SI
Traitement ourettif.
Le traitement curatif de Térysipèle comprend deux médications principales : la médication topique ou locale , employée surtout par les auteurs qui ne voyaient que l'exanthème , et voulaient , à tout prix, le combattre sur place , le détruire ou le borner , et la médication générale surtout vantée par ceux qui trouvaient dans l'économie une cause à la lésion cutanée.
A. — BfédleatUn l#cale.
L'idée d'une inflammation locale a été l'origine du traitement topique par les sangsues appliquées sur la plaque érysipélateuse, comme l'avait fait Lisfranc à la Pitié, à l'exemple de Lawrence; des scarifications , des piqûres , des mouchetures, vantées d'abord par Dobson et Bright , préconisées aussi par Lassus , mais peu employées en France, de l'abrasion de la superficie de la peau affectée d'érysipèle pratiquée par Baudens; des ventouses scarifiées, surtout appliquées en Angleterre; des topiques émoUients, des applications froides, signalées par AvicennO) des compresses imbibées d'eau de Goulard, des corps gras , de la pommade mercurielle née avec les D" Little et Déan des Etats-Unis , en <82< , et fortement recommandée en France par Ricord , Serres d'Alais et Velpeâu. La com-
pression a été aussi employée , depuis le D"* Chartes Maîg , comme moyen antipblogistique , par Bretonneau de Tohfs et par M. Veipeau. Le sulfate de fer, d'abord vanté par ce dénier auteur, paraît abandonné.
Je ne parlerai pas des remèdes conseillés par Paul d'Egine d'après M. Desprès (i)- Leur grand nombre ne peut que fatiguer la mémoire en pure perte , et ils sont aujourd'hui totalement abandonnés. Rappelons seulement qu'Hippocrate employait, lorsqu'il redoutait un érysipèle sur une plaie, un cataplasme avec les feuilles crues de guède pilées sur l'emplâtre de lin , ou bien des cataplasmes de graine de lin humectés avec le suc de guède ou de strychnos (solanum nigrum) ; que Paul d'Egine conseillait un mélange d'une immense quantité de plantes, qui pussent rafraîchir sans être astringentes , et même la céruse , la terre cimolée , là terre de potier , avec le suc du solanum , la litharge , la chaux avec l'huile , le suc d'acacia avec le vinaigre , le soufre mêlé avec l'opium, etc., etc.
De nos jours , on a vanté la glycérine , le Uniment oléocalcaire , l'eau de Gowlard , le sulfate de fer , le froid , la farine de froment cuite , la pommade de concombre , la crème de limaçon , la crème douce de lait , les lotions avec des décoctions de guimauve, de pavot, de laitue , Faxonge et tous les mé(Ecaments considérés comme sédatifs ou émollients.
Mais, à côté de ces moyens, nous devons nous arrêter snr quelques autres qui ont eu aussi leur moment de vogue et leurs défenseurs.
Thessalus avait déjà recommandé le sinapisme contre Finflammation.
Alexandre de TraJles proposa le vésicatoire contre Térysipèle.
Bupuytren tira ce moyen de l'oubli ; il fut suivi dans cette
(1) Op. cit., p. 15.
voie par Pelletcai , Lawrence , Alibert , Delpech , Récamier , Biett , Cazenave et Schedel. C'était surtout pour fixer un érysipèle et le limiter. ^
Larrey alla plus loin et proposa le fer incandescent ; le liniment térébenthine , les moxas ont été préconisés ; le coUodion a été employé par M. Briquet; on a beaucoup parlé aus&i de l'emploi du nitrate d'argent appliqué , soit sur Térysipèle, soit sur ses bords , pour le borner.
Des yésicatoires appliqués de la même manière , et sous la forme linéaire , donneraient d'heureux succès , au dire de M. Piorry.
Le camphre, le sublimé corrosif, l'eau de sureau , la poudre d'amidon et tant d'autres moyens rajeunis depuis Hippocrat^t et se remplaçant chaque jour dans la pratique, ont fait leur temps et ont été considérés comme capables de guérir ou seulement de limiter l'étendue ou la durée de l'érysipèle. Le collodion riciné peut aussi être employé avec quelque succès.
Or , comme il est impossible au médecin de savoir d'avaace quelle sera la durée du développement de la plaque érysipélateuse , de préciser l'espace qu'il occupera ; qu'il y a des cas de guérison très-rapide dans certains cas d'érysipéloïdes , nous ne pouvons franchement pas rapporter au traitement les modifications heureuses qui ne proviennent , la plupart du temp$ , que de la nature de la maladie elle-même. Il faudrait que tous 0u, du moins , le plus grand nombre, ce qui n'est pas , cédassent à ces moyens.
L'on a pu voir que les topiques que nous avons colUgés dans ce (^pitre n'avaient pas tous la même importance.
Si quelques-uns de ces agents sont inoffensifs , comme les fécides , l'amidon , les farines sèches de froment ou de seigle , le coton cardé qu'on emploie encore, comme js^ojen d'iniercepter l'air et de diminuer les douleurs cuisantes des malades, il en est d'autres qui seraient susceptibles de provoquer un
danger réel. De ce nombre, sont les répercussifs , l'eau froide, tes astringents.
Nous avons été témoin d*un crysipèle de la face très-grave qui se termina par la mort chez un de nos clients , dans les conditions suivantes : vers la fin de décembre 1864 , il s'aperçut, après deux ou trois jours de malaise, de fièvre, d'un commencement d'érysipèle au nez. Peu soucieux de sa santé , il entre dans sa voiture , et , malgré l'extrême froid et la neige qui tombait par moments, il se r^d, pour des alTaires urgentes, dans une ville éloignée de près de 40 kilomètres. L'érysipèle disparaît. Deux jours après , le mal local parut vouloir se re^ produire; mais Férysipèle n'aboutit pas, et le malade succomba avec une parotidite et une gangrène du gosier.
A l'appui de ce que j'avance, je citerai ici tout un passage de Renauldin (^). <i Les médicaments répercussifs, dit-il, doivent être entièrement proscrits. Hagendom atteste qu'une femme atteinte d'une inflammation érysipélateuse de la face , ayant imprudemment recouvert la partie de linges imbibés d'eau froide, reçut, à la vérité, de cette application un certain soulagement à sa douleur; mais bientôt le mal, portée l'intérieur, occasionna un délire si atroce qu'il se termina parla mort... Hoffmann parle d'un cas dans lequel l'emploi de ce moyen donna naissance à une inflammation de la gorge, qui devint si violente qu'elle mit le malade dans un très-grand danger, en empêchant l'acte de la dé^utition. Fabrice d'Aquapendente condamnait encore, dans l'érysipèle du visage , tout médicament onctueux, tout cataplasme et particulièrement toute application froide qui peut produire la frénésie en répercutant l'érysipèle sur l'organe cérébral , ou l'angine, en le portant vers la gorge. La prudence doit donc faire rejeter un pareil traitement, non^seulement dans les érysipèles de la
(1) Dtcl. en 60 vol., t. XIII, p. 266.
face, mais encore dans ^ux qui occupent le tronc et les membres. »
, Cette proscription, admise aujourd'hui par MM. Grisolle, Requin, Trousseau, etc., doit s'étendre à tous les topiques sans exception , même aux compresses imbibées d'eau de sureau considérée comme émoUieate. Ce moyen a survécu dans la ruine générale, et est regardé encore par M. Yelpeau comme un bon topique. Nous avons lieu de craindre son action répercussive , comme de tout liquide capable de se refroidir, et nous croyons assez volontiers à cette maxime du peuple , que nous avons trouvée implantée dans un assez grand nombre de localités, que l'érysipèle ne veut pas être mouillé.
Quant aux autres moyens mis en usage , il en est qui ont fait trop de bruit pour que nous ne donnions pas , à leur sujet , les réfutations des hommes les plus compétents.
Voici les idées, basées sur la pratique, que M. Chomel développait dans sa clinique , au mois d'avril 4847, au sujet de Faction réelle des vésicatoires et de la cautérisation au nitrate d'argent : « Il est important de bien examiner l'état du bourrelet limitrophe quand on veut juger sainement de la valeur des remèdes employés dans l'érysipèle ; car si ce bourrelet n'existait pas , cela indique que le mal est arrivé à la fin de sa course, qu'il cesse de marcher et s'épuise. On comprend que, si l'on applique alors des vésicatoires, on peut attribuer au médicament une action de limitation qui appartient à l'épuisement naturel de la maladie, et c'est ainsi que certains médecins ont été illusionnés à l'égard des topiques cantharidés dans l'érysipèle. Les nombreux essais qu'il a faits ont constamment produit entre ses mains les mêmes résultats négatifs ; il a vu que l'érysipèle traversait avec la même indifférence les points de la peau qui avaient été préalablement couverts de vésicatoires pour d'autres indications. H s'étonne surtout qu'il y ait encore de nos jours , après tant de faits qui se sont passés à sa clinique,
des médecins qui continuent à prâner soit les yésicatoires^ aoit le nitrate d'argent qu'il a aussi expérimenté , comme pn^res à arrêter ou à afifedblir l'érysipèle, en détruisant une zone de lymphatiques sains au-dessus de l'érysipëe.
M. Requin déclare, au sujet du nitrate d'argent, « qu'u a isouvent expérimenté ta cautérisation , mais que jamais il ne l'a vu réussir; l'érysipèle a toujours dépassé, comme si de rien n'était, la frontière qu'on lui avait faite. »
M. Rayer a toujours obtenu des résultats nuls de la catir térisation linéaire.
Quant à moi, après l'avoir tentée, comme les autres, an moment où cette pratique faisait fureur, après l'avoir vu appliquer inutilement dans les hôpitaux, j'y ai aujourd'hui totalement renoncé dans l'érysipèle médical. Toutefois, les succès annoncés par M. Jobert de Lamballe , dans l'érysipèle chirurgicfid , font un devoir au praticien de l'employer pour tâcher de fixer, de limiter la marche envahissante et pernicieuse de cette phlegmasie. C'est alors à la pommade au nitrate d'ar* gent qu'on aura recours, tout en ne négligeant pas l'état général. Néanmoins , il ne faut pas proscrire d'une manière si absolue les vésicatoires. Si la vésication linéaire de M. Piorry n'ofire aucun avantage, il est reconnu aussi que l'application 4'un vésicatoire sur le lieu même de l'érysipèle n'amène pas d'accidents sérieux. Si , la plupart du temps , ils sont inutiles, ils peuvent cependant qudquefois être avantî^ux.
Nous ne les employoi» jamais , et nous ne voudrions pas qu'on les mît jamais en usage, dans les cas oh il y a une grande acuité dans les symptômes locaux, car alors on augmenterait inutilement la douleur et les sympathies générales. Lorsque l'éryMpèle marche d'une manière régulière, il n'y a qu'à respecter son évolution natureUe; mais lorsque l'éruption languit, se fait attendre, est trop lente; lorsque l'érysipèle disparaît, ^u pâlit et s'afEatisse, au grand détriment du malade, et<|ue
1«6 symptômes ge&éraux s'a^avent en porportioii , il est utile de retenir, de fixer , de ramener à la peau Texanthème érysi'pélateux. Alors se trouve une indication urgente d'appliqifôr un vésicatoire sur le siège du mal.
Il en est de même des cas où Térysipèle est ambulant ; on doit alors, suivant M. Rousseau (i), saisir le moment oiiTérysi-* pèle afiecte une partie de la peau peu délicate et moins sensible que celle primitivement affectée. C'est alors un moyen qui peut réussir, en fixant Térysipèle à son siège normal, à p«:er et à prévenir les graves désordres qui résultent de ses déplace* ments à Tintérieur. On peut encore quelquefois user , mais avec précaution, de ce moyen sur les érysipèles œd^ateux et sur ceux où la douleur et le gonfl^dent tiennent surtout à la quantité de sérosité infiltrée qui ne s'écoule pas par les phlyctènes.
Enfin, le vésicatoire indiqué par Petit de Lyon, dans le traitement de Térysipèle phlegmoneux, préconisé par Pâtissier, considéré par Dupuytren comme un moyen trop chanceux , est cependant encore employé avec quelques avantages dans certains cas chirurgicaux. Nous ne croyons pas qu'il puisse enrayer la suppuration ; il peut quelquefois la limiter; mais il n'agit pas sur les érysipèles phlegmoneux qui compliquent les grands traumatismes , «n remplaçant la supi^ration.
La cautérisation au fer rouge n'est qu'un moyen barbare , sans application utile dans l'érysipMe. Jlu'a le droit d'être mis en usage que dans les cas d'érysip^ phlegoioneux, au centre de la tumeur, pour fixer la suppuration et pour la tenir dans un point limité^ ou à la périphérie dans quelques cîrcons^ tances exceptioiineUes, suivant l'exemple ùd Pelletan et de Larrey, qui promenaient une surface peu large incandescente sur les bords d'un érysipèle ambulant, et qui semblent en avoir
(1) Rtcueil de Méd. U d9€hirug. milUaipeSr t. Xii , p. a05.
obtenu quelques succès. Ces indications sont rares et ne trouvent leur opportunité que dans les graves érysipèles traumatiques.
Les frictions mercurielles , tant prônées, n'ont pas tenu les promesses de leurs partisans; elles ont le désavantage de provoquer souvent des salivations interminables, et ne peuvent , en tous cas , que convenir à Térysipèle phlegmoneux ; elles sont sans action sur la marche naturelle de la maladie.
Nous en dirons autant du camphre recommandé par M. Malgaigne (i). A'oici le jugement.qu'en portent MM. Trousseau et Pidoux : « M. Malgaigne a consigné quelques observation» d'emploi du camphre appliqué sur les érysipèles ; il dit que ni les anciens , ni les modernes ne parlent de cette médication. Juncker, Pouteau , Murray s'en expliquent pourtant d'une manière assez claire. Quand on connaît bien la marche naturelle de l'érysipèle , on voit parfaitement que , quoi qu'en dise M. Malgaigne, les cas d erysipèle interne précédé de fièvre, de celui que nous appelons erysipèle médical qu'il rapporte en preuve du bienfait de l'usage du camphre, ont imperturbablement rampé sur la face et le cuir chevelu , en dépit du traitement par ce médicament , et que celui-ci n'a eu d'action que dans les cas d'érysipèle chirurgical survenu à la suite des lésions externes ou aux environs de ses lésions. Les conclusions de M. Malgaigne ne sont donc valides que relativement à cette dernière espèce p) . »
Enfin , il est un autre moyen préconisé dès 1 840 par M. le D*^ J. Guyot (3) qui, au dire de ce praticien , produirait d'e:^cellents effets dans l'érysipèle : c'est l'incubation qui agirait comme moyen sédatif, antiphlogistique et même tonique dans
(1) Gaxette méd, , inillei 1832.
(2) Traité de Thérap, . t. II , p. 254.
(3; Traité de l'InOiAation et de «dn m/lumce thérapeutique, — Paris.
— ru —
cette affection. Nous ne Favons jamais mise en usage. Les procéèés de son emploi n^sont pas toujours commodes, surtout pour les érysipèles du tronc et de la face. Ge ne serait que tout au plus aux membres qu'on pourrait s'en servir facilement en employant une caisse ou un hamac disposés à cet effet.
En résumé , sauf les indications que nous venons de formuler, toute médication topique doit être sévèrement rayée du traitement de Térysipèle épidémique. Depuis les plus doux émollients jusques aux excitants les plus puissants, depuis le liniment oléo-calcaire jusques aux lotions stibiées qui ont encore été récemment mises en honneur, existe toute une série de moyens, dont chacun a produit des merveilles entre les mains de ses inventeurs. Beaucoup de topiques oubliés ont été tour-à-tour exhumés de l'Académie de chirurgie , oii on les avait jadis sagement o^elégués. Tous les auteurs citent des faits en faveur de leur méthode ; mais , par cela même que tes moyens les plus opposés comptent des succès , ne doit-on pas en conclure que la médication locale n'est pour rien dans les guérisons des érysipèles ?
« Il ne faut pas, dit M. Trousseau (^),que, parce que les malades guérissent, l'on pense que la médication a été puissante , et qu'elle a été l'acte nécessaire et souverain pour arriver au résultat produit. » L'érysipèle est une maladie qui guérit ordinairement d'ielle-même, et, avant de juger les effets d'un traitement, il importe, et c'est la première notion a acquérir , que le praticien connaisse bien la marche naturelle de la maladie , car llgnorance de la marche naturelle des maladies accrédite les méthodes thérapeutiques les plus extravagantes et est, comme Fa dit M. Auber , la cause la plus ordinaire de cette confiance absurde et abondante que tant de gens accordent aux remèdes et aux charlatans p).
(1) Clinique A. T, p. 604.
{%} Traité de la Science médicale, p. 590.
Les divers autres moyens locaux ont peut-être un peu moins d'importance que ceux que nous avons déjà étudies. Ils ne peuvent , en tout cas , que servir très-exceptionnellement contre des symptômes particuliers. Les mouchetures conviennent pour diminuer le gonflement oedémateux , mais prédisposent , comme les sangsues , aux ulcérations consécutives. L'ounertùre des phlyctènes , sans suppression de Fépiderme , suffit souvent pour calmer la douleur tensive des malades.
La compression n'est guère applicable qu'aux membres ; elle ne peut être utile dans l'érysipèie simple que pendant la convalescence. Dans Térysipèle phlegmoneux , Theden , Vel* peau la vantent comme moyen de diminuer l'inflammation. Mais ce ne serait qu'au premier degré qu'il faudrait y avoir recours. Il faut savoir principalement qu'à coté de ses avantages , doivent se placer des inconvénients sérieux. De son application intempestive ou mal faite , peuvent résidter des gangrènes ; qu'on n'oublie pas qu'elle doit être exécutée d'une maniée méthodique et que lorsqu'on en use , il est indispensable de commencer à une certaine distance du siège du mal » et par la partie la plus éloignée du centre circulatoire. Il est important que ce moyen soit réservé pour des individus encore sains et assez forts ; car on a remarqué qu'il ne réussissadt pas chez les individus débiles , cacochymes , épuisés.
Disons, toutefois, à la louange des praticiens , que, quel que soit le moyen qu'ils emploient localement , ils ne s'y tiennent pas exclusivement ; qu'ils font la part de l'opportunité thérapeutique , et qu'il n'y aurait que des systématiques incon^ pris qui voulussent baser toute la thérapeutique de l'érysipèie épidémique sur la médication exclusivement locale. On l'associe d'habitude à des moyens généraux que nous devcms étudier.
B. — Médication générale.
Suivant l'interprétation qu'on a donnée de l'érysipèie , on a
formulé des traitements internes, en rapport avec la nature de la maladie; c'est dire, par conséquent, que les traitements ont varié comme les opinions des hommes. Le traitement général comprend plusieurs méthodes qui peuvent être groupées de la manière suivante : i ^ méthode antiphlogistique ; S"" méthode évacuante; 3^ méthode dérivative; i® méthode spécifique; 6® méthode expectante.
\^ Méthode antiphlogistique. — Les plus grandes oppositions régnent au sujet de la méthode antiphlogistique.
Boyer la réservait pour les érysipèles très-intenses, lorsqu'ils s'étendent jusqu'au tissu cellulaire, quand la fièvre est inflammatoire ; dans les autres espèces d'érysipèie, la saignée est rarement nécessaire ; elle pourrait même devenir nuisible (^).
Renauldin la recommande chez les sujets vigoureux , sanguins , au bras, ou même au pied, lorsque l'érysipèle siège à la tête, et menace cette partie d'une congestion sanguine (2).
Rayer s'exprime de la manière suivante : « Si l'érysipèle est plus intense et plus étendu, et si, à l'inflammation locale, se joignent une chaleur ardente et universelle, la fréquence, la dureté et l'élévation du pouls , la sécheresse de la bouche et de la langue , ou si un état de pléthore générale est un obstacle au développement et à la marche régulière] de l'éruption, il faut ouvrir sur-le-champ une des veines du bras ou la saphène ; le soir ou le lendemain, une saignée locale, pratiquée à une certaine distance des limites de l'inflammation, assure les heureux résultats de la saignée générale. Ces émissions sanguines doivent être répétées le lendemain et les jours suivants. Si le sang est très-couenneux, et si lorsque l'éruption est arrivée à son état, la fièvre persiste au même degré .que lors de l'apparition
a) Op. cit., p. 17.
(2) Op. cit.,]^. 265.
de l'exanthème , toutes les fois que Térysipèle est compliqué de phlébite, cette pratique doit être encore plus actiye (^). »
MM. Chomel et Blache p) , tout en admettant que les saignées générales n'ont d'habitude d'autre effet que de faire pâlir l'éruption sans en abréger la marche, pratiquent cependant, dès l'invasion de l'érysipèle de la face, une saignée abondante du pied ou du bras, et quelquefois, si le cas l'exige, ils la répètent une ou plusieurs fois à douze ou vingt-quatre heures d'intervalle.
M. Bouillaud a appliqué au traitement de l'érysipèle, et surtout à l'érysipèle de la face , sa formule des saignées coup sur coup ; il prétendait juguler la maladie , ou , du moins , en abréger la durée.
M. Louis (3) a prouvé, par l'analyse de trente-trois cas d'érysipèles , dont vingt et un furent saignés , que l'action de la saignée a été plus faible qu'on ne le croit généralement, car la durée de la maladie n'a jamais été moindre de quatorze a quinze jours , excepté dans deux cas où la maladie paraît n'avoir duré que sept jours et quart , et huit jours. La saignée , dans l'érysipèle, n'est utile que dans des bornes étroites; et bien souvent, appliquée au déclin de la maladie et au moment où une amélioration allait se manifester , l'on a attribué à la saignée ce qui ne tenait qu'à la marche naturelle de l'affection.
Un jour, M. Bouillaud déclarait à l'Académie que sa méthode produisait des résultats vraiment merveilleux dans toutes les maladies aiguës: rhumatisme, péricardite, pleurésie, etc., etc., et il ajoutait : « Aucun érysipèle n'a succombé dans mon service. »
Emery proclamait en même temps que , dans une épidémie d'érysipèle, il avait administré dans tous les cas l'ipécacuanha,
(1) Loc. cit. , p. 159.
(2) Dict. de Méd,, p. 241 , t. XII.
(3) Recherches sur les effets de la Saignée , p. 22 et 67.
à deux ou trois fois, chez plus de deux cents malades, et cependant tous avaient guéri.
Que conclure en présence de pareils faits, si cen*est que rérysipèle a guéri malgré un traitement inopportun, ou bien encore que Férysipèle offrait un fond différent , et qui réclamait des moyens différents? Emery était très-loyal, il avouait avec ingénuité que , s'il avait guéri , il ne voulait pas dire qu'il avait guéri par Tipécacuanha, mais, au moins, malgré son emploi (1).
Quoi qu'il en soit, nous ne voulons pas bannir la saignée du traitement de Térysipèle. Ce moyen héroïque , que les anciens classaient dans les grands remèdes (herculea remédia) peut avoir ses moments d'opportunité. Nous les apprécierons plus loin.
L'expérience des siècles s'est prononcée depuis long-temps contre l'utilité des saignées.
M. Banquier p) déclare que les seuls malades d'érysipèles qui aient couru des dangers sont ceux sur lesquels la méthode antiphlogistique avait été employée; elle aggrave les symptômes, facilite l'invasion du délire, augmente l'intensité et la durée du mal , favorise l'ataxie et prostré trop rapidement les forces.
MM. Chomel et Blache n'avaient pas seulement constaté que les saignées n'avaient pas abr^é la durée de l'érysipèie d'une manière notable , mais que souvent elles n'avaient eu d'autre effet que de faire pâlir l'éruption.
« Blanchir un éiysipèle delà face, dit avec raison M. Trousseau (3) , ce n'est pas le guérir; ce n'est pas même le modérer; bien plus, c'est aggi'aver la maladie.
» Nous avons vu, pour l'influence de cette médication irréflé-
(1) Cité par Wiesecké. — De Vinfluence pernicieuse des Saignées. Psuris ^ 1837, p. 105, 108.
(2) Annuaire méd, chtrurg. , 18Î7, p. S7.
(3) Trmté de Thérapeutique, 1. 1 , p, ^0.
chie , des érysipëes marcher en blanc, qu'on nous permette cette expression. On avait enlevé à ces érysipèles leur mature colorante , mais on ne leur avait enleyé que cela. On ne les distinguait {dus guère qu'à une teinte d'un rose blafard ou grisâtre circonscrite par un liséré d'un rose un peu plus vif, s'agrandissant imperturbablement, et enfermant tous les jours une étendue un peu plus considérable de cette pblegmasie virtuelle que les spoliations sanguines avaient bien pu convertir en un cBdème quasi-inflammatoire , c'est vrai; mais en un ûedème, en une pblegmasie blanche, traduisant encore toute la spécialité de la cause érysipéjateuse , bien qu'il ne représentât plus l'intensité de ses effets, La fièvre , les symptômes particuliers et l'état général étaient, comme la pblegmasie elle-même, appauvris et languissants sans avoir reculé d'un pas ; la maladie entière n'était que méconnaissable , et parce qu'on en avait fait quelque chose qui n'a pas de nom, toute prévision était devenue impossible. Au lieu d'une fièvre inflammatoire connue et calculable, on ayait un mouvement fébrile persistant, nerveux , irrésoluble ; au lieu d'une convalescence , une cachexie. »
Les émissions sanguines ne peuvent , en tous cas , coavenir que pour amener la disparition ou la rémission de quelques symptômes étrangers à la maladie elle-même, ou pe«r modérer des symptômes qui , psu* leur suracuité , peuvent dénaturer ou troubler les procédés de sa solution naturelle. Ou doit surtout s'en méfier en temps d'épidémie , oii la prostration suit de si près la sthénie apparente.
Quoiqu'il en soit, la méthode antif^logistique générale, bornée à une saignée ou à une application de sangsues , ne constitue pas un traitement spécial ; elle ne peut convenir que lorsqu'un éi^sipèle paraît avec une réaction fébrile intense, avec un pouls dur, large, développé, cbex un individu fort, robuste, vigoureux et d^i^s la force de l'âge. Alors les
émissions sanguines modèrent utilement la fièvre, simplifient la maladie et en aident les mouvements natures.
Telle est la pratique de Borsieri , Boyer , Rayer, Grisolle, Valleix, Requin.
T i^hode étacuante. — StoU, Desault, Authenrieth, Leroy, Chrestien, Emery, vantaient beaucoup les vomitifs; Boyer, considérant Térysipèle comme le résultat d*un état gastrique , suivait cet exemple. Mais Texpérience prouve que ni Fipécuanha, ni le tartre stibié, ne réussissent à détruire Térysipèle; que leur influence est très-équivoque sur la marche et la durée de la maladie, et que leur effet réel, même quand ils sont répétés plusieurs fois , c'est de décompliquer Térysipèle en enlevant Tétat bilieux. Par la perturbation qu'ils provoquent, ils peuvent faciliter l'éruption de Térysipèle. Mais, hors de ces indications, les vomitifs sont inutiles; ils deviendraient même dangereux, par rabattement et la prostration qu'ils peuvent amener ; de sorte que nous sommes loin d'en faire une méthode générale applicable à tous les cas , quoique Orfila ait dit qu'il faille faire vomir, purger et faire uriner le malade dans les empoisonnements dont la nature est inconnue. Les purgatifs ne conviennent pas dès le début, et ne produisent pas la diminution de l'érysipèle épidémique. Ils seraient contreindiquéslorsqu'existentdes signes manifestes d'irritation gastrointestinale. On doit les réserver, au dire de tous les praticiens, pour les cas oii la fièvre est modérée, et pour lutter contre la constipation et l'embarras intestinal. Il faut bien distinguer, dans l'état saburral, les phénomènes antérieurs, qui sont les seuls vraiment attaquables par les émétiques et les purgatifs, de ceux qui accompagnent un érysipèle; car quoique Delpech ait déclaré que l'embarras gastrique est toujours symptomatique de l'inflammation spécifique cutanée , la pratique démontre qu'il peut être tantôt primitif et tantôt con-
sécutif . Les sympathies de Texoderme et de Tendoderme rendent compte de cette distinction qai est importante en thérapeutique.
Quoi qu'il en soit , les vomitifis et les purgatifs peuyent produire un double effet thérapeutique ; ils évacuent , mais en même temps ils sont perturbateurs , et Ton doit surtout se méfier de leur action déprimante de l'organisme et irritante des muqueuses.
3^ Méthode dérvcative. — L'emploi des vésicatoires, comme dérivatifs appliqués loin de l'endroit de l'érysipèle , ne peut avoir d'autre action que de favoriser l'apparition d'un autre érysipèle sur le nouveau point. Les purgatifs drastiques n'ont pas non plus d'avantage.
4* Méthode spécifique. — On a cru trouver dans l'alcoolature d'aconit, dans le perchlorure de fer, des remèdes pour arrêter et guérir l'érysipèle. Les essais qui ont été faits ne paraissent pas concluants. J'ai vu cependant le perchlorure de fer empêcher plusieurs fois l'extension érysipélateuse sans produire d'accidents. Mais ce moyen a encore besoin d'être expérimenté.
Je dois en dire autant de l'iodure de potassium considéré dernièrement par un médecm étranger comme capable de limiter l'érysipèle. V Union médicale i}) rapportait que ce moyen avait réussi dans trente cas. Comme nous n'avons trouvé aucun détail de ces observations , nous devons rester dans la réserve, en attendantquel'expérimentationde ce remède, qui ne nous paraît pas nuisible, puisse nous démontrer son incontestable efficacité.
M. le D' Yvaren dit avoir réussi dans un cas d'érysipèle puerpéral en donnant à l'enfant de une à deux gouttes de
(D 9 mars 1867.
teinture de belladone dans 1 00 grammes d'eau , par cuillerées , toutes les heures (i).
Le D"" Cazin parle de refficacité de la décoction de cerfeuil p) .
Enfin, Bullock a préconisé la poudre de colchique et prétend avoir obtenu cinq succès dans Térysipèle (3).
5^ Méthode expectante. — La méthode expectante a été remiso'en honneur dans ces derniers temps , en présence de cette maladie dont la marche est toujours fatale en dépit de tous les traitements. Admise par Yalleix , Requin , Grisolle , les médecins anglais , elle est surtout préconisée par M. Trousseau qui , grâce à elle , dit-il , n'a perdu que trois érysipèles dans sa longue et abondante pratique.
Il en est, d'ailleurs, de Térysipèle comme de toute autre maladie aiguë , et Kaltenbruiiner disait avec beaucoup de sens pratique qu'il faut à l'économie une certaine somme de force et d& résistance pour arriver à résoudre une phlegmasie quelconque. Lors donc que le mal est peu étendu , la réaction peu intense ou presque nulle , les complications peu importantes, le siège limité, la douleur peu violente, le retentissement général peu marqué et franc, an lieu d'entraver la solution naturelle par l'intervention intempestive d'une thérapeutique fâcheuse , il vaut mieux , en reconnaissant le travail de solution critique de la nature , confier à cette providence intérieure la curation de la maladie , et se souvenir que, si le médecin soigne une maladie , c'est la nature même qui la guérit : medicus curai, natv/ra sanat. C'est ainsi que M. le D' Perdrix a pu sauver , comme bien d'autres , une grande quantité d'érysipèles graves , ainsi qu'on peut le voir dans \di Lancette française de 1833.
(1) Bouchardat. — Ànn, de Thérapeut., 1849.
(2) Traité des Plaintes médicinales indigènes, Paris, 1858, grand in-8» , p. 248.
(3) Journal des Conn. médico-chirurg, , 1835.
Il suffit, pour appliquer avec succès cette méthode , de ne pas la généraliser , et de ne pas indistinctement la mettre en usage dans tous les cas graves et sans discernement. Le vrai praticien, loin d'abandonner toujours la nature à elle-même, attentif aux moindres phénomènes de déraillement, donne bien à la nature médicatrice le temps d'agir, mais il sait qu'il doit à son tour être prêt à l'action aussitôt que les symptômes et les accidents le réclament. L'expectation n'est pas l'inaction : ce n'est pas une méditation sur la mort , comme le dit Asclépiade ; mais c'est le sublime de l'art , lorsqu'il est sagace , de ne pas troubler la marche d'une maladie lorsqu'elle est régulière et qu'elle tend d'elle-même à une heureuse terminaison. Le contraire est l'indice d'une conduite routinière ou d'une confiance chariatanesque, medi^us, nature minuter et mterpres : quidquid meditetur et faciat, si natwru non obtempérât, naturœ non imperat.
Nous sommes donc loin de ceux qui trouvent des traitements tous faits pour les cas graves, moyens etlégers. Un traitement exclusif, appliqué à une maladie qui se montre sous tant d'aspects différents , serait une folie et un immense péril.
« Le comble de l'art est de savoir éviter l'excès des agissants quand même, sans tomber dans celui des expectants quand même (i) , » et le vrai praticien , recherchant les complications et le génie de la maladie , se guide plus sûrem^t sur les indications tirées du malade. Il n'y a pas , i^ effet , d'érysipèles pour lui ; il n'y a que des érysipélateux.
€. — ImMeatiomi r»tl«iuieiles.
Toutes les médications que nous venons de passer en revue sont mauvaises par leur exclusivisme ; chacune , cependant, a
(1) Trousseau et Pidoux. — Tr, 4e Thérap., t. I , p. 523.
des indications {mrticulières que nous avons cherché à cléterrainer aussi judicieusement que possible. Dans la thérapeutique appliquée, il faut surtout se souvenir que la maladie n'existe pas, qu'elle n'est qu'une abstraction nécessaire pour la théorie, que la maladie n'est jamais attaquable , ni saisissahle corps h corps. Le praticien n'a devant lui que des malades , c'est-à-' dire des êtres modifiés palhologiquement, et répondant, suivant leurs aptitudes diverses , aux causes morbides qui les ont imprêtés. Or, si, à l'état sporadique , on constate ces différences si profondes qu'en présence de chaque maladie de même nom, le traitement rationnel doive être varié, s'il est vrai que toute maladie en acte est une individualité roorbâde , le même fait ne doit-il pas se montrer en temps d'épidéiKiie, alors que les organismes ont été modifiés en masse, et que les constitutions offrent des caractères généraux si divers , que la même affection épidémique qui régnait une année et cédait à un traitement , ne sera plus influencée utilement par les mêmes moyens l'année suivante? Sous l'influence des révolutions de saisons, les fonds des maladies, même des maladies épidémiques changent; l'état inflammatoire, l'état bilieux, l'état typhoïde, l'état purement catarrhal des individus, doit modifier, avons-nous dit, l'expression de la maladie, et chaque épidémie, par suite, qui se manifestera dans ces diverses conditions, devra donner lieu à des indications spéciales et variées en rapport avec les modifications populaires de l'épidémie. Car, domme Fa dit Grimaud (i) , « ce qui doit le plus directement dissiper l'incertitude des symptômes et constater la nature réelle de l'affection locale, c'est le génie connu de la constitution épidémique et le caractère de la fièvre concomitante. »
C'est lace qui fait le mérite du praticien, c'est ce qui le sépare de l'empirique et du systématique, qui ne voient qu'une
(1) Cours des Fièvres, 1815 , t. Il, p. 243.
maladie à détrôner par des moyens toujours violents; ib ignorent les métamorphoses fréquentes de l'organisme , et les différences si mobiles de son activité.
« A moins , disait Sydenham , que je n'apporte une extrême attention et une application infinie dans une épidémie , il est impossible que les malades qui font l'épreuve de mes remèdes ne risquent extrêmement, jusqu'à ce que, ayant reconnu, après un examen constant, le caractère de la maladie, je puisse l'attaquer avec une entière confiance et être pleinement sûr de la victoire (i). »
Or, un fait très-important dans le traitement des maladies épidémiques , c'est que la méthode adoptée et reconnue utile convient, en général, à tout le monde dans la même épidémie.
4^ Fonds de la maladie. — Ceci étant admis, et puisqu'il est reconnu que la même maladie épidémique peut se développer sur des fonds différents, ne serait-il pas absurde de traiter par l'expectation tous les érysipèles, même les typhoïdes? Ne serait-il pas absurde de traiter ces mêmes érysipèles parles émissions sanguines; de traiter les érysipèles simples par les toniques; les inflammatoires, par les vomitifs ou les purgatifs? Les fautes seraient les mêmes, les résultats malheureux seraient identiques.
Rappeloqs-nous que , si quelquefois il est utile de s'abstenir de toute médication qui n'aurait souvent pour effet qu^ de troubler la marche normale de l'érysipèle, et de l'entraver dans son heureuse évolution , il y a des cas qui réclament impérieusement l'administration des moyens les plus énergiques; car, répétons-le, ici comme dans toute autre affection, le comble de Fart est de savoir éviter l'excès des expectants
(1) Op. Méd. , 8 10.
quand même, sans tomber dans celui des agissants quand même. En un mot , dans les épidémies d*érysipèles bénins, comme on en rencontre assez souvent, Teipectation seule suflSt, et ma conduite, en pareil cas, ne diffère nullement de celle de M. Trousseau, dont je copie Texpression (^) : « Quanta moi, dit-il, lorsqu'un malade, affecté d'érysipèle, se metenti*e mes mains, je m^s^bstiens de toute espèce de traitement; je prescrirai un lavement à celui qui ne va pas à la garde-robe ; je donnerai 10 à 15 grammes d'huile de ricin, si la constipation ne cède pas; mais, en vérité, ce n'est pas là une médication bien énergique ; c'est , si vous le voulez , de l'homoeèpathie, rien de plus. Telle est cependant ma manière d'agir depuis vingt-huit ans, et, grâce à elle , je n'ai pas souvenance d'avoir perdu plus de trois érysipélateux. L'expectation , voilà donc ma médecine dans Térysipèle de la face. Je tiens mes malades au lit; car, avant toute chose, il faut éviter qu'ils ne prennent froid, et cela, non-seulement pendant la période aiguë des accidents , mais encore dans la convalescence , le froid amenant des rechutes. Je donne des tisanes légèrement acidulées ; si le ventre n'est pas libre , j'aide les évacuations au moyen de laxatifs; si les vomissements sont violents, je les combats par des purgatifs; mais j'alimente, alors même qu'il y a de la fièvre, alors même qu'il y a du délire. Ainsi, loin d'abattre mes malades par des pertes de sang : saignée du bras, application de sangsues derrière les oreilles ; au lieu de me faire une loi de leur administrer des émétiques , des purgatifs répétés ; au lieu de les tenir à une diète rigoureuse , je reste spectateur de la lutte de laquelle , je le sais , la nature sortira victorieuse , si je ne la trouble pas dans ses opérations; je me tiens les bras croisés, et, je le répète, parmi le grand nombre d'érysipèles que j'ai vus , trois tout au plus ont eu une terminaison fatale.
il) Clinique, t. ï , p. 903.
Bans tous les autres cas, la maladie s'est éteinte d'ellemême.
» Ce sont des choses qu'il faut dire et ne pas craindre de proclamer bien haut : il en est de l'érysipèle comme d'un cer^ tain nombre de maladies qui ont une marche naturelle que nous, médecins, devons bien nous garder de vouloir diriger, quand nous voyons les phénomènes pathologiques marcher régulièrement; car notre intervention intempestive troublerait le cours naturel du mal et tournerait au détriment de celui quf réclamait notre secours. »
La méthode antiphlogistique pure ne convient jamais dans les épidémies d'érysipèle ; d'abord nous avons vu que la saignée n'agit pas directement sur la maladie elle-même , et nous savons que le sang des érysipâateux est peu plaséque. H^, à part cette considération, il est digne de remarque que tes épidémies, de quelque nature qu'elles soimt, ne se présentent pas avec une tendance inflammatoire manifeste. Presque toujours, il y a, dans ces moments, une diminution de l'activité vitale, ou une viciationde quelque fonction importante qui réagit sur l'économie , de manière à laisser croire à une exubérance de forces, alors qu'au contraire, l'économie est près de la résolution. La saignée ne peut convenir que pour combattre certaines complications, cdmme nous l'avons dit pfais haut; mais elle ne doit jamais dépasser tes indications, ni être employée avec abus ou érigée en méthode générale^ en temps d'épidémie.
h^ érysipèles bilieux réclament impérieusement l'emploi de la médication évacuante. Itous réservons les vomitife , soit l'ipécacuanha, soit le tartre stibié^poor les premiers mcnsients.
C'est ainsi que StoU obtint de& résultats certains dans une ^idémie d'érysipèles qui sévissaient , au mois de décembre, avec la forme bilieuse.
« Le traitement anti-bilieux, dit-il, fit disparaître prompte-
ment et sûrement , sans aucun remède externe, et la fièvre, eC les exanthèmes (^). »
Le mouvement d*expanskm que provoquent ces médicam^ts aident à la manifestation de l'exanthème, en même tunpg qulls débarrassent Testomac, et produisent une utile perturbation. Ce n'est que vers le milieu ou au déclin de l'éryi^pèleque nous en venons aux purgatifs, sauf des indications spéciales , comme le seraient, par exemple, un assoupissement profond, une céphalalgie gravative, accompagnés d'une constipation opiniâtre , et résistant aux lavements légèrement k^tifs.
L'érysipèle typhoïde ne peut être raisonn^lement traité que par les toniques, le vin, le quinquina et une alimentation convenable.
Lepelletier de la Sarthe a surtout bien résumé les indications à remplir dans ces circonstances.
« C'est particulièrement dans cette variété qu'il faut consir dérer la fluxion érysipélateuse comme le moyen critique d'une altération constitutionnelle , et dès-lors ne jamais perdre de vue que l'indication fondamentale du traitement se trouve renfermée dans ces deux mots : enchaîner l'érysipèle à son si^ primitif. On conçoit, dès-lors , que toute méthode répercussive» que la plupart même des topiques antiphlogistiques, doivent être sévèrement proscrits. Soutenir l'état constitutionnel, ordinairement par le quinquina, les autres toniques et un régime approprié, combattre les symptômes neiTOux par les antispasmodiques , se borner à l'expectation locale , si la marche de la fluxion érysipélateuse est régulière , entretenir un état d'excitation suffisante par les fomentations alcooliques, le quinquina, etc., lorsque l'inflammation faiblit; rappeler énergiquement et promptement cette inflammation à son
(1) Med. pr^y , 1. 1 , p. 418. — Trad. de Mahon.
fiiëge primitif, par les siûapismes , le caatère transcurrent» mais , bien mieux encore , par le vésicatoire directement appliqué dans ce lieu , lorsque Térysipèle a fait métastase vers des organes importants, combattre les complications inflammatoires qui peuvent survenir, mais alors ne jamais abuser des évacuations sanguines, surtout de la saignée veineuse, abus qui pourrait favoriser la métastase ou jeter tes sujets dans une fâcheuse asthénie ; tels nous paraissent les moyens applicables à la majorité des cas dans Térysipèle typhoïde (^). )►
On pourrait aussi , à l'exemple de Strom de Copenhague, administrer à Tintérieur le ferment de la bierre, mêlé à la bierre. Ce moyen paraît avoir réussi dans quatre cas d'érysipèle malin de la face.
Mais, à part ces indications générales, il en est d'autres spéciales qui dépendent des dispositions individuelles, de rage, de l'époque, du siège de Térysipèle, de ses variétés, de sa marche , de son type. Nous allons brièvement les passer en revue.
2^ Àtaxie, — Si Tataxie tient à l'alcoolisme, on n'oubliera pas que les émissions sanguines sont contre-indiquées , et qu'il y a utilité à ne pas brusquer les habitudes des malades ; un peu de vin , un peu d'eau-de-vie , suivant la méthode de Todd , feront souvent cesser les accidents. Si lataxie se rapporte à un état nerveux simple , on se trouvera bien du musc et des bains généraux tièdes ; si elle a pour principe une résorption putride , le quinquina , le sulfate de quinine ne doivent pas être négligés. On insistera aussi sur les vésicatoires , soit aux cuisses, soit aux mollets, soit sur Térysipèle lui-même, si, toutefois , il est affaissé et pâle. Qu'on ne redoute pas la gangrène de la partie , car il est reconnu que quelquefois la gan-
;l) Op. cit., p. 225.
— 2it —
grène sert de crise beurei|se dans cette maladie; les bols camphrés nitrés surtout, employés à Montpellier, ont quelquefois réussi , et nous devons les recommander.
M. Yelpeau en a retiré aussi d'heureux effets.
5® Périodicité. — La périodicité exige absolument , dès qu'elle est bien constatée , Tusage du sulfate de quinine qui en triomphe habituellement. On le donne ici , comme toujours , pendant le temps de la rémission.
Mais il faut se souvenir que quelquefois la périodicité ne tient qu'au mauvais état des voies gastriques, comme l'ont soutenu Cas.Medicus, Gaab, G. de Neufville. Dans ces circonstances, il est toujours prudent d'évacuer par un vomitif les saburres de l'estomac, et d'agir ensuite par Tantipériodique , si la périodicité persiste.
Lorsque la périodicité tient à des résorptions de produits intestinaux , les purgatifs sont nécessaires. Enfin, dans quelques cas de résorption purulente, on se trouvera bien de la combinaison des purgatifs et des toniqiies. Nous n'oublierons pas surtout que la périodicité n'est pas toujours bien régulière , et qu'il y aurait un grand danger à laisser passer inaperçus ces paroxysmes irréguliers qui réclament, comme les accès franchement intermittents, de la part d'un praticien sagace, une médication prompte et puissante.
4* lUtroce&sion. — Lorsque Térysipèle s'arrête dans sa marche, ou qu'il disparaît, tandis que les phénomènes généraux s'aggravent, il faut bien distinguer si la rétrocession tient à une imprudence ou à un état de faiblesse générale. Dans ce dernier cas , les toniques névroslhéniques , les excitants diffusibles, les vins généreux, pourront quelquefois, aidés du camphre à l'intérieur , sauver les malades ; on y joindra des frictions irritantes avec le Uniment de Kentisch ,
des ventouses sur la partie primitivement affectée, des vé^catoires extemporanés, car le temps preœe, et même la cautérFsation au fer rouge. Dans l'autre cas, c'est auiL vomitifs qu'il faut de suite recourir , pendant qu'on excitera la partie au moyen du coton cardé chaud ; puis l'on donnera des boissons sudoriflques, l'acétate d'ammoniaque, le sirop d'éther, etc. Le&sinapismes peuvent encore être appliqués avec utilité.
S^ Erysipèle interne. — Si l'érysipèle se trouve dans une partie peu importante, et qu'il ne soit que l'extension de Férysipèle externe, comme au gosier, aux fosses nasales; si, de plus, l'érysipèle externe est normal et régulier, on n'a guère à s'en préoccuper. L'extension de l'érysipèle cutané amène ordinairement la cessation de l'érysipèle muqueux. Mais queFquefois la glotte s'œdémalie ; il survient des plaques diphthéritiqueai sur le gosier , le voile du palais, d^ aphthes de mauvaise nature. Dans ces cas , à part les détersifs locaux , les cautérisations , il est important de déplacer le mal qui pourrait compromettre la vie, soit en produisant l'asphyxie, soit en favorisant une résorption putride. Un vésicatoire appliqué sur le devant de la poitrine ou même sur l'érysipèle externe permet de conjurer les accidents redoutables. Lorsque, soit par métastase, soit d'emblée, l'érysipèle a atteint les poumons, la seule ressource est dans les larges vésicatoires appliqués de suite sur la partie postérieure de la poitrine. Cette méthode, indiquée surtout par Barthez , produit des merveilles > aidée du kermès ou de l'ipécacuanha donnés à l'intérieur , comme contro-stiraulani.
Hippocrale agissait avec plus de vigueur encore. Il faisait vomir à deux reprises, conseillait les ventouses aux omoplates, et même la cautérisation sur la poitrine et sur le dos (i).
(1) Op. dt. — Des 3Ialad., 1. Il, t. VII, p. 87.
ie ne lais jamais, dans ce cas; de saignées, ou si j*ea pratique, elles sont petites, et ne sont dirigées que contre la suffocation , surtout quand les deux poumons sont compromis. Ajoutons que, dans ces conditions, il faut très-vite arriver au (Juinquina; car, coinme Ta dit avec raison Chrestien , d'après Lamure et diaprés les observations nécropsiques de Barthez à Carentan , Térysipèle est une maladie qui a une grande tendance à la gangrène. C'est ce que l'on remarque spécialement dans l'érysipèle du poumon.
Je dois en dire autant de l'érysipèle de la matrice , où les émissions sanguines ne font que hâter la mort.
6^ Menstruation. — Lorsque l'érysipèle épidémique atteint une femme à l'époque de ses règles , soit pendant leur écoulement, soit à une époque rapprochée de cette fonction, s*il y a nécessité à employer des émissions sanguines , on agira avec plus de chances de succès en appliquant des sangsues aux cuisses qu'en pratiquant une saignée. N'oublions pas non plus que, dans ce moment, les vomitifs doivent aussi être proscrits absolument.
7^ Age. — Les enfants ^atteints d'érysipèle épidémique ne doivent jamais subir de déperditions sanguines. La grande tendance de l'érysipèle à se généraliser chez eux indique l'emploi du perchlorure de fer. C'est aussi ce médicament que nous emploierons dorénavant dans l'érysipèle des nouveau-nés considéré jusqu'ici comme une maladie incurable.
Underwood employait les toniques et le quinquina intùs et extra y et il espérait, d'après les bons effets obtenus de ces moyens , et surtout de l'écorce du Pérou , que l'on pourra un jour réussir dans le traitement de cette maladie (i).
(1) Traité des Mal. des Enfants , in 8% 1823 , p. 313.
On sait que Hamilton , Bell et Ch. Bell d'Edimbourg ont préconisé surtout le perchlorure de fer.
8^ Complication phlegmoneme. — Un cautère vaste , appliqué sur le centre de Térysipèle devenu phlegmoneux ,. peut quelquefois concentrer la suppuration sur une partie moins étendue. Nous recommandons l'emploi de ce moyen, dès que le pus est infiltré dans les mailles du tissu cellulaire; les larges incisions sont préférables dès le début » et peuvent sauver un membre et même la vie des individus. Les petits abcès seront ouverts de la manière ordinaire. La compression rendra devrais services dans Térysipèle pblegmoneux, dès que le pus sera évacué.
« L'érysipèle, qui ne produit, à son plus haut degré d'intensité, que de simples phlyctènes, est quelquefois suivi d'abcès nombreux. J'en ai vu se reproduire opiniâtrement dans les paupières , d*autres au cou , à l'épaule. J'ai rencontré beaucoup de pus infiltré dans les muscles de la jambe.
» Chez une jeune fille de dix-sept ans , l'érysipèle avait len* tement parcouru les membres supérieurs, le cou et les membres inférieurs. Il se manifesta des accès fébriles et une varioloïde accompagnée de quelques accidents nerveux , de syncope et d'accès épileptiformes. La varioloïde terminée , l'érysipèle reparut , et fut comme le prélude d'abcès nombreux et successifs des deux genoux, de la face dorsale du pied droit des deux régions lessières. Cette affection dura cinq mois. La guérison arriva enfin, et la malade, qui avait été épuisée par une suppuration très-abondante, reprit son embonpoint et ses forces.
» Cette production de pus réclame une disposition spéciale de l'organisme. C'est un fait rare. On ne peut, d'ailleurs, paà assimiler cette tendance pyogcnique à l'infection purulente. On ne rencontre pas, dans ces cas, les abcès métaslatiques
— ÎU —
viscéraux qtirsont la conséquence habituelle et caractéristique de lapyémie (^). »
Lorsqu'il survient de pareils accidents, il faut ouvrir les abcès et soutenir énergiquement les forces.
9° Complication de phlébite et de lymphangite, — Ici les frictions mercurielles font des merveilles, pour enlever ces complications ; mais elles n'agissent pas sur Térysipèle luimême , qui marche toujours en dépit du mercure. On peut alors imiter l'exemple de Larrey qui appliquait le fer rouge sur tous les points principaux de l'érysipèle , en suivant les bandes rouges qui indiquaient le trajet des veines. M. Sédillot recommande le même moyen; mais, en même temps, pour enlever les chances d'absorption par la plaie , on devrait promener le fer incandescent sur la surface en suppuration, de manière à la convertir en escharre sèche, et à prévenir l'infection purulente , ainsi que le conseillait Bonnet de Lyon.
éO^ Complication de méningite. — Les sangsues derrière les oreilles, le calomel à l'intérieur, sont les moyens le plus généralement employés contre cette complication presque toujours mortelle , mais rare. L'emploi du vésicatoire en calotte sur toute la tête me paraît devoir être surtout conseillé dans ces cas désespérés.
4i^ Gangrène, — La gangrène, résultant d'un érysipèle, ne réclame d'autres traitements que ceux généralement adoptés dans les cas de mortification des tissus, en n'oubliant pas l'état général.
42^ Complication de traumatisme. — L'érysipèle trauma-
a) Ginirac. — Op. cit. , t. III, p. 236.
tique exige des soins particuliers de la plaie, des pansements fréquents, de la propreté, la position éle?ée de la partie, Fabsencede compression forte, la suppression des irritants, l'extraction de tous les corps étrangers qui compliquent la plaie ^ le facile écoulement du pus qu'on obtient par des pressions légères et méthodiques , des débridements , des contreouvertures, etc.
Lorsque les surfaces sont blafardes , livides , le pus sanieux et fétide , il faut modifier Tétat de la plaie par remploi d'une décoction de quinquina, aiguisée même d*acide sulfurique, à l'exemple de M. Sedillot; employer les pansements à Talood. Je me suis bien trouvé , dans deux circonstances , de l'emploi du mélange suivant :
Teinture de quinquina, 100 grammes ; Liqueur de La Baraque, 60 grammes; Alcool camphré , 90 grammes.
On lavait trois fois par jour la plaie avec ce mélange additionné d*un tiers d'eau tiède , et Ton pansait après avec dôla (diarpie très-fine, imprégnée de la poudre suivante :
Charbon pulvérisé , Camphre bien divisé, Quinquina rouge pulvérisé , de chaque : Parties égales.
/3* Infection purulente. — Nous avons déjà parlé des moyens locaux , malheureusement trop imparfaits, qu'on peut lui opposer. On comprend que la médication générale serait la gloire de la médecine si elle pouvait toujours agir efficacement dans des accidents si funestes et si redoutables. Je ne puis ici que formuler des indications encore bien hypothétiques. Quand survient une pareille complication, on peut choisir, entre l'emploi de l'alcool à haute dose que M. Velpéau déclare
— assavoir essayé sans succès, Tiode, le perchlorure de fer qai agit dans ce cas comme antiseptique, et le sulfate de quinine, qu'il faudrait administrer jusqu'à Tempoisonnement, àmoinsqu^il n'y ait des accès bien manifestes. Il est évident que les toniques seront toujours employés, pour donnera l'économie la force de résister à l'empoisonnement.
/<** Gangrène de la bouche. — Cette complication réclamera, à part la tonificatiou par les aliments succulents, letbé de bœuf, le punch chaud, les gargarismes détersifs et anti^ septiques, soit avec la décoction de quinquipa acidulée, soit avec le permanganate de potasse, à un ou deux centièmes, soit, encore , avec l'hypochlorite de soude , au 60*.
/5® Œdème de la glotte. — L'angine laryngée œdémateuse exige , dès les premiers signes de suffocation, l'emploi d'un vomitif énergique et l'application immédiate d'un large vésicatoire sur le devant du cou ; si les accidents sont rapides , on tentera des scarifications suivant la méthode de M. Gordon Buck de New-York , en conduisant sur l'épiglotte et sur les ligaments aryténo-épiglottiques un bistouri à pointe mousse et à lame courte. Enfin, lorsque les accidents se renouvdient et s'aggravent, il n'y a plus de recours que dans la trachéotomie pratiquée suivant la méthode ordinaire.
46^ Suette. — Lorsque l'érysipèle est compliqué de suette , l'emploi des couvertures légères, des vomitifs, des toniques, du perchlorure de fer surtout, seront les moyens de sauver les malades. On peut voir cette médication dans notre Etude clinique des Pneumonies suettiques \}).
iV Siège de Vérysipèle. — La place qu'occupe l'érysipèle
(1) Paris, m-8% Àsselin., édit. vm>,
donne encore lieu à des indications spéciales. Dans l'érysipële de la face , il est inutile que le malade garde constamment le lit; sa tête n'a pas besoin d'être tenue bien couverte. Elle doit être placée haute. Il en est de même de Térysipèle du cuir chevelu ; mais quand l'érysipèle atteint un membre, la position doit être prise en grande considération. Le membre affecté doit être tenu horizontalement et même un peu relevé. Grâce à cette précaution, si bien appréciée par M. Gerdy, l'œdème diminue , les chances de suppuration sont moindres , et les malades, surtout les vieillards, ne sont pas aussi exposés aux ulcérations consécutives. L'érysipèle de la vulve amène quelquefois un tel gonflement qu'il est néceséaire de pratiquer des scarifications pour éviter la gangrène ; il en est de même de l'érysipèle des bourses et des paupières.
Si nous voulions résumer ici le traitement qui paraît le mieux convenir à chacune des variétés d'érysipèle que nous avons distinguées , nous pourrions étendre indéfiniment ce chapitre. Nous nous contenterons de rappeler en peu de mots les indications à remplir dans chaque cas.
/8** Erysipèle médicaL — C'est celui pour lequel la méthode expectante réussit le mieux, quand il n'y a pas de complication. On se guidera, d'ailleurs, sur les formes quil présente.
/9® Erysipèle traumatique. — Les évacuants, suivis rapidement des toniques , les frictions mercurielles , les cautérisations au nitrate d'argent ou au fer rouge , les vésicatoires, seront surtout mis en usage. On surveillera la rémittence et la périodicité.
Rappelons-nous que « une partie blessée , dans l'acte de la suppuration, attire et fixe sur elle toutes les forces de la nature; elle devient un centre d'action vers lequel tous les efforts des
autres organes se dirigent; elle fournit le sujet d*un grand travail auquel la machine entière concourt par la tendance et la concentration de tous les mouvements ; la nature ne saurait agir dans un sens différent ou contraire , sans altérer gravement le système de ses forces et la constance de ses fonctions^ Or , la fièvre amène une distribution de mouvements différents de celle qui est nécessaire pour le travail réparateur des plaies. Non-seulement elle le contrarie et Fempêche , mais elle partage la nature entre deux affections différentes qui détruisent l'harmonie de ses efforts , parce qu'ils sont obligés de répondre en même temps aux actes de la suppuration et à ceux de la fièvre , d'oii il suit que les forces, tirées en deux sens , cèdent à une distraction pernicieuse qui les enlève aux principaux organes qu'elles animaient (i). » Ce fait d'observation est fréquent , et la rémittence irr^lière doit servir souvent d'indication pour l'administration des toniques et de l'antipériodique.
C'est ce qu'avait bien compris Borsieri (^) : « On peut négliger l'émission sanguine et la tenir pour peu nécessaire. On doit même l'éviter comme pernicieuse et nuisible, lorsque l'érysipèle paraît devoir être très-malin , charbonneux ou né- €rosique, ou qu'il se joint à des influences malignes ou putrides. »
La saignée doit être réservée pour le début chez un homme fort , jeune et vigoureux , alors qu'il y a fièvre intense et délire ; mais elle a rarement son indication , puisque nous avons vu que tous les observateurs ont remarqué la prostration la plus cmnplète suivre de très-près l'effervescence inflammatoire. Les évacuants réussissent mieux, et M. Follin nous apprend que , par cette méthode , il y a eu d'excellents résultats dans l'épidémie qu'il observa , en 1 861 , dans les salles de la Salpétrière.
(1) Dumas. ~ Mém, Ht. , p. 24.
(t) Méd. prat.
Il domiait d'abord un éméto-cathartique , qu'il faisait mïm tous les matins d'un verre d'une solation purgative saline. Il administrait aussi concurremment une décoction de quinquina.
« Lorsque, sous l'influence d'une plaie de tête, il se développe un érysipèle au cuir chevelu , on doit se garder de ràinir cette plaie par première intention: il faut, sans hésiter, et le plas promptement possible , éloigner même les moyens de réunion, rompre la cicatrice, si elle était en partie formée, et ne ch^^her à obteair sa guérison que par seconde intention. Par ce moyen, on est souvent parvenu à arrêter des complications survenues déjà du coté de l'encéphale. Desault , dans ce cas d'encéphalite, ainsi que dans l'érysipèle de la face, craignait toujours une complication du côté du canal dige^f, et, dès l'invasion, donnait un grain d'émétique en lavage, aussitôt que les bords de la plaie commaiçaient à s'engoi^er, malgré la chaleur ^ la fièvre.
)) Deipech voyait du danger dans la généralisation de cette pratique qui, pourtant, peut avoir des succès. Des saignées générales ou locales, des révulsifs bien dirigés;, doivent être utiles.
» Richter s'explique ainsi au sujet de l'érysiipèld compliq^ d'encéphalite: « Quo morbo, inier déliria soporesquep et alû^ fmuêta signa vngrumte, prudentia medici est in tm^ vesicatoriarumy scari/icationum, hirudinum,etma:isinièpurg€^'nr tium, non semel, sed quotiès iterandorum fnyoidè in spem revulsionis vertiiur.
» Dupuytren s'est servi trè&-avantageuse»nent du vésicatt^ire volant appliqué sur les joues, soit d^ le début de la m^Jftdie, soit qu'il y eût dqà complication du coté du ceneau (i). »
Quant à la médication locale , elle n'est qu'accessoire , inais elle a aussi son importance. L'élévation de la plaie, les soins de
(1) Gille. — r^^e de Paris , 1828 , N« 144.
propreté, les bains émollients, les sédatifs pour calmer la doideur , les cataplasmes pour diminuer la tension , te coUodion , etc., ne seront pas à négliger. Il faut ouvrir aussi, le plus tôt possible , les abcès, afin d'éviter les fusées purulentes , contre lesquelles on luttera encore efficacement par une compression méthodique.
Dans ces circonstances, on a parlé de Futilité de la cautérisation actuelle.
« Sans avoir égard aux causes concomitantes à la formation de rérysipèle , on devra mettre promptement en usage un moyen qui soit capable d'arrêter ce travail inflammatoire péristaltique, en absorbant le principe morbide avec les fluides qui le recèlent, et en rétablissant en même temps les propriétés vitales dans les tissus malades, d'où cette stase mort)ifique les avait expulsés. Le cautère actuel nous a paru produira redouble effet, et le succès le plus extraordinaire a justifié notre attente. Vers la fin du siècle dernier , Pelletan avait déjà signalé ce topique comme un puissant révulsif contre rérysipèle. Appliqué sur les points les plus rouges de l'érysipèle et sur ceux qui sont le plus rapprochés de la plaie, le fer incandescent arrête , en effet , et à l'instant même , la marche de la phlegmasie. Cette application , qui ne cause point ou presque point de douleur, est immédiatement accompagnée ou suivie : 1 ° d'une effluve gaziforme , d'une odeur animale rendue visible par une légère fumée qui l'enveloppe; 2** de la disparition de la chaleur et de la douleur tensive que le malade éprouvait dans toute la partie enflammée ; 3® le gonflement et la rougeur qu'on y observait se dissipent également; 4* ces cautérisations ne sont point suivies de suppuration ; elles ne sont pas susceptibles de produire la gangrène comme les rubéfiants ; les parties brûlées de cutis tombent par petites écailles charbonneuses et ne laissent pas de cicatrices sensibles ; 5° le flux purulent de la plaie , dont la suppression avait pré-
cédé Térysipèle» 86 rétablii presque aussitôt ; 6* enfin, les forces de rindividu renaissent en même temps, et les fonctions aSaiblies des viscères , surtout cdles de l'estomac , se raniment et concourent ainsi à Tentière résolutiim de la maladie exanthématique (i). »
Larrey cite quelques observations à l'appui de cette méthode qui ne nous paraît pas plus devoir être généralisée que l'abrasion de Baudens ; elle peut avoir des avantages, mais seulement dans les cas spéciaux que nous avons eu soin d'indiquer.
C'est pourquoi , contre cette affection générale , qui se joue des moyens thérapeutiques , M. Yelpeau conseille de combattre les troubles fonctionnek qui peuvent se rapporter aux formes inflammatoires , gastrique et adynamique , et d'emi^yer lei moyens capables d'atténuer les symptômes locaux.
20* Erys'ifèle puerpéral. — Les seuls moyens qui nous aient réussi dans un seul cas sont les suivants : Cautérisation de l'ombilic , application sur la plaie de pommade au perchlorure de fer ; badigeonnages avec le coUodion riciné sur les parties soumises à l'érysipèle. On ouvrira les abcès, et on pourra même quelquefois utilement administrer à l'intérieur 45 à 20 gouttes de perchlorure de fer dans les vingt-quatre heures.
2/* Tendance erratiqv>e. — Lorsque l'érysipèle change de place, lorsque, guéri à peine dans une région, il en envahit une autre quelquefois éloignée, lorsque, sans avoir accompli ses périodes dans une partie, il va se manifester dans une autre, en effleurant, pour ainsi dire, les surfaces qu'il touche, il n'y a'pas d'indications spéciales pour l'état local. Mais c'est peut-être l'érysipèle le plus à redouter àcause de sa fixation possible sur les organes internes. C'est ce que l'on remarque surtout pour l'érysipèle des femmes en couches. La chaleur,
(1) Larrey. — Clinique ekirurgieak, t. I, p. 64.
remploi des sinapismes sur les parties atteintes , et même des vésicatoires sur la plaque , sont souvent néces^ires. Les sudorifiques y Facétate d'ammoniaque, le camphre , le perchlorure de fer, en poussant vers la peau ou en neutralisant le principe érysipélateux, pourront rendre des services signalés.
jy Périodes de la maladie, — Suivant Tépoque où Toii observe les érysipèles, la conduite à tenir est différente. Dans la période d'invasion , il peut arriver que le délire ou la stupeur smt le premier phénomène. Si Ton se trouve en pleine épidémie , on peut avoir raison de croire à un érysipèle : si à la fièvre, aux frissims , se joignent Tengorgement des ganglions et les autres prodromes que nous avons étudiés, les attractifs aux extramités seront utiles, mais nous croyons qu'il ne &ut pas agir trop énergiquement, même en présence des accidents cérébraux, de peur de produire les conséquences que nous avons constatées sur le malade de M. Barre , dont nous av(ms raconté plus haut l'histoire. Si Ton n'est pas certain du diagnostic , vaut-ît encore mieux s'abstenir que de tenter une médication hasardée et incertaine toujours capable de faire plus de mal que de bien dans rimmense majorité des cas. Quelques sangsues aux extrémités , des laxatifs , en conjurant le danger présent , suffiront , sans faire naître , par l'inopportunité d'une médication trop active , les périls dus à l'arrêt de l'évolution normale delà maladie.
Telles sont les diverses modifications qu'apportent dans le traitement de Férysipèle les conditioftô que nous venons de rappeler.
En résumé , il faut toujours avoir présente à Tesprit cette pensée que les symptômes des maladies n'ont de valeur, au point de vue des indications thérapeutiques , que si on les prend pour ce qu'ils valent et non pour ce qu'ils sont, pe cette manière , on ne s'égarera pas dans la pratique , et Ton saura faire la pnrt des complications et des phénomènes qui
me sont pas la représentation fidèle de Tétat réel du malade. Occuponsrnous maintenant du traitement des suites de rérysipèle.
23^ Suites de rérysipèle. — L'érysipele laisse quelquefois à sa suite des ulcères qu'il est souvent difficile de guérir, surtout aux membres inférieurs. Les meilleurs moyensà employer sont d^s ce cas les topiques^xcitants , la poudre de quinquina, le yiâ aromatique et la comi»*ession méthodique faite avec des bandelettes de sparadrap bien imbriquées ; le repos et là position. L'induration qui accompagne Fâ^sipèle, soit aux membres, où elle produit un gonflement quelquefois considérable , soit à la face , n'est pas plus facile à faire disparaître. Aux membres, il convient de faire des fumigations fréquentes avec les liquir des résolutifs. L'eau-de-vie camphrée, l'iodure de potassium, ou même seulement des frictions sèches aromatiques, des compressions graduelles avec des bandes ée flanelle , produisent quelques résultats; pour la face, on voit parfois réussir les vésicaloires au bras. On a prétendu que cet œdème induré ne venait que de la non régularité des fonctions urinaires pendant la maladie , et qu'on pouvait l'empêcher par des diurétiques. J'ai perdu mon temps et met peines à employer ces moyens. Mais comme je me suis aperoi qu'il ne survenait guère que chez les sujets lymphatiques et scrofuleux , je me suis adressé aux médications générales, à l'huile de foie de morue, à l'iodure de fer, aux douches aromatiques, aux douches sulfureuses, et j'ai pu, par ces moyens, aidés de la compression, venir à bout, après un certain temps, de ces engorgements consécutifs qui font plus d'une fois le désespoir des malades et des médecins.
Nous pourrions encore ajouter quelques mots au sujet des soins hygiéniques des malades. Il est inutile d'insister ; ce seront les tisanes tièdes, acidulés, froides en été, la bierre,
une alîmenlation légère, la prudence pour éviter les refroidissements , etc. Nous n'avons qu'à dire que ce sont les mêmes^ précautions qui se prennent dans les maladies aiguës a forme exanthématique , et sujettes à la répercussion.
En terminant cet article , nous ne pouvons pas ne pas revenir sur l'impuissance de lia thérapeutique pour arrêter ou combattre directement un érysipèle. Voici quelle est , en définitive, Topinion de Chomei, que nous trouvons consignée dans les Annales de Thérapeutique médicale et chirurgicale de M. Rognetta{i). «Toutes les fois, dit-il, que la maladie veut s'élendre d'un endroit dans un autre, elle produit sur sa limite de progrès un bourrelet rouge à la peau, parfaitement reconnaissable, de l'épaisseur d'une ligne à une ligne et demie. Cette espèce de gonflement limitrophe indique donc une marche extensive, et Ton peut, à son aide , reconnaître les mouvements de déplacement, et à son absence, l'époque de sa fixation jiéfinitive. Ce double caractère, que nous avons constaté plusieurs fois , offre de Timportance, surtout quand on veut expérimenter FeABcacité de certains remèdes réputés propres à fixer Térysipèle erratique ou ambulant. Or , les vésicatoires volants , la pierre infernale et la pommade mercurielle étant appliqués alors que l'érysipèle présentait le bourrelet , jamais il n'a vu î'affection se fixer ^ s'arrêter. Constamment elle a franchi le vésicatoire^la pierre infernale , la pommade mercurielle, et continué sa marche ambulante. On s'est donc fait illusion, et les. succès ne sont dus qu'à une coïncidence , le mal devant s'arrêter naturellement dans ces cas-là , puisqu'on n'avait pas tenu compte de la condition signalée. Dans certains cas d'érysipèle ambulant, la phlogose a passé aussi librement qu'ailleurs à travers des surfaces qui se trouvaient, par hasard , couvertes de vésicatoires. On ne peut compter sur l'action dynamique de
(1) T. III , p. 387 , année 1845-46.
ces remèdes; ils peuvent être utiles par leur action antiphlogistique, sans pourtant enrayer la marche progressive de la maladie. Au reste » les auteurs qui prétendent juguler les phlogoses , dès leur début , à l'aide de saignées répétées , sont dans rillusion; car toute phologose aiguô offire, quoi qu'on fasse, quatre périodes qu'cm ne saursit empêcher d'exister : un début d'une intensité quelconque, une marche ascendante relative d'accroissement, un statu quo ou période d'état, el une période de déclin. Un traitement efficace peut sans doute abréger la durée , l'intensité de ces quatre périodes; mais ne jamaisjuguler la maladie, comme on l'a prétendu. ))
H. Bassereau (^) avait déjà fait la même remarque. « Dans l'espace de trois ans, dit-il, nous avons d)servé quatre-vingtneuf cas d'érysip^es simples, la plupart, suites de blessures. De ces quatre-vingt-neuf cas, M. Velpeau en a traité neuf par l'onguent mercuriel , cinq par la graisse, douze par les vomitif et les purgatifs , dix-huit par les vésicatoires , quatorze par les émissions sanguines, sept par la cautérisation, deux par les incisions , et vingt-deux par les émollients , sans qu'aucune de ces méthodes ait réussi , non pas à arrêter complètement la marche de la maladie, mais même à l'entraver d'une manière appréciable. »
8 2' Proph-ylsLxie de l'érysipèle épid.ém.i<ïiie.
Lorsque règne une constitution médicale épidémique , tous les sujets qui vivent sotis cette influence ne peuvent échapper à l'imprégnation morbide. Tous , cependant , ne sont pas frappés. Mais si personne ne peut se soustraire à la cause , si les uns sont réfractaires et les autres susceptibles, il est sûr, cependant , que l'observation des règles hygiéniques banales
(1) Journ. hebd. des Sciences méd. ; t. III , 183^i , p. 83.
peut dîmiDii^ pour l'érysipèle » con»(âe pour toute autire^ai&G^ Uon, la ^p(^itji)n à contracter la maladie populaire^ Noas n'a?<mft^pfl$ besoin de rapp^r ces principe» trop conuos^ mais malheuretts^EoeDt trop souTent oubliés. Dirbus-iious q^ les escès, les pansements mal faits» les plaies négligées^ sa peuTent qne prédisposer à Texplosion de Férysipèle ea temps d'épidémie? C'est une vârité incontestable. Mais cependant faut-il Picore la cause interne de Térysipèlie que nous^ ne connaissons pas. Nous avons dit» dans l'étiologie, les cir*constances qui paraissaient avoir une influence sur la production de rérysipèle épidénûque, surtout dan& les salles de cliirurgie , où qudques auteurs le considèrent même comme endémique. L'état de débilitation des individus qui les habitent, rétat saburral , doivent être combattus par des moyens appropriés dès qu'il se montre un seul cas. De là aussi le précepte de ne pas n^liger l'emploi des évacuants , dans la^ préparation des malades aux opérations.
U est reconnu aussi que l'érysipèle épidémique sévit surtout dans le salles où l'air est mal sain , de là. encore la nécessité d'une aération convenable , l'utilité de ne pas laisser séjourner les pièces de pansement, de ne pas entretenir une chaleur trop vive dans les appartements. Nos hôpitaux^ en France, laissent encore beaucoup à dédirer à ce point de vue , comme cela résulte des travaux de MM. Malgaigne , Lefort^ Bonalont..
« DaxisleBrakwaites, l. XXXYIU, p. 428 (1858), on trouve l'analyse suivante d'un mémoire qui avait été présenté pour le prix Jackson, en 1849, par M. Peter HinckesBird, esquire. En voici la traduction :
« Le traitement préventif contient tous les moyens qui empêchent les causes d'agir, qui préviennent l'extension, soit de l'érysipèle, soit des maladies qui se rapprochent d'elle. L'emploi de ces moyens constitue un point capital dans l'organisation sanitaire des hôpitaux. Dansiesdits établissements, le mau
vais emplacemeDi^rhumiditédusol, le (tramage imparfait, robstructioQ des égouts, Tinsnffisance de la ventilatioD, la malpropreté , Featassenieat, sont autant de causes de prodactioQ et dé propagation de cette inilanimation difihse.
» Les hôpitaux devraient avoir de grandes salles où tes malades pourraient prendre leurs repas , se donner de Texercice ou se livrer à leurs amusements. Les planchers devraient être brosçés et non lavés, car l'humidité favorise les émanations; toutes les précautions possibles devraient être prises ccmtre les fermentations et les infections ; en séparant les sa^ infectées et y faisant des fumigations , délimitant totalem^it tous les vêtements ou bandages qui ont servi , en substituant la charpie ou telle autre substance aux éponges dans le lavage des plaies. Du charbon doit être mis dans des sacs de mons^ seline grossière qu'on suspend autour du Ht ou dans des baquets qu'on placerait sous le lit. C'est, du moins, là un préservatif digne qu'on ea fasse l'essai.
» L'alliance entre l'érysipèle et la fièvre puerpérale étant complètement prouvée, aucun praticien ne peut être suffisamment sur ses gardes en se rendant, après une visite à un éryâpélateux, chez une femme sur le point d'^aocoucher ou dans l'état puerpéral. Les annales de médecine contiennent des cas vraiment désolants de mortalité causée par la néglig^ce d'un fait si important. »
M. le baron Larrey, dans son rapport, ne craint pas de dire que « la grande question de l'hygiène hospitalière mériterait d'occuper de nouveau TAcadémie, ne fût-ce que pour obtenir, enfin , du pouvoir la réalisation des vœux tes plus légitimes de la science et de ta pratique (^). »
Il en est de même des salles d'accouchement.
Quoique l'on se tienne moins à la rigueur pour la diète
il) Rapport, cité, p. 1%
— dm —
imposée jadis à tous les opérés, ii faut reconnaître qtiê la moindre fréquence de I*érysipèle à Londres vient peut-être aussi, en partie, de Talimentation qu'on accorde aux malades.
Yoici ce que nous apprend M. Bird dans le mémoire précité :
^ Les médecins actuds ne sont pas tout-à-fait sans découvrir dajns cette affection les marques de débilité sur lesquelles on a, daBs le temps, fortement insisté ; car, croyant bien réellement que rérysipèle est causé par la débilité, suite de constitution affaiblie, ils le traitent universellement par les stimulants, par une nourriture saine et abondante; de fortes et fréquentes doses d*ea^-de-vie, du bouillon de bœuf, du quinquina, de l'ammoniaque, deTéther chlorhydrique , etc. , sont ce qu'il faut administrer en prenant bien plus garde à l'état du pouls qu'à la nature des sécrétions. »
-^Ces réflexions ne pourraient nullement être généralisées e^ France oii les habitudes, l'alimentation sont si différentes. Toutefois , elles contiennent des renseignements précieux et utiles qu'il est bon de ne pas dédaigner.
Nous avons encore établi que l'érysipèle était contagieux. De là de nouvelles indications à remplir. Comme il est impossible de savoir au juste si tel érysipèle sera contagieux ou ne le sera pas , il est du devoir du praticien de ne jaqaais: garder un érysipélateux, surtout dans une salle de chirurgie, car là l'absorption des miasmes infectants peut se faire par la plaie et par la respiration. Les blessés ne doivent jamais être confondus dans la même salle avec des fiévreux atteints d'érysipèles spontanés. On évitera aussi toute communication avec les salles d'accouchements , car l'air iufect de l'une peut parfaitement disposer l'autre à la conts^ion. Si les salles étaient garnies de peu de lits, lesérysipèles seraient plus rares.
A l'appui de ce fait, nous lisons dans le rapport de M. E.
Besnim* (i) qoe, « dans les premiers jours de février 1 867 , les femmes sur le point d'accoucher s'étant présentées en plus grand nombre que de coutume à rhôiMtal , cm avait été amené à établir dans la salle quatre lits supplémentaires. Presque immédiatement surviennent des érysipèles (3) , des gangrkies de la vulve et de Tutérus (4) , une fièvre pyc^iénique et une pblâbite utérine; en outre, les métrites simples deviennent plus nombreuses que dans le mois précédent. Outre . les trois femmes, un nouveau-né succomba à un â7sipèle qui n'é^ pas parti de Tombilic , mais de la r^on fessière. Atti*ibuant cette légère épidémie à Tencombrement de la salle, M. Bourdon s'empressa de faire supprimer les lits supplémentaires et d'évacuer un certain nombre de femmes couchées dans les lits ordinaires. Aussitôt la situation s'améliora, et l'épidânie, commencée le 7 , s'arrêta le 20. Depuis lors, aucun accident grave ne s'est montré, bien que les lits fussent tons occupés depuis quelque temps. Ayant appris que des faits analogues, quoique moins nombreux et moins graves, s'étaient dqà produits plusieurs fois lorsqu'on avait augmenté accidentellement le nombre des femmes en couches dans le service, M. Bourdon a dcmné Tordre formel de ne placer dorénavant dans la salle aucun lit supplémentaire. »
Telle n'est pas cependant la manière de voir de M. Desprès. Pour lui , l'influence nosocomiale n'est pas démontrée. Certains hôpitaux, ditr-il, en dehors du défaut d'aération, n'olïrent pas d'autre inconvénient que la situation des malades vis-à-vis de trois puissances inégales : l'élève, la religieuse ou surveillante et rinfirmier. Il faudrait attribuer à des négligences le développement des érysip^es. La grande loi prophylactique consiste à mettre les individus dans la condition de ceux qui échappent à Tinfluence de ce qu'on appelle le génie épidé-
(1) loco àtaio , p. 495.
inique. Il y a des individus qui guérissent bien de tous \&an maux. U faut les étudier, voir leur hygiène et prescrire à tou$ la manière de vivre de ceux qui dirigent le mieux leur santé. Une direction meilleure donnée à Thygiène individuelle est le premier point de la thérapeutique préventive. Le second point de traitement préventif est tout entier dans le précepte de panser toutes les plaies et de les bien panser. En troisième lieu, il faut éviter les imprudences, la nourriture, le vin* Le chloroforme met les opérés dans une sorte d*ivresse qui réclame , après l'opération, une grande surveillance dans Talin mentation. Telles sont les recommandations de H. Desprès» On voit qu'elles sont bien différentes des nôtres. Elles expri^ ment une pensée vraie , mais non complète. Ceci ne doit pas étonner, puisque nous savons que Fauteur ajoute une immei^e importance au traumatisme et à Tirritation, voire même à. Tinfluence d'un refroidissement insensible; que, pour lui, Tétat général n'est pas la cause principale. Remercions-le d'avoir insisté sur les soins à donner aux plaies ; car jamais, on ne peut assez répéter les précautions minutieuses que réclament les traumatismes.
Grâce à de bonnes conditions d'hygiène, l'érysipèle ferait comme la pourriture d'hôpital , qui est devenue de plus en plus rare.
Pour diminuer ces épidémies, il serait convenable que les hô* pitaux fussent placés dans des conditions très-favorables , et qu'ils fussent. séparés pour chaque spécialité ; il devrait donc y avoir des hôpitaux exclusivement affectés aux blessés , des hôpitaux exclusivement affectés aux fiévreux, des hôpitaux exclusivement affectés aux femmes en couches ; ces derniers eux-mêmes, séparés en deux compartiments , de manière à ce que les enfants ne restassent pas dans l'atmosphère infecte qui résulte de l'agglomération de plusieurs accouchées dans la même salle. Ils ne devraient leur être portés que pour l'allaitement , et
raiîaitement ne doit jamais être autorisé pour le noureau-név s'il y a des phénomènes de fièvre puerpérale chez la mère.
A part ces moyens prophylactiques généraux, il en est d'autres qui peuvent être pris en grande considération. Nous savons que Térysipèle des nouveau-nés commence presque toujours par Tombilic. Nous en javons dqà expliqué le mécanisme. Pour l'éviter, ne pourrait-on pas supprimer la ligature du cordon , le couper plus court , et en plonger le bout dans dv perchlorure de fer. Par ce moyen, on arrêterait Thémorrhagie, on tannerait , pour ainsi dire , la surface de la plaie, et on la rendrait inapte à recevoir le principe contagieux ; on éviterait Firrilation qui résulte de la présence de l'extrémité du cordon en train de se dessécher sur les parties voisines , et Ton n'aurait pas à redouter la pénétration de caillots dans le torrent circulatoire , si on prenait la précaution de comprimer le cordon entre les doigts, pendant qu'on pratiquerait son immer-^ sion dans le perchlorure de fer liquide.
Quant aux traumatismes , un des moyens qui paraîtraient lé mieux réussir à prévenir l'érysipèle chirurgical , ce serait le pansement exclusif à l'alcool.
Arnaud de Villeneuve , Guy de Chauliac , Paracelse , Ambroise Paré , Lapeyronie , Pelit , de la Faye , Tenon , Larrey avaient déjà tiré parti de l'eau-de-vie dans les plaies récentes ; mais cette méthode , oubliée , n'était plus en usage en 1 859.
MM. Batailhé et Guillet la remirent en honneur par une communication intéressante à l'Académie des sciences (i).
M. Chédevergne (^) , M. Gaulejac dans sa thèse (3) , mon regretté collègue, M. Lecœur de Caen , dans un intéressant mémoire sur les pansements à Taide de l'alcool et des teintures
(1) Séance du 16 août.
(2) BulUtinde Thérapeutique , 1864 , p. 249 ,309 , 346. Paris, N* 168.
(3) Des Pansements des Plaies par l'Àleool, 1864.
alcooliques (i) , ont surtout préconisé ce moyen , accepté aujourd'hui par M. Nélaton et par beaucoup de chirurgiens, distingués. ^
De la lecture de ces travaux, il résulte que la suppuration devient à peu près insensible , qu'il n'y a pas de mauvaise: odeur , mais surtout que la phlébite et l'érysipèle deviendraient des complications beaucoup moins fréquentes qu'avec ks autres modes de pansement. Les chiffres fournis par les auteurs sont fort encourageants à ce point de vue, et nous ne pouvons que conseiller l'alcool comme moyen préventif de l'érysipèle traumatique; car, à part ses effets directs, il peut concourir efficacement à l'assainissement des salles.
Le D' Cancoin emploie, pour prévenir l'érysipèle trauma-^ tique, l'infusion de sureau aluminée (30 à 45 grammes d'alui^ pour un litre d'infusion). Il signale des succès. Ce moyen peut être appelé à d'utiles applications («).
Dans l'érysipèle des femmes en couches , lorsqu'il atteint l'utérus , ne serait-il pas opportun , en temps d'épidémie , de^ tenter des injections tièdes dans la matrice avec un mélange d'un tiers d'alcool sur deux tiers d'eau?
HM. Batailhé et Lecœur avaient déjà indiqué ce moyen préventif.
Enfin , nous devons rappeler que la réunion , par première intention , des plaies , bien faite et bien surveillée , qui fait la gloire de la chirurgie de Montpellier, doit toujours être employée, lorsqu'elle est possible, puisqu'elle paraît, avec juste raison, pouvoir prévenir le développement des érysipëes;.
Disons, en terminant , que M. le D" Thoinnet raconte dans sa thèse P) que l'emploi du coUodion sur les piqûres de sang-
Ci) Gaen , 1864.
(f) Cazin. . — Op. cU.j p. 937.
sues et suF les scarifications, paraît avoir m une certaine efficacité préservatrice dans Tépidémie qu'il* avait observée à Nantes. Cette indication mérite d'être vérifiée.
Outre ces moyens prophylactiques locaux, je tien» à rafipe- 1er que la prophylaxie de Térysipèle a emprunté aussi des êléments à la médication générale.
En Angleterre, dans l'opération de Foyariotomîe, on administre aux malades en préparation , du vin de quinquina, des timiques. Ces moyens n'ont pas d'action spécifique, mais ils parent au danger qui résulte de la faiblesse, et mettent l'économie en état de mieux résister à la cause , à l'influence érysipélateuses.
La teinture d'aconit, à la dose de 4 grammes, à prendre en deux fois , préconisée par M. Isnard (i) dans l'infectian purulente , ne pourrait-elle pas être employée comme prophylactique en temps d'épidémie?
Quant à moi , je préférerais , après avoir pris toutes les pré- ^utions pour mettre les individus exposés à l'abri de la contagion, employer le perchlorure de fer à la dose de iO gouttes par jour pendant sept à huit jours ; son action sédative et coagulante, ses propriétés toniques sont de nature à lai^er espérer que les miasmes seront moins susceptibles d'être absorbés, et qu'il diminuera les chances de sepiicœmie.
M. Petrequin de Lyon l'avait, d'ailleurs , recommandé pour prévenir l'érysipèle à la suite des plaies chirurgicales.
La prophylaxie peut donc diminuer le nombre des àysîpMes par quelques précautions générales. Pour les {riaies existant dans les salles infectées, on redoublera de soins et de précautions dans les pansements, et tant que durera l'influence pernicieuse de l'épidémie, on devra absolument s'abstenir de toute opération dont l'urgence ne sera pas reconnue ^ des opé-
(1) Union médicale , 1861 , p. 234 à 264.
rations de complaisance, et lorsqu'il n'y aura pas moyen d'ajourner à an temps meilleur, on devra éloigner le blessé ou Topéré de tout individu atteint d'érysipèle ; mettre beaucoup d'attention à la préparation des opérations, ne pas enn ployer des instruments ou des pièces de pansement ayant déjà servi pour les érysipélateux. On évitera aussi les applications de sangsue , les saignées; et lorsque , dans une famille , sur^ viendra un érysipèle grave , la prudence exige qu'on éloigne autant que possible les parents, et qu'on évite le séjour trop prolongé près du lit aux garde-malades. A cette fin, il serait très-opportun de les renouveler souvent.
Enfin, dans les plaies contuses, on fera bien de rendre nets les bords avec le bistouri, ou, comme le recommande M. Piorry, a{M*ès les avoir bien lavés, bien nettoyés et desséchés, on cherchera à les tanner et à les momifier avec l'alcool , le sel marin, la créosote. Toutes ces précautions, qui semblent minnUeuses, ne sont pas indiffisrentes, et ne doivent pas être n^igées. Grâce à ell^ , on évitera quelquefois les accident» graves qui résultent de l'érysipSe épidémîque.
Ne serait-il pas opportun aussi de ne pas recevoir en temps d'épidémie, dans un hôpital, les malheureux que la misère^ phtôt qu'une maladie, oblige à chercher un refuge dans ce» maisons lie charité?
On devra ^ifin éviter les vaccinations en temps d'épidémie d'érysipèles.
Dans tous les cas, s'il y a urgence, pour éviter les chances de cette maladie, on dewa renouveler le vaccin avec mémgements, sans rader .ni comprimer les boutons, et faire suivre cette petite opération de pansements émdlients et de repos du bras.
Ces recommandations doivent acquérir une plus grande importance encore à l'époque actuelle. Tout le monde ne connaît pas les répulsions que l'on éprouvait encore l'année
dernière dans les provinces , au sujet de la vacdnatk)n. Elles pourraient même s*augmenter si le médecin yaccinateur éprouvait quelque accident d'érysipèle , et le biafifait de Jenner serait bien susceptible d'être pour long-temps compromis , si, au moment oii l'on se préoccupe des faits réels de syphilis vaccinale, on netenaitpas compte de l'influe nce érysipélateuse, et si l'on voyait se multiplier les accidents qu'on attribue si aisément à la vaccine , et qui auraient leur source dans l'imprudence ou l'insouciance de l'homme de l'art.
On peut encore tenter un moyen signalé par M. Labat de Bordeaux pour prévenir l'infection purulente , si facile dans rérysipèle traumatique. Ce serait l'emploi de l'ergotine ou de l'ergot de seigle à haute dose, dans les quatre ou cinq premiers jours des opérations. Cette méthode ne doit pas être oubliée et mérite d'être expérimentée.
L'on avait cru que le fer rouge et les caustiques chimiques pouvaient prévenir l'érysipèle traumatique , qu'ils étaient préférables au bistouri; on avait même avancé que ces moyens étaient de nature à l'arrêter dans sa marche et à le guérir complètement. Malgré quelques succès , qui semblent avoir donné raison à MM. Larrey, Pelletan, Yelpeau et autres, des cas de développemen4; d'érysipèle se sont montrés après leur emploi. M. Velpeau a même vu dans les salles de la Chsurité une femme, débarrassée d'un cancer de la joue au moyen de la pâte sulfo-safranée, qui eut autour de l'escharre un érysip^e qui devint promptement mortel (i). Quatre autres cas se déclarèrent à ce moment dans son service, sans l'emploi des caustiques. Ceci prouve une fois de plus que, malgré l'occlusion des lymphatiques par la cautérisation , l'érysipèle se manifeste, et que, par suite, la plaie elle-màne (puisque, dans ces cas, c'est une escharre) n'absorbe pas Je
(1) Juillet 1848.
œiasme oa^ le virus^ qui doit produire la' maladie générale spécifique; que cette inoculation, qui, quelquefois, devient un auxiliaire , n'est pas la cause réelle dé la mallsulie , quoique* pouvaAt y aider.
Nous ne devons pas oublier non plus Fheureuse influence de Tanesthésie sur les suites des opérations chirurgicales. Nous savons bien que cette méthode n'empêche pas le développement des érysipëles , mais nous pouvons affirmer qu'elle est de nature à amoindrir leur gravité , en diminuant la douleur et la réaction qui accompagnent, le traumatisme chirurgical , conditions qui ont une action si ma^ipiée sur la violence de l'inflammation , sur la phlébite et l'infection purulente. Or, il est reconnu que l'infection purulente est moins fréquente à Paris depuis qu'on fait usage des moyens anesthésiques, et M. Simonin a remarqué à Nancy que, sous cette influence, le frisson est diminué, la suppuration dure moins et est de meilleure nature. Ces observations sont susceptibles de faire supposer que là gravité des érysipèles doit être diminuée, au point de vue des chances possibles de ses funestes complications.
On doit tenter tous ces moyens prophylîactiques deFérysipèle; mais quoi qu'on fasse et malgré tous les efforts, on ne pourra jamais que limiter le nombre des érysipèles épidémiques, car il n'est pas donné à Thiomme d'empêcher toujours le dévdoppement d'une maladie qui n'est qu'une conséquence des lois étemelles de notre création.
Quoi qu'il en soit , Ton voit que lé chirurgien et Taccoucheur ne doivent pas être seulement opéi-atèurs. Guidés l'un et l'autre p(ar des principes sains de pathologie générale , ils n'exécuteront jamais une opération , même minime , sans entrevoir et calculer d'avance toutes les formidables consêiquences qui résultent, chez les individus, de l'influence des causes maladives et épidémiques.
« Le médecin, dit Dumas (^) , doit tâcher, d^assurer le succès de ses opérati<ms en écartant et dissipant les causes morbides, et ne reconnaître de méthodes curatives avantageuses pour les maladies internes que celles qui s'accommodent paiement aux affections plus cachées dont elles se compliquent, »