PREMIÈRE PARTIE
la vie, faute de s'en nourrir ; car quelle mort n'est-ce point de vous ignorer? Ils s'endorment dans votre sein tendre et paternel; et, pleins des songes trompeurs qui les agitent pendant leur sommeil, ils ne sentent pas la main puissante qui les porte. Si vous étiez un corps stérile, impuissant et inanimé , tel qu'une fleur qui se flétrit, une rivière qui coule , une maison qui va tomber en ruine, un tableau qui n*est qu'un amas de couleurs pour frapper rimaginatioQ, ou un métal inutile qui n'a qu'un peu d'éclat, ils vous apercevraient et vous attribueraient follement la puissance de leur donner quelque plaisir, quoique en effet le plaisir ne puisse venir des choses inanimées qui ne l'ont pas, et que vous en soyez l'unique source. Si vous n'étiez donc qu'un être grossier, fragile et inanimé, qu'une masse sans vertu, qu'une ombre de l'être, votre nature vaine occuperait leur vanité; vous seriez un objet proportionné à leurs pensées basses et brutales ; mais , parce que vous êtes trop au dedans d'eux-mêmes où ils ne rentrent jamais , vous leur êtes un Dieu caché ; car ëe fond intime d'eux-mêmes est le Heu le plus éloigné de leur vue, dans Tégarement où ils sont. L'ordre et la beauté que vous répandez sur la face de vos créatures sont comme un voile qui vous dérobe à leurs yeux malades. Quoi doncl la lumière qui devrait les éclairer les aveugle ; et les rayons du soleil même empêchent qu'ils ne l'aperçoivent! Enfin, parce que vous êtes une vérité trop haute et trop pure pour passer par les sens grossiers, les hommes, rendus semblables aux bêtes, ne peuvent vous concevoir : comme si l'homme ne connaissait pas tous les jours la sagesse et la vertu, dont aucun de ses sens néanmoins ne peut lui rendre témoignage; car elles n*ont ni son, ni couleur, ni goût, ni figure, ni aucune qualité sensible. Pourquoi donc, ô mon Dieu! douter plutôt de vous que de ces autres choses , très-réelles et très- manifestes, dont on suppose la vérité certaine dans toutes les affaires les plus sérieuses de la vie, et lesquelles, aussi bien que vous, échappent toujours à nos faibles sens? misère ! ô nuit affreuse qui enveloppe les enfants d'Adam 1 ô monstrueuse stupidité! ô renversement de tout l'homme ! L'homme n'a des yeux que pour voir des ombres, et la vérité lui paraît un fantôme : ce qui n'est rien est tout pour lui; ce qui est tout ne lui semble rien Que vois-je dans
toute la nature? Dieu, Dieu partout, et encore Dieu seul. Quand je pense, Seigneur, que tout Fétre est en vous, vous épuisez et vous engloutissez, ô abtme de vérité , toute ma pensée ; je ne sais ce que je deviens : tout ce qui n*est point vous disparaît, et à peine me reste-il de quoi me trouver encore moi-même. Qui ne vous voit point n'a rien vu ; qui ne vous goûte point n'a jamais rien senti : il est comme s'il n'était pas; sa vie entière n'est qu'un songe. Levez-vous, Seigneur, levez-vous; qu'à votre face vos ennemis se fondent comme la cire , et s'évanouissent comme la fumée. Malheur à l'âme impie qui, loin de vous, est sans Dieu, sans espérance, sans éternelle consolation 1 Déjà heureuse celle qui vous cherche, qui soupire, et qui a soif de vous ; mais pleinement heureuse celle sur qui rejaillit la lumière de votre face, dont votre main a essuyé les larmes, et dont votre amour a déjà comblé les désirs! Quand sera-ce. Seigneur? beau jour sans nuage et sans fin, dont vous serez vous-même le soleil, et où vous coulerez au travers de mon cœur comme un torrent de volupté! Â cette espérance mes os tressaillent, et s'écrient: Qui est semblable à vous? Mon cœur se fond, et ma chair tombe en défaillance, ô Dieu de mon cœur, et mon éternelle portion f
SECONDE PARTLS. lOl
DEMONSTRATION DE l'eXISTENCE ET DES ATTRIBUTS DE DIEU,