CHAPITRE VII
INTatUjre die l'éx*yslpèle. — Olas slfloatloix •
La question de la nature de Térysipèle a reçu des interprétations bien différentes , suivant les âges et les systèmes de la médecine. Chaque système a donné sa réponse, et les opinions des auteurs sont aussi variées et dissidentes que les principes généraux qui les guidaient.
Celse rangeait Térysip^e dans les inflammations ; Galien le considérait comme le résultat d'une fluxion humorale formée par la bile jaune fortement échauffée; Guy de Chauliac, Ambroise Paré adoptèrent l'opinion de Galien ayec de légères modifications; il en^st de même de Fabrice d'Aquapendente. Cela ne doit pas nous étonner quand on songe que , jusques à la fin du moyen-âge, le culte de Galien était exagéré, et qu'on ne jurait que sur la parole du maître. Mais bientôt, quelques esprits indépendants établirent des systèmes nouveaux.
L'alchimiste Paracelse accusait un sel vitriolé produisant une aigreur qui gênait l'esprit vital.
L'iatro-chimiste Van Helmont voyait dans l'érysipèle un acide capable de coaguler toutes les humeurs, et contre lequel l'archée-maître luttait jusqu'à l'expulsion.
L'humoriste Le Boé Sylvius accusait la stagnation du sang
(1) Op. cit., p. 3.
due à une corruption de la bile , du suc pancréatique et de la lymphe en fermentation.
Sydenham, Baillou, Stahl ne s'expliquent pas sur la nature de rérysipèle. Le XVIIP siècle nous fournit encore quelques documents : Gorter en trouve la cause prochaine dans la bile; Richter, dans Finflammation des vaisseaux séreux; Hatner , dans Tobstruction des pores de la peau ; Borsieri ne doute pas que Térysipèle ne soit une phlogose provoquée par une humeur ténue, acre, analogue à la partie bilieuse du sang , et engendrée intérieurement. C'est un genre bâtard d'inflammation.
Sauvages le classe dans les phlegmasies exanthématiques , c'est-à-dire dans ces inflammations non pures qui sont produites par des matières acres , corrompues , etc.
Bromfield dit que l'érysipèle tient à l'obstruction des pores de la peau par les particules biliaires.
Hoffmann lui donnait aussi pour cause prochaine une bile acre, caustique, altérée par sa stagnation dans ses couloirs.
Lorry trouve sa cause principale dans une sérosité acre , irritante.
Cullen suppose que l'érysipèle dépend d'une matière engendrée dans le corps , qui , en conséquence de la fièvre , se porte vers la surface d'une manière analogue à celle des autres exanthèmes.
Callisen déclare que l'érysipèle est une inflammation.
Lamotte prétend que la cause de l'érysipèle est l'obstruction des pores de la peau qui ne permet pas l'expulsion d'une sérosité acre et piquante séparée du sang.
Hévin,Mahon, Desault, Lassus accusent simplement une inflammation.
Richerand l'attribue à un état bilieux.
S. Cowper, Renauldin le regardent comme une inflammation,
Boyer l'attribue à un état saburral.
Pinel le croit lié, comme phlegmasiç, à m état général , h une disposition interne.
Weatheread est da même spntimmt.
Pour Biett , Cazenaye et Schedel , c'est un exaoïthèm^
Pour Rostan , c'est le prototype de l'inflammation localisée sur la peau.
Broussais avait déjà dit que Férysipele est uitelnflai^imatiQft franche.
Amolt admet cette pensée de même que Rocba et Smso9.
Pour B^ayer , c'est une inflammation exanthématiquç;.
Pour HM. Chomel et Blache, c'est une affection de cause interne.
ie Compmdium de Chirurgie di^ qu^ c'est une inflamma* tion spéciale.
m. Yetpeau n'adpe^t que VÛ)llama^j^ioA causée par des causes externes.
Pour M. Bebier, c'est une inflammation et non une pyrexie.
pQur Gbâius , c'est une inQammatioQ des lymphatiques et du réseau 4^ Walp^bi.
Pour H. Desprès , c'est une inflammation des capillaires lymphatiques,
Flandrin y voit une modalité de 1^ phlébite.
Pour Copland , c'est le principe vital altéré avec perte de fonction des capillaires ; il existe une diathèse érysipélateuse.
Pour LepeUetier , c'est une inflammation spédale tfmant de rinflammatipn^ et de l'exanthème.
Pcfur Rus^, Jabn, I^ubn et d'autres médecins a^emandst c^est une fièvre exanthématlque.
Pour]^andin, c'es^ une inflammation de la peau et des vaisseaux lymphatiques.
Pour J. Franck, c'est une inflan^aation de la pea^ ten^t des inflammatio]]^ et des^ e(3[^th|èmes.
Pour P. Franck , c'était la même çhosiç.
Vallek dit que c'iest uti6 iiiflainmàtiàn dé la peâu.
Eeqtiill prétend que c'est une phlegmasie érythémâtéuse dé la ipéàu dépendant d'uiié diâpo^tion intertie.
M. Boaillaud suppose que c'est une sorte de phlébite.
Cependant, à propos dé Térysipèlô bilieui qu'il considère €o&die bypothétl^nè , il dit que fes mêmes causes qui donnent liëti à Térysipèle peuveiit détehniliér Tétat gàdtrique ^ sbMë 4'érysîpèle intérietir .
H. Piorry le croit dû à une inflammation de la peau , soUS l'influence de la septicœmié.
M. Grisollid admet que Tinflammation exanthématiqae, qui Gonstitueïérysipëe, tient à un&causè générale.
Enfin , M. Trousseau déclaré que l'érysipèle eàt soùtent la toânifèstatioû extérieure d'une s^fection grave primitive, ou bien qu'il se comporte à la façem de la? dîphthérie, primitivement locale ,^ui bientoi infecte ^économie tcmt entière.
Ozanam le considérait comme uii exanthème;
L'école Italienne regarde l'éryâpèle comme une phléboartérite capillaire*
M. Velpeau:, préoccupé surtout des érysipèlés traumatiques , professe que l'érysipèle résulte soit de l'absorption de matières septiques venues du dehors, soit d'une altération d(i pus à la surface des plaies. En fout cas , il est la suite d*ttti empoisonnement. V^ilà donc du pus , voila des matières septiques qui, transsubstantialisées dans l'organisme , pourraient âoniier Uàissàiïcé à une maladie capable de se transmettre. Cette conôeption s'étoigtié un pdu des faits d'observation ; elle ne paraît pas d'accord avec là théorie, puisqu'elle négligé l'un dtés éléments les plus importants de l'aflectiôn , c'est-à-dire la s^iécificité et là contagion.
M. Pujos l'a si bien compris qu'il se hâte d'ajouter aux éléments indiqués comme causes par M. Velpeau ce que celuici a laissé dans l'ombre, et il déclaré que l'état général de Féry-
ftipèle n'est qu'une véritable intoxication de réconomie , qui demande une certaine prédisposition; mais il se bâte de nous dire , à tort , suivant nous , que cette prédisposition n'occupe ici que le second rang.
M. Demarquay, dans un mémoire présenté récemment à FAcadémie sur l'absorption par les plaies , déclare qu'il y a lieu de se demander si l'élément septique qui amène l'érysipèle et la fièvre puerpérale ne serait point absorbé par la plaie elle-même.
Mais comment expliquerait-on alors les érysipèles médicaux? il faudrait les séparer étiologiquement des traumatiques et accuser deux causes de produire un même effet.
Nous avons déjà démontré l'identité de tous les érysipèles et leur génération spontanée au sein des organismes. Nous n'y reviendrons pas ici. Mais nous devons dire que les diverses explications des auteurs n'ont pu nous satisfaire parce qu'elles oublient trop la puissance virtuelle de l'activité vivante.
Voici , enfin , quelle est l'opinion dernière professée à Montpellier par M. Girbal , professeur agrégé : sans admettre un virus ou une intoxication préalable quelconque pour expliquer l'apparition de l'érysipèle , il faut au moins reconnaître l'existence d'un état interne spécial , se traduisant tantôt par une fièvre suivie d'éruption, tantôt par l'éruption seulement, accompagnée ou précédée de quelques troubles fonctionnek apyrétiques (i).
Toutes ces opinions peuvent se résumer en deux groupes principaux : ou bien on a considéré l'érysipèle comme une inflammation locale commune , en variant pourtant sur le siège précis de sa manifestation ; ou bien on l'a rapporté à un état général antécédent et primitif , qui tiendrait l'inflammation de la peau sous sa dépendance.
(l) Montpellier Médical , 1863, février, p. 13î.
Etudions la valeur de ces théories. Avant tout , Térysipèle est-il une inflammation ? Sans nous arrêter aux divergences d'opinions sur les éléments précis du tégument où Térysipèle se montre, nous nous croyons autorisé à affirmer que cette maladie n*est pas une inflammation ordinaire , ni locale , et qu'elle ne suit pas la loi des inflammations. D*abord on ne peut pas la faire naître à volonté; deuxièmement nous savons qu'elle est épidémique; c[u'eHe est accidentellement contagieuse; que, contrairement à ce que Ton trouve dans les inflammations franches, le sang est diffluent, peu couenneux; qu'elle se manifeste dans les circonstances opposées à celles qui amènent les vraies inflammations ; qu'elle complique d'une manière fâcheuse les inflammations ordinaires ; qu'elle trouble et altère la suppuration dans les plaies; qu'elle empêche l'adhésion des solutions de continuité. Nous ajouterons avec M. Grisolle (^) que « si l'on considère là grande mobilité de rérysipèle , le trouble des fonctions digestives , la disproportion qu'il y a souvent entre les symptômes généraux et le peu d'étendue de la phlogose cutanée; enfin , l'impuissance des antiphlc^istiques , et le développement presque toujours spontané de la maladie, on sera autorisé à penser que les phénomènes inflammatoires , dont les téguments sont le siège , ne constituent pas toute la maladie, i^
Et c'est ce qu'ont recconnu les médecins qui, ne pouvant raisonnablement soutenir que Térysipèle est une inflammation franche , ne variant que d'après les tissus affectés , ont fait de cette maladie une inflammation spéciale, bâtarde, ou bien une combinaison de l'inflammation et des exanthèmes. C'est déjà une concession ; mais ce faux fuyant ne peut nullement s'accommoder avec les exigences de la science et les observations de la pratique.
(1) Path.int. > 1862, p. 612.
Les autres ont vu daas réiysi{)èle'âû6 cmïse gàiérâle pro* dujâantia maailéstatioii cutanée. De ce nombre, sont les ao^ leurs ^qui iconsiâèrent Térysipëe coïom/à tu^âèvreexantiié* oiatique. Oetle idée , en germe dans la Ibéorie de Van HelmoBl qui voyait dans ht maladie un effort, un combat de ranfaée conU:e la cause auor bifique , développée par Sj^denbam qui BOfiunait l'iérysipëd : fièvre érysipâaiteuse, ne nous paraît œ^ pendant pas conforme à la vérité, ie n'en facmiirai que les preuves suivantes : L'éruption érysipélateiide n'est pas gêné* raie; elle affecto surtout les parties où esdstent des hiessores, des lésions; elle n'ofifrepas toujours la même forme; Térysi* pèle ne confère pas Timmun^ par une première attente; n coniraire, la récidive est fréquente; et, quoique contagieia, son virus est du genre de ceux qu'on appelle réctdi&; certaines causes spéciales paraissent favoriser son appariëon. Sa marche n'offre pas la régularité de l'exanthème des fièvres éruptives.
Hais si, comme H. Grisolle, nous ne pouvons considérer rérysipèle comme étant une fièvre exantiiématique comparable à la rougeole ou à k scarlatine , les malaises prodromiques , la fièvre, l'engorgement spontané des ganglions voisins du point sur lequel doit apparaître la plaque érysipéiateuse, etc. , tout» en un mot, traduit l'expression d'un orage, d'un trouble général intérieur. Comment, d'ailleurs, expliquer ces symptômes et les rapporter à une inflammation locale, alors que la lésion n'existe pas encore î
Cette cause érysipélateuse, pour me servir du mot de M. Yidal de Cassis, présente surtout en temps d'épidémie , imprime à l'économie vivante des modifications profondes, qui restent quelquefois assez long4emps à l'état latent avant de se manifester. Cet état général antécédent, que personne plus ne songe à nier aujourd'hui, a été interprété de diverses manières. Sans nous arrêter aux hypothèses de la bile altérée, de l'acrimonie, des
^tÀAùs, ^ ont Ml leur temps, nous <x)û8talons qoe beanomp de 4)on8 mtears trofiyeât l'origine de Férysip^e dMs Tmïdfêir^ ras de Tei^onmc. One seule t^nsidération suffit pont* txm* battre cette idée. Que de fois TemlmniM gastrique se présente M prMitien sians manifestation d'éryrîpèle. C'e^ une des Indis^ pointions le^ pkrs fniq^entes, et, néanmoins, on roit des an* Dées s'éconler sans trouver un seul txx& d'érjsipele, H y a donc queiqtie «liose de ^s -, qui donne à Tâ^ysipèle son cachet par^ ticulier.
En efiët, rérysipèle nous présente des caractères propres, cousants, universels et univoques dans sa forme simple « sporadîque ou épidëmique. De plus , la cause qui le provoque , mise en rapport avec Téconomie vivante, produit presque constamment les mêmes effets, provoque toujours la même SMladie; àces caractères', nous reconnaîtrons aisément une cause spécifique produisant, par son élaboration dans l'écono** mie vivante, une maladie spécifique.
Si, à côté de cette constatation, nous mettons la période d'incubation, et le temps de préparation de l'état morbide, nous voyons encore que la nature de l'érysipèle est spécifique. L'état général est tout dans l'érysipèle. Donc, c'est une pyrexie.
Mais quel est cet état général , cette disposition , cette cause ? Mystère ici comme pour la varide , la rougeole, la diphthérie et tant d'autres maladies.
Pour nous donc, l'érysipèle épidàniqtie est une affectioB fébrile spécifique, produisant spontanément, ou par contagion^ une manifestation sur les téguments , manifestation caractérisée par une rougeur diffuse , accompagnée de chaleur, de rougeur et de gonfl^tnent
Nous avons plusieurs fois prononcé le nom de maladie spécifique. La récente et remarquable production de M. Chauffard sur la spontanéité et la spécificité dans les maladies, se trouve concorder si bien avec noire manière de voir et nos opinions
personnelles, que nous sommes heureux de pouvoir profiter d^ sa savante discussion , et de reproduire les propositions qui résument son travail. Pour lui donc, a la maladie spécifique^ quelles que soient ses causes occasionnelles, est celle qui se manifeste et se juge par la création et l'émission de produits spécifiques, c'est-à-dire capables de transmettre à un organisme sain la maladie dont ils sont le signe et le produit. « Il est, dit Tauteur, des maladies toujours et nécessairement spécifiques; » mais il est aussi certains érysipèles qui , d'ordinaire , maladies communes, se transforment à un moment donné, montent dans Tordre pathologique et atteignent à la spécificité, et, dans ces cas , suivant Fintensité des causes occasionnelles, suivant le» conditions propres du terrain organique affecté et réagisssmt, ces érysipèles peuvent être ou n'être pas spécifiques , et, partant, oui ou non, transmissibles par contagion. Les maladies spécifiques et, par conséquent, Térysipèle, sont susceptibles de se montrer à l'état épidémique, et elles seules sont aptes à contracter cette forme redoutable , et toute maladie épidémique vraie est spécifique et contagieuse. Lorsque ces caractères manquent, il n'y a pas épidémie, mais maladie due à la constitution de la saison ou purement endémique. Ces conclusion» sont forcées pour Térysipèle épidémique, et les développements que nous avons donnés au chapitre de la marche de cette affection prouvent la réalité d'un virus spontanément formé au sein de l'organisme malade susceptible de transmission suivant les conditions.
Quoique peu partisan des hypothèses, me permettra-t-on d'exposer ici une théorie de Térysipèle , déduite des faits que nous venons de rassembler, et de nos études sur cette affection î