DU LIVRE DE L’ESPRIT
E’objet que je me propose d’examiner dans cet ouvrage est intéressant, il est même neuf. L’on n’a jusqu’à présent considéré l’esprit que sous quelques unes de ses faces. Les grands écrivains n’ont jeté qu’un coup d’œil rapide sur cette matière; et c’est ce qui m’enhardit à la traiter.
La connaissance de l’esprit, lorsqu’on prend ce mot dans toute son étendue, est si étroitement liée à la connaissance du cœur et des passions de l’homme, qu’il était impossible d’écrire sur ce sujet, sans avoir du moins à parler de cette partie de la morale commune aux hommes de toutes les nations, et qui ne peut avoir dans tous les gouvernemens que le bien public pour objet.
Les principes que j’établis sur cette matière sont, je pense, conformes à l’intérêt général et à l’expérience. C’est par les faits que j’ai remonté aux causes. J’ai cru qu’on devait traiter la morale comme toutes les autres sciences, et faire une morale comme une physique expérimentale. Je