DU LIVRE DE L ESPRIT
Iül
encore ne serait pas exposée la nation qui consentirait à croupir dans l’ignorance! Toute nation sans lumière, lorsqu’elle cesse d’ètre sauvage et féroce, est une nation avilie, et tôt ou tard subjuguée. Ce fut moins la valeur que la science militaire des Romains qui triompha des Gaules.
Si la connaissance d’une telle vérité peut avoir quelques inconvéniens dans un tel instant, cet instant passé, cette même vérité redevient utile à tous les siècles et à toutes les nations.
Tel est enfin le sort des choses humaines : il n’en est aucune qui ne puisse devenir dangereuse dans certains momens ; mais ce n’est qu’à cette condition qu’on en jouit. Malheur à qui voudrait par ce motif en priver l’humanité !
Au moment même qu’on interdirait la connaissance de certaines vérités, il ne serait plus permis d’en dire aucune. Mille gens puissans, et souvent même mal intentionnés, sous prétexte qu’il est quelquefois sage de taire la vérité, la banniraient entièrement de l’univers. Aussi, le public éclairé, cpii seul en connaît tout le prix, la demande sans cesse : Il ne craint point de s’exposer à des maux incertains, pour jouir des avantages réels qu’elle procure. Entre les qualités des hommes, celle quil estime le plus est cette élévation d ame qui
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se refuse au mensonge. Il sait combien il est utile de tout penser et de tout dire ; et cpie les erreurs même cessent d’être dangereuses lorsqu’il est permis de les contredire. Alors elles sont bientôt reconnues pour erreurs ; elles se déposent bientôt d’elles-mêmes dans les abymes de l’oubli, et les vérités seules surnagent sur la vaste étendue des siècles.
DE L’ESPRIT