PREMIÈRE PARTIE
sofis. C'est précisément celle que les hommes persua(|és de la Divinité lui attribuent dans tout Tunivers. L'attribuerai-je à mon faible e^rit, ou plutôt à la puissance qu'il a sur mon corps, qui est si différente de lui? Croirai-je que ma volonté a cet empire suprême par son propre fonds, elle qui est si faible et si imparfaite? Mais d*oii vient que, parmi tant de corps, elle n'a ce oouYoir que sur un seul? Nul autre corps ne se remue selon tes désirs. Qui lui a donné sur un seul corps ce qu'elle n'a sur 4<ucun autre? Osera-t-on encore revenir à nous alléguer le hasard? Cette puissance qui est si souveraine , est en même temps aveugle. Le paysan le plus ignorant sait aussi bien mouvoir son corps que le philosophe le mieux instruit de l'anatomie. L'esprit du paysan commande à ses nerfs, à ses muscles, à ses tendons, à ses esprits animaux, qu'il ne connaît pas, et dont il n'a jamais ouï parler. Sans pouvoir les distinguer, et sans savoir oii ils sont» il les trouve ; il s'adresse précisément à ceux dont il a besoin, et il ne prend point les uns pour les autres.
Un danseur de corde ne fait que vouloir, et à l'instant les esprits coulent avec impétuosité , tantôt dans certains nerfs , et tantôt en d'autres : tous ces nerfs se tendent et se relâchent à propos. Demandez-lui ce que c'est qu'un nerf, il n'en sait rien. Demandez-lui quels sont ceux qu'il a mis en mouvement, et par où il a commencé à les ébranler ; il ne comprend pas même ce qoe vous voulez dire; il ignore profondément ce qu'il a fait dans tous les ressorts intérieurs de sa machine.
Le joueur de luth, qui connaît parfaitement toutes les cordes de son instrument, qui les voit de ses yeux, qui les touche l'une après l'autre de ses doigts, s'y méprend; mais l'âme, qui gouverne la machine du corps humain, en meut tous les ressorts à p^'opos, sans les voir, sans les discerner, sans en savoir ni la figure, ni la situation, ni la force ; et elle ne s'y mécompte point. Quel prodige 1 mon esprit commande à ce qu'il ne connaît point, et qu'il ne peut voir, à ce qui ne le connaît point, et qui est incapable de connaissance ; et il est infailliblement obéi. Que d'aveuglement! que de puissance! L'aveuglement est de l'homme; mais la puissance, de qui est-elle ? Â qui rattTib\ietTOTk&-TLQv»^ £1 ce n'est à celui qui voit ce que rhomme nô "VOvX. ^^%^ ^V ^3^
Sait en lui ce qui le surpasse? Moa âme a beau vonloir remuer les corps qui renvironuent, et qu'elle counatt très-directement; aucun ne se remue; elle n'a aucun pouvoir pour ébranler le moindre atome par sa volonté : il n*y a qu'un seul corps que quelque puissance supérieure doit lui avoir rendu propre. A l'égard de ce corpfi, elle n'a qu'à vouloir» et tous les ressorts de cetle machine qui lui sont inconnus, se meuvent à propos et de concert pour lui obéir.
Saint Augustin qui a fait ces réflexions , les a parfaitemenl exprimées : c Les parties internes de nos corps, dit-il ', ne peuc vent être vivantes que par nos âmes; mais nos âmes les ani- « ment bien plus facilement qu'eUes ne peuvent les connaître.... c L'âme ne connaît point le corps qui lui est soumis.... Elle ne c sait point pourquoi elle ne met les nerfs en mouvement que c quand il lui platt, et pourquoi, au contraire, la pulsation des c veines est sans interruption, quand même elle ne le voudrait c pas. Elle ignore quelle est la première partie du corps qu'elle c remue immédiatement pour mouvoir par celle-là toutes les auc très.... Elle ne sait point pourquoi elle sent malgré die, et ne c ment les membres que quand il lui plaît Cest elle qui fait ces c choses dans le corps. D'où vioit qu'elle ne sait ni ce qu'elle c fait, ni comment elle le fait? Ceux qui s'instruisent de l'ana- * tomie, dit encore ce père, apprennent d'autmi ce qui se passe « en eux, et qui est fait par eux-mêmes. Pourquoi, dit-il, n'ai-je c aocim besoin de leçon pour savoir qu'il y a dans le ciel, à une c prodigieuse distance de moi, un soleil et des étoiles? Et pour*c quoi ai-je besmn d'un maître pour apprendre par oà commence c le mouvement, quand je remue le doigt ! Je ne sais comment c se fait œ que je fais moi4nème au dedansdemoi. Nous sommes c trop élevas à l'égard de nous-mêmes, el nous ne saurions c BOUS comprendre, i
En efiet, nous ne saurions trop admirer cet empire absolu de rime SOT des organes corpords qu'elle ne omnatt pas, et l'usage coBtiaori qu'elle en fût sans les dbceraer. Cet empire se montre ^nt par rapport aux images tracé» dans notre œr-