SUR FÉNELON. YU
contemporains : « On sent, dit-il, la force et l'ascendant de ce rare esprit, soit qu'il prêche de génie et sans préparation, soit qu'il prononce un discours étudié et oratoire, soit qu'il explique ses pensées dans la conversation : toujours maître de l'oreille et du cœur de ceux qui l'écoutant, il ne leur permet pas d'envier ni tant d'élévation, ni tant de facilité, de délicatesse, de politesse. »
Cet ascendant de vertu, de grâce et de génie, qui excitait dans le cœur des amis de Fénelon une tendresse mêlée d'enthousiasme , et qui avait séduit Mme de Maintenon, malgré sa défiance et sa réserve, échoua toujours contre les préventions de Louis XIV. Ce prince estimait sans doute l'homme auquel il confiait l'éducation de son petit-fils; mais il n'eut jamais de goût pour lui. On a cru que l'élocution brillante et facile de Fénelon gênait un prince qui ne voulait sentir nulle part une autre prééminence que la sienne. Mais, si l'on jette les yeux sur une lettre où Fénelon, dans l'épanchement de la confiance , avertissait Mme de Maintenon que Louis XIV n'avait aucune idée de ses devoirs de roi, on supposera sans peine qu'une opinion aussi dure, dont Fénelon parait trop pénétré pour n'en avoir pas laissé échapper la révélation plus d'une fois, ne dut pas rester complètement ignorée d'un monarque trop accoutumé aux louanges, et qui pouvait s'offenser même d'un jugement moins sévère. L'histoire n'a point partagé l'extrême rigueur de cette opinion sur un prince qui, dans l'exercice d'un pouvoir absolu, il est vrai, porta toujours de la bienséance et de la grandeur, et maintint l'honneur sous le despotisme, son plus grand ennemi. Fénelon avait
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conservé à la cour le plus irréprochable désintéressement. Il y passa cinq années dans la place éminente de précepteur du petit-fils du roi, sans demander, sans recevoir aucune grâce. Louis XIV, qui savait récompenser noblement et avec choix, voulut réparer cet oubli ; et il nomma Fénelon k l'archevêché de Cambrait Ce moment de faveur et de prospérité était celui où Fénelon devait être frappé d'un coup funeste à son crédit, et qui même aurait mortellement blessé une réputation moins inviolable. Depuis longtemps, Fénelon, que le mouvement de son âme portait à une dévotion vive et spirituelle, avait cru reconnaître une partie de ses principes dans la bouche d'une femme pieuse et folle, mais qui sans doute avait beaucoup de persuasion et de talent, puisqu'elle obtint une influence extraordinaire sur plusieurs esprits supérieurs. Mme Guyon, écrivant et dogmatisant sur la grâce et sur le pur amour, d'abord persécutée et arrêtée, bientôt admise dans la société particulière du duc de Beauvilliers , accueillie par Mme de Maintenon, autorisée à répandre sa doctrine dans Saint-Gyr, puis devenue suspecte à Bossuet, arrêtée de nouveau, interrogée, condamnée, fut le prétexte de la disgrâce de Fénelon. L'inexorable Bossuet n'aimait pas les subtilités mystiques; les raffinements de l'amour divin, dont l'imagination vive et tendre de Fénelon était trop facilement éprise. Bossuet voulut obtenir que le nouvel archevêque de Cambrai condamnât lui-même les erreurs d'une femme dont il avait été l'ami. Fénelon s'y refusait par conscience et par délicatesse, craignant de compromettre des opinions