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établis dans un cœur qui a perdu tous les autres, ipais auxquels son génie lumineux et simple prête une force qui devait étonner la frivole incrédulité du duc d'Orléans. Une pareille discussion paraîtra dans notre siècle beaucoup plus digne de Fénelon que les débats théologiques où la bulle Unigenitus rengagea sur la fin de sa vie. Mais ce grand homme, fidèle avant tout au caractère épiscopal, ne voyait pas pour lui de tâche plus noble que de combattre les opi* nions qui troublaient les consciences et VËglise.
La malignité supposa que le zèle de Fénelon était animé par un ancien dépit contre le cardinal de Noailles. Mais, quand la conduite d*un homme vertueux est autorisée par son devoir, il ne faut pas l'expliquer par ses faiblesses. Ce fut à ces discussions abstraites et difficiles que Fénelon consacra les derniers jours d'une vie souffrante et désolée par le deuil. Cet homme si seinsible aux amitiés de la terre, et qui désirait que tous les bons amis s'entendis* sent pour mourir ensemble, perdit, à de courts intervalles y presque tous ceux qu'il aimait. Pendant qu'affligé de plusieurs pertes successives il écrivait : c Je ne vis plus que d'amitié; et ce sera l'amitié qui me fera mourir, » la mort lui enleva le duc de Beauvilliers ; il mourut lui-même quatre mois après , à l'âge de soixante - quatre ans ( le 7 j anyier 1715). Une chute légère hâta ce moment qu'il souhaitait : sa mort, comme sa vie, fut celle d'un grand et ver* tueux évéque.
Quoique Fénelon ait beaucoup écrit , il ne parut jamais chercher la gloire d'auteur. Tous ses ouvrages furent inspirés par les devoirs de son état , car &ea m«5JD.^\«^ wk ceux de la patrie. La plupart échappèteiiX , ^ «>oxv vtv^iw ^ ^^
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ses mains, et ne furent connus qu'après sa mort. On a conservé quelques sermons, premier essai de sa jeunesse. La composition n'y est pas forte et soignée, comme dans les chefs-d'œuvre des grands orateurs de la chaire; mais il y règne un aimable enthousiasme pour la religion et la vertu , une imagination facile et vive , une élégance naturelle, harmonieuse, poétique. Ce sont de brillantes esquisses, tracées par un heureux génie qui fait peu d'efforts. Cependant Fénelon avait beaucoup réfléchi sur l'art oratoire et sur l'éloquence de la chaire; et ses études, à cet égard, se retrouvent dans trois dialogues, à la manière de Platon, remplis de raisonnements empruntés à ce philosophe, et surtout écrits avec une grâce qui semble lui avoir été dérobée. Nous n'avons dans notre langue aucun traité de l'art oratoire qui renferme plus d'idées saines, ingénieuses et neuves, une impartialité plus sévère et plus hardie dans les jugements. Le style en est simple, agréable, varié, éloquent à propos, et mêlé de cet enjouement délicat dont les anciens savaient tempérer la sévérité didactique. Cette production appartient à la jeunesse de Fénelon ; et l'on y sent partout ce goût exquis de simplicité, cet amour pour le beau simple , qui fait le caractère inimitable de ses écrits. La Lettre sur Véloquence^ écrite vers la fin de sa vie, ne renferme que la même doctrine, appliquée avec plus d'étendue, ornée de développements nouveaux, énoncée partout avec cette autorité douce et persuasive d'un homme de génie vieillissant, qui discute peu, qui se souvient, qui juge : aucune lecture plus courte ne présente un dciràL^\\jk& \:\ricL^ ^\\Va& heureux de souvenirs et d'exemp\e&.^^TiÀ^^\^^>^&^i^^^
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éloquence, parce qu'ils sortent de son âme plus que de sa mémoire : on voit que l'antiquité lui échappe de toutes parts. Mais, parmi tant de beautés, il revient à celles qui sont les plus douces, les plus naturelles, les plus naïves; et alors, pour exprimer ce qu'il éprouve, il a des paroles d*une grâce inimitable.
Cette lettre à l'Académie, les Dialogues swr Véloqu&ac^^ quelques lettres à La Motte sur Homère et sur les anciens, placeraient Fénelon au premier rang parmi les critiques, et servent à expliquer la simplicité originale de ses propres écrits, et la composition si antique et si neuve du Tèlèmaque. Fénelon, épris des beautés de Virgile et Homère, y cherche ces traits d'une vérité naïve et passionnée qu'il trouvait surtout dans Homère , et qu'il appelle lui-même cette aimable timplicité du monde naissant. Les Grecs lui paraissant plus rapprochés de cette première époque, il les étudie, il les imite de préférence ; Homère, Xénophon et Platon lui inspirèrent le Tèlèmaque. On se tromperait de croire que Fénelon n'est redevable à la Grèce que du charme des fictions d'Homère : l'idée du beau moral dans l'éducation d'un jeune prince, ces entretiens philosophiques, ces épreuves de courage, de patience, l'humanité dans la guerre, le respect des serments, toutes ces idées bienfaisantes sont empruntées à la Gyropédie. Dans les théories sur le bonheur du peuple, dans le plan d'un Ëtat réglé comme une famille, on reconnaît l'imagination et la philosophie de Platon. Hais il est permis de croire que Fénelon , corrigeant les fables d'Homère par la sagesse de Socrate, et formant cet heureux mélange des plus riantes ficliona, âLe\aç\Aû^o^\^ Ja plus pure et de la politique la plus huTname ,^^\i\>ù^^^-
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cer , par le charme de cette réunion , la gloire de l'invention qu'il cède à chacun de ses modèles. Sans doute Féne^ Ion a partagé les défauts de ceux qu'il imitait; et, si les combats du Tèlèmaque ont la grandeur et le feu des combats de riliade, Mentor parle quelquefois aussi longuement qu'un héros d'Homère ; et quelquefois les détails d'une morale un peu commune rappellent les longs entretiens de la Cyropé* die. En considérant le Tèlèmaque comme une inspiration des muses grecques, il semble que le génie de Fénelon en reçoive une force qui ne lui était pas naturelle. La véhémence de Sophocle s'est conservée tout entière dans les sauvages imprécations de Philoctète. L'amour brûle dans le cœur d'Eucharis, comme dans les vers de Théocrite. Quoique la belle antiquité paraisse avoir été moissonnée tout entière , pour composer le Tèlèmaque , il reste à l'auteur quelque gloire d'invention , sans compter ce qu'il y a de créateur dans l'imitation de beautés étrangères, inimitables avant et après Fénelon. Rien n'est plus beau que l'ordonnance du Tèlèmaque; et l'on ne trouve pas moins de grandeur dans l'idée générale, que de goût et de dextérité dansla réunion et dans le contraste des épisodes. Les chastes et modestes amours d'Ântiope , introduits à la fin du poëme, corrigent d'une manière sublime les emportements de Calypso ; et l'intérêt de la passion se trouve deux fois reproduit sous l'image de la fureur et sous celle de la vertu. Mais , comme le Tèlèmuqvs est surtout un livre de morale politique , ce que l'auteur peint avec le plus de force, c'est l'ambition, cette maladie des rois, qui fait mourir les peuples, l'ambition grande et généreuse dans Sésostris, l'ambition imprudeni& dans Idomënèe ^ Yam\yv>Âû\i V^t^XL\v\Q^^ ^\
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misérable dans Pygmalion, l'ambition barbare, hypocrite, impie, dans Adraste. Ce dernier caractère, supérieur au Mézence de Virgile, est tracé avec une vigueur d'imagination qu'aucune vérité historique ne saurait surpasser. Cette invention des personnages n'est pas moins rare que l'invention générale d'un plan. Le caractère le plus heureux, dans cette variété de portraits, c'est celui du jeune Télémaque. Plus développé , plus agissant que le Télémaque de YOdysséôy il réunit tout ce^qui peut surprendre, attacher , instruire : dans l'âge des passions , il est sous la garde de la sagesse, qui le laisse souvent faillir, parce que les fautes sont l'éducation des hommes ; il a l'orgueil du trône, l'emportement de l'héroïsme, et la candeur de la première jeunesse. Ce mélange de hauteur et de naïveté, de force et de soumission, forme peut-être le caractère le plus touchant et le plus aimable qu'ait inventé la muse épique; et sans doute un grand maître dans l'art de peindre et de toucher, Rousseau , a senti ce charme prodigieux, lorsqu'il a supposé que Télémaque serait, aux yeux de la pudeur et de l'innocence, le modèle idéal digne d'un premier amour.
De grands critiques ont souvent répété que le héros d'un poème et d'une tragédie ne doit pas être parfait. Us ont admiré dans L'Achille d'Homère, dans le Renaud de Tasse, l'intérêt des fautes et des passions ; mais ils n'ont pas prévu l'intérêt non moins neuf et plus moral que présenterait un caractère qui, mélangé d'abord de toutes les faiblesses humaines, paraîtrait s'en dégager insensiblement, et se développerait en s'épurant. On blâme dans Grandisson l'uniformité de h Bagessfi ei de la vertu, la mouoXoxvv^ Ôlô \ô.^^\-
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fection. Le caractère de Télémaque offre le charme de la vertu et les vicissitudes de la faiblesse; il n*en a pas moins de mouvement parce qu'il tend à la perfection. Il s^anime et se perfectionne à la fois; et Tintérét qu'on éprouve est agité comme la lutte des passions, et doux comme le triomphe de la vertu. Sans doute Fénelon, dans cette forme donnée au caractère principal, cherchait avant tout l'instruction de son élève ; mais il créait en même temps une des conceptions les plus intéressantes et les plus neuves de l'épopée. Pour achever de saisir dans le Télémaque , trésor des richesses antiques , la part d'invention qui appartient à l'auteur moderne, il faudrait comparer l'enfer et l'Elysée de Fénelon avec les mêmes peintures , tracées par Homère et par Virgile. Quelle que soit la sublimité du silence d'Âjax, quelle que soit la grandeur et la perfection du sixième livre de Y Enéide , on sentirait tout ce que Fénelon a créé de nouveau, ou plutôt tout ce qu'il a puisé dans les mystères chrétiens, par un art admirable, ou par un souvenir involontaire. La plus grande de ces beautés inconnues à l'antiquité, c'est l'invention de douleurs et de joies purement spirituelles, substituées à la peinture faible ou bizarre de maux et de félicités physiques. C'est là que Fénelon est sublime, et saisit mieux que le Dante le secours si neuf et si grand du christianisme. Rien n'est plus philosophique et plus terrible que les tortures morales qu'il place dans le cœur des coupables ; et pour rendre ces inexprimables douleurs, son style acquiert un degré d'énergie que Ton n'attendrait pas de lui, et que l'on ne trouve dans aucun autre. Mais lorsque, délivré de ces affreuses peintures 9 il peut reposer sa douce e\\i\wAm«xi\fe\\sNa%\'-
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nation sur la demeure des justes , alors on entend des sons que la voix humaine n'a jamais égalés, et quelque chose de céleste s'échappe de son âme , enivrée de la joie qu'elle décrit. Ces idées -là sont absolument étrangères au génie antique; c'est l'extase de la charité chrétienne; c'est une religion toute d'amour, interprétée par l'âme douce et tendre de Fénelon ; c'est le pwr anuywr donné pour récompense aux justes, dans l'Elysée mythologique. Aussi, lorsque de nos jours un écrivain célèbre a voulu retracer le paradis chrétien, il dû sentir plus d'une fois qu'il était devancé par l'anachronisme de Fénelon ; et, malgré les efforts d'une riche imagination, et l'emploi plus facile et plus libre des idées chrétiennes, il a été obligé de se rejeter sur des images moins heureuses, et il n'a mérité que le second rang. L'Elysée de Fénelon est une des créations du génie moderne ; nulle part la langue française ne parait plus flexible et plus mélodieuse. Le style de Télèmaque a éprouvé beaucoup de critiques : Voltaire en a donné l'exemple avec goût, n est certain que cette diction si naturelle, si doucement animée, quelquefois si énergique et si hardie, est entremêlée de détails faibles et languissants; mais ils disparaissent dans l'heureuse facilité du style. L'intérêt du poème conduit le lecteur , et de grandes beautés le raniment et le transportent. Quant à ceux qui s'offensent de quelques mots répétés, de quelques constructions négligées, qu'ils sachent que la beauté du langage n'est pas dans une correction sévère et calculée, mais dans un choix de paroles simples, heureuses, expressives, dans une harmonie libre et variée gui accompagne le sv^\ft ^X\^ ^^\i\\^w\^ comme l'accent soutient la voix, enfin dan^ mw^ ô^qvxr,^^^-
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leur partout répandue, comme Tâme et la vie du discours.
Les Aventwres (TAristonous respirent ce charme attendrissant qui n'est donné qu'à quelques hommes, à Virgile, à Racine, à Fénelon. Dans ce morceau de quelques pages on devinerait l'auteur du Télèmaque^ comme dans le Dialogue â^EucraU et de Sylla on reconnaît Montesquieu. Il n'appartient qu'aux hommes véritablement supérieurs de pouvoir renfermer ainsi, dans un cadre trèsétroit, l'essai de tout leur génie. Après le Télénuique^ l'ouvrage le plus important de Fénelon par le sujet et l'étendue, c'est le Traité de V existence de Dieu. On n'y trouve pas la profondeur et la logique de Clarke. Fénelon procède par l'argument des causes finales, ce qui est très favorable à l'imagination descriptive; il répand des trésors d'élégance, il peint la nature, il en égale les richesses et les couleurs par l'éclat de son style ; souvent il laisse échapper cette abondance de sentiments tendres et passionnés, langage naturel de son cœur. Quelques endroits sont animés de cette logique lumineuse et pressante dont il donna tant d'exemples dans ses débats avec Bossuet Elle se trouve peut-être à un plus haut degré, et plus dégagée d'ornements, dans ses Lettres sur la religion^ modèle d'une discussion sincère et convaincante ; enfin, comme le style, suivant l'expression d'un ancien, est la physionomie de l'âme, tous les ouvrages de Fénelon, marqués d'une telle empreinte, ont quelque chose de rare et de touchant.
Son style a toujours un caractère reconnaissable de simplicité, de grâce et de douceur, soit dans les élans passionnés^ dans le langage ^^(K^jiemm^ixx m^^'C\Q^<^ ^^
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ses Entretiens affectifs^ soit dans la gravité de ses Directions pov/r la conscience d'vn roiy soit dans la prodigieuse fécondité, dans la subtilité, dans la noble élégance de sa théologie polémique. Ce style n'est jamais celui d'un homme qui veut écrire; c'est celui d'un homme posséda de la vérité, qui l'exprime comme il la sent^ du fond de son âme. Et, quoique dans notre siècle on admire de préfé* rence une composition soignée, où le travail est plus sensible, où les phrases, faites avec plus d'effort, paraissent enfermer plus de pensées, quoique la diction savante, énergique de Rousseau paraisse à bien des juges le plus parfait modèle, il est permis de croire que le style de Fénelon, plus rapproché du caractère de notre langue, suppose un génie plus rare et plus heureux.
Fénelon a trouvé un historien digne de lui. M. de Baus^ set s'est livré aux plus curieuses recherches pour écrire la vie d'un évêque dont il sentait profondément les vertus ; et, ce qui est le plus grand des éloges, il a conservé dans la candeur noble et touchante de sa narration quelque «hose du goût et du style de Fénelon.
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