‹ Traité de l'existence de DieuChapitre 12 sur 81 · SUR FÉNELON. XIX · texte numérisé non relu

SUR FÉNELON. XIX

la liberté. On a peine à concevoir que cette politique généreuse et prévoyante, qui devançait Topinion de l'Europe, ait attiré à Fénelon des reproches et des haines , jusqu'au milieu de notre siècle. Si c'était à ce titre qu'on a donné le nom de philosophe au plus religieux des évêques, Fénelon ne désavouerait ni ses panégyristes ni ses accusateurs; et pour avoir souhaité le bonheur et la liberté des peuples, il ne 86 croirait pas moins chrétien. Les mémoires que Fénelon adressait au duc de Beauvilliers étaient le vœu d'un sage zélé pour son pays, mais sans autorité pour le servir. Un événement inattendu laissa entrevoir le moment où les conseils de Fénelon pourraient gouverner la France. Le grand dauphin mourut ; et le duc de Bourgogne , longtemps opprimé par la médiocrité de son père , se vit tout à coup rapproché du trône, dont il était l'héritier, et du roi, dont il devint le confident et l'appui. Ses vertus, affranchies d'une jalouse tutelle, eurent enfin assez d'espace pour agir; et l'élève de Fénelon se découvrit tout entier. Quelle joie devait éprouver le vertueux instituteur, en voyant son ouvrage près d'être justifié par le bonheur de la patrie! Alors, plein d'espérance, il écrivait- à son élève, qui, suivant l'expressioù de Saint-Simon, jouissait d'un avant- ' règne : « Il ne faut pas que tout soit à un seul ; mais un seul doit être à tous pour faire leur bonheur. » Il communiquait en même temps à Beauvilliers divers plans l'administration et de gouvernement, qui devaient être proposés au jeune prince. Une des idées auxquelles Fénelon attachait le plus d'importance, était la formation d'états provinciaux dans toute la France. Cette institution, qui donne une liberté moins grande 0i moiiis Tio\Aft o^^ \^

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représentation législative, aurait, dans l'origine, épargné bien des maux k la France.

Tandis que Fénelon préparait le règne de son élève, une mort soudaine enleva le jeune héritier du vieux roi, qui demeurait inébranlable parmi toutes les humiliations de sa gloire et tous les désastres de sa famille. Là finirent les espérances de la vertu ; cependant Fénelon, malgré sa douleur, n'abandonnait pas le soin de la patrie, même lorsqu'il ne vit plus entre elle et lui le jeune prince qu'il avait élevé pour elle. Inquiet de la France, dont la destinée reposait sur un monarque de soixante-seize ans, et sur uû enfant au berceau, il aurait voulu prévenir les maux d'une inévitable et longue minorité. Dans plusieurs mémoires confidentiels qu'il écrivit k ce sujet, on reconnaît la nouveauté de ses vues politiques et cet esprit de liberté, qui , dans son siècle, n'était pas la moindre de ses innovations. Un de ces écrits est employé k discuter les soupçons qui accusaient le duc d'Orléans du crime le plus affreux, et d'une ambition impatiente d'en commettre de nouveaux. Quand on a lu ce mémoire, dont l'auteur , sans accueillir toute l'horreur des bruits populaires , juge sévèrement les scandales et les vices du duc d'Orléans, on éprouve quelque surprise de voir Fénelon entretenir avec ce prince une correspondance philosophique. Sans doute Fénelon espé^ rait vaincre par la vertu et la vérité une âme abandonnée à tous les vices, mais incapable d'un crime. C'est Platon écrivant à Denys; et la ressemblance est d'autant plus vraie , que , laissant k l'écart la religion révélée, Fénelon s'attache avant tout k prouver les principes de la religion nalurellei principes ordlnaitem^ia Caibl^ et mal

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