PREMIÈRE PARTIE
"op grand pour la petitesse de nos organes, et qui ne signifie .en s'il est séparé des autres. Quand nous verrons en Dieu à la ^ndes siècles, dans son vrai point de vue, le total des événe- Qsnts dû genre humain, depuis le premier jusqu'au dernier jour le Tunivers, et leurs proportions par rapport aux desseins de Dieu, nous nous écrierons : Seigneur, il n'y a que vous de [uste et de sage.
On ne juge des ouvrages des hommes qu'en examinant le total : chaque partie ne doit pas avoir toute perfection, mais seulement celle qui lui convient dans Tordre et dans la proportion des différentes parties qui composent le tout. Dans un corps humain, il ne faut pas que tous les membres soient des yeux; il faut aussi des pieds et des mains. Dans l'univers, il faut un soleil pour le ;;our; mais il faut aussi une lune pour la nuit*. C'est ainsi qu'il to juger de chaque partie par rapport au tout : toute autre vue est courte et trompeuse. Mais qu'est-ce que les faibles desseins des hommes, si on les compare avec celui de la création et du gouvernement de l'univers? « Autant que le ciel est élevé au-dessus de la terre, autant, dit Dieu dans les Écritures ', mes voies et mes pensées sont-elles élevées au-dessus des vôtres. » Que l'homme admire donc ce qu'il entend, et qu'il se taise sur ce qu'il n'entend pas.
Mais, après tout, les vrais défauts mêmes de cet ouvrage ne sont )ue des imperfections que Dieu y a laissées pour nous avertir (u'il l'avait tiré du néant. Il n'y a rien dans l'univers qui ne )orte et qui ne doive porter également ces deux caractères si )pposés : d'un côté, le sceau de l'ouvrier sur son ouvrage ; de 'autre côté, la marque du néant d'où il est tiré, et où il peut *etomber à toute heure. C'est un mélange incompréhensible de bassesse et de grandeur, de fragilité dans la matière, et d'art ians la façon. La main de Dieu éclate partout, jusque dans un ver de terre. Le néant se fait sentir partout, jusque dans les plus vastes et les plus sublimes génies. Tout ce qui n'est point Dieu
i. Nec tibi occurrit perfecla universitas, nisi ubi majora sic prœsto sunt, ul minora non desinl. S. Aug. De lib. urb.f lib. III, c. viu, n. 25.
2. Quia sicut exallantur cœli a terra, sic exaltai® sunt vi» mes a viii veslrls, et cos'ilaUvDea meof ' ^ogilalionibuft \ealm, U&:is.»i«N,^.
ne peut avoir qu'une perfection bornée, et ce qui n'a qu'une perfection bornée demeure toujours imparfait par l'endroit où la borne se fait sentir, et avertit que l'on y pourrait encore beaucoup ajouter. La créature serait le créateur môme, s'il ne lui manquait rien ; car elle aurait la plénitude de la perfection , qui est la Divinité même. Dès qu'elle ne peut être infinie, il faut qu'elle soit bornée en perfection, c'est-à-dire imparfaite par ce côté. Elle peut avoir plus ou moins d'imperfection ; mais enfin il faut qu'elle soit toujours imparfaite. Il faut qu'on puisse toujours marquer l'endroit précis où elle manque, et que la critique puisse dire : Voilà ce qu'elle pourrait avoir encore, et qu'elle n'a pas.
Concluons-nous qu'un ouvrage de peinture est fait par le hasard, quand on y remarque des ombres, ou même quelques négligences de pinceau? Le peintre, dit-on, aurait pu finir davantage ces carnations, ces draperies, ces lointains. Il est vrai que ce tableau n'est point parfait selon les règles; mais quelle folie serait-ce de dire : Ce tableau n'est point absolument parfait; donc ce n'est qu'un amas de couleurs formé par le hasard, et la main d'aucun peintre n'y a travaillé 1 Ce qu'on rougirait de dire d'un tableau mal fait et presque sans art, on n'a pas bonté de le dire de l'univers , où éclate une foule de merveilles incompréhensibles avec tant d'ordre et de proportion.
Qu'on étudie le monde tant qu'on voudra; qu'on descende au dernier détail ; qu on fasse l'anatomie du plus vil animal ; qu'on regarde de près le moindre grain de blé semé dans la terre, et la manière dont ce germe se multiplie; qu'on observe attentivement les précautions avec lesquelles un bouton de rose s'épa^ nouit au soleil , et se referme vers la nuit : on y trouvera plus de dessein, de conduite et d'industrie, que dans tous les ouvrages de l'art. Ce qu'on appelle même l'art des hommes n'est qu'une faible imitation du grand art qu'on appelle les lois de la nature, et que les impies n'ont pas eu de honte d'appeler le hasard aveugle.
Faut-il donc s'étonner si les poètes ont animé tout l'univers; s'ils ont donné des ailes aux vents et des flèches au soleil; s'ils ont peint les fleuves qui se hâtent de se précipiter dans la mer, et les arbr/^ qiui montent vers le ciel, pour vaincre les rayons