DEUXIEME PARTIE
DES DIFFÈREiNTES ESPÈCES D'ÉRYSIPÈLES EN PARTICULIER.
Dans tous les temps les observateurs ont été frappés de la variété des caractères présentés par l'inflammation érysipélateuse; et suivant l'importance qu'il attribuait à tels ou lels de ces caractères, chacun d'eux a multiplié plus ou moins les formes et les spécialités de cette altération.
Sauvages distingue des érysipèles: commune^ typhodes y à veneno , ambustio, pestilens^ symptoTnaticurriy chineuse^ zoster contagiosum^ a vespis.
Burserius : idiopathique ou primitif, symptomalique, accidentel, par cause externe.
Desault : simple , phlegmoneux, traumatique, bi" lieux, ambulant.
Lassus : simple , phlegmoneux , œdémateux , typhode, périodique.
Pinel : simple , vésiculeux ^ pustuleux ou zona , périodique, erratique^ bilieux, phlegmoneux, adynamique ou gangreneux, ataxique ou malin.
Renauldin : idiopathique ou primitif, essentiel ; symptomatique ou secondaire; accidentel ou par cause externe
Pearson : simple , phlegmoneux , œdémateux , gan-
greneux.
Boyer : simple, compliqué, phlegmoneux, œdémateux, miliaire, pustuleux, périodique^ fixe, ambulant.
DE L'ÉRYSlPÈLli EN PARTICULIER. lô;
Bateman : simplex^ phlegmonodes , œdematodes^ gajigrenosuiriy erraticum,
Marjolin : simple, phlcgmoneux, œdémateux, pustuleux ou zona.
Biett : vrai , phlegmoneux.
Alibert : simple, phlegmoneux, œdémateux.
Chomel et Blache : apyrétique , bilieux , inflammatoire, adynamique,ataxique ou malin, phlycténoïde, miliaire, œdémateux, gangreneux, ulcéreux, des enfans nouveau'-nés, fixe, vague , ambulant, externe, interne (J. P. Frank a suivi ce dernier jusque dans le vagin / l'utérus , la vessie, le pharynx, les poumons) , périodique.
Roche et Sanson : Erylhème, érysipèle, érysipèle phlegmoneux.
Rayer: Erysipèle, érysipèle phlegmoneux, œdémateux.
Rostan : Érysipèle, érysipèle phlegmoneux.
Chelius : Erysipèle vrai , érysipèle faux , qui peut être idiapothique , symptomatique. Division tirée de Rust qui distingue Verjsipelas verum ou exanthematîcum , et Verjsipelas spurium ou speudo-erjsipelas. ^— M. Bonorden distingue le faux érysipèle de Rust, des érysipéles exanthématique et traumatique , il en place le siège dans les fascia.^ et propose de le nommer syndesmitis de Rust.
Si nous envisageons l'érysipèlesous le rapport de ses principales conditions d'existence, nous trouvons qu'on pourrait le distinguer de la manière suivante, relativement i"* au siège \ Erysipèle, érysipèle phleg-
mon eux; 2° aux caractères ^ au génie inflammatoire: Sthénique, asthénique, gangreneux; 3° aux causes visibles ou supposées : Par simple excitation superficielle , traumatique , bilieux et saburral , typhode ou miasmatique, et d'après plusieurs auteurs, rhumatismal, goutteux, scrophuleux, dartreux, scorbutique , vénérien , etc. , etc. ; /^° à la marche, aux retours : Fixe , progressif, erratique ou ambulant, périodique ; 5° aux âges: Des enfans nouveaunés, des adultes, des vieillards; 6^ à V aspect: Erythémateux, miliaire, phlycténoïde ou vésiculeux , huileux , œdémateux, ulcéreux; 7° au lieu cju^ il affecte : De la tête , du tronc, des membres.
Si nous considérons actuellement l'érysipèle sous le rapport clinique, nous devons établir des divisions légitimées par la précision indispensable surtout dans le diagnostic et le traitement; les suivantes nous ont paru le mieux répondre à cette intention, et c'est d'après elles que nous tracerons les histoires particulières de cette maladie. Ainsi : Èrisipeles l '^ simple^ 2° phlegmoneux y?)"" œdémateux , 4° traumatique^ 5° bilieux ^ G** tjphode^ 7° asthénique ou gangreneux , 8° erratique^ ^"^ périodique y 10" des enfans nouveau-nés ^ 11° des vieillards^ 12" de la tête^ i'6° du tronc ^ \J\ des membres.
1« DE l'ÉHISIPÈLE simple.
L'érysipèle simple (érythèmc de MM. Rostan , Roche et Sanson» etc. ; érysipéle apyrétique de
DE L'ÉRYSIPÈLE SIMPLE. iScj
MM. Chomel et Blache , erjsipelas spurium de Rust; faux érysipèîe de Chelius, etc.) est selon nous l'inllammation plus ou moins superficielle de la peau, déterminée par cause locale, et caractérisée par la rougeur uniforme , la chaleur, la sensibilité, la tuméfaction légère et vaguement circonscrite. Cette maladie n'a de commun avec les autres espèces d'érysipèle proprement dit, que les caractères de l'inflammation derrnoïde , que nous venons d'énumérer, et si nous en traitons sous le nom d'érysipèle, c'est pour nous conformer aux idées les plus généralement reçues, et pour avoir en quelque sorte un point de départ susceptible de nous conduire de l'inflammation cutanée purement locale ^ aux modifications de cette phlegmasie liée d'une manière plus ou moins intime à des altérations constitutionnelles qui lui donnent un génie particulier, des caractères d'une importance majeure, et réclamant des médications souvent opposées.
Prédispositions. — Tempérament sanguin, peau fine, irritable, jeunesse, printemps, pays chaud, professions de forgeron, fondeur, verrier, etc., etc.
Causes. — Toutes les irritations plus ou moins superficielles de la peau, frottemens, calorique, froid, corps chimiquement irritans, malpropreté, contusions légères, froissemens, excoriations, etc. Nous ne parlons pas ici des fractures, des contusions, àes plaies plus ou moins profondes, ayant à consi-
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dérer ailleurs Terysipéle traumatique , l'un des plus importans en chirurgie.
Symptômes. — Rougeur uniforme de la peau , variant du rose au violet foncé, disparaissant ordinairement sous le doigl, reparaissant quand on cesse de presser 5 se fondant insensiblementdans la couleur de la peau saine; pouvant, suivant le degré de l'inflammation ou la nature de la cause locale, élre mêlée de phlyctènes plus ou moins étendues, remplies d'une sérosité blanche, roussâtre, brune, quelquefois même sanguinolente, parfois d'escharrifications plus ou moins superficielles , etc. tum^eur peu considérable, sans relief apparent et bien déterminé, tant que la peau seule est bien enflammée. Chaleur vive, brûlante. Sensibilité ivè& développée tant qu'il n'existe ni stupeur, ni gangrène. Dans cette première espècenous n'avons point rencontré de prodromes^ la fièvre ne vient s'associer aux symptômes qu'autant que l'irritation locale est assez développée pour entraîner unjs réaction du centre circulatoire: toujours alors cette fièvre est consécutive , jamais primitive, essentielle. Dans les circonstances normales cette inflammation est fixe et n^a point , comme dans l'érysipèle proprement dit, la tendance progressive et surtout erratique , elle se juge dans le premier siège de son invasion, et^ l'effet de la cause locale produit, ne tend à se propager que sous des influences étrangères à son caractère essentiel; toutefois, comme les inflammations idiopathiques, elle peut offrir tous les degrés
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intermédiaires depuis rhypcrslhénie la plus développée jusqu'à Faslhénie la plus complète.
Sa durée la plus commune est de deux à six ou huit jours. Lorsqu'elle se prolonge davantage c'est ordinairement par la persistance des causes, par un traitement intempestif, par le passage de l'inflammation à l'état chronique, ou bien enfin par l'envahissement du derme dans toute son épaisseur.
Ses terminaisons ordinaires sont la résolution avec desquammation plus ou moins marquée; la suppuralion superficielle avec ou sans escharrification', quelquefois il se forme des foyers purulens, lors surtout que la couche dermoïde profonde s'est trouvée compromise dans l'inflammation. La suppuration n'est point alors diffuse, mais renfermée dans des abcès communément peu spacieux qui tendent à gagner la superficie lorsqu'il siège dans le tiers externe du derme, et la profondeur lorsqu'ils affectent le tiers interne; le tiers moyen offrant, comme nous l'avons fait observer ailleurs plus de densité, de résistance que les deux autres et surtout que le tissu cellulaire sous cutané.
L'érysipèle même simple peut, sous Tinfluence des causes locales, envahir le tissu sous dermoïde et prendre les caractères locaux de l'érysipèle phlegmoneux ; mais alors il n'a jamais la gravité de cette maladie rattachée aux circonstances générales et communes de son développement; aussi ne ferons-nous que l'indiquer ici.
La terminaison par gangrène est rare dans Férysi-
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pèle simple, à moins qu'elle ne se rattache à l'influence même de sa cause , de son traitement, ou de l'état du sujet. L'induration est également peu fré» quente,sides médications intempestives n'en ont pas favorisé le développement lent et gradué.
Traitement, — Dans les cas ordinaires sans modification grave, sans complication étrangère^ ce trai tement est purement local, et les topiques, à peu près inutiles^ quelquefois même nuisibles dans plusieurs autres variétés^ sont ici du plus grand intérêt, et doivent être modifiés avec intelligence, en ne perdant pas de vue que Findication fondamentale consiste à favoriser la résolution , prévenir la suppuration et l'envahissement en profondeur. Si l'inflammation est superficielle, assez limitée dans son début , sans asthénie qui puisse faire craindre l'asphyxie locale et la gangrène : répercussifs réfrigérens, eau froide^ eau végéto^^minérale de Goulard, eau faiblement acidulée, affusions continues. C'est ici que l'on pourrait utiliser le camphre mouillé proposé dans ce but par MM. Gama et Malgaigne. Nous aurions moins de confiance dans les fomentations alcooliques réfrigérentes, conseillées par M. Gouzée, en raison de l'excitation que pourrait occasionner le spiritueux; elles trouveraient cependant une application très utile dans les cas où la réfrigération laisserait quelques inquiétudes d'asphyxie ou de mortification locale. Ce moyen mixte conviendrait alors mieux que les autres.
Si l'inflammation est déjà développée , surtout
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avec une certaine intensité : fomcnlalion , cataplasmes cmol liens.
Si Ton craint la propagation de la phlegmasie surtout en profondeur, saignée du bras pour les sujets jeunes hypérémiés; dans l'hypothèse contraire application de sangsues à distance des points enflamuiés. La situation^ le repos des parties affectées, une diète relative l\ l'importance de l'inflammation, aux dispositions du sujet, quelques boissons tempérantes, complètent le traitement de cette période.
S'il se forme des phlyctènes , les ouvrir avec précaution, sans enlever l'épiderme, pour ne pas augmenter les causes de l'irritation.
S'il se développe des abcès, les ouvrir de trèsbonne heure par de petites incisions, afin d'éviter les difformités qui résulteraient des cicatrices et de prévenir en même temps les fusées purulentes et l'extension au tissu cellulaire.
Si des escarres se sont manifestées, en favoriser le détachement éliminatoire, veiller à la marche régulière delà cicatrisation, prévenir surtout les adhérences dans le sens de la flexion. Du reste s'opposer par des moyens opportuns aux complications et combattre celles qui seraient survenues.
Obs. XïX. — Julien, potier, garçon^ domestique^ âgé de 27 ans, tempérament lymphatico-sanguin, portait depuis quelques jours un pantalon en toile neuve et très dure, après une marche prolongée, il s'aperçoit de rougeur, chaleur, douleur à la partie interne des cuisses, augmentation des symptômes,
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le malade ne peut plus se livrer à ses travaux et se fait recevoir à l'hôpital, le 2 mai i823. Double crysipèle^ s'étendant à peu près également de chaque côté, depuis le pli de la cuisse jusqu'à trois à quatre pouces du genou, envahissant à peu près la moitié de la circonférence du membre avec rougeur vive à la partie interne, s'affaiblissant en arrière et en devant, et n'offrant aucune circonscription facile à préciser; tension, gonflement, douleur au toucher, léger mouvement fébrile, sans aucun autre symptôme général, un peu de gonflement dans les ganglions inguinaux du côté gauche particulièrement , repos au lit, soupe, limonade gommeuse nitrée, application sur toutes les parties affectées de larges compresses trempées dans l'eau végéto-minérale de Goulard et fre'quemment humectées.
3. Diminution de la rougeur et surtout du gonflement et de la douleur, encore un peu de fièvre , urines rouges et rares, même prescription.
4. Disparition totale de l'érysipèle, excepté sur les points les plus saillans de la partie interne des cuisses où les traces du frottement sont appréciables par la rougeur de la peau qui conserve une apparence de froissement dans l'étendue de plusieurs pouces, apyrexie complète, même traitement, la demie.
5. La desquammation est à peine appréciable, excepté dans les points indiqués où de petites croûtes noirâtres s'enlèvent progressivement.