il se basait sur ce que les individus placés à proximité des saUeî> d*accouchement ont des lésions analogues à celle de la fièvre puerpérale cliez la femme , sur ce que les salles de chirurgie

m resseuteot de eeUa influence , sur ce que le Iraustot de femmes en couches daas d'autres hôpitaux est accompagné ou suivi cheï les malades d'aggravation des symptômes , et que les maladies se compliquent d'érysipëes graves.

C'est donc une cause générale spécifique qui produit des effets analogues chez les femmes et chez les hommes. Les résultats nécropsiques paraissent être d'acoord avec cette théorie» puisque, d'après Tonnelé, Danyau, Nonat, Duplay» Cruveilhier, on trouve dans la fièvre puerpérale la lymphangite suppurée » l'injection purulente des ganglions lymphatiques, plus fré^ quemment que la phlébite. Or , ce sont les mêmes lésions qui s'ohservent surtout dans l'érysipèle.

M. Cruveilhier , r^rdant la fièvre puerpérale comme une fièvre traumatique irrégulière , anormale , troublée > ne craint pas de la comparer à la fièvre traumatique des opérés , et çonslate que les accouchées, comme les blessés, succombent aux mêmes accidents , parmi lesquels il signale les érysipèles erratiques.

M. Bouillaud ne nie pas la ressemblance , et puisque la fièvre puerpérale est le traumatisme des nouv^es accouchées, p<>urquoi le traumatisme ne serait-il pas la fièvre puerpérale des blessés ? L'infection miasmatique , ou la résorption des matières putrides , seraient la cause de ces accidents pour ces deux derniers auteurs , tandis que M. Trousseau admet, avec le traumatisme, une cause spécifique produisant : ici la fièvre puerpérale , là l'érysipèle.

Or, M. le professeur Trousseau n'adm^ guère d'érysipèle sans lésion préalable des téguments , et pour lui , il y a traumatisme infectant dans la fièvre puerpérale, à la manière du virus varioleux.

M. Cazeanx , malgré les raisons fournies par d'autres auteurs , est d'un avis opposé à l'assimilation de l'érysipèle et de la fièvre puerpérale. Pour lui , les blessés et les enfants qui

ont succombé en temps d'épidémie de fièvre puerpérale étaient des individus placés dans de détestables conditions , et il n'y ar rien d'étonnant, dès-lors , qu'ils aient été victimes à leur tour. Toutes les épidémies en sont là , ajoute-t-il; elles prennent de& individus qui , sans elles , seraient morts d'autres affections.

M. Behier, dans les lettres remarquables qu'il écrivit à cette époque (1) sur la maladie dite fièvre puerpérale, admet les faits signalés par M. Pidoux qui avait vu dans les salles de la Clinique évacuées à cause d'une épidémie de fièvres puerpérales , les maladies communes s'aggraver , prendre une physionomie singulière , pendant que les cas chirurgicaux se compliquaient de phénomènes généraux d'une certaine gravité ; mais il déclare que , dans tout cela , rien ne ressemble à la dâimitation d'une espèce morbide spéciale ayant ses caractères propres et particuliers ; il ne voit qu'une influence étiologique inconnue dans son essence , déterminant ici des ophthalmies , là des érysipèles , ailleurs des accidents communs et identiques chez les femmes en couches et chez les blessés ; en un mot , beaucoup de formes distinctes, mais pas d'effets spéciaux, de groupes distincts , identiques dans les différents cas , rien qui délimite une individualité morbide , comme on veut le fah-e pour la fièvre puerpérale.

M. Pidoux , dans les notes qu'il publia en même temps sur la fièvre puerpérale P) , ne peut accepter l'identité du traumatisme chirurgical avec le traumatisme puerpéral. Pour lui, comme pour MM. Tardieu et Helm, l'état puerpéral suppose chez la femme des conditions générales très-altérables qui donnent un cachet bien différent à la plaie utérine des accouchées. Cet état renferme dans ses flancs toute une nosologie spéciale, dans laquelle la disposition morbide commune à toutes les femmes en couches forme Tunité pathologique , et

(1) Union médicale, 1858 , 7» lettre.

(î) Union médicale, 1858.

oii les déterminations morbides particulières, aussi nombreuses que les parties de Torganisation et que les différentes manières dont elles peuvent être affectées , forment la variété. La théorie de l'identité de Térysipèle n'a pas encore reçu une sanction absolue; elle soulève encore en France des oppositions, même malgré l'intéressant mémoire de M. Pihan Dufeillay , interne des hôpitaux, qui , d'après des observations prises dans le service de M. Hardy , conclut à l'identité de la cause qui a produit l'érysipèle et la fièvre puerpérale, et à l'unité du principe de la fièvre puerpérale , de l'érysipèle traumatique et de l'érysipèle spontané. Nous ne pouvons résister au plaisir *de citer un fragment de cet important travail. ^Après avoir raconté qu'une épidémie de fièvre puerpérale avait forcé M. Hardy à évacuer la salle des accouchées à l'hôpital Saint-Louis, il constate que le transfert des femmes en couches dans une salle affectée aux maladies de la peau , coupa court aux fièvres puerpérales. Sur trentedeux malades admises, aucune n'éprouva d'accidents post partum. Par contre, les trente-deux malades qui avaient cédé leurs lits aux accouchées, et qui avaient pris leur place, ne furent pas exemptes de dangers; elles furent sujettes à des érysipèles qui se manifestaient indifféremment sur ces divers sujets , en dehors de toute circonstance apparente ; l'auteur cite trois observations très détaillées , et , enfin , il se résume de la manière suivante i}) :

« Il suffit de se rappeler les circonstances au milieu desquelles naquirent ces érysipèles pour détruire la majorité des doutes qui auraient pu peser sur leur origine. Tandis que des accouchées, victimes d'une épidémie meurtrière de fièvre puerpérale , quittent le foyer d'infection et voient aussitôt la maladie cesser brusquement, d'autres femmes,

(1) Union médicale, 1861, t. XI, p. 471.

vigoureuses, pleines de force, dont les looctioQs physiologiques s'exercent dans toute leur intégrité, sont placée» dans ce même milieu où régnait la fièvre puerpàrale , et presque aussitôt une épidémie d*érysipèle se déclara parmi elles* Il j a, ce me semUe, dans ce double résultat^ plus qu'une simple cointidence, surtout si Ton remarque que les malades atteintes offraient quelque point insignifiant du derme dénudé, lésion presque imperceptible chez quelque^unes, etqui, cepend^t, asoffi, chez deux d'entre elles, pour irriter les lymphatiques, au point défaire précéder rérysipèle par une lymphangite bien caractérisée.

» A tous les points de vue , nos sujets étaient dans de& conditions si différentes de celles des opérés et des grands blessés^ qu'en donnant à Térysipèle qui sévit chez ceux*ci le nom de traumatique , on peut sans crainte donner à celui qui a atteint nos malades le nom de spontané. Cependant, de part et d'aubre,^ il y a plaie , si l'on peut appeler ainsi, toutefois, une petite dénudation du derme n'ayant pas un à deux millimètres carrés de surface. Or, celte lésion, quelque minime qu'elle soit , en intéressant le réseau lymphatique de la peau, a auffi pour déterminer le siège delà poussée érysipélateuse, dont on pourrait, à la rigueur , la regarder comme la cause occasionnelle » ou, tout au moins, la cause localisatrice.

» La coïncidence ordinaire de la fièvre puerpérale et de rérysipèle traumatique est, avons-nous dqà dit, chose admise. Que ces deux affections agissent l'une sur l'autre et s'engendrent mutuellement, ou bien que blessés et accouchées soient victimes de deux accidents totalement distincts, mais issi^. d'une même origine, peu importe! L'essentiel est d'admettre cette ideutité de la cause que tant de chirurgiens reconnaissent sans se l'avouer nettement.

» Or , il est constant qu'une même cause ne produit que des effets de même sorte , sauf les modifications secondaires

que subissent ses effets, en raison des qoalités et des propriétés particulières aux sujets qui subissent son action. En rertu de ce principe , nos accouchées et nos femmes hors de Tétat de couches ayant été soumises à la même cause d'infection y ceDe-ci a du agir sur leur organisme de la même manière y mais avec une rapidité proportionnée à leur prédisposition , à leur débilité , à leur force de résistance , à Ténergie et à l'intégrité de leurs fonctions nutritives. Aussi vîmes-nous nos accouchées, débilitées par les fatigues de la gestation , les efforts et les douleurs du travail , l'hémorrhagîe de la délivrance , ressentir les premières attaques du mal dans les vingt-quatre ou quarante-huit premières heures qui suivent l'accouchement. Ce ne fut , au contraire , qu'au bout de cinq , six , sept jours et même beaucoup plus , que l'érysipèle se déclara chez les femmes en bonne santé , jouissant de la plénitude de leurs foncticmd et aptes, par suite, à résister plus long-temps aux impressions extérieures. Mais cette influence morbide une fois subie , les modifications anatomiques qui l'accompagnent n'ayant ni constance , ni siège d'élection fixe , il s'en suivra que ces manifestations se traduiront par la lésion des organes dont le vitalité est exaltée , et que leur irritation prédispose à devenir le siège de graves altérations. Chez l'accouchée , ce seront les vaisseaux lymphatiques et veineux utérins , la matrice, et le péritoine, d'où la fièvre puerpérale avec ses complications si fréquentes de lymphangite ou de phlébite utérine, de métrite et de péritonite ; chez le blessé , où le système veinent et lymphatique est Clément lésé , ce sera la lymphangite, l'érysipèle et Tinfection purulente; chez le sujet dont le derme, à peine excorié, n'offre que quelques lymphatiques irrités, ce sera la lymphangite et l'érysipèle. Grâce à cette manière d'envisager la lésion locale , tout en reconnaissant l'existence préalable de l'infection générale, qui seule, à vrai dire, constitue la maladie , nous trouvons l'explication de son symptôme

le plus apparent, la poussée érysipélateuse, qui, chez les femmes soumises à notre observation, a toujours eu pour point de départ une très-légère solution de continuité du derme. »

Avant d'en arriver à des aflh'mations pareilles , les auteurs n'avaient cependant pas laissé inaperçues les coïncidences des épidémies de fièvres puerpérales et d'érysipèles observées en France.

C'est ainsi que Alexis Moreau avait remarqué , dès l'année 1843, une épidémie d'érysipèles qui sévit sur les sagesfemmes de la Maternité, en même temps qu'une épidémie de fièvres puerpérales décimait les accouchées dans cet hospice (1); que M. Botreip) indiquait des angéioleucites nombreuses et graves, traumatiques, ou même spontanées, chez des malades , tandis qu'il régnait à Rennes une épidémie de fièvres puerpérales; que M. Masson, cherchant à prouver que l'érysipèle et la fièvre puerpérale sont de même nature, signale dans sa thèse (1849) et y compare les épidémies de fièvre puerpérale observées à la Clinique et à la Maternité de Paris, et les épidémies d'érysipèles et d'infection purulente qui frappèrent les hôpitaux de Paris depuis 1829 à 1849.

La lecture de celte thèse offre des renseignements curieux et des rapprochements pleins d'intérêt au point de vue pratique. Des filles de service, des femmes enceintes, des sagesfemmes furent frappées d'érysipèle pendant une épidémie de fièvre puerpérale sévissant sur les accouchées à la Clinique delà Faculté.

C'est ainsi que M. Pidoux avait vu, en 1846, à la Clinique, l'influence maligne de la fièvre puerpérale qui avait survécu au départ des femmes ea couches dans les salles où l'on avait placé d'autres malades ; c'est ainsi que

{!) Thèses de Paris, 1844.

(2) Archives générales de Méd:, 1845, t. VIIl, 4« série, p. 138.

tous les chirurgiens , sans exception , reconnaissaient la ter-? rible influence exercée sur les blessés par le voisinage des salles d'accouchement où existait la fièvre puerpérale ; c*e«t ainsi, enfin, que M. Piban Dufeillay a signalé les cas qui servent de base au mémoire que nous avons cité plus haut et dont nous avons rapporté les conclusions.

Ainsi donc, en France, la coïncidence ordinaire de la fièvre puerpérale et de Férysipèle est basée sur une observation longue et est admise sans contestation. Mais si l'on arrive à la question d'action réciproque de l'une sur l'autre, si l'on veut identifier le principe de ces deux maladies que l'on considérait comme distinctes, on trouve deux camps bien tranchés.

La question est indécise.

Voyons si, dans les autres pays scientifiques, la solution est plus avancée. Puisons des documents partout; la science est cosmopolite et ne reconnaît pas de frontières; car ce n'est seulement pas en France qu'on a vu surgir ces idées. L'Ecole Allemande et l'Ecole Anglaise ont adopté cette manière de voir par l'organe de leurs plus illustres représentants.

Graves avait signalé de pareilles coïncidences.

Le professeur Virchow, dans son Traité des Embolies et des Thromboses f déclare que « les rapports entre l'érysipèle des nouveau-nés et la fièvre puerpérale, entre celle-ci et les affections diphthéritiques, phlegmoneuses et pseudo-érysipélateuses, ont été prouvés, dans ces derniers temps, par de nouveaux faits Pendant la durée d'une épidémie de fièvre puerpérale en 1846 , les salles d'autopsie ne recevaient ni affections typhoïdes, ni inflammatoires franches, tandis qu'elles avaient une grande proportion d'exanthèmes aigus (inflammations érysipélateuses , croupales et phlegmoneuses) et particulièrement des affections analogues à la fièvre puerpérale

Plusieurs enfants aussi ont succombé offrant, dans les veines

et artères ombilicates, des caillots inflammatoires. ... Les péritonites dominaient et on en trouvait les signes dans presque tontes les autopsies. On rencontrait, en outre» des désordres dans les vaisseaux lymphatiques et veineux , des inflammations articulaires» des inflammations diphthéritiques et croupales , de l'utérus , du vagin et du rectum. • . . Quoiqu'on sache depuis long-temps que l'érysipèlô du cordon ombilical chez les nouveau-nés peut s'étendre aux couches profondes de la paroi abdominde , même au péritoine , pour se terminer par une omphalopéritonite» on méconnaît cependant encore constamment la nature érysipélateuse de beaucoup de formes de métrite interne , de métrites et de métropérito^ nites, tout en constatant, dans les vaisseaux et ganglions lymphatiques, des désordres analogues à ceux qui caractérisent l'érysipèle.

» Quand on étudie soigneusement l'état des ovaires , des ligaments et de la surface interne de l'utérus , dans les fièvres puerpérales, on voit, comme dans l'érysipèle phlegmoneox de la peau et des tissus sous-cutanés, d'abord de l'œdème lymphatique avec gonflement considérable des parties, pais de la coagulation dans les parties centrales des tissas , des infiltrations puriformes et diphthéritiques avec de la mortification, plus tard encore, la fonte des tissus En examinant

les dépots d'apparence purulente , on n'y trouve souvent pas la moindre trace de corpuscules de pus, mais seulement des masses amorphes, granuleuses, riches en graisse, qui résistent considérablement aux réactifs et qui sont tout-à-foit semblaUes aux dépôts diphthéritiques des surfaces muqueuses. Toutes ces altérations appartiennent, par conséquent, à une inflamloation spécifique, distincte de l'mflammation simple et ordinaire, par l'origine, la marche et la terminaison, et qu'on peut désigner par l'expression générale : Erysipelas malignum puerpérale intemum. Ce qui , dans ces cas , a été incorporé

au sang, ne peut être autre chose que ce qui, chez l'opéré et le blessé , donne lieu à une plaie qui se couvre de diphthérite eu qui s'entoure d'un érysipèle. Il ne s'agit ici ni de pus, ni

de substance putride , mais d'une disposition du sang à

engendrer des foyers métastatîques, inflatnmatoires, diphthéritiques et érysipélateux, et qu'on peut appeler ichorrhœniie{^);)>

Le professeur Kiwisch s'appuie, pour démontrer que la fièvre puerpérale dépend, par sa nature, d'une dyscrasie ou altération du sang, sur «es faits connus que, pendant les violentes épidémies de fièvre puerpérale, il n'est pas rare de voir les femmes accoucher d'enfants morts, ou tellement malades qu'ils succombent presque aussitôt à des maladies inflammatoires de courte durée, telles que pneumonies, péritonite, érysipèle, etc. Les mères de ces enfants meurent ellesmêmes très-fréquemment victimes de la fièvre puerpérale ; de là on peut conclure, avec une grande apparence de vérité, que la maladie a été préparée pendant la grossesse et qu'elle a eu pour conséquence immédiate un désordre de la crase sanguine , puisque le fœtus, qui ne vit que par le sang de la mère, est devenu malade (^).

Les littératures médicales anglaise et américaine nous fournissent encore des preuves à l'appui de l'identité de cause de la fièvre puerpérale et de l'érysipèle épidémique.

M. Gintrac (^) nous donne les détails suivants : « Une coïncidence fort importante , et qui a vivement excité l'attention des médecins américains , est celle de l'état puerpéral. Dans diverses épidémies , l'érysipèle marchait de concert avec la péritonite des femmes en couches; ces états morbides se

(1) Gisamult. Ahhandlg, xur Wissensch, medicin^ Francfort, S. M. 1856, p. 701 à 779.

^) Klinisehe vortrœge ûber tpec, Pathol. und thérapie, d. Kranck d. Weibl. , Gescht, Prague, 1847 et 1854 , p. 568.

(3) Op, cit., t. V,p. 36.

prêtant une mutuelle et funeste gravité. .... Des personnt» qui avaient soigné des fenunes atteintes de péritonite puerpérale ont (xmtracté des érysipèles étendus, graves et souyent mortels. M. Kneeland a craint d'avoir fait naître la fièvre puerpérale chez plusieurs femmes en les visitât après des iadividus atteints d'érysipèle. La coïncidence dont il est ici question , ajoute l'auteur , se rapporte moins aux effets ou à la forme morbide qu'aux conditions étiologiques et aux influences communes y ou, comme le disent les Anglais, au genre ^e poison ou de miasme qui a développé cbez les uns l'âry- ^ipèle , chez les autres , la péritonite puerpérale (^). »

A part Underwood , qui avait remarqué la cmcords^ee des «rysipèles des nouveau-nés avec les épidémies puerpârsdes, nom citerons d'abord le VF Hill qui ccmstate que, dsms. le village de Leuchars , au mois de juin 4 848 , utte jeune fiUe de 4ix-sept ans , venant faire ses couches dans sa famille , où son père et sa mère étaient atteii^ d'érysip^e intense, fat prise, le lendemain de l'accouchement, d'une fièvre puerpérale à forme typhmde^ qui l'emporta dans quarante-huit heures (2).

Le D'Ingleby raconte qu'un médecin, occupé à d^wrider un érysipèle phlegmoaeux grave, fut mandé pour délivrer une femme en couches. L'accouchement fut suivi d'une fièvre puerpérale qui enleva rapidement la maliade. Sept autres accouchements, pratiqués dans les dix jours suivants, eurent les mêmes conséquences (^).

Le D' Hutchinson rapporte, dans la même Revue, que deux médecins , après avoir opéré de larges incisi<ms^ sur un érysipèle phlegmoneux, eurent, dans les trente heures qui suivirent l'opération, à accoucher chacun une femme dans

il) Voir j pour plus de détails , Afnérican Journal , 1844 , jtn.^ p. 13 ; 1846 , avr., p. 324, 334; 1849, oct., p. 497 ; 1850 , avr., p. 376.

(2) Edimb, Monthly Riview, 1850, vol. X, p 299.

(3) Edinib. Monthly Review , 1851.

lôurs villages respectif y distants de cinq milles du bourg où ils avaient pratiqué ces débridements ; les deux femmes succombèrent rapidement à une fièvre puerpérale.

Le professeur Simpson d'Edimbourg déclare que les sécré- 4ioEs érysipélateuses engendrent la fièvre puerpérale, aussi sûrement que les sécrétions de la fièvre puerpérale produisent Vérysipèle (i).

Le P^ Duncan, dans la Re^ue médico-chirurgicale de J* Amérique du Nord (novembre 1857) , cite, dans un ai*ticle intitulé : Fièvre pmrpérale et Erysipèle, un certain nombre d'érysipèles et de fièvres puerpérales dans lesquelles la transmission réciproque et la transmutation de forme morbide semblent bien démontrées.

On trouve dans Nidland Quaterly, Journal (mars 1857) un njémoiredu D' Hinckes Bird, déjà cité, qui conclut des f^its qu'il a relatés que Térysipèle constitue sur la peau un exemple de ces inflammations diffuses que Ton nomme, suivant les tissus et suivant les circonstances , phlébite diffuse, fièvre puerpérale, erysipèle; il ajoute que ces diverses maladies reconnaissent la même cause , la même origine , c'est-à- 4ire la septicité du sang, et qu'elles peuvent régner épidén^i({u^m6nt et se remplacer mutuellement. *

Ia Betjue médico-chirurgicale de l* Amérique du Nord annonçjiit, en 1858, sou^ le nom du D^ Levergood, que le D^ Lloyd donna des secours à trois femmes en couches pendant qu'il soignait un erysipèle phlegmoneux, et que ces trois femmes moururent bientôt après de fièvre puerpérale.

Ces diverses coïncidences ont amené en Angleterre une cenversion presque absolue à la pensée d'identification de la cause , de l'origine , de la nature de la fièvre puerpérale et de rérysipèle. On voit qu'on a avancé depuis près de quinze ans,

(l) Obttetric Works. Edimb., 1856, vol II, p. 33.

G oogl e

époque à laquelle Simpson se contentait de signaler les frap^ pantes analogies qui existent, sans identité cep^dant , entre rétat d'une femme accouchée et celui d*un individu ayant subi une des grandes opérations de la chirurgie , et qu'il proposait de comprendre la fièvre puerpérale dans ce qu'on peut appeler fièvre chirurgicale.

Toutefois, en France, malgré les rapprochements séduisants et ingénieux dus à H. Lorain , malgré la puissante autorité de M. le professeur Trousseau, les esprits ne se sont pas laissé éblouir par le talent des auteurs qui ont voulu défendre cette opinion ; et , en présence d'une question si grave, si délicate, si obscure, qui réclame une appréciation rigoureuse et éclaûrée, on trouve encore de nombreuses hésitations et même des contradicteurs obstinés.

Aux Etats-Unis , M. Dutcher , reprenant en 1 856 l'étude des rapports de la péritonite puerpérale et de l'érysipèle , rapporte encore une série de faits qui, pour lui, attesteraient, non-seulement la conversion de l'érysipèle en fièvre puerpérale chez les femmes en couches, mais encore son apparition chez les nouveau-nés, et même sa transmissibilité (i).

En France , M. le professeur Trousseau , qui semble avoir été le premier à prendre en main le drapeau [de l'identité de ces affections , l'a maintenu ferme et inébranlable ; il continue sa doctrine, et, malgré les opinions contradictoires, il ne se désespère pas. « Il arrivera un jour, dit-il, où cette vérité démontrée sera une notion vulgaire (^). »

Cette question si sérieuse n'a pas eu le mérite de passionner les esprits ; elle n'a pas produit le bruit qu'on devait s'attendre à voir se faire autour d'elle. Dans la discussion académique, t)n n'a répondu que par des plaisanteries aux faits rapporta

(1) American Journ. ofMed» Se, 1856, janv., p. 99.

(2) Cliniq. de VHôteIr-Dieu, t. I, p. 307.

— tS7 —

|«r If, Trousseau, JL Velpeau lui-même a excité rhilarité^ecr facontant qu'il avait observé un cas de fièvre puerpérale chezv un homme opéré d'une tumeur épigénétiipie, et qui succomba à une péritonite et à une infection purulente.

M. Behier , dans ses lettres sur la maladie dite fièvro puerpérale (3*^ lettre) , s'égaie au sujet de la thèse de M. Lorain , et. se contente d'affirmer que ce distingué confrère , dont il a pu, apprécier les charmantes qualités du cœur comme aussi toute l'ardeur et la vivacité de l'esprit , a été trop ingénieux , trop, original ; que son imagination l'a servi plus qu'une analyse rigoureuse et sévère, et que, dans tous les cas, son âge, joune encore , ne comportait pas la précision.

Mais, de bonne foi, est-ce là réfuter une opinion savammentexposée et basée sur une multitude de faits que certains conadèrent comme preuves dânonstratives ?

Il nous incombe aujourd'hui la mission de nous-^engager. sur ce terrain glissant et périHèux. Nous connaissons les faits,. nous avons énuméré les diverses coïncidences qui existent entre les diSerentes lésions que l'on tend à regarder comme des branches émanant d'un même»tronc. Nous n'avons pas à y, revenir, et nous admettons comme indubitables les faitSr suivants qui découlent des études précédentes :

4° Dest certain que l'érysipèle des i nouveau-nés épidémiqne règne pendant l'existence d'épidémiesde fièvre puerpérale^

2° Il est certain que, pendant les épidémies de fièvroi puerpérale , les érysipèles traumatiques sont plus fréquents.

3** n est certain que les maladies ordinaires prennent „ pendant le règne de ces épidémies , des caractères, plus graves et ont une tendance à la suppuration.

*® Il est certain qu'il règne des érysipèles spontanés, pendant l'existence des épidémies puerpérales.

5** Que l'érysipèle peut paraître chez une femme pendantî l'état puerpéral.

M. Behier en a vu des exemples, et moi-même j'en ai observé plusieurs cas.

Mais il est certain aussi :

\^ Que les érysipèles traumatiques régnent dans des hôpitaux très-éloignés des Maternités et dans des villes où aucune salle n'est consacrée aux accouchées; qu'ils peuvent être épidémtques sans coïncidence d'épidémie puerpérale.

M. Bouillaud avait dit en 1837 (i) que les constitutions mé* dicales agissent quelquefois si puissamment, que les moindres opérations deviennent impraticables à cause de la crainte d'une inflammation érysipélateuse.

Le professeur Serre de Montpellier déclare qu'à THôtel- Dieu de cette ville, où ne sont pas reçues les femmes en couches (elles sont admises à TUôpital-Général, distant de rnôtel-Dieu , et servies par des médecins distincts) , les choses en étaient venues au point , en 1 840 , que le découragement s'élail emparé des malades et des assistants , et qu'il resta plus d'un mois sans oser prendre le bistouri p).

2* Que les épidémies d'érysipèles spontanés naissent et se développent sans aucun rapport avec des épidémies puerpérales. L'existence de l'érysipèle à l'état sporadique démentirait donc aussi la corrélation de ces deux affections.

3* Que des érysipèles des nouveau-nés existent souvent sams fièvre puerpérale chez la mère, et même en dehors de toute agglomération de femmes atteintes de fièvre puerpérale.

4* Que les maladies ordinaires s'aggravent souvent en dehors de toute épidémie de fièvre puerpérale.

5** Que la fièvre puerpérale se manifeste souvent sans exanthème érysipélateux apparent.

En présence de ces doubles conclusions , peut-on dire

(1) Journ. des Connaiss. méd. chir. — Revue clinique,

(2) Compte-rendu de la Gliniq. chirurg. de V Hôtel-Dieu de Montpellier.

qm réry&ipèle et la fièvre puerpéride ne sont que les épanoubsemeBts d'une s^nche unique, et est-ce la fièvre puerpérale qui produit rérysip^, ou plutôt estce le même principe spécifique qai procrée ici la fièvre puerpérale, là Térysipèle? Telle est la question que nous avons à nous poser. Toutefois, avant de la. résoudre, nous devons dire comment nous comprenons la fièvre puerpérale.

Dédarons, avant tout» que nous ne sommes pas essentialisie' exclusif.

Dès que Faccouchementaenlieu, la femme se trouve plus particolièroment dans une imminence morbide. Tout son: organisme a subi, depuis le début de la grossesse « des modifia cations^nérales importantes ; les globules du sang sont dimiuoées tandis que le sérum et la fibrine ont augmenté , et vont servir d'éléments à la formation du lait, comme elles avaient servi, pendant la grossesse des éléments plastiques, au fœtus. Ce n'est plus la femme avec sa constitution normale et physiologique ; c'est la femme altérée dans toute son économie et dans chacune de ses parties , surtout dans l'utérus , qui est le centre vivant du sexe féminin. Ajoutez à ces conditions générales d'aptitude morbide, si favorables àlapyogénie, uneplàie spontanée résultant , dans l'utérus , dû décollement du placenta, et vous aurez tous les éléments de ce qu'on doit a(^ler l'élat puerpérah

Que, dans telles circonstances, la fièvre s'allume: si elle est régulière et synergique, on voit la fièvre de lait, et auctm accid^t morbide no se développe ; mais toute autre espèce de fièvre peut, suivant les circonstances, atteindre les nouvelles accouchées ; dors la fièvre de laitdevient irrégulière, anormale, et sert de point de départ à l'évolution de pyrexies plus graves, et d'autant plus alarmantes que l'économie a une tendance marquée à la pyogénie. Alors, presque toujours, l'utérus, non encore revenu, à l'état normal , ne restera pas indemne ;

il se mettra de la partie , et manirestera , suivant la Bature de la pyrexie, sa souffrance, soit par un état inflammatoire, soit par la purulence, soit par la putrescence et la gangrène.

Cette première série d'accidents peut tenir aux influence* ext^-ieures, aux épidémies qui régnent, et nous pouvonsafiSrmer que , quelle que soit la maladie épidémique régnante , elle aura d'autant plus de chances de sévir sur les nouvelles accouchées , que celles-ci sont plus faibles , plus disposées , psar le travail, à accepter l'imprégnation morbide.

Les autres accidents qui débutent par Tutérus ne sont pas réellement épidémiques. Des déchirures, un travail pénible , des manœuvres trop long-temps continuées , sont le point de départ d'inflammations , dont quelques-unes conservent un caract^e franc , dont d'autres prennent la forme suppurative , d'autres , enfin , la forme gangreneuse. Ces inflammations peuvent s'étendre aux annexes de l'utérus, au péritoine surtout ; elles se compliquent d'infection purulente ^ de résorption putride.

Ouoi qu'il survienne , l'état physiologique puerpéral est enrayé et obscurci par l'état pathologique.

Ces quelques considérations suffiront , je l'espère , pour indiquer la manière dont je comprends l'état puerpéral. En admettant ce fonds commun , qui résume l'état physiologique vicié de la nouvelle accouchée , on voit que , comme le disait M. Pidoux, « la fièvre puerpérale ne peut être qu'une espèce instable dans ses formes, et revêtant le type des phlegmasies ou des fièvres , suivant que les influences du dehors ou les dispositions individuelles donnent aux manifestations générales de la maladie le pas sur les manifestations locales , et réciproquement.

» Il ne faut donc pas confondre tous les accidents puerpé* raux avec les épidémies de fièvre puerpérale. Les faits de rétention de placenta ou de fragments de délivre putréfiés , les

traumâtismes dus au trayail prolongé ou forcé , quoique pro«* duisant des phénomènes analogues à ce que les auteurs appel-' lent la forme purulente et putride de la fièvre puerpmle , oui Oeur point de départ ^dans l'utérus , s'étendent au péritoine , amènent des symptômes d'infection et de résorption , plus facilement que dans les cas d'opérations pratiquées sur l'utérus en dehors de l'état puerpéral , mais ne peuvent être confondus avec la fièvre puerpérale vraie (i). »

Si maintenant nous en arrivons aux affections générales , nous verrons que , pendant le règne de constitutions médicales adynamiques , les femmes en couches sont plus particulièrement sujettes à des accidents typhoïdes. Pendant les constitutions bilieuses , elles seront plus exposées à contracter , sous l'influence de la déviation de la fièvre de lait , des affections bilieuses; et, je le répète, la femme en couche peut être comparée à un être épuisé par la grossesse et le travail, et , par suite , elle est plus apte à contracter les maladies régnantes ; mais de plus , à cause de l'état puerpéral , elle donnera à ces maladies un autre cachet, et les maladies générales qu'elle concevra ne pourront faire autrement que de produire sur les organes le plus pmrpéralemmt disposés des désordres qui se manifesteront par des métrites , des métropéritonites ; car , dans l'organisme , tout est harmonisé , tout conspire , tout concourt synergiqiiement. Si les parties travaillent pour et par l'ensemble, l'ensemble travaille par et pour les parties. Il n'y a donc rien d'étonnant que l'état général retentisse sur les organes générateurs, dont l'action vient d'être mise en jeu d'une manière si périlleuse.

Continuons notre étude , et nous verrons , d'après les faits que nous avons signalés plus haut , que , concurremment avec des épidémies de fièvre puerpérale, il y a eu souvent des épi-

(1) Loc. cit.

— loa —

éémics dTérysipèlies. Ne devrait-on pas^ daim ce cas , accuser plus particaltèremeBt Térysqpèle d^être lacauâedeces/fièvi;e& pierpâratest

Tout le monde connaît Tinfluence â*une constitutioir â7Sbpélateuse sur les maladies régnantes. De même que tonte ^ûdemie donne un cachet , une physionomie spéciale aux affections vulgaires , de même Térysipële épidémique inffiiraced'une manière particulière les états pathologiques du mom^it. Nous avons indiqué et démontré sa pernicieuse influence sur les plaies ; nous avons montré que l'inflammation perdait ses &cullés adhésives ; dans un autre ordre d'idées , M. Pidoux a constaté, que , pendant son service dans la salle des accouchées 4e la Clinique , les msdadies s'aggravaient ; on a vut, dans les^ salles voisines de celles des femmes en couches atteintes de fièvres puerpérales, même chez des individus non Uessés, non opârés, des indispositions qui se traduisaient par des diarrhées, de l'inappétence et d'autres symptômes généraux graves ; et personne n'ignore que la complication de l'état bilieux est pbs que commune dans Térysipèle.

Il est évident que je ne dois comparer avec l'érysipèle épidémique que les ^idémies de fièvre puerpérale cmnddant wrec les érysipèles ; si j*allais plus loin , je n'aurais plus des termes exacts, et je tomberais inévitablement dans xme dangereuse confusion.

M. Velpeau avait bien signalé , en temps de fièvre puerpc-^ raie , des s^cès dans les plèvres et les articulations des opérés^ à l'hôpital des Cliniques , en A 826 ; mais il ne parie pas d'ârysipèles traumatiques ; c'était de l'infection purulente. Je ne dois donc pas m'occuper de ces cas ; car de l'infection purutesite à l'àTsipèle , il y a bien loin , et il est reconnu que la fanUesse et l'adynamie favorisent singulièrement cet accident chez les opérés. Je passe de même sous silence les faits de Dance , de Tessier , qui remarquaient des inflammations des

séreuses , des phlegmons , pédant les épidénies puer^ pérales.

Tous les accidents dus au traumatisme chirurgical ne sont pas des érysip^es; mais lorsque tes épidémies érysipélafeusâs coexistent avec les fièvres puerpérales , je soutiens qu'il y a là ui^ ûorrâation importante et f affirme que c'est Térysipèle qui produit , dans ces cas , les fièvres puerpérales nées dans ces ch^constances.

Les preuves ne me feront pas défaut : c'est d'abord l'antériorité des érysipèles. Peu accusait Tairdes salles de chirurgie; il existait donc quelque chose dans ces sailes , puisqu'il l'appelle pestilentiel. Les faits d'Hutchinson , Ingleby, Hill, Levergood , prouvent que l'érysipèle a été la cause des fièvre* puerpérales observées par ces auteurs.

Je n'ignore pas que les fièvres puerpérales de M. Hardy furent remplacées par des érysipèles dans les mêmes salles; Je sais que HîU a vu , aprfe des érysipëes survenus Chez plusieurs personnes et notamment sur une femme au terme de sa grossesse , se transmettre et se combiner avec des cas de fièvre puerpérale. Je vais encore emprunter cette relation intéressante au mémoire de M, Piban Dufeillay (i) : « Le 30 août 1849, le docteur Hill fat appelé auprès d^une petite fiBe de huit ans atteinte d'érysipèle. Les gangëons engorgés suppu** rèrentet s'ouvrirent. Neuf jours après le début de cet érysipèle , M"* F.. . , mère de ce4te enfent, fut , à son tour , frappée par la même maladie, pendant le cours de laquelk cette dame, rendue aa dernier terme de sa grossesse, accoudia l»ureu-i sèment d'un enfant dont la face et la tête étaient ^vahies par un érysipMe. Cet eioantbèmé parut peu après autour du nombril de l'enfeint , s'étendit et causa sa mort en fort p^ de jours. Quant à la mère , die se rétablit lentesœnt , et après

(1) Union méd. , 1861, t. Xl , p. 470.

des accid^ts graves rapportés à.rérysipèle. B est bon dgr signaler que cet exanthème avait été presque sulnteH^nl arrêté dans sa marche et ses symptômes par Taccouchem^ty et qu'il reprit son cours ordinaire le quatri^e jour après 1» dâivrance. La sage-femme qui ayait assisté , le iO^septembre ^ M"* F..., fut appelée le- lendemain , i( , auprès d'une servante qui accouchait , à quelque distance do là^ chez ion pèrev cultivateur du même canton. Le sixième jour après sa délivrance, cette femme fut prise de frisson, diarrhée, tension et douleur du ventre , fièvre , vomissements , en^un mot , detous les signes caractéristiques de la fièvre puerpérale , su laquelle elle faillit succomber et dont la convalescence fiit^ excessivement longue et pénible. Son père, vieillard qui' Tavait soignée et veillée , ressentit , peu de jours- après ledébut des accidents puerpéraux , les atteintes d'un érysipèle avec diarrhée et prostration , qui le fit succomber le neuvième^ jour. La sage-femme qui avait assisté M"' F... et communiqué^ le lendemain , les germes de la fièvre puerpérale à sa secondeaccouchée , fut elle-même frappée , le quatrième jour , d'érysipèle grave ayec suppuration des ganglions qui s'abcédèrent^ La garde , qui , deux jours après Faccouchement de M"*® F... , remplaça auprès d'elle la sage-femme , fut obligée de cesser ses fonctions , parce qu'au bout de trois jours , elle fut prise de frisson et d'un érysip^e de la face très-intense. Enfin , 1» domestique qui remplaça cette garde dut s'aliter le quatrième jour, pour un érysipèle compliqué d'angine intense avec sécrétion pultacée et fibrineuse qu'accompagnèrent les symj^mes typhoïdes les plus alarmants. »

Mais, en vérité, que prouvent ces faits? La fièvre puerpérale commencerait-elle avant ou en même temps que les érysipèles épidémiques, s'ensuivrait-il nécessairement que l'érysipèle ne soit pour rien dans la production de ce genre d'épidémie puerpérale? Ignore-t-on que , par la puerpcralilé,

la femme ouvre surtout la porte aux influences morbides, et que la disposition individuelle décide toujours de Téclosion plus ou moins rapide des maladies? A ce titre, les femmes ^1 couches ne sont-elles pas les personnes les mieux prédis*^ posées, et ne doivent-elles pas être les premières à ressentir les atteintes d'une affection épidémi(}ue ?

Je dis donc qu'il y a un érysipèle épidémique puerpéral inccmtestable , que cet érysipèle produit une fièvre puerpérale spéciale différente des autres et aussi meurtrière , et que la constitution épidémique érysipélateuse est la cause réelle et efficace de certaines épidémies puerpérales , et notamment de celles qui coïncident avec des érysipèles traumatiques ou spontanés r^nant dans le même temps.

Vue des preuves de ce que j'avance se trouve dans l'apparition sur la peau d'érysipèles étendus , soit aux seins , soit aux membres de quelques nouvelles accouchées qui ont eu assez d'énergie vitale pour produire, malgré l'état puerpéral, cette efilorescence. Ces cas , où la maladie se complète devant nos yeux par l'apparition extérieure de l'exanthème, ne sont pas rares.

Mais la marche de ces fièvres puerpérales est si rapide , la malade est si vite sidérée par sa tendance à la formation du pus , que la mort arrive souvent sans rougeur extérieure , et ^u'on ne peut , dans d'autres cas , que constater les premiers rudiments de cette manifestation cutanée. La dame dont parle le docteur Hill accoucha pendant le cours d'un érysipèle , et ne se rétablit que lentement après des accidents graves attribués à rérysipèle , et le nouveau-né mourut d'un érysipèle.

Mais une preuve plus manifeste, c'est la ressemblance des lésions anatomiques. Ici , comme là , c'est le système lymphatique qui est surtout compromis ; ici et là , la rougeur est diffuse dans la métrite érysipélateuse et dans l'érysipèle cutané ; partout on constate l'œdème, le ramollissement du tissu cel-

Ittlaire soiis-tégiimeûtafare ; le sang est peu plastique » trèjk difflueat ; la supparation n'est pas de bonne nature ; elle est ichoreuse et saniense; quelquefois > ce sont des ipiaqnm diphthéritiques , comme nous les avons constatées dass les cas d'extension de Térysipèler aux moqueuses respiratoires.

En résumé , en l'absence même de tout exaatbème apparett, mais poiidant le règne d'épidànies d'àTsipHes , même circonscrites et limitées à certains quartiers, à certaines salles, rétat puerpéral a de grandes chances de se trouver compliqua d'érysipèle , et de produire alors des fièvres dites {Hierpéraies dé la pire espèce.

Pour cela, il faut qu'à part l'état puerpéral, TinfluciMe épidémique de l'érysipèle soit prépondérante et générale ; il âmt de deux choses l'une : ou bien que la disposition érysipélateuse sott en puissance che^ les femmes en couches comii^ chez les autres malades, car, comme on l'a très^bien dit, pour qu'elle arrive à l'âat d'acte, il faut d'abord qu'elle seit en germe; pour qu'une chose paraisse et s'éveille, il faut av«it tout qu'elle soit; ou bien que cette disposition n'existo pas, et alors nous nous trouvons en contradiction avec les fstits de coïncidence signalés par tous les auteurs. La petite épidémie localisée du Jy HiU , que nous venons de rapporter , montre principalement la subordination des fièvres pu/erpérales observa aux ârysipèles qui avaient précédé leur éelosion et qui oot continué pendant les fièrres pufX'péraJies cbe^ les pardonnes non accouchées.

Ce n'est donc pas la pkde de la malrice infectée d'un virus , d'un miasme puerpéral , spécifique ; ce n'e$l pas non plus un principe délétère issu ^ développé sous des influences mystérieuses, qui produit toutes les épidémies puerpérales ; ce n'est donc pas non plus ce miasme ou ce principe spécifique qui , st glissant à travers les portes des salles de Maternité , va engendrer des érysipèles dans les salles de chirurçie , troubler

la marehe régnUère des maladies ordinaires et se transformer en érysipèles. Dans cette opinion , quoique très-YaiIbnuneal défendue, accotée par M. Barthez lui-même, tout ^t myatèrt, tout est hypothèse.

D'après les foits , d'après les considérations auxqudles nous Tonoiss de nous Uirer , c'est la ccmstitution épidémique érysi-pâateose qui enirahit ausai bien les saMes d'çtccoiichenMt que les auties services, et y (n^odoit des rarages chez las femmes en couches. Cette influrace ne se borne pas aux hôpitaux seulement; on la Toit régner en Tille; on la trouve dans certaines petites localités ; et cependant n'avait-on pas dit et soutMu que la fièvre puerpérale ne se montre qu'à Paris ou dans les grands centres ?

Si, enfin, nous rapprochons les faits d'érysipèles dits ^(mtanés ou médicaux des faits d'érysipèles traumatiques , news voyons de prime abord que Férysip^e chirurgical , Térysipèle des nouveau-nés ont un point de contact à leur origme locale, car il faut admettre une disposition particulière à certaines époques pour que tous les blessés , les opérés , les nouveau-nés ne soient pas constamment exposés à l'érysipèle. Ce point de contact est une plaie. L'érysipèle parait surtout affectionner les surfaces traumatiques. Eh bien I la femoe récemment accouchée , qui paraît inapte a concevoir une fièvre puerpérale comme on l'appelle après le huitième jour , ne se troiive-4-dle pas dans des conditi<ms identiques au point de vue local?

Ecoutons un instant M. le professeur Trousseau (^) : « Chez la femme , aussitôt £^ès la parturition , quand l'utérus a eha^ au-dehors le produit de la ccmception , le placenta se détache et est expulsé à son tour. A sa place , il laisse une surface dépourvue 'de muqueuse, membrane protedriee qui

(1) CHmq, de VRôUl-Dieu, t. I , p. 307-306.

la recouvrait auparavant. Cette surface se trouve en contact , non-seulement avec Tair extérieur qui peut pénétrer par Torifice vaginal , mais encore avec les liquides accumulés dans la cavité utérine, avec le sang d'abord et plus tard avec du pus, dont la production est le fait obligé de la réparation artificielle de la plaie placentaire. Cette plaie placentaire, comme toutes les plaies récentes , est une porte ouverte aux contagions; elle subit des modifications analogues à celtes que subissent si souvent dans les hôpitaux des grandes villes les solutions de continuité qu'a faites le couteau du chirurgien, et la plaie placentaire devient le point de départ d'une infection générale au même titre que la plaie faite par une lancette imprégnée d'un virus. »

M. Trousseau voit une porte ouverte au poison , à l'agent spécifique de la fièvre puerpérale; mais il ne détermine pas ce principe spécifique. C'est avec raison qu'on l'a blâmé d'accuser une inconnue. Pour nous , nous ne balançons plus , et lorsque nous voyons l'apparition de fièvres dites puerpérales pendant une constitution érysipélateuse , nous ne craignons pas de proclamer que c'est cette même constitution qui agit sur les femmes en couches , qui peut évoluer avant , pendant et après le travail , et produire tous les accidents qu'on a à déplorer dans ces malheureuses circonstances. Nous avons essayé de prouver que l'érysipèle peut atteindre les muqueuses ; nous avons dit que les plus exposées sont celles qui communiquent largement avec l'extérieur ; nous connaissons la prédilection de l'érysipèle pour les plaies, et surtout pour celles qui ne sont pas tenues très-proprement; ces conditions se rencontrent dans l'utérus aussitôt après l'accouchement , et , moins dédaigneux que certains de nos confrères des œuvres hippocraliques, nous nous exposons volontiers à croire encore , avec l'oracle de Cos , à l'érysipèle de la matrice ; nous adoptons même son terrible pronostic qu'il répète à deux reprises , d'abord dans

son livre De Naturâ Muliebri : « Erysipelas si prœgnanii oboriatur, périt, alioqui adhibita curatione sanescit ; y> Puis dans ses Aphorismes : « Si mulieri prœgnanti , erysipelas in utero fiât, lethale, )>

« Si un érysipèle naît dans la matrice, il survient des gonflements très-pituiteux commençant aux pieds et s'étendant aux jambes et aux lombes. A mesure que le mal se prolonge , la poitrine s*en ressent ; la femme enfle , se refroidit tout entière ; elle a une grande fièvre ; le frisson survient; respiration fréquente, défaillances, faiblesse, douleur de tout le corps; elle est découragée ; son esprit se dérange, le mal va du bas-ventre aux, lombes , au dos , aux hypocondres , au sternum , au cou , à la tête , à l'œsophage , et elle paraît mourir. Quand la douleur cesse , de Tengourdissement tient les lombes , les aines et les jambes ; des lividités apparaissent aux jarrets , et pour peu de temps, elle semble mieux ; puis les douleurs recommencent, la surface se remplit de phlyctènes ; des rougeurs apparentes et délétères occupent le visage ; la gorge est sèche , la langue raboteuse. Cette maladie atteignant une femme grosse la tue. » Hais Hippocrate nous dit ensuite les symptômes de la maladie constituée : « Lorsque Térysipèle a gagné et occupe la matrice, les pieds enflent , ainsi que les mamelles et le corps ; la femme soufl're ; elle a de Torthopnée ; douleur aux flancs , à l'hypogastre , au sternum et à la tête ; tremblement , engourdissement dans les bras et les aines; les jarrets tremblent; parfois aussi il survient des lividités dans les jarrets , ce qui soulage pour un peu de temps. La surface du corps se gonfle , et surtout les mamelles par sympathie. La malade ne souffre pas extrêmement. Il y a fièvre et frisson; le visage rougit; soif intense, et les parties génitales se sèchent. Si ces accidents surviennent chez une femme grosse , elle succombe , sans qu'elle puisse réchapper (i), »

(1) op. cit. y Maladies des Femmes, liv. II , p. 355.

Je ne suis pas plus partisan qu'un autre des vieilleries, «% je sais bien qu'on ne trouvera pas cette description suffisaiHe. Ou bien Hippocrate a confondu le phlegmatia alba doleiM, en parlant du gonflement des extrémités , ou bien il a vu Yérj^ sipèle extérieur d'abord produire sur les femmes en œudies les phénomènes qu'il décrit^ soit du coté àa ventre, soit du côté des membres, soit du côté de la respiration, des fcH*^s^ àe rinteihgence,etc.

Nous-même nous avons vu une malheureose primipare, accouchée depuis trois jours, sous l'influence de défanïtdo soins, présenter autour d'une gerçure du mamelon gsmcbe un érysipèle considérable qui amena la mort dans deux joinrs. Les symptômes que nous a¥ons observés fareat les suiyants : frisson violent, céphalalgie , sein flasque offirant une rour geur foncée s'étendant josques à l'ange sein; ^Nimimitiofi extrême^ lait, pouls très-petit (130), prostration ^Ltrême^ subdélirium , peau ictériqûe, terreuse , chaude; face prosârée^ pâle, rouge par moments; surdité, laïque sèche, tran* quiUité morale complète, tendance au sommeil, soif peu intense, sueurs visqueuses ; en même temps, «ospatement dm ventre sans un grand météorisme; douleur peu sensible à l'hypogastre par la pression ; respiration courte^, saccadée^ fréquente, suspirieuse par moments^; yeux éteints, 1^ chies infectes. L'exploration, au doigt, de l'utérus nous permit de constater une chaleur acre des psurois du vagin et ài col, une mollesse inaccoutumée de cette partie; les loâàm étaient peu épaisses, ichoreuses; la matrice peu volumineuse, les urines et les selles devinrent involontaires ; le lendemaffi du début de la maladie , des frissons iiréguliers , l'affaissant des seins, l'extension de la rougeur érysipâateuse sur le cèle et sur tout le devant de la poitrine; sa couleur Uride; l'augmentation du délire; la diminution du poids, l'sifeiisseDi^ plus considérable, les soubresauts des tendons,, la gênevde la

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dé^utition , rapparition de plaques érythémateuses vers Id pli des aines, raugmentation du météorisme, raceroissement des mouvements respiratoires, amenèrent promptement la terminaison funeste. La malade avait fait très-heureusement ses couthes ; mais, à ce moment, régnaient, dans ta localité Qu'elle hdbitait et dans sonvoisina^^ , quelques érysipèles.

Cette obserration doit me tenir lieu de description de Térysipèle puerpéral agissant sur la matrice. Je litige ma pensée à ceux qui voudront bien prendre la peine de Tétudier au lit des malades , et je suis convaincu qu'après uù certain temps , on p(mrra établir encore cette différence dans lès fièvres puerpéitdes et aonner de ce groupe épidémique un signalement positif; car il me semble que Férysipële de la mdtrice doit avoir des caractères différents de cei^ dés inflammatioiis ordinaires et des fièvres puerpérales essentielles. Dans ce siècle , oik a cherché à innover beaucoup ; mais il ne suffit pas de dire et de dire bien des nouveautés pour accroître les acquisitions de la science. 11 est surtout bon et utile d'établir des vérités fakconfteslaWes sur des rapports exacts et précis.

J'avoue que M. Lorain est très-atlrayant quand il fait le taWeau de l'enfant nôuvèau-i^ ; que M. Trousseau est séduisant quand il nous montre encore cet enfant , détaché de sn mère , vivre pendant un certain temps comiûe une bouture séparée de l'arfjre, et participant encore à cette vie générale ; mais réellement , en présence des pauvres éléments qu'on nous fournit à l'appui de la théorie qui fait dériver l'érysipèle de la fièvre puerpérale , je craindrais plus qu'un autre de faire rire en écrivant au diagnostic d'un zouave opéré et offrant un érysipèle traumatique : Fièvre puerpérale.

Si je n'aiïmets pas ce mot pour le sexe masculin, il me répUgneau«tant deregardei' la fièvre ditepuerpéralecomnie une fièvre chirurgicale ou traumatique ordinaire. Mais certains médecins sont quelquefois si entraînants, dans leurs discours , qu'il y

aurait, dans plusieurs cas , danger à les écouter ; ils seràeni capables d'opérer dfis conversions malgré leurs auditeurs.

En résumé , si Térysipèle sporadique a quelques rapports avec répidémique ; si les divers érysipèles que nous avonst étudiés sont une même maladie ; si des épidémies d'érysipèle ont existé en dehors de toute fièvre puerpérale ; s'il est vrai que certaines épidémies de fièvre puerpérale ont régné sans manifestation d'érysipèle , nous ne pouvons pas conclure que c'est la fièvre puerpérale qui produit ici des érysipèles , là des péritonites, ailleurs des épanchements purulents. Nous ne pouvons admettre que la corrélation des érysipèles et des fièvres puerpérales soit constante. Nous avons dit que c'était pendant des constitutions médicales érysipélateuses que survenaient certaines épidémies puerpérales. Ce n'est donc pas toujours le même principe qui produit ces deux maladies épidémiques. Ce n'est que dans certains cas bien déterminés que nous acceptons l'unicité de la cause ; nous ne croyons pas qu'elle produise des effets différents. Si les effets varient, cela tient à la disposition puerpérale des femmes en couches et à la diversité des parties atteintes.

Or, pour M. Trousseau, c'est un principe spécifique inconnu dans son essence qui produirait la fièvre puerpérale , et le miasme de la fièvre puerpérale engendrerait les érysipèles. Pour nous , c'est le contraire. Nous retournons le tableau , et nous concluons que ce principe spécifique n'est autre que la cause épidémique érysipélateuse qui , agissant sur les accouchées , amène certaines épidémies puerpérales , de nature érysipélateuse.

Cette grave question , à laquelle nous avons essayé de donner une solution , que M. J. Simon (i) a considérée comme au-dessus de la mesure de ses forces , laisse le champ libre à

(i) Des Maladies puerpérales, Paris , 1866.

^interprétation des diverses causes qui peuvent faire naître la

fièvre dite puerpérale en temps d*^épidémie, et nous indique b

manière de comprendre toutes ces diverses affections qui»

empruntant un caractère spécial à Tétat puerpéral et à l'épidé-

micité , font des maladies puerpérales un des fléaux les plua dévastateurs.

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