‹ Traité de l'existence de DieuChapitre 18 sur 81 · XZXYI AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR · texte numérisé non relu

XZXYI AVERTISSEMENT DE L'ÉDITEUR

muable. Mais de ce qu'il y a des rapports quine changent pas, ety pour employer un exemple familier à Fénelon, de

ce qu'il sera vrai dans cent mille ans, comme aujourd'hui, que deux et deux font quatre, s'ensuit-il nécessairement que Dieu existe? Faut-il admettre son existence, tout exprès pour qu'il y ait un être qui voie de toute éternité que deux et deux font quatre? Et enfin les rapports absolus, les principes éternellement vrais que conçoit Tesprit humain, sont-ils des espèces de qualités qu'il faille rattacher à une substance qui serait Dieu? Évidemment cette démonstration de l'existence de Dieu par les idées générales n'est pas soutenable; sans compter que cette doctrine qui confond nos idées avec Dieu même , et qui aboutit à la vision en DieudeMalebranche, se réfuterait par l'absurdité de ses conséquences.

Dans la seconde partie de son traité, en arrivante l'examen des attributs de Dieu et de ses rapports avec le monde, Féuelon expose une doctrine dont il faut, avec le respect le plus sincère pour ce beau génie, signaler hardiment l'exagération. Il dit : « Dieu est en lui-même tout ce qu'il y a de réel et de positif dans les esprits, tout ce qu'il y a de réel et de positif dans les corps, tout ce qu'il y a de réel et de positif dans les essences de toutes les autres créatures possibles; il a tout l'être du corps, sans être borné au corps, tout Têfice de l'esprit, sans être borné à

l'esprit. Il est tellement tout être, qu'il a tout l'être de chacune de ses créatuires ^ » On ne peut se défendre d'une certaine surprise à la lecture de ce passage ; et les éditeurs

!• Seconde fartUf çha^, y g p. 45S.

AVERTISSEMENT DE L*ÊDITEUR. IXXVn

de Fënelon , avant l'édition de Versailles , en avaient été embarrasBés, au point de chercher à Tatténuer en le défigurant, craignant pour l'auteur le soupçon de panthéisme. Nous n'avons pas , comioae de juste, éprouvé ce scrupule ; nous n'avons pas supposé qu'on pût sérieusement faire tomber sur Fénelon un pareil soupçon. Qui a mieux que lui réfuté Spinosa? Qui a plus solidement démontré l'unité et la simplicité de Dieu ? Qui a donné, en opposition aux panthéistes, des preuves plus claires et plus frappantes de la liberté humaine ? Sa doctrine à cet égard nous parait à l'abri de tous les doutes. Mais il faut convenir que le pas* sage que nous venons de citer, séparé des opinions bien connues de Fénelon sur le panthéisme, et de sa vive polémique contre Spinosa, aurait de quoi justifier les interprétations dont les anciens éditeurs du Traité de Pexistence de Dku se sont effrayés.

A part quelques raisonnements douteux, quelques opinions excessives qu'on peut relever dans ce livre , le Traité de l'existence et des attributs de Dieu reste comme un des plus admirables monuments de la langue et de la philosophie française au xvn^ siècle. Le titre de l'ouvrage semble le borner à la théodicée. Mais en réalité, et à cause du lien qui unit entre elles toutes les parties de la philosophie, Fénelon attire dans le cercle de sa discussion, il examine, il résout une multitude de questions importantes de psychologie et de logique, celle de la classification et de l'origine des idées, celle du libre arbitre, celle de la distinction de rftme et du corps, celle du critérium de la certitude, celle de l'erreur et de ses causes, celle du réalisme etdunomina- Uame; et comme il prend ces question» don» Vcat t^^^V^^^

XXXTIII AVEKTISSEMEXT BB L'ÉDITEDIL arec celle de Texisteoce e: des attrîbiits de Diea, il les élève, les rattadie à leur fmàpe et les édsire de la fannièrede la tbéodicée. Yoilà ce qui fait que son Ime, sans être un traité eomfiei de philosophie, peatéCreoffert à la jeunesse comme mi des meilleurs guides, non-sealementdans les recherches de tbéodicée, mais dans celles mêmes qui touchent, d'une part, à la nature de Fâme et à ses facultés, d*antrepart, aux caractères de la certitude et aux moyens d'atteindre la vérité. Nous ne parlons pas de son style, qui est la netteté et la rigueur même, avec une él^ance, une souplesse et parfois une poésie merveilleuse. Tout le monde a présentes à la mémoire les pages immortelles ob il étale les beautés de la création, c Dieu semant les cieux d'étoiles , comme un prince magnifique qui répand l'argent à pleines mains , ou qui met des pierreries sur un habit*, » et les invocations à la divinité par lesquelles il termine , comme par un hymne philosophique, la plupart des chapitres de son livre : « beau jour sans nuage et sans fin , où vous coulerez au travers de mon cœur comme un torrent de volupté ! A cette douce espérance, mes os tressaillent et s'écrient: Qai est semblable à vous*? » Quand retrouvera-t-on un autre écrivain, appliquant à l'exposition des vérités qui importent le plus à la destinée humaine ce poétique et superbe langage? Et qui est-ce qui pourrait, après Fénelon, entreprendre une nouvelle description de ce soleil des esprits dont Platon avait parlé , il y a deux mille ans, « soleil de vérité qui ne laisse aucune ombre, qui luit en même temps dans les deux hémisphères, qui

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