‹ Traité de l'existence de DieuChapitre 51 sur 81 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

cette notion si juste des nombres? Les nombres ne sont tous que des unités répétées. Tout nombre n*est qu'une composition ou une répétition d'unités. Le nombre % n'est que de deux unités ; le nombre 4 se réduit à 1 répété quatre fois. On ne peut donc concevoir aucun nombre sans concevoir Tunité, qui est le fondement essentiel de tout nombre possible*. On ne peut donc concevoir aucune répétition d'unités sans concevoir l'unité même qui en est le fond.

Mais par où est-ce que je puis connaître quelque unité réelle? Je n'en ai jamais vu, ni même imaginé par le rapport de mes sens. Que je prenne le plus subtil atome, il faut qu'il ait une fi* gure, une longueur, une largeur et une profondeur, un dessus, un dessous, un côté gauche, un autre droit ; et le dessus n'est point le dessous, un côté n'est point l'autre. Cet atome n'est donc pas véritablement un : il est composé de parties. Or le composé est un nombre réel, et une multitude d'êtres ; ce n'est point une unité réelle; c'est un assemblage d'êtres dont l'un n'est pas l'autre.

Je n'ai donc jamais appris ni par mes yeux, ni par mes oreilles, ni par mes mains, ni même par mon imagination, qu'il y ait dans la nature aucune réelle unité; au contraire, mes sens et mon imagination ne me présentent jamais rien que de composé, rien qui ne soit un nombre réel, rien qui ne soit une multitude. Toute unité m'échappe sans cesse ; elle me fuit, comme par une espèce d'enchantement. Puisque je la cherche dans tant de divisions d'un atome, j'en ai certainement l'idée distincte; et ce n'est [ue par sa simple et claire idée que je parviens, en la répétant,

connaître tant d'autres nombres. Mais, puisqu'elle m'échappe lans toutes les divisions des corps de la nature, il s'ensuit [clairement que je ne l'ai jamais connue par le canal de mes iens et de mon imagination. Voilà donc une idée qui est en moi

idépendanunent des sens, de l'imagination et des impressions ^des corps.

De plus, quand même je ne voudrais pas reconnaître de bonne foi que j'ai une idée claire de l'unité qui est le fond de tous les

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