‹ Traité de l'ésprit (volume 2)Chapitre 3 sur 42 · ANALYSE DU LIVRE DE L’HOMME · texte numérisé non relu

ANALYSE DU LIVRE DE L’HOMME

Après avoir , dans l’exposition de cet ouvrage , dit un mot de son importance, de l’ignorance

» Ce jésuite est le P. Berthier, ou, suivant Collé, le P. Pleix. 1 Dans la plupart des éditions du livre de l’Homme , cette analyse a été placée à la fin de ce livre, en forme de Récapitu-

ET LES OUVRAGES d’hELVETIUS.

où l’on est des vrais principes de 1 éducation, enfin, de la sécheresse de ce sujet, et de la difficulté de le traiter, il examine, section ire, « si « l’éducation nécessairement différente des divers « hommes n’est pas la cause de cette inégalité « des esprits jusqu’à présent attribuée à l’inégale « perfection des organes.»

L’auteur demande, à cet effet, à quel âge commence l’éducation de l’homme , et quels sont ses instituteurs.

Il voit que l’homme est disciple de tous les objets qui l’environnent , de toutes les positions où le hasard le place, enfin de tous les accidens qui lui arrivent ;

Que ces objets, ces positions et ces accidens ne sont exactement les memes pour personne , et qu’ainsi nul ne reçoit les mêmes instructions ;

Que, dans la supposition impossible où les hommes eussent les mêmes objets sous les yeux, ces objets ne les frappant point dans le moment précis où leur âme se trouve dans la même situation, ces objets en conséquence n’exciteraient point en eux les mêmes idées ; et qu’ainsi la prétendue uniformité d’instruction reçue , soit dans

la non; il nous a paru plus naturel de la placer ici, après celle du livre de l Esprit, puisque cette notice est relative à tous les ouvrages d’Helvétius : c’est d’ailleurs ce qu’a fait M. Lefebvre I.a Roche, dans l’édition in- 1 8

ESSAI SUR LA VIE

les collèges, soit dans la maison paternelle, est une de ces suppositions dont l’impossibilité est prouvée , et par le fait , et par l’influence qu’un hasard indépendant des maîtres a et aura toujours sur l’éducation de l’enfance et de l’adolescence.

D’après ces données, il considère l’extrême étendue du pouvoir du hasard , et examine :

Si les hommes illustres ne lui doivent pas souvent leur goût pour tel ou tel genre d’étude , et par conséquent leurs talens et leurs succès en ce même genre;

Si l’on peut perfectionner la science de l’éducation sans resserrer les bornes de l’empire du hasard ;

Si les contradictions actuelles , aperçues entre tous les préceptes de l’éducation, n’étendent pas l’empire de ce même hasard ;

Si ces contradictions, dont il donne quelques exemples , ne doivent point être regardées comme un effet de l’opposition qui se trouve entre le système religieux et le système du bonheur public;

Si l’on pourrait rendre les religions moins destructives de la félicité nationale , et les fonder sur des principes plus conformes à l’intérêt général ;

Quels sont ces principes;

ET LES OUVRAGES d’hELVÉTIUS. 67

S’il est possible qu’un prince éclairé les établisse ;

Si, parmi les fausses religions, il en est quelques unes dont le culte ait été moins contraire au bonheur des sociétés , et par conséquent à la perfection de la science de l’éducation ;

Si , d’après ces divers examens , et dans la supposition où tous les hommes auraient une égale aptitude à l’esprit, la seule différence de leur éducation ne devrait pas en produire une dans leurs idées et leurs talens. D’où il suit que l’inégalité actuelle des esprits ne peut être regardée , dans les hommes communément bien organisés, comme une preuve démonstrative de leur inégale aptitude à en avoir.

Il examine , section n :

« Si tous les hommes communément bien or- « ganisés n’auraient pas une égale aptitude à l’es- « prit. »

11 convient d’abord que toutes nos idées nous viennent par les sens ; qu’en conséquence on a dû regarder l’esprit comme un pur effet , ou de la finesse plus ou moins grande des cinq sens, ou d’une cause occulte ou non déterminée, à laquelle on a vaguement donné le nom d’organisation ;

Que, pour prouver la fausseté de cette opinion, il faut recourir à l’expérience, se faire une idée

ESSAI SUR LA VJE

nette du mot esprit , le distinguer de Famé; et, cette distinction faite, observer :

Sur quels objets l’esprit agit ;

Comment il agit ;

Si toutes ses opérations ne se réduiraient pas à l’observation des ressemblances et des différences, des convenances et des disconvenances que les objets divers ont entre eux et avec nous, et si, par conséquent, tous les jugemens portés sur les objets physiques ne seraient pas de pures sensations ;

S’il n’en serait pas de même des jugemens portés sur les idées auxquelles on donne les noms d’abstraites, de collectives, etc.

Si, dans tous les cas , juger et comparer serait autre chose que voir alternativement , c’est-à-dire sentir ;

Si l’on peut éprouver l’impression des objets , sans cependant les comparer entre eux ;

Si leur comparaison ne suppose point intérêt de les comparer ;

Si cet intérêt ne serait pas la cause unique et ignorée de toutes nos idées , nos actions , nos peines , nos plaisirs , enfin de notre sociabilité.

Sur quoi il observe que cet intérêt prend , en dernière analyse, sa source dans la sensibilité physique ; que cette sensibilité, par conséquent, est le seul principe des idées et des actions humaines ;

Qu’il n’est point de motif raisonnable pour rejeter cette opinion ;

Que , cette opinion une fois démontrée et reconnue pour vraie, on doit nécessairement regarder rinégaltté des esprits comme l’effet ,

Ou de l’inégale étendue de la mémoire ,

Ou de la plus ou moins grande perfection des cinq sens ;

Que , dans le fait , ce n’est ni la grande mémoire, ni l’extrême finesse des sens, qui produit et doit produire le grand esprit;

Qu’à l’égard de la finesse des sens, les hommes communément bien organisés ne diffèrent que dans la nuance de leurs sensations ;

Que cette légère différence ne change point le rapport de leurs sensations entre elles; que cette différence, par conséquent, n’a nulle influence sur leur esprit , qui n’est et ne peut être que la connaissance des vrais rapports des objets entre eux.

Cause de la différence des opinions des hommes.

Que cette différence est l’effet de la signification incertaine et vague de certains mots : tels sont ceux de bon , d'intérêt et de vertu ;

Que , les mots précisément définis et leur définition consignée dans un dictionnaire, toutes les propositions de morale, politique et métaphysique, deviennent aussi susceptibles de démonstration que les vérités géométriques ;

ESSAI SUR LA VIE

Que, du moment où l’on attachera les memes idées aux memes mots , tous les esprits adopteront les mêmes principes, et tireront les mêmes conséquences ;

Qu’il est impossible, puisque les objets se présentent à tous dans les mêmes rapports, qu’en comparant ces objets entre eux , les hommes (soit dans le monde physique, comme le prouve la géométrie; soit dans le monde intellectuel, comme le prouve la métaphysique) ne parviennent aux mêmes résultats ;

Que la vérité de cette proposition se prouve, et par la ressemblance des contes des fées, des contes philosophiques, des contes religieux de tous les pays, et par l'uniformité desùmpostures partout employées par les ministres des fausses religions pour accroître et conserver leur autorité sur les peuples.

De tous ces faits , il résulte que, la finesse plus ou moins grande des sens ne changeant en rien la proportion dans laquelle les objets nous frappent, tous les hommes communément bien organisés ont une égale aptitude à l’esprit.

Pour multiplier les preuves de cette importante vérité, l’auteur la démontre encore, dans la même section, par un autre enchaînement de propositions. Il fait voir que les plus sublimes idées, une fois simplifiées, sont, de l’aveu de tous les philo-

ET LES OU VllAGES D’HELVETIUS. 71

sophes, réductibles à cette proposition claire , le blanc est blanc , le noir est noir ;

Que toute vérité de cette espèce est à la portée de tous les esprits ; qu’il n’en est donc aucune , quelque grande et générale qu’elle soit , qui, nettement présentée et dégagée de l’obscurité des mots , ne puisse être également saisie de tous les hommes communément bien organisés. Or, pouvoir également atteindre aux plus hautes vérités , c’est avoir une égale aptitude à l’esprit. Telle est la conclusion de la seconde section.

L’ohjet de la section ni est la recherche des causes auxquelles on peut attribuer l’inégalité des esprits.

Ces causes se réduisent à deux :

L’une est le désir inégal que les hommes ont de s’éclairer;

L’autre, la diversité des positions où le hasard les place : diversité de laquelle résulte celle de leur instruction et de leurs idées. Pour faire sentir que c’est à ces deux causes seules qu’on doit rapporter et la différence et l’inégalité des esprits , l’auteur prouve que la plupart de nos découvertes sont des dons du hasard ;

Que les mêmes dons ne sont pas accordés à tous ;

Que néanmoins ce partage n’est pas si inégal qu’011 l’imagine;

7 a ESSAI SUR LA VIE

Qu’à cet égard c’est moins le hasard qui nous manque , que nous qui manquons au hasard;

Qu a la vérité tous les hommes communément bien organisés ont également d’esprit en puissance ; mais que cetle puissance est morte en eux , lorsqu’elle n’est point mise en action par une passion telle que l’amour de l’estime , de la gloire, etc.

Que les hommes ne doivent qu’à de telles passions l’attention propre à féconder les idées que le hasard leur offre ;

Que, sans passions, leur esprit peut, si l’on veut, être regardé comme une machine parfaite, mais dont le mouvement est suspendu jusqu’à ce que les passions le lui rendent.

D’où l’on doit conclure que l’inégalité des esprits est dans les hommes le produit et du hasard et de l’inégale vivacité ce leurs passions. Mais de telles passions seraient -elles en eux l’effet de la force de leur tempérament? c’est ce qu’Helvétius examine dans la section iv.

Il démontre :

Que les hommes communément bien organisés sont susceptibles du même degré de passion ;

Que leur force inégale est toujours en eux l’effet de la différence des positions où le hasard les place ;

Que le caractère original de chaque homme

ET LES OUVRAGES d’hELVÉTIUS. 73

(comme l’observe Pascal) n’est que le produit de ses premières habitudes ; que l’homme naît sans idées , sans passions , et sans autres besoins que ceux de la faim et de la soif, par conséquent sans caractère; qu’il en change souvent sans changer d’organisation ; que ces changemens , indépendans de la finesse plus ou moins grande de ses sens, s’opèrent d’après des changemens survenus dans sa position et ses idées ;

Que la diversité des caractères dépend uniquement de la manière différente dont se modifie dans les hommes le sentiment de l'amour d’euxmêmes ;

Que ce sentiment, effet nécessaire de la sensibilité physique , est commun à tous ; qu’il produit dans tous l’amour du pouvoir ;

Que ce désir y engendre l’envie, l’amour des richesses, de la gloire, de la considération, de la justice, de la vertu, de l’intolérance, enfin toutes les passions factices dont les noms divers ne désignent que les diverses applications de l’amour du pouvoir.

Cette vérité prouvée, l’auteur montre, dans une courte généalogie des passions, que si l’amour du pouvoir n’est qu’un pur effet de la sensibilité physique, et si tous les hommes communément bien organisés sont sensibles, tous par conséquent sont susceptibles de l’espèce de passion

ESSAI SUll LA VIE

propre à mettre en action 1 égalé aptitude qu’ils ont à l’esprit.

Mais ces passions peuvent- elles s’allumer aussi vivement dans tous? Ce qu’on peut assurer, c’est que l'amour de la gloire peut s’exalter dans l’homme au même degré de force que le sentiment de l'amour de lui -même; c’est que la force de ce sentiment est dans tous les hommes plus que suffisante pour les douer du degré d’attention qu’exige la découverte des plus hautes vérités; c’est que l’esprit humain, en conséquence, est susceptible de perfectibilité; et qu’enfin, dans les hommes communément bien organisés, l’inégalité des talens ne peut être qu’un pur effet de la différence de leur éducation , dans laquelle différence il faut comprendre celle des positions où le hasard les place.

Dans la section v, l’auteur se propose de montrer les erreurs et les contradictions de ceux qui, sur cette question , adoptent des principes différens des miens , et qui rapportent à l’inégale perfection des organes des sens l’inégale supériorité des esprits.

Nul n’a sur cette matière mieux écrit que Rousseau ; mais, toujours contraire à lui-même, tantôt il regarde l’esprit et le caractère comme l’effet de la diversité des tempéramens, et tantôt il adopte l’opinion contraire.

ET LES OUVRAGES d’hELVETIUS. 'J 5

Helvétius montre que de ses contradictions à ce sujet il résulte

Que la vertu, l’humanité, l’esprit et les talens, sont des acquisitions;

Que la bonté n’est point le partage de l’homme au berceau ;

Que les besoins physiques sont en lui des semences de cruauté ;

Que l’humanité, par conséquent, est toujours le produit , ou de la crainte , ou de l’éducation ;

Que Rousseau, d’après ses premières contradictions, tombe sans cesse dans de nouvelles; qu’il croit tour à tour l’éducation utile et inutile.

De l’heureux usage qu’on peut faire dans l’instruction publique de quelques idées de Rousseau:

Que , d’après cet auteur, il ne faut pas croire l’enfance et la première jeunesse sans jugement.

Des prétendus avantages de l’âge mûr sur l’adolescence : qu’ils sont nuis.

Des éloges donnés par Rousseau à l’ignorance : des motifs qui l’ont déterminé à s’en faire l’apologiste :

Que les lumières n’ont jamais contribué à la corruption des moeurs; que Rousseau lui-même ne le croit pas.

Des causes de la décadence des empires : qu’entre ces causes l’on peut citer la perfection des arts et des sciences;

ESSAI SUR LA VIE

Et que leur culture retarde la ruine d’un empire despotique.

Dans la section vr, l’auteur considère les divers maux produits par l’ignorance.

Il prouve cpie l’ignorance n’est point destructive de la mollesse ;

Qu’elle n’assure point la fidélité des sujets;

Qu’elle juge sans examen les questions les plus importantes.

Il cite celle du luxe en exemple.

Il prouve qu’on ne peut résoudre cette question sans comparer une infinité d’objets entre eux;

Sans attacher d’abord des idées nettes au mot luxe\ sans examiner ensuite,

Si le luxe 11e serait pas utile et nécessaire : s’il suppose toujours intempérance dans une nation.

De la cause du luxe : si le luxe ne serait pas luimême l’effet des calamités publiques dont on l’accuse d’être l’auteur ;

Si , pour connaître la vraie cause du luxe , il ne faut pas remonter à la formation des sociétés , y suivre les effets de la grande multiplication des hommes ;

Observer si cette multiplication ne produit point entre eux division d’intérêt, et cette division une répartition trop inégale des richesses nationales.

Des effets produits , et par le partage trop iné-

gai de l’argent, et par son introduction dans un empire.

Des biens et des maux qu’elle y occasionne.

Des causes de la trop grande inégalité des fortunes.

Des moyens de s’opposer à la réunion trop rapide des richesses dans les mêmes mains.

Des pays où l’argent n’a point de cours.

Quels sont en ces pays les principes productifs de la vertu.

Des pays où l’argent a cours.

Que l’argenty devient l’objet commun du désir des hommes, et le principe productif de leurs actions et de leurs vertus.

Du moment où, semblables aux mers, les richesses abandonnent certaines contrées.

De l’état où se trouve alors une nation.

Du stupide engourdissement qui y remplace la perte des richesses.

Des divers principes d’activité des nations.

De l’argent considéré comme un de ces principes.

Des maux qu’occasionne l’amour de l’argent.

Si , dans l’état actuel de l’Europe , le magistrat éclairé doit désirer le trop prompt affaiblissement d’un tel principe d’activité.

Que ce n’est point dans le luxe, mais dans sa cause productrice, qu’on doit chercher le principe destructeur des empires;

ESSAI SUit LA VIE

Si l’on peut porter trop d’attention à l’examen des cpiestions de cette espèce;

Si, dans de telles questions, les jugemens précipités de l’ignorance 11’entraînent pas souvent une nation aux plus grands malheurs ;

Si, conséquemment à ce qu’on vient de dire , on ne doit point haine et mépris aux protecteurs de l’ignorance, et généralement à tous ceux qui, s’opposant aux progrès de l’esprit humain , nuisent à la perfection de la législation, par conséquent au bonheur public , uniquement dépendant de la bonté des lois.

On voit, dans la section vu, que c’est l’excellence des lois , et non , comme quelques uns le prétendent, la pureté du culte religieux, qui peut assurer le bonheur et la tranquillité des peuples.

Du peu d’influence des religions sur les vertus et la félicité des nations.

De l’esprit religieux, destructif de l’esprit lé-

Qu’une religion vraiment utile forcerait les citoyens à s’éclairer.

Que les hommes n’agissent point conséquemment à leur croyance, mais à leur avantage personnel.

Que plus de conséquence dans leurs esprits rendrait la religion papiste plus nuisible.

Qu’en général les principes spéculatifs ont peu

d’influence sur la conduite des hommes ; qu’ils n’obéissent qu’aux lois de leurs pays et à leur intérêt.

Que rien ne prouve mieux le prodigieux pouvoir de la législation que le gouvernement des jésuites.

Qu’il a fourni à ces religieux les moyens de faire trembler les rois et d’exécuter les plus grands attentats.

Des grands attentats.

Que ces attentats peuvent être également inspirés par les passions de la gloire, de l’ambition, et du fanatismç.

Du moyen de distinguer l’espèce de passion qui les commande.

Du moment où l’intérêt des jésuites leur ordonne de grands forfaits.

Quelle secte en France pouvait s’opposer à leurs entreprises.

Que le jansénisme seul pouvait détruire les jésuites.

Que sans les jésuites on n’eût jamais connu tout le pouvoir de la législation.

Que, pour la porter à sa perfection, il faut, ou comme tin saint Benoît, avoir un ordre religieux, ou , comme un Romulus et un Penn , avoir un empire ou une colonie à fonder ;

Qu en toute autre position, le génie législatif,

ESSAI SUE LA VIE

contraint par les mœurs et les préjugés déjà établis, ne peut prendre un certain essor, ni dicter les lois parfaites dont l’établissement procurerait aux nations le plus grand bonheur possible.

Que, pour résoudre le problème de la félicité publique, il faudrait préliminairement connaître ce qui constitue essentiellement le bonheur de l’homme.

Helvétius démontre, dans la section vm, en quoi consiste le bonheur de l’individu, et par conséquent la félicité nationale, nécessairement composée de toutes les félicités particulières.

Que, pour résoudre ce problème politique, il faut examiner si, dans toute espèce de condition, les hommes peuvent être également heureux, c’està-dire remplir d’une manière également agréable tous les instans de leur journée.

De l’emploi du temps.

Que cet emploi est à peu près le même dans toutes les professions.

Que si les empires ne sont peuplés que d’infortunés, c’est l’effet de l’imperfection des lois et du partage trop inégal des richesses.

Qu’on peut donner plus d’aisance aux citoyens; que cette aisance modérerait en eux le désir trop excessif des richesses.

Des divers motifs qui maintenant justifient ces désirs.

ET LES OUVRAGES o’heLVÉTIUS. Si

Qu’entre ces motifs un des plus puissans et la crainte de l’ennui.

Que la maladie de l’ennui est plus commune et plus cruelle qu’on n’imagine.

De l’influence de l’ennui sur les mœurs des peuples, et la forme de leurs gouvernemens.

De la religion et de ses cérémonies considérées comme remède à l’ennui.

Que le seul remède à ce mal sont des sensations vives et distinctes.

De là notre amour pour l'éloquence, la poésie, et tous ces arts d’agrément dont l’objet est d’exciter de ces sortes de sensations.

Preuve détaillée de cette vérité.

Des artsd’agrément, de leur impression su r l’opulent oisif: qu’ils ne peuvent l’arracher à son ennui.

Que les plus riches sont en général les plus ennuyés, parce qu’ils sont passifs dans presque tous leurs plaisirs.

Que les plaisirs passifs sont en général les plus courts et les plus coûteux.

Qu’en conséquence c’est au riche que se fait le plus vivement sentir le besoin des richesses.

Qu’il voudrait toujours être mû sans se donner la peine de se remuer.

Qu’il est sans motif pour s’arracher à une oisiveté à laquelle une fortune médiocre soustrait nécessairement les autres hommes.

ESSAI SLR T, A VIE

L)e l’association des idées de bonheur et de richesse dans notre mémoire : que cette association est un effet de l’éducation.

Qu’une éducation différente produirait l’effet contraire.

Qu’alors, sans être également riches et puissans, les citoyens seraient et pourraient même se croire également heureux.

De futilité éloignée de ces principes.

Qu’une fois convenu de cette vérité , on ne doit plus regarder le malheur comme inhérent à la nature même des sociétés, mais comme un accident occasionné par l’imperfection de leur législation;

Dans la section ix, l’auteur traite de la possibilité d’indiquer un bon plan de législation;

Des obstacles que l’ignorance met à sa publication ;

Du ridicule qu’elle jette sur toute idée nouvelle et toute étude approfondie de la morale et de la politique ;

De la haine de l’ignorant pour toute réforme ;

De la difficulté de faire de bonnes lois;

Des premières questions à se faire à ce sujet.

Des récompenses, de quelque espèce qu’elles soient, fût-ce un luxe de plaisir, ne corrompront jamais les mœurs.

Du luxe de plaisir. Que tout plaisir décerné par la reconnaissance publique fait chérir la vertu,

et J-KS ouvrages d’helvétius.

fait respecter les lois, dont le renversement, comme quelques uns le prétendent, n’est jamais l’effet de l’inconstance de l’esprit humain.

Des vraies causes des changeraens arrivés dans les lois des peuples.

Que ces changemens prennent leur source dans l’imperfection de ces memes lois, dans la négligence des administrateurs, qui ne savent ni contenir l’ambition des nations voisines par la terreur des armes, ni celle de leurs concitoyens par la sagesse des règlemens, et qui d’ailleurs, élevés dans des préjugés nuisibles, favorisent l’ignorance des vérités dont la révélation assurerait la félicité publique.

Que la révélation de la vérité n’est jamais funeste qu’à celui qui la dit.

Que sa connaissance, utile aux nations, n’en troubla jamais la paix.

Qu’une des plus fortes preuves de cette assertion est la lenteur avec laquelle la vérité se propage.

Des gouvernemens.

Que, dans aucun, le bonheur du prince n’est, comme on le croit, attaché au malheur des peuples.

Qu’on doit la vérité aux hommes.

Que l’obligation de la dire suppose le libre usage des moyens de la découvrir.

Que, privés de cette liberté, les nations croupissent dans l’ignorance.

ESSAI SUR LA VIE

Des maux que produit l’indifférence pour la vérité.

Que le législateur, comme quelques uns le prétendent, n’est jamais forcé de sacrifier le bonheur de la génération présente «à celui de la génération future.

Qu’une telle supposition est absurde.

Qu’on doit d’autant plus exciter les hommes à la recherche de la vérité, qu’en général, plus indifférens pour elle, ils jugent une opinion vraie ou fausse selon l’intérêt qu’ils ont de la croire telle ou telle.

Que cet intérêt leur ferait nier au besoin la vérité des démonstrations géométriques.

Qu’il leur fait estimer en eux la cruauté qu’ils détestent dans les autres.

Qu’il leur fait respecter le crime.

Qu’il fait les saints.

Qu’il prouve aux grands la supériorité de leur espèce sur celle des autres hommes.

Qu’il fait honorer le vice dans un protecteur.

Que l’intérêt du puissant commande plus impérieusement que la vérité aux opinions générales.

Qu’un intérêt secret cacha toujours aux parlemens la conformité de la morale des jésuites et du papisme.

Que l’intérêt fait nier journellement cette

ET LES OUVRAGES d’uELVÉTIUS. 8

maxime : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne vou- « (Irais pas qu’on te lit. »

Qu’il dérobe à la connaissance du prêtre honnête homme, et les maux produits par le catholicisme, et les progrès d’une secte intolérante parce quelle est ambitieuse, et régicide parce qu’elle est intolérante.

Des moyens employés par l’église pour s’asservir les nations.

Du temps où l’église catholique laisse reposer ses prétentions.

Du moment ou elle les fait revivre.

Des prétentions de l’église prouvées par le droit.

De ces mêmes prétentions prouvées par le fait.

Des moyens d’enchaîner l’ambition ecclésiastique.

Que le tolérantisme seul peut la contenir; peut, on éclairant les esprits, assurer le bonheur et la tranquillité des peuples, dont le caractère est susceptible de toutes les formes que lui donnent les lois, le gouvernement , et surtout l’éducation publique.

La section x traite de la puissance de l’éducation, des moyens de la perfectionner; des obstacles qui s’opposent aux progrès de cette science;

De la facilité avec laquelle, ces obstacles levés, l’on tracerait le plan d’une excellente éducation.

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